Investigations trinitaires (7) : polythéisme.

INVESTIGATIONS TRINITAIRES (7) – Figures divines : le polythéisme.

Investigations trinitaires 6 – Panthéisme – Article précédent

Résumé : Autre figure, ou plutôt autres figures au pluriel, le polythéisme. Est-il au fondement de toutes les religions ? Pas sûr. A-t-il disparu sous l’influence des monothéismes, puis des sciences, de l’athéisme et de la critique ? Pas sûr non plus. Et l’Orient, dans l’affaire ? Peut-on faire abstraction de ces milliards d’individus qui continuent à suivre des rites envers leurs dieux et leurs ancêtres ?

Faut-il renoncer aux différentes figures du monothéisme ? Se réfugier intellectuellement dans un des panthéismes ? Contourner ces questions dans une des formes diverses de l’athéisme ? Accepter que notre entendement n’est pas assez pertinent pour affronter ces questions ? Et que penser du polythéisme, encore vécu par de nombreux peuples ? Pour nombre d’historiens du religieux ou de théologiens, revenir au polythéisme serait retourner en arrière. Du côté des chrétiens et des musulmans, le polythéisme est du « paganisme », à savoir une religiosité de paysans qu’il faut combattre pour la vérité et pour le bien du peuple. Les intégrismes et les inquisitions naissent aussi de cette intention d’éradication du paganisme, tout autant que la lutte supposée contre les hérétiques ou infidèles.

Ne faut-il pas assouplir le monothéisme, alors ? Historiquement, en Occident et au Moyen Orient, le monothéisme a pris le relais d’autres figures religieuses, notamment les multiples formes de polythéisme (plusieurs dieux). Or, ces figures sont innombrables et toujours d’actualité dans bien des régions de la Planète. Les historiens des religions et des mythes ont su les décrire dans de nombreux cas. Toutefois l’absence d’écrits et de pratiques, au-delà de l’apparition de l’écriture, rend difficile l’accès aux traditions orales ou disparues. La difficulté est encore actuelle dans des régions où la transmission orale est première par rapport à l’écrit.

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Monothéisme des nomades contre polythéisme des paysans ?

Certains spécialistes estiment qu’il a peut-être existé des formes de monothéisme avant le polythéisme. Ce monothéisme ignoré serait lié à une perception assez floue d’une unité cachée derrière les apparences. Qui sait ? Difficile à savoir. Le polythéisme, ai-je rappelé ci-dessus, a souvent été associé à paganisme, et paganisme associé à paysan, à agriculteur. Le polythéisme serait donc la forme naturelle de la religiosité post révolution néolithique. Avant la transformation néolithique, au paléolithique pour simplifier, à l’époque du nomadisme, de la chasse et de la cueillette, des premières formes d’élevage et de la domestication animale, notre connaissance des religions est plus nébuleuse. On a pu penser qu’elles tendaient vers le monothéisme. Les approches que nous pouvons en avoir restent analogiques : récits bibliques originels, divers textes antiques, contes et légendes des nomades actuels dans des déserts, des forêts, des lieux reculés. Le récit d’Abraham quittant Ur, dans la Genèse, démontre que le rapport entre polythéisme et monolâtrie (qui précède le futur monothéisme de l’Exil) peut être conflictuel. Il reflète aussi, d’une certaine manière, l’affrontement entre nomades et sédentaires agriculteurs, affrontement qui accompagne une grande partie de l’histoire d’Israël, avant l’Exil à Babylone. L’étude des religions dans les nations encore marquées par l’animisme, dans les forêts amazoniennes ou en Sibérie, laisse transparaître la même tension. L’apparition de l’agriculture, de la métallurgie et des villages sédentaires, serait donc liée au polythéisme, et le monothéisme au nomadisme ? Pas si simple. Toutefois restons-en au premier degré, à des considérations générales. De nombreux ouvrages et de sites internet compléteront les simplifications exposées ici et les corrigeront, pour ceux qui désirent approfondir.

Le polythéisme est la figure religieuse qui suppose l’existence de plusieurs dieux, voire de multiples divinités et entités dites « surnaturelles » indépendamment de l’homme naturel : dieux, déesses, esprits et démons, héros, voire fantômes etc. Il s’exprime initialement sous la forme de l’animisme, c’est-à-dire le sentiment religieux selon lequel les entités et les énergies de la nature sont habitées par des êtres spirituels, voire conscients : rivières, sources, arbres, montagnes, nuages, animaux, poissons, oiseaux, volcans, séismes, saisons etc. Les ancêtres, les morts, aussi entrent dans le panthéon de dieux ou d’inspirateurs. Le polythéisme est lié à la condition sociale des agriculteurs, des potiers, des forgerons. Le nomadisme propose une perception différente des phénomènes naturels, puisque les nomades ne délimitent pas de territoires et ont une sensation plus globale de la nature. J’écris cela, car je me suis souvent demandé pourquoi le monothéisme était apparu et s’était amplifié plutôt chez des populations nomades, que ce soit dans l’espace biblique ou l’espace coranique, alors que le polythéisme a continué d’exister dans des civilisations avancées, Égypte, Grèce, Empire Romain et qu’il est toujours actuel en Extrême Orient. Il est par conséquent prudent de ne pas s’aventurer trop vite sur le terrain selon lequel le monothéisme suit naturellement le polythéisme, comme j’en ai parlé ci-dessus… et certains ajouteront que l’athéisme suit naturellement le monothéisme. Le mouvement semble se diriger ainsi dans les nations marquées par la Bible et par l’Islam. Mais pas partout. L’histoire et la géographie sont plus complexes.

