Relecture politique de Nicée (lié à mon tome 3)

Voici un premier jet d’un des chapitres du Tome 3 de mes investigations. Si l’une ou l’un d’entre vous désire l’amender, apporter des éléments ou des précisions, le contester à l’occasion, qu’il n’hésite pas.

3 – Relecture politique de Nicée (Tome 3)

L’année 2025 a été l’occasion de célébrer le Concile de Nicée de 325 dans toutes les églises chrétiennes. Le symbole de Nicée est reconnu par l’ensemble de ces églises, à quelques exceptions périphériques près. De nombreux ouvrages, savants ou destinés aux béotiens, ont été écrits sur ce thème. Certains de ces travaux restent fidèles à ce que les savants ont transmis auparavant, d’autres remettent en question un certain nombre de présupposés ou de préjugés historiques et religieux, d’autres encore proposent des axes de réflexion future.

Je ne vais pas ajouter à toutes ces recherches et découvertes une pierre de plus. Elles ont enrichi la question et on ne peut que s’en féliciter. Mais, puisque le troisième volume de nos investigations veut naviguer sur les aspects politiques et éthiques du tourbillon trinitaire, je me permets de relire sous l’angle que j’ai choisi l’événement Nicée, son environnement politique et religieux, et comment on peut lire la crise arienne postérieurement. Récemment, j’ai lu un livre écrit par un historien américain que la crise arienne est une ébranlement culturel, philosophique et spirituel qu’a pu être l’émergence du marxisme-communisme et les multiples cataclysmes qu’il a engendré. L’analogie vaut ce qu’elle vaut, mais la gravité de la crise arienne et sa première tentative d’y répondre par le Concile de Nicée, est bien de l’ordre de la civilisation, si on me permet d’utiliser ce grand et gros mot. Un seuil va être franchi et il est irréversible, même s’il est loin des lendemains qui chantent.

Tout d’abord, il faut rappeler que l’Empire Romain et le Christianisme qui s’insinue par capillarité jusqu’à l’entourage des empereurs sortent d’une période violente. En plus des conflits personnels de pouvoir au sommet de l’Empire, L’Empereur Tertullien, nouvel Auguste d’Occident, puis de tout l’Empire, se montre agacé par le fait que nombre de chrétiens refusent le culte impérial divin. Ce refus met en danger l’équilibre de la puissance romaine qui s’appuie sur ce culte et sur le respect de tous les citoyens envers leur divin maître de Rome. Les chrétiens sont même accusés d’être des athées. Le « theos » étant bien sûr l’Empereur. Pendant près d’une dizaine d’années, s’en est suivie une terrible persécution où de nombreux croyants et plus encore de membres du clergé ont été exécutés, torturés, contraints au reniement. Certains témoignages lus dans les documents d’époque sont abominables. Surtout dans l’espace oriental de l’Empire. L’occident est relativement épargné.

Alors quand arrive le nouvel Empereur Constantin, Fils de Constance, lui-même empereur fugace entre 305 et 306, et qu’il se proclame ami des chrétiens avant de se convertir, il demeure une certaine méfiance dans le milieu des évêques et des églises et des fidèles dans leur ensemble. La réalité du pouvoir est plus compliquée que celle que j’indique ici, car l’organisation de l’Empire romain de l’époque reposait sur le partage de l’Empire en deux, dirigée par deux « Augustes », secondés chacun par un « César ». Lesquels Césars, souvent adoptés par l’Auguste concerné, étaient appelés à devenir Augustes à leur tour. Ce qui a engendré, on peut l’imaginer, nombre de conflits et de pratiques souvent sordides, autant du côté des hommes de pouvoir que des femmes qui veulent placer leur fils ou beau-fils au sommet.

Constantin l’Auguste d’Occident a mis sous le boisseau l’Auguste d’Orient peu après son arrivée au pouvoir, et a été reconnu assez vite comme l’unique Empereur de tout l’Empire Romain. Ayant lu quelques éléments concernant la personnalité de Constantin, j’avoue un certain étonnement devant son besoin affectif d’unité de l’Empire suite au résultat, il faut bien le reconnaître, d’un certain nombre de règlements de compte peu glorieux des Césars entre eux, dans l’ombre ou dans des tentatives ouvertes de prise de pouvoir par la force par les uns et les autres.

