Mozarabe 2025 avec amputés

1er jour : Dimanche 6 avril 2025 : voyage vers Alméria, via Malaga

Lyon-Barcelone et 4 heures d’attente à Barcelone. Cela nous laisse le temps de mieux connaître Yves amputé fémoral, qui voyage avec nous. Aéroport immense. On mange dedans, puis dehors pour un café.

 

– Avion ✈️ jusqu’à Malaga. Arrivée 17h30. Dominique G nous rejoint.

– Nous attendons 1h30 avant que la navette vers le loueur de voiture vienne nous chercher.
– Je conduis de Malaga à Alméria. Ford. Voiture difficile à contrôler. Je ne suis pas rassuré sur une autoroute qui tourne tout le temps…
 
– Arrivée Alméria vers 22h45. Accueil par Julian : très sympa. Magnifique appartement au 8ème étage avec une terrasse sur le toit qui domine la ville (location Airbnb).


2ème jour : Lundi 7 avril  2025 : journée à Alméria

  • Desayuno au bord de la mer Méditerranée.

Puis marche le long de la mer et montée vers le Centre Ville.

Visite de la Cathédrale et d’un monastère de Moniales.

 

 

 

  • Nous partons vers un marché couvert pour acheter jamón, queso 🧀, pan, frutas, etc. et retour à l’appartement de Julian. Repas dehors sur la terrasse.

Vers

  • 18h, nous retournons vers la Cathédrale : on a trouvé un raccourci.

– RV avec les deux nouvelles : Dominique et Martine, de Carcassonne, qui sont venues en caminonette Mercedes. Arrivent Nely, son mari et 2 autres pèlerins : un français et un américain de New York.

– Nous participons à la messe… avec une bénédiction spéciale du prêtre qui signe nos credenciales.

– Nely nous emmène dans un bar à tapas. Super dernier moment du jour. Retour à l’appartement dans la nuit.


3ème jour : Mardi 8 avril  2025 : Alméria-Benahalux-SantaFe

  • Lever tôt au joli appartement d’Almeria. Préparatifs, puis desayuno consistant dans un bar, en bas de l’immeuble.

    – nous partons tous les quatre, Dominique, Yves, Véronique et moi, rejoindre les deux autres à Benahadux.

  • Arrivé là-bas, je prends la voiture que j’emmène à Rioja. Puis je vais à pied à la rencontre des 5 marcheurs.

 

 

  • Depuis Rioja, chacun son tour prend la voiture, pendant que les autres marchent. Orangers, belles villas, petite route sympa.

  • à Santa Fe, nous allons manger au restaurant quelques tapas. Puis nous retrouvons Eliana qui se charge de nous installer dans un tout nouveau gîte.
    Siestes, puis le soir nous grignotons dans le nouvel hébergement. Première journée tout le monde semble bien content.


4ème jour : Mercredi 9 avril  2025 : SantaFe-Alboloduy

Lever tôt. Petit déjeuner rapide et départ 7h dans le noir.

  • J’accompagne tout le monde dans la première montée, puis je vais chercher la voiture. Je pars rejoindre le croisement avec la grande descente et je pars à leur rencontre.
    Nous nous retrouvons pour grignoter ensemble. Je laisse la voiture à Véro, qui va nous attendre à Alhabia.

Grande descente difficile, puis montée et nouvelle descente vers Alhabia. Véronique est venue à notre rencontre.

 

  • À Alhabia, nous nous arrêtons au café pour boire un pot. Ensuite, Dominique André prend la voiture jusqu’à Santa-Cruz. Nous autres, nous marchons sous une grande chaleur le long du Rio. À Santa Cruz, nous mangeons tous ensemble.

  • J’accompagne ensuite Dominique jusqu’à Alboloduy. Nous allons à la mairie où nous n’arrivons pas à rencontrer la alcadesa, Sonia. À l’accueil des pèlerins de l’association, Lola la permanente bénévole se débrouille pour nous faire rencontrer la charmante maire.

  • Celle-ci nous emmène à une auberge qui domine toute la ville. C’est splendide. Un employé de la mairie transporte nos bagages. C’est un gîte dortoir comme on en voit souvent sur le Camino.

    Arrivent les quatre autres. Nous leur faisons signe depuis en haut.
    Sonia nous fait une longue explication sur l’histoire d’Alboloduy, malgré la fatigue des quatre derniers : ils ont marché le long du Rio sous la canicule.

    Le soir nous redescendons en ville pour aller manger dans un restaurant à 20h. La cuisinière n’arrive qu’à 20h30. Elle nous fait une série de petits plats avec beaucoup de viande, de pommes de terre et quelques légumes.

    – la soirée en haut du village est belle.


5ème jour : Jeudi 10 avril  2025 : Alboloduy-Nacimiento

  • Nous nous levons tôt. L’employé de la mairie arrive vers 7h30 pour emmener les bagages en bas. Nous descendons et nous allons manger avec Lola dans l’auberge des pèlerins. Très bon moment tous ensemble. Nous bavardons avec deux pèlerines, Dolorès et …, de Lyon.
    Ensuite c’est le départ : Domino, qui a une grosse ampoule au bon pied, prend la voiture. Nous autres, nous montons par la route pour éviter le canyon.

 

  • Nous continuons ensemble jusqu’au début du joli plateau. Arrêt pour manger tous ensemble.

    J’accompagne ensuite les quatre marcheurs (sauf Dominique) jusqu’en haut de la grande descente vers le rio.

  • Domino et moi, nous partons directement à Nacimiento en voiture. Arrivés au bar restaurant, la clé de l’hébergement nous est donné. Nous installons les bagages en attendant tout le monde.
    Ce sont les retrouvailles. Un super repas nous attend au restaurant. Beaucoup de rires ensemble. Santiago nous rejoint.

  • Nouveau très bon repas le soir dans le bar restaurant qui est en principe fermé. En allemand, Didier, nous a rejoint.

    Encore une magnifique journée.


6ème jour : Vendredi 11 avril  2025 : Nacimiento-Abla

Journée loufoque 🤡

 Labyrinthe en voiture pour essayer de sortir de Nacimiento ! Et essayer de longer le rio ! ⬆️↗️🚗⬇️↘️⬆️🚗⤵️↩️
Puis la voiture est égarée dans les rios, à travers des chemins défoncés : on est prêt pour le Paris-Dakar. On se perd après Doña Maria, on se croise sans se voir (je suis parti à la rencontre des autres par le rio, tandis qu’ils bifurquaient vers Doña María).
Belles vues embrumées sur la Sierra Nevada, ses sommets à plus de 2500 m, et les neiges.

  • – Martine perd ses bâtons : nous faisons demi-tour, Domino, Martine et moi, pour les retrouver : résultat nul
    Retrouvailles après Ocaña.

  • … Beaucoup d’eau dans le rio …

  • Nos éclopés vont mieux 💃🏽💃🏽. Derniers kilomètres sur la carretera.

  • Arrivée fraîche à l’hôtel réservé. Sommes assez déçus. Rien pour le linge, aucun lieu commun… Nous allons quand même pas trop mal manger. Et dodo rapide.


7ème jour : Samedi 12 avril  2025 : Abla-Hueneja

Temps pourri le matin. Petit déjeuner à l’hôtel et départ dans le brouillard.
J’accompagne tout le monde en voiture jusqu’au chemin dans le rio. Domino monte avec moi, nous accompagnons les 4 autres, jusqu’à une impossibilité de traverser le rio. Les prothèses électroniques non plus.
Domino et moi, nous allons jusqu’à Fiñana

 


Difficile de traverser à nouveau le rio. Il faut faire demi-tour par des petites routes… Mais nous nous retrouvons à Fiñana.

 

  • Domi reprend la voiture et va faire des courses. Nous 5, reprenons le chemin vers La Huertazuela qui s’avère plus facile que je l’imaginais…

🏔️ Montagnes de la Sierra Nevada à plus de 2500 m, couvertes de neige.

– Le torrent entre La Huertazuela et Hueneja a été évité (messages de Violeta, notre hôtesse du soir, pour nous prévenir du danger) : nous avons préféré passer par la carretera. Arrivées trempés… Mais c’est sympa de marcher sous la pluie.