Le polythéisme s’exprime également à travers la personnification de qualités et de caractères humains : on associe la force, la sexualité, la colère, la fidélité à des divinités. Dans les mythologies grecques et romaines, il n’est pas rare qu’on retrouve cette association : Aphrodite-Vénus est la déesse de l’amour et de la sexualité ; Arès-Mars celui de la Guerre, etc. Les Cités ont également leurs propres divinités : Athéna protège Athènes. On adjoint également des divinités à des métiers ; le dieu des artisans, la déesse des semeurs et des moissonneurs, celui ou celle des marchands etc. pas très différents, du reste, des cultes des saints dans les espaces catholiques et orthodoxes, ce qui démontre que le monothéisme strict a toujours des difficultés à s’imposer. Il serait intéressait d’aller étudier comment sont structurés les différents panthéons (ou « polythéons ») dans l’univers bouddhiste. J’irai regarder à l’occasion, puisqu’il y a certainement des constantes avec les polythéismes méditerranéens ou nord-européens.

Les divinités s’organisent en panthéons, selon que les dieux et autres êtres surnaturels sont plus compétents, plus forts, plus universels, plus habiles, plus séducteurs. Leurs épopées font l’objet de mythes souvent passionnants au sein desquels les grandes questions de la vie sont rarement oubliées : relations entre la sexualité et la mort, sources et naissances des différents êtres naturels, apparition de l’organisation villageoise ou urbaine, origine de l’injustice, de la maladie et de la souffrance, capacités et limites de la connaissance, apparition du langage, etc. Au-delà de la vie humaine, toute la nature et tout l’univers, astres, étoiles, animaux, poissons, arbres, sont mis en scène dans les récits des origines. Certains animaux et certains êtres cosmiques sont eux-mêmes divinisés.

On remarquera qu’au coeur du polythéisme, on ne craint pas les représentations visuelles : que ce soient les tombeaux des pharaons, formes géométriques à l’image des perfections imaginées dans le ciel divin, ou dans les peintures, sculptures -de personnages ou d’animaux-, les sens sont stimulés. Les rites sont forts. Inversement certains monothéismes complètement fanatiques détruisent les oeuvres des infidèles ou des idolâtres, au nom d’une transcendance bien peu respectueuse. Les histoires chrétiennes et islamiques sont pétries de conflits iconoclastes. Des philosophes, des politiques et des scientifiques ont parfois repris ces conflits sous des formes de condamnations de tout ce qui peut être erreur de représentation ou de santé mentale. Moi-même, je me fais parfois piéger ! J’avoue avoir une préférence instinctive envers les constructions romanes dépouillées et réduites à des formes architecturales géométriques qu’envers les églises baroques hyper encombrées de statues, de fresques, de dorures. De ce point de vue, j’avoue avoir été heureusement réinformé par la réflexion théologique des orthodoxes après la violente querelle des icônes au Septième Siècle. Comme par hasard, la représentation du mystère trinitaire y est engagée. Derrière le rapport de forces monothéisme-polythéisme, se cache une lutte entre respect de l’autre et image de l’autre. Attention, cette interrogation peut nous emmener très loin : mais je n’hésiterai pas à écrire que l’accusation d’idolâtrie par les monothéistes contre le paganisme peut se retourner dans l’autre sens, quand des fanatiques religieux détruisent les figures divines des religions polythéistes. Le monothéisme absolu est également idolâtrique, mais sous l’angle critique : j’ai la vérité absolue et je condamne les erreurs des polythéistes.

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Monothéisme occidental et polythéisme oriental ? pas si simple.

Il y a certainement des présupposés philosophiques cachés derrière l’évolution occidentale et moyen-orientale vers le monothéisme en opposition au paganisme. J’en ai proposé quelques formes dans les articles précédents, notamment dans l’article sur le panthéisme. Ces présupposés sont les mêmes que ceux qui ont produit la science moderne et la capacité de raisonner par abstraction. Derrière ces raisons, il se dissimule l’ardent désir du transcendantal « Un », cette fameuse unité globale et principielle qui a obsédé et qui obsède encore tant les penseurs, qu’ils soient philosophes, scientifiques ou religieux. Curieusement, la fascination vers une unité idéale, divine, cosmique ou physique, au sens intellectuel du terme, semble moins être un souci dans la plupart des mondes de l’Extrême Orient. Souci occidental finalement assez cérébral ou assez volontariste, dans la ligne des philosophies de l’action et de l’arrachement aux contraintes naturelles. Toutefois, je nuance aussitôt : le souci de l’unité est également présent en Orient. Dans un second degré de mon analyse, on peut songer inversement aux ascètes orientaux qui sont assez marqués par cette aspiration à l’unité. Mais cette aspiration est plus pratique, éthique, spirituelle (Nirvana par exemple), ce qui démontre ce souci volontariste et intellectuel. Réciproquement, dans la tradition chrétienne, catholique et orthodoxe notamment, l’unité divine est rééquilibrée par des cultes de saints ou des angéologies et diverses figures surnaturelles. Bref, premier degré : l’occident est plus marqué par le souci intellectuel et religieux de l’unité ; l’orient est plus marqué par le buissonnement des divinités. Mais, second degré : l’orient recherche l’unité par des voies pratiques et ascétiques ; l’occident rééquilibre l’obsession de l’unité par des rites et des cultes de médiation entre l’absolu divin et la réalité humaine immédiate.