Revenons aux chrétiens. Arius, le célèbre prêtre à l’origine de la crise arienne et des dramatiques conflits théologiques et politiques du Quatrième Siècle, était semble-t-il un de ces ascètes grands et efflanqués comme on en voit dans les romans, certains films et dans les bandes dessinées. L’image caricaturale du pasteur protestant par exemple ou de l’inquisiteur ombrageux. Pardon pour les pasteurs : je n’en ai jamais rencontré de semblables. En tout cas, il était un prédicateur hors pair qui a attiré nombre d’hommes et femmes autour de lui. Il est triste que l’histoire en ait construit un portrait aussi maléfique, alors que la réalité historique était sans aucun doute beaucoup plus brouillardeuse. Malheur aux vaincus de l’histoire. Rien de nouveau.

Sans entrer dans le détail de la doctrine d’Arius, autour duquel se sont cristallisés des thèses plus ou moins nuancées, disons simplement qu’Arius refusait que le Christ Jésus puisse être identifié à Dieu. Il était éventuellement Fils de Dieu, adopté ou créé. Il a donc quelque chose de divin qui l’identifie en apparence à Dieu : après tout, n’est-ce pas ce qu’infère le Quatrième Évangile quand, dans la bouche de Jésus, il écrit « Qui me voit, voit le Père ». Et bien d’autres passages. Arius et ses disciples acceptent aussi que Jésus puisse venir de Dieu et s’incarner pour sauver les hommes, comme le propose la Lettre aux Philippiens : « Jésus, de condition divine, s’anéantit lui-même et se fait égal aux hommes »… La proposition « le rang qui l’égalait à Dieu », comme le chante la lliturgie monastique, on pouvait toujours l’arranger. D’accord aussi sur le fait que le Verbe de Dieu soit à l’origine de la création du monde, comme l’indiquent les premiers versets du Quatrième Évangile. Mais d’en faire l’égal de Dieu, voire Dieu lui-même, ça, ça ne passait pas.

Là-dessus, je me permets une interprétation. Alexandrie, la ville d’Arius et de son farouche opposant Athanase, a été particulièrement meurtrie par la persécution de Dioclétien. Par hasard, Arius n’aurait-il pas été influencé par ce climat trouble et anxiogène, à son insu ? Cela l’aurait poussé à concevoir sa théologie à l’image de la structure de l’Empire Romain. Un seul Empereur, même s’il y a deux Auguste et deux Césars, divin. Le Christ Jésus apparaît comme une sorte de délégué divin, ou de pouvoir secondaire du divin, peut-être même d’un César, pour régler les problèmes internes de l’Empire. Arius cherche à exprimer dans sa vision quelque-chose qui permettrait de ne pas trop choquer l’ambiance populaire et l’organisation religieuse romaine. Un indice de la valeur de mon interprétation serait le succès énorme de sa pensée à la fois chez de nombreux dignitaires des églises, et dans la population.

Bref, la vision d’Arius est une projection de la structure divinisée de l’Empire Romain sur la théologie chrétienne. Note : je ne suis pas le seul à penser cela.

Quelque-chose d’inconscient ou de pas très conscient dans la tête d’Arius que je me refuse à voir comme un hérétique démoniaque.

Contrairement à ce que l’enseignement et les médias actuels auraient tendance à diffuser, ces questions n’étaient nullement des petites querelles byzantines. Elles ont mobilisé des populations entières, capables de fomenter des émeutes dans les villes, même les plus grandes. Rien de pire que des compatriotes qui se déchirent entre eux. Des analogies aujourd’hui seraient facilement exposables, dans le domaine politique par exemple. En réalité, les empoignades religieuses de l’époque étaient aussi des heurts politiques. Les historiens le savent et peuvent montrer de nombreux documents dans ce sens. Grégoire de Nysse s’étonnait et s’amusait sans aucun doute que les gens de la rue débattent de substance divine ou d’hypostases, tout en sirotant leur boisson préférée.

