Régulièrement, j’écris des articles (« posts » dans le jargon de Facebook) théologiques, politiques, philosophiques -épistémologiques- qui semblent ne pas être lus. Le symptôme est dans le fait qu’il n’y a pas de commentaires et encore moins de réactions. Facebook n’est peut-être pas le bon médium pour cela, quoique certains longs articles provoquent par ailleurs des débats parfois peu délicats des commentateurs les uns envers les autres.
C’est le lot de n’être pas médiatiquement connu. Ici sur le blog, je remets toutefois ces articles.
-1- Citer un texte biblique
🏕️ De mon balcon théologique : la méthode qui consiste à extraire une phrase d’un auteur pour appuyer une thèse ou énoncer une idée générale est un procédé imprudent, voire douteux et parfous exaspérant. Sauf cas particulier (). C’est encore pire quand il s’agit de la Bible. Une citation est toujours écrite dans un contexte socio-politique, littéraire, sémantique et « systémique » (* – c’est mon dada 🐴).
Prenons deux exemples tirés du procès de Jésus face à Pilate dans le quatrième évangile. Ce procès dans l’évangile de Jean est ESSENTIELLEMENT POLITIQUE, ce qui est moins sensible dans les autres évangiles.
(1) « Mon royaume n’est pas de ce monde-CI ». J’ajoute le démonstratif à dessein. Il est souvent oublié. Face à Pilate, Jésus explique que son royaume n’est pas celui des armées (romaines en l’occurrence) : versets suivants dans l’évangile de Jean, mais celui de la vérité. Non une vérité philosophique ou scientifique, mais une opposition au mensonge et une référence à la personne de Jésus. Pilate, formé sans doute aux philosophies grecques sophistes, n’a rien compris. Du reste, dans l’évangile de Jean, , il affirmera 3 fois l’innocence de Jésus.
🙄 Rien à voir avec l’idée d’un royaume au-delà, dans un espace imaginaire, spiritualo-céleste, coupé de notre réalité physique, politique et historique. Idée malheureusement trop souvent exposée qui relève plus de la gnose et du manichéisme que de la Bible.
(2) « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, s’il ne t’avait été donné d’EN HAUT ». Et hop, on traduit que tout pouvoir vient de Dieu (ce qui n’est pas dans le contexte du procès), proposition qui a justifié nombre de théocraties et de cléricalismes… Or il s’agit ici du pouvoir de César, clairement explicité dans le récit. C’est d’ailleurs sur cette opposition à César que Jésus est condamné : la croix est un supplice romain. De plus, on sait que les grandes persécutions des chrétiens sous Dioclétien reposaient sur le refus des chrétiens de se soumettre à l’autorité religieuse de l’Empereur.
😶 En passant, on s’étonne que Jean essaie de déresponsabiliser Pilate qui ne serait qu’un vague délégué de César, alors que Flavius Josephe a écrit que Pilate était une grosse brute. De plus, celui qui l’a livré (Judas ? Caïphe ? Anne ?) a agi en conscience, ce qui est plus grave aux yeux de Jésus (via Jean). Bon on passera sur l’anti-judaïsme de Jean qui vise surtout le clergé de Jérusalem… ce qui serait trop long à développer sur Fesse de Bouc.
(*) Par exemple, si on travaille sur cet auteur, si on a envie d’illustrer une idée (sans vouloir la démontrer) ou d’écrire des aphorismes. Personnellement, je préfère travailler avec les outils de la logique (formelle, analytique, dialectique ou systémique) plutôt que de citer des auteurs, pour appuyer une thèse. Même si j’ai commis cette erreur autrefois…
(**) Systémique, c’est-à-dire global et complexe. Complexe ne signifie pas « compliqué », mais tissé de liens non dénouables.
… Après bien sûr, il n’est pas interdit d’interpréter les textes comme on veut (targums et midrashim), mais il importe de préciser quelle méthode on utilise ou dans quel genre littéraire, poétique ou musical on s’exprime. Une perception perso quoi, ou un ressenti ! Pas un concept ou une démonstration ! Je ne suis pas un ayatollah !
-2- Existence de Dieu
⛩️ De mon balcon théologique : si on me demande « est-ce que tu crois en l’existence de Dieu ? », je réponds « il y a quatre questions dans ta question ».
(1) Que mets-tu sous le mot « Dieu » ?
(2) Que mets-tu sous le mot « existence » ?
(3) Que mets-tu sous le mot « croire » ?
(4) Pourquoi penses-tu la question sous cette forme ?
