Investigations trinitaires : figures divines (2) – Dieu libre et transcendant.

INVESTIGATIONS TRINITAIRES (Figures divines -2-) -suite –

Investigations trinitaires : figures divines – 1 – Article précédent

Résumé : ici est abordée une deuxième représentation monothéiste du divin : Le Dieu transcendant et libre. Dans un troisième article, la méditation portera sur la représentation déiste d’un Dieu grand architecte ou grand informaticien de l’Univers.

La deuxième grande figure divine des traditions monothéistes est liée à la fois à l’aspiration humaine à la liberté et à la prise de conscience des limites de la connaissance. Elle tente également de répondre à la vaste question de la Théodicée, à savoir celle de la juxtaposition entre la croyance en un Dieu bon et le douloureux constat du mal. Le besoin de liberté, parfois infini, des hommes se projette dans l’image du Dieu libre, infiniment libre. Une liberté sur laquelle il sera bon de poser un discernement. Si Dieu existe, l’homme n’est pas libre, affirmait un célèbre anarchiste du Dix-Neuvième Siècle ; et réciproquement : si l’homme est libre, alors Dieu n’existe pas. Mais de quelle liberté parlons-nous ? Un autre article reviendra sur ce point. Une des réponses des théologies et des philosophies croyantes a consisté à se réfugier dans l’idée de « l’obscurité divine » et celle de la liberté des desseins divins qui respecte en même temps la liberté humaine. Pas simple comme affirmation, même si elle est loin d’être sotte lorsqu’on approfondit la question.

Dieu fait ce qu’il veut.

D’abord, la caricature : « Dieu fait ce qu’il veut », entend-on parfois dans les conversations de croyants de toutes confessions, à l’exception peut-être de la tradition juive. Cet acte volontaire et libre viole même parfois les lois de la nature, celles du bon sens ou si elle ébranle les convictions morales. Pourquoi pas, après tout ?

Sauf qu’aujourd’hui, ce discours ne convainc pas, surtout quand il est affirmé comme réponse définitive aux questions gênantes.

Continuons la caricature. Le Dieu infiniment libre « qui fait ce qu’il veut » crée un monde selon son bon plaisir. On ne sait pas pourquoi, cela fait partie de son obscur côté. La porte est ouverte vers l’arbitraire : les caprices des dieux sont connus dans les mythologies, pas seulement dans les fromages. Pourquoi pas, par conséquent, dans le cadre des différents monothéismes ? Sans une raison bienveillante et cachée sous l’idée de « transcendance », la versatilité de la pensée divine dérape aisément vers des actions qui relèvent de la magie ou d’une toute-puissance despotique et partiale. Mais ce n’est pas tout : l’affirmation de l’arbitraire divin décourage les chercheurs de sagesse et de sens, ainsi que ceux qui tiennent la rationalité en haute estime. L’éthique également est perturbée : si Dieu me demande de tuer un semblable, sous prétexte qu’il y a une raison cachée derrière ce meurtre, m’a expliqué un ami musulman proche des soufis, je dois y répondre. Nous ne sommes pas éloignés du « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », attribué à l’Abbé de Cîteaux lors de la Croisade albigeoise.

Un mot maladroit, et hors contexte, de Paul de Tarse affirmant que la « sagesse » de Dieu est folie pour les hommes a été interprétée contre le légitime travail de la raison… et il a bien servi les tyrans et magiciens qui se sont justifiés de la puissance de Dieu pour manœuvrer les populations, voire les massacrer au nom de Dieu. Arrêtons-là la caricature.

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Transcendance

L’infinie liberté de Dieu fonde la position philosophique et religieuse selon laquelle les raisons d’être et d’agir du divin sont insondables. Il est impossible pour les hommes, pour les êtres conscients et rationnels de comprendre sa vie, ses intentions et son œuvre. Épistémologiquement et existentiellement parlant, ce point de vue est robuste : Les philosophes et théologiens ont inventé le mot « transcendance » pour qualifier les réalités inaccessibles aux sens, à l’expérience et à la raison humaine. Dans son sens le plus courant, une réalité transcendante se situe au-delà de toute sensibilité, toute affectivité, et toute démarche intellectuelle déductive, inductive, symbolique. Le concept de « transcendance », concept épistémologique et existentiel, synthétise en même temps l’infinie liberté de Dieu et l’impossibilité de faire sa connaissance, de le connaître, de l’expérimenter. Il est inaccessible à nos pauvres petits entendements, à nos misérables expériences et à nos impuissantes et ridicules raisons. Les raisons de l’existence humaine, de l’existence naturelle et cosmique, appartiennent à Dieu selon sa libre volonté. Il est le Tout Autre, le Dieu de la nuit privée d’étoiles, l’être incompréhensible, voire le Non Être. Bien.