« 🎶 I’m singing in the rain 🎶 »

😃 Et la belle récompense ! Accueil dans la grande, rustique, typique maison de Violeta. Hospitalité rêvée. Un bon poêle pour tout sécher… et un super repas préparé par Dominique. Le paradis !


8ème jour : Dimanche 13 avril  2025 : Hueneja-Alquife

  • La plus belle journée depuis le début, malgré le fait que le ciel soit couvert. Nous quittons avec regret la maison de …

– Tout le monde part à pied, sauf moi qui prends la voiture jusqu’à Dólar. J’accompagne tout le monde jusqu’à un moment où la voiture ne passe plus.

 

Je pars à Ferreira, je dépose la voiture et je vais à la rencontre des autres. Nous nous arrêtons dans un bar à l’entrée de Ferreira.

– Yves n’est pas bien. Il prend la voiture avec Véronique.

Les 4 autres, nous grimpons pour arriver au point de vue sur La Calahorra et sa forteresse. Dommage, la météo est couverte… À La Calahorra, nous croisons une procession des Rameaux.

– Nous retrouvons Véronique et Yves plus loin sur la route d’Alquife et nous mangeons tous ensemble…

Je reprends la voiture avec Yves, toujours malade. On se retrouve tous les 6 près des mines de fer.

Yves reprend la route à pied et Domino monte avec moi jusqu’à l’auberge de Manuel, Lacho.

– Nous déchargeons. Arrive une violente pluie. Je vais chercher tout le monde dans Alquife. On s’entasse dans la voiture…

– Il fait très froid. Il y a d’autres marcheurs : un japonais, 2 suisses (Florence et Rémi), un français et un ou deux autres. Nous allumons un feu, mangeons ensemble et nous nous couchons. Je suis complètement crevé… et mon moral est médiocre à cause de la pluie et du froid.

– Je lis quelques pages d’un livre que j’ai acheté sur Bach. Ça fait du bien… Je suis un peu triste de n’avoir pas participé aux fêtes des Rameaux.


9ème jour : Lundi 14 avril  2025 : Alquife-Cogollos de Guadix

Tranquillement. Manuel nous a préparé le desayuno. Je discute avec Florence, une Suissesse de Lausanne.

– Tous les cinq partent, pendant que moi je prends la voiture jusqu’après les mines de fer. Eux continuent en direction de Jerez de Marquesado, face à la Sierra Nevada sous la neige.

  • Les 5 marcheurs ont encore eu des difficultés avec la traversée de rios dans le ravin qui précède Jerez. Heureusement, il y a un pont…

Nous nous retrouvons à Jerez et et nous prenons un pot tous ensemble.

 

– Je repars avec Domi en voiture jusqu’au lac de Cogollos. Le ciel se couvre. Il fait froid et il y a un vent violent. Au col, la température est inférieure à 5 degrés. Dans la descente, une petite pluie glacée. La vue sur la Sierra est bouchée.

Domi et moi reprenons la voiture jusqu’à La Hacienda de Marquesado vers 13h30 : c’est super. Les autres arrivent à pied, frigorifiés. Nous nous retrouvons pour manger. Puis c’est la sieste.

– le soir, nous allons en voiture jusqu’à Guadix (en deux fois, avec Yves au volant). Après un petit tour en ville, nous allons manger dans un très bon restaurant.

  •  

    Retour la nuit vers 20h. Nous arrivons à nous casser à 6 dans la voiture !


10ème jour : Mardi 15 avril  2025 : Cogollos de Guadix-Guadix

Journée exceptionnelle.

  • Moins de 4° en partant le matin. Vent glacial. En plus, le chemin qui rejoint le Camino est barré par un rio. Obligation d’un détour de plus de 2 km. Quelques jolies vues sur la Sierra.

  • Ça va mieux dans le ravin quelques kilomètres avant Guadix.

La voiture passe sans souci. Arrivée sur les cuevas de Guadix, petit tour sur le mirador. Il y a du ciel bleu entre les nuages !

  • – En voiture, c’est un casse-tête pour arriver à la Casona de la Luz, chez Gabi, où nous allons tous loger.

    – Le soir, nous allons assister à un extraordinaire spectacle : une de ces nombreuses processions de la semaine sainte andalouse.
    Paco, membre actif, très actif même, de l’association Mozarabe locale, est venu nous rejoindre et il nous explique quelques aspects de cette fête.

  • 😲 Je suis impressionné par cette capacité espagnole de vivre collectivement et de fêter (ou célébrer) ensemble, enfants, ados, tout le monde, de tels événements, même si on ne partage pas les convictions religieuses. Folklore sans doute, convivialité et solidarité certainement ! On est loin de notre individualisme et « cérébralisme » français. Il me faudrait passer quelques années en Espagne pour me désintoxiquer !


11ème jour : Mercredi 16 avril  2025 : Journée de repos à Guadix

  • Journée de repos. Les uns et les autres vont se promener en ville, pendant que je reste à Casona de la Luz.

    Nous mangeons tous ensemble à notre hébergement. Véronique et moi allons chercher Sylvie et Éric, nos voisins de Voreppe, à la station des autobus.

  • Vers 18h, nous retrouvons Paco devant la cathédrale. Malheureusement nous ne pouvons pas la visiter, en raison de la préparation des processions. Il nous explique quelques points de l’histoire du Mozarabe.
    Nous allons boire un pot dans le café de la belle place centrale, là où nous avions mangé hier soir.

    Ensuite nous montons, sauf Sylvie qui est fatiguée, à Nuestra Señora de las gracias, dans les Cuevas, pour assister à une nouvelle magnifique procession. Nous l’accompagnons jusqu’au château.

  • Soirée paella tous ensemble chez Gabi.


12ème jour : Jeudi 17 avril  2025 : Guadix-Baños de Graena

dernier petit déjeuner chez Gaby.

Tous les cinq partent en traversant la ville, tandis que moi je pars en voiture directement à Purullena. Au passage je prends deux auto-stoppeurs marocains.
À Purullena, je pars en direction de mes compagnons, en passant par le défilé et son fameux poteau. Plaisir de marcher dans la forêt.

Je retrouve tout le monde au début de la forêt, à la fin de la montée qui arrive de Guadix.

Retrouvailles avec le plus célèbre poteau du Mozarabe

– Nous marchons jusqu’à Purullena et nous nous arrêtons dans un bar.

  • Domino reprend la voiture pendant que nous traversons le village, et puis nous allons jusqu’à Marchal.

  • Elle nous rejoint là-bas pour pique-niquer ensemble.

  • Derniers kilomètres toujours aussi beaux avant d’arriver à l’hôtel de Baños de Graena.

  • Le soir nous allons tous manger dans un excellent restaurant. Joyeuse soirée dans un restaurant bruyant et plein de vie espagnole.


13ème jour : Vendredi 18 avril  2025 : Baños de Graena-La Peza

  • Une fois de plus, je conduis la voiture jusqu’à Graena, puis jusqu’au départ du chemin parmi les vignes.
    – Je dois faire un grand détour pour retrouver mes 5 marcheurs. Domino reprend la voiture dans la jolie descente et remontée au-dessus de La Peza.

  • Nous pique-niquons et faisons la sieste sous le Soleil ☀️

  • – Tous redescendent, tandis que je reprends le volant. Hébergement dans la cour de l’école. Nous sommes accueillis par Fermin qui semble être un apprenti hospitalero.

    J’écoute la première partie de la Passion selon Saint Matthieu, de Bach, après avoir comparé des versions. Ai choisi Gardiner 1988

    Repas tous ensemble. Il y a aussi dans le gîte des allemands et des espagnols.


14ème jour : Samedi 19 avril  2025 : La Peza – Tocon de Quentar

Le chemin est court aujourd’hui. Mais la météo est mauvaise.

Après le petit-déjeuner, nous partons sur la ligne de crêtes. Puis je reviens en arrière pour faire des courses à la panaderia.

– En voiture, je prends la route de Tocón, puis je pars à la rencontre des 5 autres marcheurs. Pluie, vent violent : ils l’ont eu dur !

 

 

 

 

Nous montons jusqu’au col. Domi a repris la voiture.