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Certains me diront que Constantin aurait dû être ravi de la vision arienne. Du reste, après Nicée il a oscillé entre ce qui avait été décidé au Concile et les sirènes des ariens, très bien formés à la dialectique philosophique et aux techniques de propagande. Je l’écris sans dévaloriser, ni minimiser, la force des arguments de l’arianisme. Les ariens n’avaient pas que des torts : la position complètement opposée à leur vision, celles des sabelliens par exemple, selon laquelle le Christ Jésus n’est qu’une apparence divine, ressemblait encore plus aux théories néoplatoniciennes. Elle ne risquait pas de sauver grand-chose des femmes et hommes pécheurs et perdus, notamment leurs corps, et derrière eux, l’histoire humaine, celle de la nature et tout l’ensemble de ce qui tisse la noosphère, pour employer un vocabulaire teilhardien. Bref, la pensée d’Arius était beaucoup plus réaliste et concrète que ce qu’on a bien pu en écrire et en caricaturer.

Malheureusement, si le lecteur accepte de suivre mon interprétation, une telle théologie qui hiérarchise, autour d’un Dieu inaccessible et transcendant, une échelle de divinités plus ou moins assises sur une charge, analogiquement semblable à la structure divine de l’Empire Romain avec des fonctionnaires, plus ou moins hauts, autour de l’Empereur dieu, est complètement étrangère au monde biblique. Même si Jésus est situé au sommet de cette hiérarchie fonctionnelle. Elle est également à contre-courant des évangiles et des lettres de Paul et de ses disciples.

La tradition biblique est très méfiante à l’égard de toute divinisation politique et de toute structure sacrée. Cette proposition est tellement vaste qu’elle mériterait un développement bien au-delà de nos investigations. Rappelons seulement que lorsque les hébreux ont réclamé un roi, la réponse des prophètes et des prêtres a été vigoureuse : non au départ ! Ah, vous voulez vraiment un roi. Il vous volera vos biens, vous prendra vos femmes. Il se prendra pour un dieu, etc. Et on sait ce qui est arrivé à Saül, puis surtout à David quand il a commencé à se prendre pour un maître tout puissant. David, de son balcon, a lorgné sur la belle Bethsabé qui était la femme d’un de ses généraux. Un hittite en plus, un étranger. Il l’a fait mettre en première ligne d’une bataille afin qu’il se fasse tuer, et a ensuite épousé Bethsabé… mettant en pratique la dénonciation des prophètes anti-royalistes. David a demandé pardon, mais cela a été le début de ses malheurs : révolte de son fils, et guerre civile. D’une certaine manière, la division, puis l’effondrement des royaumes d’Israël et de Juda sont la conséquence et l’accomplissement de ce mauvais choix et de ce que les théologiens appellent « le péché de David ». Le Judaïsme qui a suivi, après l’Exil à Babylone, s’est bien gardé ensuite de confondre le pouvoir religieux et le pouvoir politique.

La même problématique s’est posée à Jésus lorsque le peuple est venu pour le saisir et le faire « roi ». Jésus s’est alors enfui dans la montagne, disent les évangiles. Le mot « enfui » doit être pris au sens le plus fort de son sens. Jésus n’est pas là pour faire de la concurrence aux rois et à l’Empereur romain. Et lorsque Jésus est confronté à Pilate lors de son procès, il dit clairement que son royaume n’est pas de ce monde-là, celui de Pilate et de ses armées. Monde divin et monde politique sont désormais distincts.

Je pourrais en ajouter des lignes et des lignes. Pouvoir religieux et pouvoir politique ne peuvent pas être confondus. Pas plus que puissance de la nature et puissance divine, dualité fondamentale qui se cache derrière la première confusion. Ces deux dualités reposent sur l’interdit biblique de l’image et de l’idôle, et de l’interdit de la magie. L’interdit de la représentation et l’interdit de l’action justifiées par le divin. Les liens entre ces deux interdits fondamentaux et le rapport entre les divers puissances et pouvoirs, chacun peut les deviner aisément depuis le début de nos investigations.