Pour être franc, la représentation divine de la transcendance est très tentante et très stimulante pour l’intellect. Elle a engendré les grandes philosophies et les grandes mystiques de la nuit obscure, de « l’au-delà de tout », du Dieu caché dans la nuée ou voilé derrière les apparences. J’aime l’image de la flamme qui consume une bougie : blanche et lumineuse au lieu de la combustion, la lumière devient jaune, puis orangée en montant jusqu’à disparaître dans les tourbillons de la fumée et les flux de l’énergie. La nuit préserve de toute idolâtrie religieuse et de tout rationalisme prétentieux. La transcendance est souvent confondue, dans les médias, avec la spiritualité. Les articles présents, du reste, ne sont pas sans son influence, puisque, le lecteur s’en rend compte, ils commencent par analyser, trop précipitamment sans doute, les figures divines incomplètes et ambiguës. Je refuse, je le reconnais, de me reposer sur le matelas confortable des acquis, dans un refuge intellectuel abrité des vents et de la glace. Nous noterons, au passage, que l’univers biblique commence avec la condamnation de l’idolâtrie, comme cela a été signalé dans l’article précédent.

J’admets la validité de la notion de transcendance divine, associée à l’idée de liberté. Sous la condition, naturellement, de ne pas en rester là. En effet, la démarche ascendante qui progresse par négations, celle donc qui complète la conception transcendante du divin, risque de se laisser piéger par la pensée disjonctive : ceci est vrai, ceci est faux… OK pour les fausses images et les fausses routes. Prudence pour affirmer que les vraies sont ici ou là. Or la pensée disjonctive est elle-même discutable. Pour dépasser la pensée disjonctive, il est nécessaire d’apprendre à penser de manière organique, en collant à l’existence vivante. Je reviendrais sur ces questions. Mais surtout, et ce point est important, la disparition de la vue du divin n’interdit pas la Parole interrogative et plus encore la possibilité d’un échange entre un Sujet ou des sujets divins et des sujets humains libres.

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Dérives de la transcendance et Théodicée

Si la conception du Dieu infiniment libre et transcendant satisfait les intellectuels, les philosophes, les mystiques et les grands priants, elle peut aussi être source de graves dérives dès qu’elle est récupérée par des experts moins scrupuleux, ou si elle est acceptée au pied de la lettre par les personnes plus simples. J’ai le souvenir d’un ancien ami qui, au cours d’un repas, avait balayé d’un revers de la main toute théologie et toute métaphysique au nom de la transcendance. Il est impossible de connaître une quelconque essence de Dieu, ni de prouver son existence. Plus largement, il est vain de saisir ce qui se cache derrière le réel. Il est « voilé » -cet ami était physicien et se référait, abusivement pensais-je, à la physique quantique et à ses paradoxes-. Contentons-nous de vivre le quotidien et de résoudre les problèmes qui nous sont accessibles. Rien de nouveau sous le Soleil : ce discours est très à la mode, aujourd’hui. Il est souvent entendu à la fois dans les milieux médiatiques, dans certains cercles intellectuels et dans les conversations de salon ou de bar. Entre-temps, mon ancien ami est devenu gourou, s’est entouré de nombreux disciples, il s’affiche comme expert des consciences et des comportements, à la limite de la manipulation. Je l’ai perdu de vue. Voici le danger : sous prétexte que la raison du monde est inconnaissable et qu’il faut être initié pour en connaître les secrets du Royaume, la navigation s’offre aux experts et magiciens de tous ordres qui en possèdent les balises et qui « savent » ce qui se cache derrière les horizons. Démarche séduisante, car nombre d’hommes et de femmes d’aujourd’hui sont attirés vers l’étrange, l’inconnu, l’exotique, l’ésotérisme.