Je reprends la voiture pour aller jusqu’à Tocón. Paco nous attend. Je repars une nouvelle fois à la rencontre des marcheurs.

Une peregrina espagnole s’est jointe à nous : Helena.

– Il fait très froid. Après un repas rapide et des siestes, plusieurs d’entre nous descendent faire des courses à Quentar.

Grosse discussion pour savoir quel est le nom exact de cet animal croisé : Isart ? Chamois ? Chevreuil ? Dahu ?

Le soir nous terminons par un délicieux repas auprès du feu. Nous rions beaucoup.


15ème jour : Dimanche 20 avril  2025 : Tocon-Quentar

  • ❄️ La neige. Eh oui, le jour de Pâques, le 20 avril en Andalousie. La température est de 0° 🥶 et il faut encore grimper plus haut. C’est la preuve que l’axe polaire de la Terre s’est déplacé vers l’Andalousie : décidément, plus rien ne va sur notre Planète 🙃.

  •  

    – Petite route, puis grimpette à travers les bois pour retrouver le camino (Tocón est en effet à l’écart). La voiture doit faire le tour, mais c’est carrossable. Malgré le froid et la neige, c’est un beau chemin avec de jolies plongées vers le bas. Mais aucune vue sur la Sierra, naturellement.

 

– Après une jolie descente en zigzags, le chemin remonte jusque vers un point de vue bouché, puis continue, toujours sous la neige vers la carrière de craie où se situe le plus haut sommet du Mozarabe (1440 m). Mais nous sommes dans la brume.

3 d’entre nous redescendent en voiture, tandis que les 5 autres entament la longue descente, glissante parfois, jusqu’à Quentar. Hôtel confortable, pas cher.

Repas dans une chambre, siestes, promenades et soirée dans un restaurant de tapas.


16ème jour : Lundi 21 avril  2025 : Quentar – GRANADA

  • Ouf, le beau temps est revenu. Il reste 17 km jusqu’à Granada. L’une d’entre nous a de violentes douleurs du membre fantôme et préfère ne pas marcher. Nous nous séparons en deux (6+2), car la voiture ne peut pas accompagner les 6 marcheurs. La route ne croise qu’à un endroit… – Grimpette sans problème sur la rampe de 3 km et le long de l’aqueduc abandonné. Puis c’est la magnifique ligne de crêtes, avec la Sierra à gauche et d’autres montagnes à droite.

  • De mon côté, je pars à pied à la rencontre des 6 autres, à partir de l’autre extrémité. C’est là que j’apprends la mort de Jorge-François (le pape). Nous nous retrouvons avant l’exceptionnelle descente vers Granada. Oliviers, cuevas, monastère Sacromonte, vue sur l’Alhambra.

  •  

    – La voiture redescend par un autre côté et se perd dans les petites rues du centre ville et surtout dans celles de l’Albacin (avec notamment un passage de 1,80 m de large). – Nous dormons tous et toutes dans le monasterio San Bernardo où nous goûtons, une fois de plus, la sympathique hospitalité de la famille qui prend soin du lieu. Le monasterio est situé juste en face de l’Alhambra… 🎶 « Soirée dans Grenade » est le nom d’une pièce pour piano de Debussy, que je joue -mal-.

  •  

    —- 💃🏽Oui, en effet, Granada, c’est aussi la musique et le flamenco : il existe un météore musical 🎶 de 12 pièces absolument géniales d’Albeniz nommé « Iberia » dans lequel sont évoqués de nombreux quartiers de Granada : œuvre d’une virtuosité étourdissante ! À écouter dans l’interprétation d’ Alicia de Larrocha-. 🤫 Et si je vous confiais que l’un des moteurs qui m’a poussé vers le désir de découvrir le Mozarabe, c’est cette œuvre d’Albeniz, me croiriez-vous ?…


17ème jour : Mardi 22 avril  2025 :  JOURNÉE à GRANADA

  • quatre d’entre nous sont montés visiter l’Alhambra

 


 Véronique et moi, nous allons boire un pot avec Sylvie et Éric, en centre-ville. Ils repartent vers Malaga.

– Nous faisons un peu de shopping dans la ville de Granada. Et nous nous arrêtons pour boire un thé dans une jolie maison, avec un un patio en bois.

 

Puis nous nous retrouvons les 6 autres, dans un super restaurant, Bongo. Le serveur, d’origine marocaine, est super sympa. Nous rions beaucoup tous ensemble.

– Dominique et Martine nous quittent à leur tour en fin d’après-midi.

Petit blues du soir.

 

– vers 21h30, Véronique et moi, nous sommes invités à une petite cérémonie de bénédiction des pèlerins à l’intérieur du monastère. Nous découvrons des merveilles.


18ème jour : Mercredi 23 avril  2025 :  Retour

  • C’est le retour.

    Nous prenons un petit déjeuner, les quatre restants (Yves, Dominique, Véronique et moi) dans le même petit bar d’hier, avec son patio en bois.

    – Puis c’est le départ en voiture jusqu’à Malaga. Belle route, mais tours et détours pour se repérer dans la grande ville. Nous nettoyons la voiture et nous la retournons à l’agence de location.

    – navette, retrouvailles avec Sylvie et Éric, queue pour l’enregistrement. Derniers adieux avec Dominique Gorse qui part de son côté vers Nice.

  •  

    Avion entre Malaga et Lyon sur Volotea. Je suis près du hublot. Il pleut à Lyon.

    – Bus jusqu’à Grenoble. Nous ramenons Sylvie et Éric à Saint-Égrève, malgré des problèmes de démarrage de la voiture.

    Et gros dodo.

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Idéalisme et idéologie

Idéaliste, Hegel ? En relisant mes notes depuis plus de 40 ans, je m’aperçois que j’ai toujours été retenu, voire agacé, par rapport à l’idéalisme (SAUF… Voir plus loin). Vous me pardonnerez, mais ce que j’écris est du premier degré (*).

 

🟠 Du point de vue philosophique, j’ai toujours préféré Aristote, l’analyste de la réalité naturelle et ancêtre de la logique et de la méthodologie scientifique, à Platon, l’amoureux des grandes idées et quelque peu méprisant à l’égard de la matière et du peuple (et à l’origine de nombreux dualismes pervers dans l’histoire de la philosophie et des religions). Bien sûr, je souscris à leur sens commun de la dialectique, l’un et l’autre : comment ne pas admirer Socrate ?

🟠 D’un point de vue socio-économique, j’ai animé un groupe de travail autour du débat entre le sociologue américain John Rawls (et sa théorie de la justice) et l’économiste indien Amartya Sen (auteur notamment de « L’idée de justice »). Le premier propose une sorte de société idéale qui finalement est impossible à réaliser, même aux USA. Le second se penche sur les problèmes réels (de son pays en priorité) qu’il propose de résoudre au cas par cas, en s’appuyant sur le principe de subsidiarité.

🟠 Du point de vue théologique, je préfère Moïse, descendant de sa montagne en colère, aux Hébreux qui adorent le veau d’or, c’est-à-dire l’homme de la Torah et de l’Alliance face aux idolâtres (idéalisme et idéologie ont quelque chose à voir avec l’idolâtrie et la magie). Je préfère aussi la théologie négative de Grégoire de Nysse, de Maître Eckhart, ou la spiritualité du Carmel, aux envolées lyriques d’un Bossuet (trompette de Louis XIV), d’un Dante (indépendamment de son fascinant génie poétique que je relis toujours, subjugué) ou aux réponses simplistes des thomistes (mais pas de Thomas d’Aquin, infiniment plus subtil que ses disciples).

🟠 Du point de vue musical, je suis bien plus sensible au lyrisme d’Alban Berg ou aux subtils silences de Debussy (lire Jankélévitch à ce propos) qu’aux grands développements musico-idéologico-politiques d’un Berlioz et de nombreux romantiques qui me laissent assez indifférents. En ce qui concerne les musicologues, Adorno et l’École de Francfort me paraissent beaucoup plus pertinents que les bavardages de Michel Onfray sur la musique.