À ces questions j’en rajoute plein d’autres :
- celles de l’injustice, de la mort, de notre finitude, de la souffrance, notamment celle de l’innocent (livre de Job)…
- celles de nos conditionnements : (a) condition sexuelle, (b) condition ontogénétique (nous sommes le produit de plusieurs milliards d’évolution naturelle et de ses hasards), (c) conditions géo-historiques et socio-culturelles…
- celles de notre capacité de connaissance, et couplées, celles de nos aveuglements, cécités, illusions…
- celle du sens ou de son refus (à quoi ça sert de se poser ces questions ?)
[🙂 Suite pour ceux qui sont curieux et motivés]
Si nous sommes honnêtes, tôt ou tard nous nous heurterons à ces mots du prologue du quatrième évangile : « nul n’a jamais vu Dieu, le Fils qui est dans le sein du Père l’a fait connaître » (**), et à ceux du dialogue avec le pharisien Nicodème : « l’Esprit souffle où il veut. Tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va » (Jn 3). Bing dans la gueule du pauvre Nicodème… On sait que Nicodème défendra Jésus face aux prêtres de Jérusalem, et sera présent pour la mise au tombeau (alors que tous les disciples et apôtres de Jésus se sont enfuis ou cachés, peureusement). … Vous avez là, quelques bases de mes « Investigations Trinitaires ». J’en suis au tome 3, et j’espère finir d’ici l’année prochaine et peut-être trouver un éditeur intéressé.
(**) Je fais abstraction des critiques psychanalytiques et féministe à l’égard de ses expressions.
-3- Un peu de théologie spirituelle
🧡 UN PEU DE THÉOLOGIE SPIRITUELLE : je connais une trentaine de psaumes par cœur. Dans les moments de déprime ou de solitude, il y en a un. Dans les moments de vertige métaphysique, il y en a un. Dans les moments de lutte, il y en a un. Pour les moments de joie partagée, il y en a un. Dans les temps de souffrance physique ou de maladie, il y en a un. Dans les moments de colère, il y en a un. Dans les temps de sérénité et de confiance, il y en a un. Dans les temps d’épreuve surmontée, il y en a un. Dans les temps de désir, il y en a un…
Et puis, il y a ce psaume 87 😱 terrifiant et désespéré qui se termine par « ma compagne, c’est la ténèbre »… ou le fameux psaume 21 d’angoisse qui se termine, ne l’oublions pas, par des cris de bonheur 😄.
Deux d’entre eux ont ma faveur.
- Le psaume 90 que j’appelle mon psaume de marche. Une nuit vers 2h du matin, du côté de O’Cebreiro, alors que je marchais tout seul dans un froid glacial, suite à un accueil déplorable dans un gîte que j’ai quitté, amer, en pleine nuit (je ne pouvais plus dormir), avec des plaies au moignon qui me faisaient terriblement souffrir, ce psaume m’accompagnait… Comme une petite lumière dans l’obscurité. Et puis l’aube s’est pointée suivie d’un des plus beaux levers de soleil que j’ai jamais vus dans ma vie. Le soir, je suis arrivé dans un des meilleurs hébergements que j’ai fréquenté. J’y suis resté deux jours. Là, j’ai rencontré un médecin allemand qui m’a soigné et qui m’a permis de marcher jusqu’à Santiago : il restait encore aux alentours de 200 km, si je me rappelle bien …
Ce psaume 90 me revient très souvent dans la journée, spontanément. Avec joie.
Si j’avais du courage, j’écrirai un livre à partir de ce psaume… - et il y a cet extraordinaire psaume de création, le psaume 103 que je chante souvent, tout seul, dans une forêt ou dans un pâturage de montagne. Je m’en suis servi pour ma thèse de doctorat (malheureusement inachevée : mais ce n’est pas important).
Parfois, j’envie les moines qui ont l’opportunité et la chance de chanter des psaumes toute la journée. C’est quand même extraordinaire et réconfortant !
-4- Les théories scientifiques changent-elles tout le temps ?
📚 De mon balcon philosophique : le mythe selon lequel « les théories scientifiques, ça change tout le temps » sert surtout d’alibi aux antis-sciences, aux groupes d’intérêts privés, aux fondamentalistes religieux, aux romanciers de science-fiction, aux rêveurs…
Malheureusement pour eux, dans les sciences, les changements théoriques SONT TRÈS RARES, et la presque totalité de ces changements est un ajustement ou un élargissement des théories antérieures.
Ainsi la relativité générale d’Einstein ne contredit pas la physique de Newton ou de Laplace, ou la physique quantique ne s’oppose pas à l’électromagnétisme de Maxwell. Elles les élargissent et résolvent des contradictions et paradoxes internes. Ceci signifie que l’évolution scientifique est à la fois une dilatation des connaissances et une découverte des déterminismes et contraintes de la nature.