Un autre risque, plus naïf celui-là, entendu chez de nombreux croyants ou crédules. Puisque le mystère et les voies divines sont incompréhensibles et que la liberté de Dieu est infinie, on se satisfait volontiers des injustices et des souffrances du monde. Les épreuves, c’est Dieu qui les veut, dans son dessein et son bon vouloir caché. Ou pire encore, on les justifie : les souffrances et les injustices sont des moyens de nous rendre meilleurs et plus courageux. Les épreuves que l’on traverse font progresser les âmes. Ben voyons ! Non seulement le dessein de Dieu est insondable, mais en plus on donne « raison » au mal, avec le prétexte qu’il est une épreuve, un test, un examen à passer. J’invite à lire et relire le Livre de Job, sur lequel j’aurais l’occasion de revenir. Paradoxe et déséquilibre : le réel est insondable, voire déraisonnable ; en revanche, le mal a ses raisons. L’inconnu justifie le mal et la souffrance. Le dessein divin est non seulement caché pour l’ensemble de la création, mais il l’est aussi pour chacune de nos histoires et existences singulières. Ce discours fréquemment entendu dans les cercles de compassion se heurte à une interrogation de fond : la souffrance, en soi, a-t-elle élevé moralement quelqu’un ? J’en doute dans la plupart des cas. Elle avilit et détruit plutôt, et je parle d’expérience. Si quelques-uns, quelquefois, ont la chance d’être grandis par la souffrance, c’est parce qu’ils sont bien entourés et, supplément non négligeable, parce que leur caractère est trempé par l’éducation et le tempérament. Derrière ces questions, transpirent celle de la Théodicée, celle de l’assemblage entre l’existence du mal et de la souffrance et celle d’un Dieu bon et tout-puissant.

Suivant cette logique de « transcendance », se situe l’espérance en un « autre » monde, projection du Dieu « autre », où seront consolés les cœurs brisés et essuyés toutes les larmes des yeux. L’absurdité et l’injustice triomphent partout dans notre vallée de larmes. C’est trop injuste ! Les méchants et les orgueilleux seront punis. Légitime revendication de la part de ceux qui souffrent ou qui ont peur -et les raisons d’avoir peur ne doivent pas être sous estimées. Opium du peuple ? Besoin de revanche contre l’injustice de la condition humaine et de bien des situations politiques ? Pourquoi pas ? Mais le mal est en arrière-plan absurde, même s’il y a des responsabilités humaines repérables, et les humains ont la capacité de créer des moyens pour lutter contre lui : sciences, médecine, éthique, droit, arts et langage, etc. Et pourquoi pas religions ? Pourquoi pas une espérance en un Monde Nouveau, un Royaume céleste… qui ne soit pas fuite de la réalité présente ?

Toutefois, il existe des lieux où le combat humain ne peut pas vaincre le mal (la mort, la vieillesse, l’entropie de l’Univers, la finitude des corps, des espèces et des communautés etc.). Bien des idéologies, religieuses ou non, jouent un rôle pas très différent des gourous en prétendant combler ces trous et vaincre ces adversités. Il paraît donc plus pertinent, apparemment, d’espérer une victoire définitive sur ces maux dans un « autre monde », où les loups habiteront avec les agneaux et où les nourrissons dormiront sur les nids des cobras. Seulement, si le Dieu transcendant qui offre en partage son monde « autre » est un Dieu libre et quelque peu arbitraire, qui connaît ses critères de jugement, de ses acquittements et de ses condamnations ? La loi de Dieu n’est pas celle des hommes, entend-on dans les sermons religieux, chrétiens notamment. Mais alors, si l’homme n’a aucun moyen de préjuger les critères de discernement divin, quel est le sens de l’action humaine ? À quoi bon agir ? Dieu le Tout-Puissant aux actions arbitraires prédestinerait-il certains et pas d’autres dans son Dessein éternel (je reviendrais sur ce point dans la réflexion autour du déisme et du Dieu Grand Architecte) ? Empêtré dans cette logique, il fut des temps où l’on pataugeait, puis se battait, voire s’entre-tuait autour de l’idée de « prédestination ». Selon les décisions transcendantes divines, certains individus seraient-ils destinés au Salut, tandis que d’autres seraient destinés à la damnation éternelle ? Quelle horreur ! Cette sottise continue à fonctionner dans nombre de communautés et d’esprits.

Transcendance et Lois de la nature

Autre effet de la conception transcendante et infiniment libre de ce Dieu qui « fait ce qu’il veut » : Lui et ses envoyés se moquent des lois de la nature. Elle justifie les phénomènes miraculeux qui enveloppent les grands, mais aussi les petits, spirituels. Les activités des grands personnages religieux, et parfois même politiques, sont accompagnées de miracles qui violent impunément les lois physiques, biologiques, voire cosmiques, au nom de la grâce divine et de la liberté du Dieu qui les inspire et les guide. Cependant, indépendamment des récits et des faits, les « miracles » sont de plus en plus rares et semblent plus relever d’une fonction pédagogique ou éthique que d’une auto-reconnaissance divine des personnages en question. Comme par hasard, les progrès scientifiques les font disparaître, même autour des grands personnages récents : Gandhi, Luther King, Mandela, etc. On remarquera que dans l’Évangile de Jean, Jésus se méfie de ceux qui lui courent après à cause des miracles… Jean les appelle des « signes », des actions avec une finalité autre que celles de la magie et de l’idolâtrie. Cela dit, il existe des petits personnages à prétention spirituelle ou de nouveaux magiciens du matin, dont la manipulation des esprits n’est pas loin d’être perverse.