🟠 D’un point de vue éthique, je préfère la casuistique jésuite à tous les moralismes de droite, de gauche, de dessus ou de dessous, même celui de Pascal, si admirable par ailleurs… Et je souscris volontiers (sans l’admirer) à la vision culturelle et artistique de Chateaubriand, malgré sa superficialité racoleuse et ses idées rétrogrades, qu’aux beaux romans moralisateurs de Victor Hugo. Pourquoi ? Parce que Chateaubriand regarde d’abord ce qui est (sorte de réalisme parfois naïf), tandis que Victor Hugo regarde, avec plein d’a priori, ce qui devrait être (avec le risque de solutions précipitées et simplistes aux problèmes de son temps). Qu’on ne s’y méprenne pas, ces écrivains sont extraordinaires. Je me situe par rapport aux présupposés (idéologiques, politiques ou existentiels) de leur écriture.

——–+

SAUF ? SAUF que je penche beaucoup plus vers Hegel (qu’on prétend idéaliste) que vers Kant et sa morale assez hautaine en fin de compte (même si j’admets qu’il reste très sage et qu’il la formule sous une forme qu’on pourrait appeler apophatique).

⭕ Pourquoi j’aime Hegel ? D’abord parce que quand on me pose une question ou un piège philosophique, j’aime renvoyer mon questionneur à un moment ou une figure de la pensée de Hegel. Ensuite, parce qu’il est mon plus fort appui de compréhension de la philosophie, en dépit des limites des représentations de son époque (notamment scientifiques). J’ajoute qu’il redonne au temps, à l’histoire, au « travail du négatif » et à l’Esprit, un poids ontologique que l’on trouve assez peu parmi les philosophes des Lumières et les révolutionnaires de 1789. Il y a quelque chose de la théologie négative chez le philosophe de Berlin, quoiqu’il l’intègre sous une forme dialectique extrêmement intelligente : dialectique bien plus puissante que celle d’Aristote. Je ne suis pas sûr que Marx l’ait si bien compris que cela… Même si la critique de Marx n’est pas sans bien-fondé.

🤚🏼 Cela dit, pour éviter toute idolâtrie ou tout préjugé, je contrebalance la pensée de Hegel avec celle de Bergson et des penseurs juifs du 20e siècle (Hannah Arendt par exemple), de Teilhard, de Whitehead et sa Process Philosophy, de la phénoménologie (Husserl surtout), de l’École de Francfort déjà citée (et de sa critique des Lumières et du Romantisme), des philosophes de l’écologie (Jonas, Morin, Isabelle Stengers, etc.), et bien sûr de la réflexion des scientifiques et des philosophes des sciences… Et je n’oublie pas la théologie et l’exégèse scientifique, qui représentent les lieux du plus grand bouleversement théologique chrétien et juif depuis le 13e siècle, voire depuis les origines du Christianisme dans un contexte juif.

Car ce qui manque dans la pensée de Hegel, ce sont d’une part le mystère des relations interpersonnelles qui est à la base de ma propre pensée, d’autre part un socle scientifique, biologique et cosmologique solide, enfin une confrontation avec les horreurs de la guerre et des génocides dont le 20e siècle a été le témoin.

—- merci d’avoir eu le courage de lire cet article jusqu’au bout. Je rappelle qu’il ne s’agit que d’un premier degré de réflexion. Vous la retrouverez, plus développée, sur mon blog personnel et dans mes livres futurs.

—- Illustration : Le veau d’or, de Chagall (un de ses thèmes favoris) —

(*) Dans mon prochain livre (tome 2 des investigations trinitaires), je développe ma propre méthodologie concernant les degrés analytiques d’une réflexion pertinente. Patience : ça arrive.

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Camino Mozarabe (1) : d’Almeria à Nacimiento

drapeau andalou

En Mai et début Juin 2019, j’ai eu l’occasion de marcher sur le « Camino Mozarabe », entre Alméria et Cordoba (Cordoue) en Andalousie, durant 30 jours. Ce fut l’occasion d’une marche seul : je n’ai rencontré que deux ou trois fois un autre marcheur. Pas une goutte de pluie, quelques nuits à la belle étoile, des paysages à couper le souffle. Je reprends ici les notes prises et mises sur le site de mon réseau personnel, dans l’ordre où elles ont été rédigées. Bonne lecture.

NB. Pour découvrir encore plus de photos en format original,
et si vous désirez en télécharger quelques-unes, CLIQUER ICI


Prochain départ sur le Camino (Avril 2019)
Dans un peu moins d’un mois, je pense repartir marcher sur le Camino. Deux options se proposent :
– Soit partir d’Irun, sur le Chemin du Nord, en longeant le Golfe de Gascogne. Très beau sentier, m’a-t-on dit, mais qui risque d’être très encombré… et depuis ces dernières années, j’ai pris goût à marcher tout seul des journées entières.
– Soit suivre le « Mozarabe », à partir d’Almeria, en Andalousie. Là, le souci est la chaleur, le désert et le peu d’hébergements, ce qui me conduira à dormir dehors, souvent.
RAPPEL : en raison de mon handicap, je ne peux marcher que 15 km par jour, à 2 km/h, au risque de m’abîmer le moignon et de m’épuiser inutilement. J’AVOUE avoir une préférence pour le second. Vous serez informés de ma décision.

CAMINO : DÉCISION PRISE
– Voilà : le 20 Mai, je prends l’avion (puis le bus) direction ALMÉRIA (en Andalousie) et je m’engage (risque) sur le Camino Mozarabe et essaie d’aller jusqu’à Cordoue. Mes appréhensions a priori : —– La météo (chaleurs paraît-il) —– Des étapes longues qui m’obligeront à dormir dehors – – Jamais au cours de mes 6 précédents départs sur le Camino, je n’ai reçu autant de soutiens, de recommandations, de propositions d’aide, de témoignages d’amitié que ces jours-ci, avant mon départ vers Almeria ! C’est extraordinaire !!! et encourageant….


LE VOYAGE
Voyage de Grenoble à Murcia, en passant par Lyon St Exupéry et Valencia.
– ? Dans l’avion, un petit Boeing 717 de Volotea, je n’ai rien vu (j’étais au fond, loin des hublots, juste à côté des réacteurs) : pas cher, mais le strict minimum.
– De Valencia, je n’ai rien vu non plus, sinon la très belle gare.
– Le train de Valencia à Murcia est interminable. Mais on traverse de jolis paysages et ça tchatche tout le temps (surtout les femmes), et pas très discrètement !

– Murcia : petite ville sympa où les passants marchent moins vite qu’à Grenoble, avec de belles rues piétonnes, mais peu de passages piétons !… et pas de femmes voilées et peu de vélos.

– Je dors à l’auberge jeunesse. Serré dans un petit dortoir. Le soir, un jeune musulman asiatique étale son tapis entre deux lits, à côté de moi, et « fait » sa prière, tout fort. Difficile de bouquiner.

Et ce mardi (21), je poursuis jusqu’à Almeria.

 

 


 

Gare de Valence

MURCIA

 

Camino Mozarabe (1) : Almeria (21 Mai)
Il reste un bout entre Murcia et Almeria. La compagnie ALSA m’y emmène pour quelques euros. Je préfère l’autobus au train.?
Toutefois, la dame espagnole assise à côté a téléphoné durant 1 heure et demi !

➡ Nous traversons de magnifiques paysages… jusqu’à une cinquantaine de km avant Almeria : là, ce sont de vastes espaces couverts de serres à l’infini. On dirait une mer blanche -fruits et légumes pour toute l’Europe-.

➡ J’arrive à Almeria vers 13h30, et suis accueilli par Ruben, dans une « guesthouse » du vieil Almeria. Petite chambre à 2 lits, tout pour boire et manger.
… et surtout, une terrasse extra qui domine tout le quartier, qu’on croirait extrait d’une ville marocaine (sans minarets). Il y a une superbe vue sur l’Alcazar, la forteresse qui domine la cité.
– La sieste s’impose sur cette terrasse : c’est un vrai paradîîîîiiiiiiiiiis

 

➡ Mais la cerise sur le gâteau, c’est Nely, de l’association des amis du Mozarabe. Accueil très affectueux, joyeux et en même temps longuement explicatif ; un tour à la citadelle, en ville et un partage autour de tapas et boissons dans un resto.
– Petit souci : mon espagnol est très balbutiant, mais Nely se fait assez facilement comprendre…

– Il ne fait pas trop chaud. C’est prometteur pour la marche. Il manque juste un piano pour jouer quelques extraits d’Iberia, d’Albeniz… ?

