Camino Mozarabe (1) : d’Alméria à Nacimiento.

drapeau andalouEn Mai et début Juin 2019, j’ai eu l’occasion de marcher sur le « Camino Mozarabe », entre Alméria et Cordoba (Cordoue) en Andalousie, durant 30 jours. Ce fut l’occasion d’une marche seul : je n’ai rencontré que deux ou trois fois un autre marcheur. Pas une goutte de pluie, quelques nuits à la belle étoile, des paysages à couper le souffle. Je reprends ici les notes prises et mises sur le site de mon réseau personnel, dans l’ordre où elles ont été rédigées. Bonne lecture.

NB. Pour découvrir encore plus de photos en format original,
et si vous désirez en télécharger quelques-unes, CLIQUER ICI


Prochain départ sur le Camino (Avril 2019)
Dans un peu moins d’un mois, je pense repartir marcher sur le Camino. Deux options se proposent :
– Soit partir d’Irun, sur le Chemin du Nord, en longeant le Golfe de Gascogne. Très beau sentier, m’a-t-on dit, mais qui risque d’être très encombré… et depuis ces dernières années, j’ai pris goût à marcher tout seul des journées entières.
– Soit suivre le « Mozarabe », à partir d’Almeria, en Andalousie. Là, le souci est la chaleur, le désert et le peu d’hébergements, ce qui me conduira à dormir dehors, souvent.
RAPPEL : en raison de mon handicap, je ne peux marcher que 15 km par jour, à 2 km/h, au risque de m’abîmer le moignon et de m’épuiser inutilement. J’AVOUE avoir une préférence pour le second. Vous serez informés de ma décision.

CAMINO : DÉCISION PRISE
– Voilà : le 20 Mai, je prends l’avion (puis le bus) direction ALMÉRIA (en Andalousie) et je m’engage (risque) sur le Camino Mozarabe et essaie d’aller jusqu’à Cordoue. Mes appréhensions a priori : —– La météo (chaleurs paraît-il) —– Des étapes longues qui m’obligeront à dormir dehors – – Jamais au cours de mes 6 précédents départs sur le Camino, je n’ai reçu autant de soutiens, de recommandations, de propositions d’aide, de témoignages d’amitié que ces jours-ci, avant mon départ vers Almeria ! C’est extraordinaire !!! et encourageant….


LE VOYAGE
Voyage de Grenoble à Murcia, en passant par Lyon St Exupéry et Valencia.
– 🛫 Dans l’avion, un petit Boeing 717 de Volotea, je n’ai rien vu (j’étais au fond, loin des hublots, juste à côté des réacteurs) : pas cher, mais le strict minimum.
– De Valencia, je n’ai rien vu non plus, sinon la très belle gare.
– Le train de Valencia à Murcia est interminable. Mais on traverse de jolis paysages et ça tchatche tout le temps (surtout les femmes), et pas très discrètement !

– Murcia : petite ville sympa où les passants marchent moins vite qu’à Grenoble, avec de belles rues piétonnes, mais peu de passages piétons !… et pas de femmes voilées et peu de vélos.

– Je dors à l’auberge jeunesse. Serré dans un petit dortoir. Le soir, un jeune musulman asiatique étale son tapis entre deux lits, à côté de moi, et « fait » sa prière, tout fort. Difficile de bouquiner.

Et ce mardi (21), je poursuis jusqu’à Almeria.

 

 


 

Gare de Valence

MURCIA


Camino Mozarabe (1) : Almeria (21 Mai)
Il reste un bout entre Murcia et Almeria. La compagnie ALSA m’y emmène pour quelques euros. Je préfère l’autobus au train.🚌
Toutefois, la dame espagnole assise à côté a téléphoné durant 1 heure et demi !

➡ Nous traversons de magnifiques paysages… jusqu’à une cinquantaine de km avant Almeria : là, ce sont de vastes espaces couverts de serres à l’infini. On dirait une mer blanche -fruits et légumes pour toute l’Europe-.

➡ J’arrive à Almeria vers 13h30, et suis accueilli par Ruben, dans une « guesthouse » du vieil Almeria. Petite chambre à 2 lits, tout pour boire et manger.
… et surtout, une terrasse extra qui domine tout le quartier, qu’on croirait extrait d’une ville marocaine (sans minarets). Il y a une superbe vue sur l’Alcazar, la forteresse qui domine la cité.
– La sieste s’impose sur cette terrasse : c’est un vrai paradîîîîiiiiiiiiiis

 

➡ Mais la cerise sur le gâteau, c’est Nely, de l’association des amis du Mozarabe. Accueil très affectueux, joyeux et en même temps longuement explicatif ; un tour à la citadelle, en ville et un partage autour de tapas et boissons dans un resto.
– Petit souci : mon espagnol est très balbutiant, mais Nely se fait assez facilement comprendre…