Je ne nie pas l’existence de phénomènes étonnants et incompréhensibles, voire celle de thaumaturges. Cela arrive : ayant fréquenté plusieurs fois la ville de Lourdes et ayant croisé de discrets mystiques assez étonnants, je suis bien obligé d’admettre des guérisons surprenantes et des événements inattendus. Moi-même ai expérimenté de merveilleux signes dans ma propre navigation spirituelle, merveilles qui échappent au simple hasard. Expliquer ces prodiges par quelque effet psychosomatique ou à partir d’un rationalisme futuriste peut être pertinent, voire convaincant, mais s’arrêter sur ces explications peut être précipité. Toutefois, avec la prudence qui s’impose, je refuse, dans la cohérence de l’essai présent, d’affirmer que les éventuels miracles ou prodiges seraient des violation des « lois de la nature » : un bon lépidosophe aimerait qu’on lui explique ce qu’on entend par l’idée de « nature », et ce que signifient ses « lois » ?

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Athéisme paresseux

La glissade entre la conception transcendante et infiniment libre de Dieu et l’athéisme paresseux est aisée. Après tout, pourquoi se casser la tête et attendre quoi que ce soit d’une divinité transcendante, puisqu’elle est incompréhensible et que sa volonté est arbitraire. Autant ne pas se poser de questions, affirmer simplement la non existence d’une quelconque divinité, bienveillante, malicieuse et indéterminée, et travailler nous-mêmes à résoudre les énigmes de la vie et des injustices sociales et existentielles. J’appelle « athéisme paresseux » cette forme d’athéisme quiétiste qui consiste à nier a priori toute possibilité d’existence à ce qu’on ne comprend pas. J’ai déjà en partie répondu à l’idée selon laquelle l’homme résoudra tout seul les maux du Monde. Certains, oui. Tous ? Non. L’athéisme paresseux est simplement le symétrique du crédule fidéiste qui affirme tout fort qu’il faut croire sans comprendre, au nom d’une « révélation » arbitraire, de dogmes et de confessions de foi non réfléchis, qu’il ne faut pas interroger au risque de blasphème. J’oppose cet « athéisme paresseux » à un athéisme authentique qui reste sur ses gardes dans ses affirmations et se veut éthique (contre les abus religieux et magiques, pour la lutte vers des conditions humaines meilleures), méthodologique et anti-dogmatique (dans la ligne des positivistes et des agnostiques prudents). Là, le parallèle avec la théologie de la transcendance est acceptable, dans le respect des pensées et de la liberté des consciences.

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Transcendance et Paternité divine

L’association des deux premières figures divines, paternelle et impériale d’une part, transcendante d’autre part, n’est pas sotte. L’une corrige l’autre, et vice versa. La liberté infinie et la transcendance divine se conjuguent avec la bonté paternelle parfaitement connaissable et expérimentable. Chacune se rééquilibre l’une l’autre dans leurs excès. Leur conjugaison permet de s’affranchir de la terrible menace du Dieu arbitraire « qui fait ce qu’il veut » et de s’interroger sur ce qu’est la liberté. Puisque Dieu est transcendant et incompréhensible d’une part, qu’il gère le monde tel un Père ou un Empereur soucieux de ses sujets, de ses fils d’autre part, il associe mystérieusement la toute puissance de la bonté et celle de la liberté. S’il crée, c’est pour un dessein positif, pour lui-même et pour sa création et ses créatures.

Toutefois, dans l’association inconsidérée et non réfléchie des deux figures, les humains -et peut-être d’autres êtres créés conscients dans l’Univers- courent le risque d’être infantilisés dans le meilleur des cas, humiliés dans le pire. J’ai le souvenir d’un jeune théologien, à coloration traditionaliste, tout frais émoulu de son doctorat, affirmant avec autorité et sans contestation acceptable, que l’activité de l’homme est vaine, car seul Dieu résout toutes les interrogations et toutes les injustices. Soyons humbles, soumis, restons collés avec patience à la terre, à la Terre, avec un peu d’humour et de bonne humeur… et tout ira mieux. Dieu fait tout et il aime comme un Père prévenant. Malheureusement, parfois on a vraiment le sentiment qu’Il n’en fait pas tant que cela. Allez raconter cela à un malade qui se tord de douleur sur son lit d’hôpital, ou imaginez pire encore, pardon pour le raccourci anachronique, que quelqu’un tienne ce propos à un juif qui entre dans une chambre à gaz ou à un cambodgien agenouillé dans sa rizière qui attend la balle du khmer rouge qui va lui exploser la nuque. Dieu fait tout ? Et la responsabilité humaine dans ces abominations ? Pardonnez-moi ces exemples un peu provocants.