 

La cathédrale

L’Alcazar d’Alméria

 

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Camino Mozarabe (2) : Almeria -Rioja (22 Mai 2019)

Ce matin, je pars un peu après 7h.
➡ La nouveauté, c’est que, suite aux conseils de Philippe, président d’ADEPA (l’association des amputés), je ne marche plus avec des béquilles, mais avec des bâtons de marche.
– Avantages : plus léger et mieux adapté à une marche naturelle.
– Inconvénients : dans l’avion, ai dû payer un supplément.
➡ Personne dans les rues. Les balises du Camino sont faciles. Merci à l’Association.
➡ Vers la sortie de la ville, grosse surprise : Nely me rejoint. Elle a calculé l’endroit où j’étais. Elle a oublié de signer la crédentiale et me donne des dernières recommandations. Et je repars, le cœur joyeux.

➡ Quitter Almeria est long. Mais bientôt, le chemin descend dans le lit d’une rivière asséchée sur lequel je vais cheminer durant plusieurs kilomètres.


– Il y a juste un détour vers le village de Pechina. Le temps d’une pause.

➡ Vers 11h, le Soleil commence à taper. Je marche dans la poussière de la rivière asséchée, sans un poil d’ombre. Heureusement, il y a un petit vent frais.

➡ Rioja, vers 13h30. J’ai marché 15 km. L’albergue municipal est un donativo. On y accède par un code que m’a donné Nely. Je suis tout seul.
– Après midi : douche, sieste, écrit, balade dans le village
. Il y a une piscine au donativo… Mais elle est vide ! ?
– Pas de problème de moignon pour l’instant, mais je suis sur mes gardes en raison de la chaleur.

? PS. J’apprends que dans « Game of thrones », c’est finalement un handicapé gardien de la mémoire (Bran) qui l’a emporté : pas une mauvaise idée !

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Camino Mozarabe (3) : Rioja-Santa Fe (23 Mai 2019)

Aujourd’hui, petite étape entre Rioja et Santa Fe de Mondujar.
➡ Je pars tard, m’arrête pour un desayuno, mais le trompe de chemin à la sortie de Rioja.
– Demi tour. Je ramasse une orange ? sur le bord de la route : infecte, je la recrache. J’en cueille une autre sur un arbre : excellente ! Ai compris la leçon.

➡ Décide de faire un crochet par le village de Gator.

Un temps de silence dans l’église, tapas et jus d’orange dans un bar…
… et je repars. Il est 13h, ça tape, mais il y a toujours un vent frais venu du sud.
– Je marche sur une jolie route déserte, le long de belles propriétés et des arbres en fleurs.

➡ Petite pause sous un arbre.? Mauvaise pioche : je m’assieds dans une espèce de glue collante qui imprègne tout le short, puis les mains et tout ce que je touche !
– Me voici contraint de me changer entièrement !


➡ Les paysages sont de plus en plus sauvages et déserts. La Sierra est là. Magnifique.
– J’arrive à Santa Fe de Mondujar vers 15h. Joli village à flanc de montagne. 10 km de marche avec le crochet par Gator.
– Le logement, « El Olivo y la Naranja », est confortable, bien aménagé, mais il n’y a rien dans le frigo, ni dans les armoires…
Tant pis, quelques courses, une bonne douche, la siesta et la tranquillité du soir.
– Je suis tout seul. Il paraît qu’il n’y a qu’environ 200 peregrinos par an, moins de 1 par jour…

 

 

Camino Mozarabe (4) : Santa Fe-Alboloduy (24 Mai 2019)

L’étape d’aujourd’hui est longue.
Mais extraordinaire.

➡ J’ai quitté Santa Fe juste après 6h. Cela commence par une longue grimpette par une petite route tranquille. Puis une descente jusqu’à la disparition du bitume.
– Le Soleil se lève, mais voilé. D’ailleurs je le verrai peu dans la journée.
➡ Puis commence une longue montée sur une piste. La nature est dépouillée : on est comme dans un « reg » (cf mots croisés !)
– Peu de faune, sauf quelques insectes. Et un immense silence…

➡ Arrivé en haut, surgit une descente abrupte. Je descends prudemment, prudemment… et je savoure la qualité des sandales keen achetées bien cher ! … très efficaces pour accrocher le sol, même sur les cailloux.
– Depuis mon expérience sur le Camino, je préfère les montées aux descentes : les horizons s’ouvrent, la démarche est fluide, on respire et transpire. Dans les descentes, les coups du sol sur la prothèse remontent le long du dos et cassent les genoux !

➡ Nouvelle montée plus cool, avant une jolie descente jusqu’au village de Alhabia. Une pause café.

➡ Le chemin repart en longeant le lit d’une rivière asséchée. On entre dans un « parque natural ». 7 km sur une petite route goudronnée où je ne croise personne.
– Montagnes et falaises rocailleuses : pas d’eau, pas de cascades !
– Heureusement, il y a de nombreux orangers… et je ne m’en prive pas. La cure ! Trop bonnes, les ?. Et puis il ne fait pas chaud.
Mais on peut imaginer l’été !

➡ Le village d’Alboloduy apparaît par surprise au détour d’un virage : j’y arrive vers 14h30. C’est là que je dors, dans un donativo tenu par les Amis du Mozarabe. Francisco m’accueille : son espagnol est difficile à comprendre, mais l’information passe. Il est très attentif.
Cette fois, il y a ce qu’il faut dans les armoires et le frigo. Décidément, les Amis du Mozarabe sont très à la hauteur !

– Le bourg d’Alboloduy est flanqué sur un coteau qui grimpe vers la montagne. Je m’y promène, parcours les petites rues. Il est typique et splendide…
➡ 2 peregrinos allemand(e)s viennent me rejoindre. Mais chacun son dortoir !
▶ Aujourd’hui : 15 km, dont presque 500 m de dénivelé montant… et descentes acrobatiques.

 

 
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Camino Mozarabe (5) : Alboloduy-Nacimiento (25 Mai 2019)

Dure journée !
– Le matin pourtant est prometteur. Petit déjeuner sur la terrasse avec les allemands, Brigita et Wolfgang. Adieu à Francisco.
Quelques dernières photos du magnifique village d’Alboloduy… et à 8h, c’est le départ.

➡ Pendant 2 km, on longe la rivière asséchée, puis on entre dans un canyon.
– Indication douteuse : un chemin part à gauche. Ce n’est pas le bon. Des chiens aboient ? : ça résonne dans tout le canyon pendant plus de 10 minutes. Pénible !
➡ Et bientôt, après la traversée d’un filet d’eau, c’est une rude montée par la droite. Au début, ça va. Puis le sentier continue à flanc de montagne, au-dessus du vide !
… Suis pris de vertige.

—————
Explication : quand on est amputé d’une jambe, le handicap manifeste aussi des symptômes ignorés ♿ :
▶ D’abord l’équilibre beaucoup plus instable.
▶ Ensuite, le centre de gravité du corps est déplacé plus haut.
▶ Enfin, il y a la difficulté de la marche « à devers » où la prothèse sert de point d’appui. En l’occurrence, elle est du mauvais côté.
➕ À cela, s’ajoute le traumatisme de la mort de mon frère JM lors d’une chute dans les Pyrénées.
✔ Tout cela explique mon soudain malaise.
—————

➡ Je franchis un 1er passage vertigineux, assis sur les fesses.
– Ai trop la trouille : je décide de m’engager dans une cheminée qui rejoint une route plus haut.
Pas de bol : cul de sac ! Je tente d’escalader. Trop dangereux. 1/2 tour.
⚠ Comment faire face au vertige ? Je reprends le sentier du Camino. Nouveau passage vertigineux.
– Je suis terrorisé : j’avance en rampant contre la paroi, en m’accrochant aux pierres et aux plantes… en priant, les yeux fermés !
OUF, je passe, non sans écorchures et épines (la végétation méditerranéenne n’est pas douce !)