– Il ne fait pas trop chaud. C’est prometteur pour la marche. Il manque juste un piano pour jouer quelques extraits d’Iberia, d’Albeniz… 🎹

 

La cathédrale

L’Alcazar d’Alméria

 

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Camino Mozarabe (2) : Almeria -Rioja (22 Mai 2019)

Ce matin, je pars un peu après 7h.
➡ La nouveauté, c’est que, suite aux conseils de Philippe, président d’ADEPA (l’association des amputés), je ne marche plus avec des béquilles, mais avec des bâtons de marche.
– Avantages : plus léger et mieux adapté à une marche naturelle.
– Inconvénients : dans l’avion, ai dû payer un supplément.
➡ Personne dans les rues. Les balises du Camino sont faciles. Merci à l’Association.
➡ Vers la sortie de la ville, grosse surprise : Nely me rejoint. Elle a calculé l’endroit où j’étais. Elle a oublié de signer la crédentiale et me donne des dernières recommandations. Et je repars, le cœur joyeux.

➡ Quitter Almeria est long. Mais bientôt, le chemin descend dans le lit d’une rivière asséchée sur lequel je vais cheminer durant plusieurs kilomètres.


– Il y a juste un détour vers le village de Pechina. Le temps d’une pause.

➡ Vers 11h, le Soleil commence à taper. Je marche dans la poussière de la rivière asséchée, sans un poil d’ombre. Heureusement, il y a un petit vent frais.

➡ Rioja, vers 13h30. J’ai marché 15 km. L’albergue municipal est un donativo. On y accède par un code que m’a donné Nely. Je suis tout seul.
– Après midi : douche, sieste, écrit, balade dans le village
. Il y a une piscine au donativo… Mais elle est vide ! 😶
– Pas de problème de moignon pour l’instant, mais je suis sur mes gardes en raison de la chaleur.

📺 PS. J’apprends que dans « Game of thrones », c’est finalement un handicapé gardien de la mémoire (Bran) qui l’a emporté : pas une mauvaise idée !

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Camino Mozarabe (3) : Rioja-Santa Fe (23 Mai 2019)

Aujourd’hui, petite étape entre Rioja et Santa Fe de Mondujar.
➡ Je pars tard, m’arrête pour un desayuno, mais le trompe de chemin à la sortie de Rioja.
– Demi tour. Je ramasse une orange 🍊 sur le bord de la route : infecte, je la recrache. J’en cueille une autre sur un arbre : excellente ! Ai compris la leçon.

➡ Décide de faire un crochet par le village de Gator.

Un temps de silence dans l’église, tapas et jus d’orange dans un bar…
… et je repars. Il est 13h, ça tape, mais il y a toujours un vent frais venu du sud.
– Je marche sur une jolie route déserte, le long de belles propriétés et des arbres en fleurs.

➡ Petite pause sous un arbre.🌴 Mauvaise pioche : je m’assieds dans une espèce de glue collante qui imprègne tout le short, puis les mains et tout ce que je touche !
– Me voici contraint de me changer entièrement !


➡ Les paysages sont de plus en plus sauvages et déserts. La Sierra est là. Magnifique.
– J’arrive à Santa Fe de Mondujar vers 15h. Joli village à flanc de montagne. 10 km de marche avec le crochet par Gator.
– Le logement, « El Olivo y la Naranja », est confortable, bien aménagé, mais il n’y a rien dans le frigo, ni dans les armoires…
Tant pis, quelques courses, une bonne douche, la siesta et la tranquillité du soir.
– Je suis tout seul. Il paraît qu’il n’y a qu’environ 200 peregrinos par an, moins de 1 par jour…

 


Camino Mozarabe (4) : Santa Fe-Alboloduy (24 Mai 2019)

L’étape d’aujourd’hui est longue.
Mais extraordinaire.

➡ J’ai quitté Santa Fe juste après 6h. Cela commence par une longue grimpette par une petite route tranquille. Puis une descente jusqu’à la disparition du bitume.
– Le Soleil se lève, mais voilé. D’ailleurs je le verrai peu dans la journée.
➡ Puis commence une longue montée sur une piste. La nature est dépouillée : on est comme dans un « reg » (cf mots croisés !)
– Peu de faune, sauf quelques insectes. Et un immense silence…

➡ Arrivé en haut, surgit une descente abrupte. Je descends prudemment, prudemment… et je savoure la qualité des sandales keen achetées bien cher ! … très efficaces pour accrocher le sol, même sur les cailloux.
– Depuis mon expérience sur le Camino, je préfère les montées aux descentes : les horizons s’ouvrent, la démarche est fluide, on respire et transpire. Dans les descentes, les coups du sol sur la prothèse remontent le long du dos et cassent les genoux !

➡ Nouvelle montée plus cool, avant une jolie descente jusqu’au village de Alhabia. Une pause café.