Bref, pour en revenir à Arius et à ses disciples, leur théologie me paraît trop proche de la représentation religieuse de l’Empire Romain pour ne pas provoquer une réaction des évêques et théologiens qui ne le suivaient pas. Réaction sérieuse, puis violente, comme on le sait. Et ma conviction est que les théologiens considérés comme « orthodoxes » aujourd’hui, sont plus proches de l’esprit biblique que les ariens. Cette conviction n’est pas seulement vraie autour de la querelle arienne. Nombre d’autres conflits au coeur du Christianisme naissent de cette proximité plus ou moins forte avec l’esprit biblique, dans la ligne de ce que j’ai écrit dans un chapitre précédent concernant la lettre et l’esprit de la Bible.

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Mais alors, et Constantin ? Juste avant le Concile de Nicée, en 325, il a envoyé son ami évêque Ossius pour s’informer de ce qui se passait à Alexandrie. Il semblerait qu’Ossius, après une enquête sérieuse, lui ait montré qu’un grave danger pour la paix de l’Empire s’ébauchait là-bas. Une remarque cependant : si Constantin avait été un théologien avisé et compte-tenu de sa situation impériale, il aurait dû incliner naturellement vers la thèse d’Arius. Mais la paix de l’Empire lui importait plus que l’enjeu théologique et religieux qui opposait Arius et ses adversaires. Le souvenir de sa jeunesse perturbée face aux querelles de pouvoir était plus profond que les batailles intellectuelles apparentes.

Historiquement, on sait que le Concile de Nicée, réuni non loin des propriétés personnelles de l’Empereur et juste assez éloigné des grandes cités de l’époque, Alexandrie, Antioche, Rome et même de la future grande capitale que sera Constantinople, était une décision judicieuse de l’Empereur. L’accueil de centaines d’évêques et de leurs conseillers venus de tout l’Empire a été à la hauteur de l’hospitalité qu’on peut attendre d’un Auguste. Il semblerait que même des ariens, comme le célèbre historien et évêque, Eusèbe de Césarée, ont été ébloui par cet accueil et par les fêtes organisées sur place. Eusèbe est l’exemple type de celui qui va signer le credo de Nicée, malgré ses propres convictions et son intérêt local.

J’aime imaginer que ces évêques, prêtres, théologiens et autorités arrivés de tout l’Empire, fatigués, poussiéreux, sont partis joyeux, comme peut l’être un participant à un congrès, avec ses festivités, avec l’abondance des repas, avec le confort et la bonne humeur. Seulement, après le « paradis », comme l’écrira Eusèbe plus tard, il faut retourner à la maison. Et là, les proches, les amis, la famille, les chrétiens ariens, la population elle-même, n’ont pas la même approche. Il va falloir comprendre ce qui s’est passé à Nicée, et s’expliquer les yeux dans les yeux. Il est bien possible qu’un certain nombre d’évêques ariens en Orient ont commencé à se demander s’ils n’avaient pas été floués, ou ensorcelés par les beaux déballages de confort, de plaisir et de gentillesse de Constantin et de ceux qui l’entourent.

Comme je le crois personnellement, le travail de la raison, la réflexion critique et le débat herméneutique sont plus fondamentaux que les attraits affectifs et sensibles. Lendemains qui déchantent. Preuve dans le cadre de ce qui s’est passé à Nicée ? La suite des événements est encore plus violente et déchirante que tout ce qui s’était passé auparavant. Il faudra des Athanase, Augustin, il faudra Basile et les deux Grégoire qui me sont chers, pour affronter les nouveaux défis. Et ne nous cachons pas, l’apparence sybilline de ces débats voilent des enjeux politiques et sociaux colossaux.