➡ Le sentier rejoint la « carreterra » : longue pause pour retrouver mes esprits. Respiration, transpiration, expiration, inspiration, spiration… L’esprit est structuré au corps, pas en dehors (une vieille conviction personnelle qui m’a toujours rendu réservé à l’égard des « spiritualistes » et tout ce qui est « mentalisme »).
➡ Le Camino suit la route. Je croise un troupeau de chèvres ? et de moutons. Les bergers m’indiquent le chemin.

– On traverse un très beau plateau coloré. Puis le chemin redescend dans un canyon par un large sentier. Un peu de faune : gros lézards, serpent ?.

➡ Enfin je chemine au milieu d’une forêt de bambous jusqu’à Nacimiento où j’arrive vers 15h30.

– Je suis accueilli comme un prince : bière, plato combinado bien fourni ; une chambre individuelle.
– Sieste, le soir une bonne soupe de légumes… Et je regarde la Finale de la Copa del Rey, où je savoure la défaite du Barça contre Valencia.
➡ Quelle journée !

Camino Mozarabe 2 : de Nacimiento à Guadix

 

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Opinion, fait, incertitude

Opinion, fait, incertitude (et herméneutique). Lors d’une réunion philosophique que j’animais, l’un des participants est intervenu pour affirmer : « rien n’est réel, tout n’est qu’affaire d’opinion »… Ce sur quoi je lui ai répondu : « on m’a coupé la jambe, j’ai de temps en temps des douleurs fantômes (ce n’est pas marrant). C’est un fait réel, pas une opinion ». Les faits sont irréductibles. Il m’a été répondu que j’étais un sale type dogmatique, car tout n’est qu’objet d’interprétation. Absolutisme objectif !

Seconde anecdote : j’explique à un proche, ingénieur de formation, qu’aucune expérience scientifique n’est sûre à 100%. Il me répond que s’il trace un point sur le sol et qu’il lâche une balle dessus, à la verticale, il est sûr que la balle va tomber sur le point. Je lui ai expliqué que non : je peux donner un coup de pied dans la balle au cours de la descente ; il peut se produire une secousse sismique dans la demi-seconde où il lâchera la balle (probabilité de 0,00001 % sans doute) ; un météorite peut tomber sur la maison juste à ce moment (0,0000000001 %) ou un missile (plus probable !). Ici je ne passe plus pour un dogmatique, mais pour un méchant critique.

Absolutisme subjectif ! Me voilà mal barré ! En fait, comme je l’expliquais à mes étudiants autrefois, sans calcul d’incertitude, une expérience physique n’est pas scientifique.Le problème de mon premier interlocuteur, c’est l’idée selon laquelle l’incertitude amène à une « interprétation »… que lui-même a traduit par « opinion ».

Le fait que toute expérience est soumise à une incertitude, même infime, ne signifie pas que la réalité n’est qu’affaire d’opinion. Cette idée, typique d’une sensibilité autiste, a actuellement beaucoup de succès : certains parlent de vérité alternative, la plupart du temps quand la réalité des faits les dérange et quand une interprétation particulière ou complotiste les arrange.

Malheureusement, en ces temps de bavardage conspirationniste et individualiste, les contempteurs des sciences montent en puissance. Les exemples pullulent. En voici un : alors que je donnais un cours sur l’évolution naturelle dans un lycée juif fondamentaliste, plusieurs élèves m’ont dit qu’ils apprendraient volontiers ce que je leur expliquais (ils étaient gentils), mais qu’ils n’y croyaient pas du tout. Ils estimaient que le rabbin traditionnel qui devait intervenir quelques jours plus tard dirait la même chose qu’eux, et que lui au moins était crédible.

Récemment je découvre que la Turquie va désormais enseigner que l’évolution naturelle est une théorie non prouvée, et elle va remplacer les résultats scientifiques par les interprétations plus vraies des imams.

Un jour, un jeune théologien, catholique lui, m’a tenu le même discours sur ce qu’il appelait la théorie de l’évolution. Je lui ai répondu que l’évolution était un fait scientifique établi par les géologues, archéologues, biologistes, généticiens, zoologistes… Ce qui est de l’ordre de la théorie, c’est l’explication (l’interprétation si on veut) qu’on en fait. Darwin a expliqué l’évolution à partir de la sélection naturelle des espèces dans le milieu environnant. C’est pour l’instant celle qui admet le moins d’incertitude. Mais fait et théorie sont deux choses différentes. Rien n’empêche de nuancer cette théorie, voire de la contester. Toutefois il faudra le démontrer par des arguments solides, rationnels et repérables. Les faits restent irréductibles.

Le doute sur les faits, sur l’objectivité, sur les théories scientifiques, et plus généralement sur le réel, est très inquiétant. Il est également imbécile de traiter de dogmatique quelqu’un qui se réfère à des résultats scientifiques prouvés et les préfère à des opinions racoleuses ou médiatiques. Ce n’est pas parce que les faits demandent une interprétation que leur théorisation est affaire d’opinion. Les sciences ont une méthodologie rationnelle qui rend leurs résultats compréhensibles par tous ceux qui la suivent : c’est ce qu’on appelle l’objectivité. Appelons-la inter-subjectivité si l’on veut. Si un processus scientifique intègre toujours un calcul d’incertitude (ou des hypothèses et des limites), cela n’a rien à voir avec une opinion ou une critique, au sens simpliste du terme. C’est juste une question de méthode. Et un de ses buts de la méthodologie scientifique est la réduction maximale de cette incertitude et la généralisation la plus certaine de ses résultats.

Il n’existerait pas de technologie sans cette reconnaissance objective des faits. On ne construirait pas des Airbus si on ne savait pas coordonner les savoirs et les compétences de 70.000 ingénieurs, si ce n’est plus. On n’expliquerait pas la variété des espèces animales et végétales s’il n’y avait pas des milliers de laboratoires qui cherchent, trouvent, démontrent, publient, sur toute la Planète, dans l’hypothèse de l’évolution naturelle… quelles que soient la culture, la religion, les idées politiques ou l’opinion des personnes, praticiens compris.

Trois malheurs : le premier malheur de beaucoup de politiciens et de religieux, ainsi que de nombreux journalistes, est leur incompétence scientifique. Le malheur dérivé est que beaucoup de gens les croient. Et le troisième malheur, c’est que certains en profitent.

Bien sûr, les sciences posent d’autres problèmes que je ne développe pas ici, mais gardons à l’esprit la trilogie irréductible : fait-incertitude-opinion, avec toute la complexité et le process qu’ils cachent, pour éviter de se fourvoyer dans des impasses et dans des perspectives simplistes et figées.

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Épopée de Gilgamesh

https://www.swisstransfer.com/d/0430904a-34fc-445a-9644-83afd793858f

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Accès à l’Épopée de Gilgamesh, version Martinu, suite rencontre au Salon de Musique.

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Réussite et échec, deux gros menteurs

Lorsque j’étais étudiant, j’ai eu le bonheur irremplaçable d’un professeur d’éthique exceptionnel. Aujourd’hui encore, son cours reste un arrière-plan de l’ensemble de ma réflexion morale. Il était plutôt traditionnel, pas traditionaliste, et il est devenu aujourd’hui une personnalité reconnue et parfois un peu crainte en Italie. Il m’a fait découvrir ce que sont les normes morales, les valeurs, l’obligation, la structure des vertus, la différence entre éthique et morale (que je ne reprends pas ici) et bien d’autres choses. Nous avons aussi parcouru l’histoire de la morale : dans l’Antiquité et au Moyen-âge, celle-ci est dominée par le concept de « bonheur ». Avec la chevalerie, « l’honneur » est essentiel au point que Dante a mis la traîtrise comme le pire des péchés. Avec la bourgeoisie et surtout avec Kant, c’est la notion de « devoir » qui devient primordiale.

Comme travail de fin d’études, j’avais travaillé sur le Traité de la Béatitude de Thomas d’Aquin, et j’avais fait remarquer à ce professeur que la vision du grand théologien médiéval restait très individualiste et que cela ne me convenait pas. Il m’avait répondu que ma remarque était justifiée et il m’avait mis une excellente note (un 16, si je me rappelle, note très rare de sa part). J’avais en tout cas la meilleure note des étudiants.