➡ Le chemin repart en longeant le lit d’une rivière asséchée. On entre dans un « parque natural ». 7 km sur une petite route goudronnée où je ne croise personne.
– Montagnes et falaises rocailleuses : pas d’eau, pas de cascades !
– Heureusement, il y a de nombreux orangers… et je ne m’en prive pas. La cure ! Trop bonnes, les 🍊. Et puis il ne fait pas chaud.
Mais on peut imaginer l’été !

➡ Le village d’Alboloduy apparaît par surprise au détour d’un virage : j’y arrive vers 14h30. C’est là que je dors, dans un donativo tenu par les Amis du Mozarabe. Francisco m’accueille : son espagnol est difficile à comprendre, mais l’information passe. Il est très attentif.
Cette fois, il y a ce qu’il faut dans les armoires et le frigo. Décidément, les Amis du Mozarabe sont très à la hauteur !

– Le bourg d’Alboloduy est flanqué sur un coteau qui grimpe vers la montagne. Je m’y promène, parcours les petites rues. Il est typique et splendide…
➡ 2 peregrinos allemand(e)s viennent me rejoindre. Mais chacun son dortoir !
▶ Aujourd’hui : 15 km, dont presque 500 m de dénivelé montant… et descentes acrobatiques.

 

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Camino Mozarabe (5) : Alboloduy-Nacimiento (25 Mai 2019)

Dure journée !
– Le matin pourtant est prometteur. Petit déjeuner sur la terrasse avec les allemands, Brigita et Wolfgang. Adieu à Francisco.
Quelques dernières photos du magnifique village d’Alboloduy… et à 8h, c’est le départ.

➡ Pendant 2 km, on longe la rivière asséchée, puis on entre dans un canyon.
– Indication douteuse : un chemin part à gauche. Ce n’est pas le bon. Des chiens aboient 🐺 : ça résonne dans tout le canyon pendant plus de 10 minutes. Pénible !
➡ Et bientôt, après la traversée d’un filet d’eau, c’est une rude montée par la droite. Au début, ça va. Puis le sentier continue à flanc de montagne, au-dessus du vide !
… Suis pris de vertige.

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Explication : quand on est amputé d’une jambe, le handicap manifeste aussi des symptômes ignorés ♿ :
▶ D’abord l’équilibre beaucoup plus instable.
▶ Ensuite, le centre de gravité du corps est déplacé plus haut.
▶ Enfin, il y a la difficulté de la marche « à devers » où la prothèse sert de point d’appui. En l’occurrence, elle est du mauvais côté.
➕ À cela, s’ajoute le traumatisme de la mort de mon frère JM lors d’une chute dans les Pyrénées.
✔ Tout cela explique mon soudain malaise.
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➡ Je franchis un 1er passage vertigineux, assis sur les fesses.
– Ai trop la trouille : je décide de m’engager dans une cheminée qui rejoint une route plus haut.
Pas de bol : cul de sac ! Je tente d’escalader. Trop dangereux. 1/2 tour.
⚠ Comment faire face au vertige ? Je reprends le sentier du Camino. Nouveau passage vertigineux.
– Je suis terrorisé : j’avance en rampant contre la paroi, en m’accrochant aux pierres et aux plantes… en priant, les yeux fermés !
OUF, je passe, non sans écorchures et épines (la végétation méditerranéenne n’est pas douce !)

➡ Le sentier rejoint la « carreterra » : longue pause pour retrouver mes esprits. Respiration, transpiration, expiration, inspiration, spiration… L’esprit est structuré au corps, pas en dehors (une vieille conviction personnelle qui m’a toujours rendu réservé à l’égard des « spiritualistes » et tout ce qui est « mentalisme »).
➡ Le Camino suit la route. Je croise un troupeau de chèvres 🐏 et de moutons. Les bergers m’indiquent le chemin.

– On traverse un très beau plateau coloré. Puis le chemin redescend dans un canyon par un large sentier. Un peu de faune : gros lézards, serpent 🐍.

➡ Enfin je chemine au milieu d’une forêt de bambous jusqu’à Nacimiento où j’arrive vers 15h30.

– Je suis accueilli comme un prince : bière, plato combinado bien fourni ; une chambre individuelle.
– Sieste, le soir une bonne soupe de légumes… Et je regarde la Finale de la Copa del Rey, où je savoure la défaite du Barça contre Valencia.
➡ Quelle journée !

Camino Mozarabe 2 : de Nacimiento à Guadix

Récit d'un unijambiste
sur le Chemin de Compostelle
106 jours de marche, à 2 Km/h
et 14 Km/jour sur 1540 Km...

- Difficultés et joies de la marche d'un handicapé physique -
Tome 1 : Voie du Puy (Édition Nicorazon)Tome 2 : Espagne (Éditions Lepère)

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