Nous le voyons, nous tournons en rond : à chaque fois que l’accent est mis sur la fatalité du mal et de l’existence, certains réorienteront vers la responsabilité humaine (et naturelle) de nombreux maux. À chaque fois que l’on insistera sur la responsabilité, au risque parfois de culpabiliser à outrance (voire notre quatrième figure), d’autres insisteront sur les maux que les hommes ne pourront vaincre. Non, l’homme a sa part de responsabilité dans la création du Monde. Le Dieu Créateur ne fait pas tout non plus. Si l’on travaille avec des artistes ou avec des musiciens qui livrent leur vie à leur œuvre, ou avec des scientifiques qui restent des journées et des nuits dans des laboratoires pour résoudre un problème théorique ou une difficulté d’ingénierie, il serait imprudent de leur voler leurs créations au nom du divin. Liberté et créativité. Oui, les hommes peuvent être des monstres, même dans leurs inventions, mais aussi des génies ou des besogneux au service de l’humanité et de la vie. Ils possèdent les clés du sens d’une part de leur existence, pas moins qu’un Dieu qu’il ne faut pas considérer comme le bouche-trou de nos incompétences. La transcendance et la liberté divine ne doivent pas servir de prétexte à l’invasion de légèretés religieuses et métaphysiques, claironnées par des clercs, même docteurs en théologie, qui se protègent dans leurs institutions.

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Y a-t-il liberté absolue avec la Création ?

Il n’y a pas de raccourci vers des réponses faciles. Analysons un dernier point de l’idée de « liberté infinie » d’un Dieu Créateur et transcendant. Ce Dieu, s’il est créateur d’un monde et surtout de consciences capables de l’imaginer, voire de l’interpeller et de le mettre en examen, est-il si libre que cela ? La liberté infinie, au sens de volonté arbitraire, ne devient-elle pas une abstraction qui perd de sa signification, à partir du moment où il existe un monde réel qui n’est pas divin ? Peut-être, pour les croyants et les penseurs qui adhèrent à cette représentation, serait-il plus cohérent (au sens organique du terme) d’accepter qu’en créant un monde, ce Dieu perd ou renonce à sa liberté. Il perd un peu, voire totalement, disent certains mystiques, de sa liberté. Il se replie dans le néant. De fait, l’idée de « liberté de Dieu », caché dans son essence d’une part, dont la volonté est incompréhensible d’autre part, reste une abstraction qui résiste bien, quoique insuffisamment aux questions posées par l’existence, par la revendication légitime humaine de justice, de bonheur et de capacité créative des hommes, et par la structure même du réel tel qu’il se présente à nos enquêtes. Et si ce Dieu perd de sa liberté en créant un monde en dehors de lui-même, il est logique qu’un lien surgisse par rapport à ce monde créé. Il devient accessible. Accessible comment ? Je ne donne pas de réponse immédiate. Restons au plan de la réflexion spéculative.

Ici, le lecteur doit voir poindre une lueur qui scintille dans la réflexion présente : n’est-ce pas notre raisonnement logique qui défaille ? La logique disjonctive, j’entends. Celle qui sépare, qui oppose, qui disjoint, qui dissocie entre vrai et faux, entre bien et mal, existence et non existence, entre liberté et déterminisme, visible et invisible, immanent et transcendant, entre un et zéro, entre possible et réel. N’y a-t-il pas quelque chose d’existant et de plus vivant entre ces beaux concepts, finalement assez abstraits ? Je réponds sans hésiter : oui. Et je désire conduire le lecteur vers cet espace de vie.

Mais avant d’en arriver là, faisons un tour du côté du déisme qui a eu de beaux jours aux Dix-Septième et Dix-Huitième siècles, et qui semble régulièrement sortir de l’eau dans tel ou tel écrit. Qu’en est-il du Dieu Grand Architecte de l’Univers ?

Figures divines (3) : le Grand Architecte

Récit d'un unijambiste
sur le Chemin de Compostelle
106 jours de marche, à 2 Km/h
et 14 Km/jour sur 1540 Km...

- Difficultés et joies de la marche d'un handicapé physique -
Tome 1 : Voie du Puy (Édition Nicorazon)Tome 2 : Espagne (Éditions Lepère)

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