Ce qui est très drôle, c’est que j’ai toujours eu une allergie quasi physique à l’égard de toute morale et de tout moralisateur ! Je fuis les donneurs de leçons, les consultants et experts, comme la peste ! Chacun a ses contradictions !

Depuis cette époque, j’ai pu découvrir d’autres morales, d’autres éthiques, comme bien sûr des morales plus révolutionnaires ou plus sociales, et ces dernières décennies, plus écologiques ; l’éthique du travail revendiquée à la fois par le capitalisme, le communisme (mais pas forcément le marxisme), le protestantisme vu par Max Weber ; ou une éthique comme l’éthique de la responsabilité, version Hans Jonas ou Emmanuel Lévinas, qui a ma préférence. Cette éthique s’inscrit dans un contexte de contrat, d’où la responsabilité – c’est-à-dire de question-réponse -, et s’il y a une responsabilité naturelle, comme celle des parents à l’égard des enfants, elle demande à être librement choisie. Cela dit, même la morale de la responsabilité a ses limites. Lesquelles ? Voir ci-dessous.

Je n’ignore pas non plus la violente critique de la morale par Nietzsche, critique à laquelle je souscris en partie, à condition qu’elle soit considérée comme garde-fou et qu’on n’oublie pas que Nietzsche est un poète. J’ai aussi en tête la remarque de Kierkegaard selon laquelle une morale sans humour prive les humains de toute spiritualité. Je rappelle toutefois que Kierkegaard visait surtout la morale bourgeoise. Quant au libertarisme actuel, qui n’est pas une morale à mes yeux, il débouche sur le néant et la tristesse… Mais c’est un autre sujet.

Il est certain que faire de la morale l’alpha et l’oméga de toute réflexion philosophique, sociale, politique ou religieuse est là aussi plutôt triste. Aujourd’hui, il est désolant de s’interdire de rire pour diverses raisons comme celle de ne pas vexer telle ou telle catégorie d’individus ou telle communauté. Pourtant rire est essentiel. Mais il est prudent (belle vertu médiévale) de rire dans des contextes temporels et spatiaux adaptés. Comme handicapé physique, je ris volontiers de moi-même ou avec des amis handicapés proches, mais je me garderai bien de le faire face à une femme ou un homme qui vient de se faire amputer ou atteint d’une maladie invalidante récente ou incurable.

J’ajoute que ma référence ultime dans le domaine spirituel face à la souffrance et au mal, reste le petit traité de spiritualité de Pierre Teilhard de Chardin, « Le milieu divin ». Cet ouvrage recouvre à mes yeux tout système éthique qui aurait la prétention d’être universel et éternel. Petit traité à lire les yeux ouverts, avec la conscience de ses défauts naturellement, de son référentiel jésuite d’autre part, une fois qu’on a bien ri avec Nietzsche ou avec Francis Blanche par exemple.

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Martha Argerich

Bien : et qu’en est-il des valeurs dominantes d’aujourd’hui ? Suite aux JO, suite à la lecture de 90% de nos magazines, suite encore à la vision de nos journaux télévisés et de séries diverses, suite à l’écoute comique des experts en entreprise, on peut dire sans détour que la valeur dominante d’aujourd’hui est la réussite face à l’échec. Bravo à celles et ceux qui réussissent, malheur à ceux qui échouent… quand il n’y a pas un être sarcastique qui souffle : « s’il rate, c’est de sa faute ! ». Réussites et échecs sont relatifs à une échelle de valeurs qui place en idéaux des personnages reconnus qui donnent l’impression d’avoir « réussis »: riches, saints, beaux, puissants, intelligents, virtuoses, révolutionnaires, etc. Albert Einstein, Marguerite Yourcenar, Teddy Riner, Martha Argerich sont des personnages admirables, sans aucun doute. L’admiration devant de grands personnages est une attitude d’adolescent : nécessaire à tel moment de la vie, empoisonnante ensuite. Dans tous ces cas de figure, on oublie que le contexte socio-économique, la chance, la génétique parfois, le hasard aussi, tout autant que le travail, sont des paramètres qui expliquent en grande partie ces réussites. Inversement nombre d’échecs sont liés à ces mêmes paramètres, la chance en moins. Le philosophe de l’École de Francfort, Axel Honneth, y ajoute la reconnaissance… ce en quoi je partage son point de vue. Certains travaillent beaucoup, arrivent parfois à des créations inégalées, mais ne seront jamais reconnus. Et puis le travail est-il la valeur ultime de toute vie sociale réussie ?

Si la morale est un moyen de lutter contre le mal, contre les maux, il convient toutefois de rester très réservé à l’égard de ceux qui espèrent circonscrire l’origine des maux. Ça marche parfois. Nombre de malheurs sont aujourd’hui surmontés grâce aux progrès scientifiques, médicaux, sociaux, écologiques, sportifs, ludiques, voire intellectuels. Cependant tous ne le sont pas et certains ne le seront jamais. C’est le mérite du Livre biblique de Job, et de tous ceux qui se situent dans son aval, de le rappeler avec force : toute tentative de donner raison définitive au mal est vouée à l’échec. Même le dogme du péché originel, spécifique au Christianisme, n’y parvient pas. Même Paul de Tarse n’ose aller si loin. Même chose de la réflexion à moitié juste, mais naïve, de Leibniz. A fortiori, une morale fondée sur la réussite et l’échec paraît d’un ridicule affligeant face à Job, face aux tragédies qui sèment l’épopée humaine, face au malheur innocent, face à la vieillesse et à la mort.

Il ne s’agit pas de sombrer dans le travers inverse : celui de la fatalité face au malheur. Il sert souvent d’alibi pour se déresponsabiliser face à des maux ou des situations dans lesquelles on s’est soi-même mis ou sur lesquels on peut agir. La fatalité ou le destin ont aussi servi à des inquisitions religieuses ou à des magiciens pour s’arroger le droit de manipuler des esprits simples ou d’exercer des contraintes maléfiques sur des individus et des sociétés. L’équilibre à trouver passe par le procès de la raison analytique, une bonne dose d’esprit critique et un peu d’humour. Penser à Érasme par exemple, bon contrepoids à Calvin ou à Luther, quand ces deux-là étaient un peu trop fanatiques (pas toujours, heureusement) !

*

Maintenant peut-être voulez-vous savoir comment je dépasse ce couple mensonger réussite-échec ? J’ai plein d’idées qui me viennent à la fois du monde biblique, de la pensée philosophique (Hegel, Whitehead -un de mes penseurs de chevet-, Bergson ou Ricœur par exemple), des sciences ou simplement de l’amitié. En gros : et si on lisait sa vie non comme une série d’échecs et de réussites, mais comme une histoire à raconter. Une histoire où malheurs et humour se mêleraient (j’ai toujours songé que le souterrain entre tragédie et comédie est plus peuplé qu’on ne l’imagine). Oh, les évènements qui arrivent, qui nous arrivent, ne sont pas toujours drôles. Mais inscrits dans une histoire, un « process », écrit  Whitehead, ils drainent des contextes, des environnements, des temporalités et surtout des rencontres, qui colorisent et parfument les faits. Et surtout ils élargissent notre espace, nos sens et notre esprit. Oui, je le reconnais : ce n’est pas simple, loin de là. C’est pour cela que j’aime la Bible : non pour ses valeurs (bof !), mais pour son tissu d’histoires, pour l’étendue du temps, pour les amitiés et les combats, pour les nuits et les jours, pour les confiances et les trahisons surmontées, pour les cris et les rires, pour un Adonaï (le Dieu proche du peuple) beaucoup plus silencieux que bavard. Et il y a de quoi rire et de quoi pleurer, rager, aimer… Si, cher lecteur, tu ne le crois pas, je peux très facilement te le montrer. C’est aussi pour cela que j’aime toujours autant Teilhard : c’est parce qu’il fait de la terre, du temps et de la vie de chacune et de chacun, quelque chose de divin. Pas besoin d’être brillant et de réussir pour cela.