Un jour, un collègue, appelons-le Simplicio, ingénieur pourtant, me soutenait l’idée que dans le futur, on dépasserait la vitesse de la lumière. « On » ? Et bien non, c’est structurellement (pour ne pas dire ontologiquement) impossible : un corps matériel ou une onde porteuse d’énergie ne peut pas dépasser la vitesse de la lumière. Du reste, Simplicio raisonnait à l’intérieur d’une pensée newtonienne, « pré-einsteinienne », sans le savoir… et je n’avais pas le loisir de lui démontrer. J’ai donné durant des années des cours de philosophie des sciences, ce n’est pas lors d’une conversation dans un bus, quelque part en Turquie (c’était le lieu de notre discussion) que l’on a le temps d’argumenter.
LES FAITS SONT TÊTUS, écrivaient Francis Bacon et plus tard Karl Popper et bien d’autres. La relativité a en même temps élargi la science newtonienne et révélé des contraintes naturelles. N’en déplaise aux inventeurs de Stars War, de Valérian et Lauréline, de Dune, ou du cycle d’Hypérion et d’Endymion (mon préféré 🙂) et de nombreux auteurs de science-fiction (que j’adore par ailleurs). La science-fiction reflète l’imaginaire de notre présent, parfois fait transparaître quelques évolutions techniques (par exemple, internet ou l’IA), mais n’apporte rien aux théories scientifiques des millions de fois expérimentées. C’est cela qui explique les progrès technologiques, pour le meilleur et pour le pire.
(Du reste, il est aussi important de distinguer les faits concrets, des théories qui les expliquent ou les décrivent, mais c’est un autre vaste sujet)
Si vous désirez en savoir plus, lisez les oeuvres de Popper, de Thomas Kuhn, de Carnap… ou l’excellent manuel de Gérard Fourez (un jésuite) « la construction des sciences », et si vous voulez vraiment comprendre la philosophie des sciences, lisez Alfred North Whitehead, un de mes maîtres à penser.
Image : Valérian et Laureline, avec les inénarrables Shingouz 🔥
-4- Cosmologie et biologie
IL EST VEXANT de découvrir que les idées que j’avais développées dans ma thèse de doctorat, il y a 25 ans, et qui ont fait l’objet de moqueries et de dérision de la part des théologiens de l’époque et d’un de mes directeurs de thèse, commencent aujourd’hui à être acceptées par l’Église Catholique.
😢 Mon ego avait été blessé, et ma carrière détruite à l’époque. Mais à une échelle plus vaste, je me réjouis que les temps changent…
🌍 Je parle de cosmologie, d’anthropologie et de l’immensité sidérale… Non seulement l’existence de la vie (et peut-être la conscience réfléchie) existe ailleurs que sur la Terre, mais en plus elle est très vraisemblable et dans la logique du Principe Cosmologique émis par Galilée au XXVIIème siècle.
➡️ Cela allait à contre courant de l’anthropocentrisme, du christo-centrisme et de la morale dans la théologie de l’époque.
➡️ J’avais aussi pris le contre-pied du ridicule livre de Jacques Monod « le hasard et la nécessité » qui avait joué un rôle de terrorisme intellectuel dans les années 70-80. Sa fameuse phrase « l’homme est un tzigane égaré dans un univers où il est apparu par hasard » était partout citée, au nom d’un scientisme idéologique d’un autre âge.
Pascal était récupéré dans un sens contraire à ce qu’il écrivait : « le silence éternel des espaces infinis m’effraie » est en fait mis par Pascal dans la bouche d’un pyrrhonien (athée de l’époque), et non dans celle des Pensées, lui qui au contraire s’émerveillait de l’infini de l’Univers.
🙂 POUR FINIR, une anecdote : lors de notre marche vers Assise en septembre dernier, mon épouse et moi, nous avons eu le bonheur de retrouver par hasard Frère Th., ancien abbé du monastère où nous nous sommes rencontrés. – Nous le connaissions depuis longtemps. Lors de notre longue conversation, il nous a dit : « c’est quand même incroyable de voir à quel point Teilhard avait raison ! « …. Ce Teilhard tellement moqué des théologiens et honni de Jacques Monod (qui ne l’avait même pas lu…).
- Le jour où les astrophysiciens mettront en évidence l’existence d’une vie extra-terrestre, la révolution intellectuelle sera encore plus grande que celle de l’héliocentrisme de Galilée ou celle de l’évolution de Darwin !
JE L’ATTENDS AVEC PATIENCE…