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Dans le contenu du Concile de Nicée de 325, je n’entrerai pas trop. Les spécialistes savent comment l’introduction d’un petit concept grec, « homoousios », étranger au langage biblique, a perturbé les participants et semé le trouble dans les esprits. Homoousios est traduit aujourd’hui par « consubstantiel » et il appartient, semble-t-il, au vocabulaire de la philosophie post-platonicienne d’une part, aristotélicienne d’autre part (du moins, c’est ainsi que les théologiens scolastiques l’ont interprété six à sept siècles plus tard). Comme ce concept est assez étranger à mon univers de pensée, je ne me risquerai pas à le discuter. J’en ai déjà parlé dans un chapitre antérieur, à propos de ma réserve à l’égard de la philosophie substantialiste.

Ce n’est pas cela qui m’intéresse ici : le Concile de Nicée est une merveille d’équilibre entre l’ancien et le nouveau. L’ancien, puisqu’il s’efforce de rester dans la continuité de la révélation biblique et de la vie des communautés chrétiennes originelles ; le nouveau, parce qu’il s’aventure sur les terres de la philosophie grecque, ouvrant les portes d’un nouvel univers. La comparaison entre le credo dit « symbole des apôtres » et le credo dit « symbole de Nicée-Constantinople » montre à la fois cette continuité et cette discontinuité évolutive. Le mot « équilibre » entre l’ancient et le nouveau est mal choisi, puisque je me suis efforcé depuis le début de ces écrits de m’exprimer en termes de tourbillon et d’énergie. Mais, l’idéal du monde romain et plus encore de l’Empereur était l’équilibre. Peut-être y est-il parvenu au moment du « spot » qu’a été Nicée : « spot » qui est en réalité le franchissement d’un seuil qui a ouvert de nouveaux territoires, prometteurs et périlleux. Il faudra encore plusieurs générations et quelques nouveaux garde-fous et balises pour que la marche -ou la navigation- puissent continuer.

Et ce ne sera jamais achevé. Tel est le mouvement de l’Esprit, insaisissable, mais contraint lui aussi de passer par un « chemin de croix », pour paraphraser Hegel qui me pardonnera bien, j’espère, là où il est.

Qu’on le veuille ou non, et je m’exprime ici d’un point de vue politique, il deviendra impossible de revenir en arrière après la crise arienne et après Nicée. L’image d’une société idéale, régie par une structure parfaite et légitimée par l’identification à un ordre divin, est devenue impossible. L’histoire va hoqueter sur ce point, et pour le plus grand malheur de l’épopée chrétienne, certaines justifications religieuses de pouvoirs et de structures politiques démontrent les dérives possibles. Mais les esprits évoluent. Les dernières mésaventures des dictatures, tyrannies, oligarchies ou théocraties, qu’elles aient réussi un temps ou non, sont devenues insupportables, alors qu’elles se justifiaient à d’autres époques, à commencer par celle de l’Empire romain. Et si elles sont parfois acceptées par une partie de la population à notre époque, pour des raisons que les spécialistes se chargent d’expliquer et de démasquer, ce n’est pas sans un cynisme caché ou explicite de la part des responsables, ni sans une manipulation des consciences ignorantes. Et qui dit manipulation dit magie, cet interdit fondamental que j’aime rappeler.

L’héritage de Nicée, des tumultes qu’il a inférés, les réponses provisoires aux objections et contestations qui s’en suivront, ne seront pas explicités ici. Je désirais seulement proposer l’idée selon laquelle la position d’Arius m’apparaissait surtout comme une tentative de projection de la religion et structure impériale sur la théologie, tentative qui est elle-même l’expression d’un malaise politique et d’une dérive du Christianisme par rapport à l’esprit biblique. Les chrétiens ont souffert, ils cherchent des réponses. Cela ne va pas de soi, et il serait dommage de n’en rester qu’à la vision qu’en ont donné les vainqueurs de l’histoire, indépendamment de ce qui relève de l’analyse théologique.

Pour cette raison, je vais revenir maintenant à la Bible et précisément à ce qui est en grande partie à la source de mes investigations trinitaires dans ce volume qui désire toucher la dimension politique, à savoir la proposition biblique selon laquelle l’homme est créé à l’image de Dieu.

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