PS. Je n’ai pas ou plus d’admiration pour Teilhard ! Cela fait longtemps qu’il est descendu à mes yeux de sa sphère céleste. Je l’aime, simplement, avec son histoire, ses défauts, ses amitiés et ses qualités. Et je garde mon esprit critique…

 

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Six mots hébreux pour dire le silence

6 mots en hébreu pour désigner le silence.

J’ai relu dernièrement le livre d’une intelligence et d’une profondeur vertigineuse d’André Neher : « L’exil de la parole », sous-titré « du silence biblique au silence d’Auschwitz ». Cela faisait longtemps, depuis mes lectures de Hans Jonas, que je n’avais lu un ouvrage aussi abyssal.

André Neher explique, dans un chapitre sur la sémantique, qu’il existe 6 mots différents en hébreu pour désigner le silence. Mille excuses, c’est beaucoup plus développé dans les lignes du livre. Il donne au « silence » un sens dialectique, deux par deux, avant ensuite de tisser une réflexion entre chaque duo. J’y ajoute mes petites gloses personnelles quand son explication est beaucoup plus subtile que la mienne.

L’hébreu est une langue concrète. Il n’y a pas ou très peu de grande et belle abstraction. Il colle au réel.

  • דמה (Damô), c’est le silence des choses inertes, le silence de la mort. Mais aussi le silence de la nuit, du Cosmos, le silence des pierres. Neher ajoute que Damô est aussi celui de ceux qui parlent creux, de ceux qui parlent de choses qu’ils ne connaissent pas : notamment celui des amis de Job qui parlent à la place de Dieu (Adonaï) et qui sont encore pire que le silence divin lui-même. Peut-être aussi le bavardage de ces commerciaux qui essaient de vendre leur vide (ça, Neher ne l’écrit pas !).
  • שתק (Shataq) Il s’agit du silence du calme qui suit la tempête. Beaucoup plus rare dans la Bible. On peut songer au cri « Tais-toi » de Jésus aux éléments déchaînés sur le Lac de Gennesareth (même si Neher, comme juif, ne le cite pas). C’est aussi le silence qui suit la colère ou le silence après la guerre : je pense par exemple à ce formidable film d’Eisenstein, avec la musique de Prokofiev, « Alexandre Nevski », quand la caméra survole le terrible champ de bataille sur la glace où gisent les guerriers morts… après le bruit des armes et des chevaux.

Voir aussi le film Titanic avec ses corps flottants après le naufrage.

Ces deux silences sont du domaine de l’inertie. Le sans vie.

  • חשה (Hashô), rare mais empli de signification, correspond au silence de l’artisan, de l’ouvrier qui n’a pas terminé son œuvre et qui se refuse d’en parler. Il est aussi le silence du laboureur qui sème sa graine et qui attend la future moisson. C’est encore celui du sportif qui reprend haleine.
  • הרש (Harash) , très proche du précédent, représente un peu le silence du « suspense ». Il va se passer quelque chose, il va y avoir une énigme qui se dénoue. Mais là, pour l’instant, les acteurs sont suspendus. Neher propose l’image du silence de l’orchestre, juste après le temps de l’accord des instruments entre eux, et juste avant les premières notes d’une symphonie. Le chef entre, applaudissements, puis silence… André Neher fait le rapprochement avec le chaos qui précède la création du monde par la Parole, dans le Livre de la Genèse.

Ces deux silences représentent plutôt ceux de l’énergie, ceux qui annoncent une création, quelque chose de nouveau.

  • Le cinquième silence, אלמ (Âlâm ou Ilâm) est celui de l’homme muet. Non muet de naissance, mais muet parce que volontairement il se tait. Il joue à être muet, ajoute Neher. Ceci lui permet de se cacher : « j’avance masqué », écrivait Descartes. Ici transparaît tout l’univers du théâtre et du spectacle : je joue avec ce que je sais et ce que je ne sais pas. Il y a un public. Comment l’acteur va-t-il le rencontrer ? Signe sans doute de la liberté de l’esprit et de sa créativité.
  • Le sixième silence est celui de l’attente et de l’espérance : חסהר פּנים (Hastër Panim). À la différence du chef d’orchestre qui, dans le silence qui précède la symphonie, sait ce qu’il va produire, ce silence de l’espérance est celui de l’écoute de l’autre, l’écoute de l’infini personnel : on ignore la réponse. Silence de la surprise, de l’étonnement, celui qui précède l’émerveillement face à l’autre sujet (ça, c’est moi qui interprète !). Le thème est central dans le Judaïsme : le Judaïsme ne se fonde pas sur une foi ou un savoir (« je crois » ou « je sais »), mais sur « Écoute Israël », le « Shema Israël ». Ici le plus important, c’est le rapport « Je-Tu ». J’écoute, j’attends non pas un son, une idée ou une musique, mais la parole de l’autre. L’Autre absolu est naturellement le divin, Dieu, Adonaï, avec qui la relation n’est pas philosophique, le « Je-On », ou le « Moi-Idée », mais elle est dans le « Je-Tu » : et chacun écoute en silence, prie, renonce à sa toute puissance et à son ego, Adonaï compris. Les références bibliques sont ici très nombreuses. L’idée d’une toute puissance et d’un tout savoir divin est anéanti. On peut relire aussi l’hallucinant petit livre de Hans Jonas : « Le concept de Dieu après Auschwitz ».

On aura compris que ce dernier couple est celui de la rencontre, de l’amour et de la haine, du hasard et du jeu, du dialogue entre sujets. J’ai été amusé par l’analogie proposée par Neher entre le duo dans la musique et le dialogue. Un duo est un contrepoint, une dualité de deux mélodies parfois très différentes, au sein d’une harmonie globale. Le dialogue, quand il est chargé d’écoute et d’espoir, peut traduire des différences, en vue d’une rencontre dont on ignore la forme et le contenu… Une rencontre possible, mais jamais certaine, vers l’avenir.

Neher essaie de montrer que ces silences (deux par deux), conjugués entre eux, se déclinent sur les plans psychologiques, mais aussi historiques et métaphysiques. Il n’hésite pas à écrire que la Bible, voire les Targums, les Midrashs, les interprétations, ne sont pas la Parole de Dieu, mais le Silence de Dieu. Naturellement, le silence, la nuit et le brouillard d’Auschwitz viennent à l’esprit : on ne peut que se taire devant cette abomination. Non seulement Dieu est mort, comme l’écrivait Nietzsche, mais l’Homme (avec un grand H) est mort dans les camps d’extermination : fin de l’humanisme et des rêves prométhéens. Toutefois à la différence de Sartre qui disait que le silence de Dieu est la preuve qu’il n’existe pas (Je-On, ou Je-Il), Neher plonge sa méditation sur l’exil et l’éclipse de Dieu, vieux thème juif et mystique (le « Je-Tu » qui appelle au silence de l’écoute et de l’espérance, au cœur même de la pire des tragédies) : il n’y a pas de réponse (ou au minimum pas de réponse immédiate et facile), il y a des questions. Il y a l’irréductible question de Job : Pourquoi ? Les survivants ne parlent pas. Une fois les acteurs rescapés disparus, seuls les héritiers commencent timidement à parler : c’est ce qui s’est passé autour du cauchemar des camps de la mort. La vie reprend son souffle (*).

Neher relit encore ce récit hallucinant du Prophète Élie sur la montagne : Adonaï n’est ni dans la tempête, ni dans le bruit ou les flammes, ni dans les tremblements de terre, mais dans le silence d’une brise légère. L’espérance contre tout désespoir ?

J’avais lu ce livre, jeune, juste après des années de maladie, et je me rends compte à quel point il m’avait marqué à l’époque. « Le bien ne fait pas de bruit, le bruit ne fait pas de bien », m’avait dit un vieux sage, il y a plus de 40 ans. Le mal, malheureusement, est très bruyant au point d’étouffer la parole. Heureusement, dans le gradient qui va du silence au bruit, il y a la place pour la musique et la parole. Et la vie triomphe de la mort, à son rythme.

Que les lecteurs me pardonnent d’écrire tant de lignes sur le silence. Merci.

(*) Cela dit, je marche sur des œufs en écrivant cela. Je ne suis pas juif. Par chance, je suis né la génération suivante… mais mes paroles restent prudentes.

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