L’animisme, lui, est vivace dans de nombreux autres pays du monde, dans l’hindouisme et le shintoïsme notamment, mais aussi chez  les religieux de l’Extrême-orient qui habitent la Chine, le Japon, la Corée. Il imprègne de nombreux territoires africains, américains, caraïbes et en Europe, il est assez en vogue même chez certains intellectuels qui mettent en procès le monothéisme. Je renvoie aux articles, aux encyclopédies, aux ouvrages sociologiques qui connaissent mieux la question.

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Petite histoire de la conjugaison monothéisme-polythéisme dans nos nations.

Le polythéisme, ou plus précisément le paganisme, la religion des paysans, fut la cible première des grandes religions monothéistes, ai-je écrit. Intellectuellement parlant, puis politiquement et économiquement parlant, il n’était pas suffisamment armé pour leur résister, les monothéismes ayant l’avantage de proposer une cohérence plus forte et une force plus cohérente. Mais là encore, sous la perspective temporelle, on remarquera que la disjonction monothéisme-polythéisme ressemble plutôt à une conjugaison.

Dans le mouvement qui va du polythéisme vers le monothéisme, il y a des étapes intermédiaires. Notons par exemple le dualisme religieux, tel le manichéisme au Moyen Orient, qui, pour rendre compte de la lutte entre le mal et le bien, projette dans le divin l’existence d’un Dieu du bien qui s’oppose à un Dieu du mal. Le dualisme a pris des formes philosophiques, comme la gnose dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, qui ont conduit à des dualismes paradigmatiques non sans quelques dégâts collatéraux liés à la philosophie substantialiste : oppositions esprit-matière, corps-âme, liberté-déterminisme, culture-nature, etc. Le Christianisme et l’Islam ont été contaminés, en inventant des forces du mal, des diables, des Satan, bien pratiques pour dédouaner Dieu de l’origine du mal, d’une part, pour démontrer le combat et la complicité de l’homme avec ces forces, d’autre part. Le Livre de l’Apocalypse, dans la Bible, semble les avoir hypertrophiées dans les mentalités, indépendamment du style littéraire très particulier de cet ouvrage. Au Seizième et Dix-Septième, les deux siècles de massacre des sorcières en Europe, figures à qui on a attribué des comportements démoniaques, ont coïncidé avec le développement des sciences, l’expansion mondiale du Christianisme et l’unification administrative des nations. Des savants de cette époque auraient expliqué que la science était là pour arracher aux femmes le pouvoir qu’elles avaient sur la nature. Comme quoi, le dualisme peut servir de couverture à d’autres rapports humains conflictuels plus cachés. Je n’en écris pas plus.

Le polythéisme mériterait un développement plus vaste sur la polysémie de ses formes. Face aux évolutions techniques et scientifiques et la progression de la raison, il a semblé ne pas tenir la route. Pourtant il revient en force par la fenêtre là où il a été chassé par la porte. Il a inspiré des épopées, des mythologies, des légendes et il alimente de nombreux pans de la culture, depuis la musique jusqu’au cinéma et aux jeux. Nombre d’opéras et de poèmes épiques s’inspirent des polythéismes antiques. L’Iliade et l’Odyssée, les Légendes nordiques et germaniques, ont inspiré bien des artistes entre le Quinzième siècle et le Dix-Neuvième siècle. Même l’Islam est traversé par les charmes animistes : il suffit de relire par exemple les Mille et Une Nuits, et de songer aux multiples échos qui se sont réfracté dans la culture et l’art. En définitive, comme vaste moment historique et géographique, le polythéisme est constitutif de la structure humaine et de fonctions et processus sociaux et psychologiques. On aurait tort de les ignorer avec condescendance. Bien des récits de fiction et de magie anticipent des compréhensions scientifiques, non seulement dans le domaine des sciences humaines, mais aussi dans celui des sciences dures. Je connais un scientifique avouant avoir trouvé des intuitions dans ses travaux par le biais d’une idée puisée dans une « heroïc fantasy », et un autre en observant l’agitation des feuilles dans un arbre à qui il a attribué une intention cachée.

Dans nos nations, le polythéisme a continué à survivre, même lorsque la raison philosophique, puis la rationalité scientifique de l’époque moderne ont « dés-animé » la nature, en la réduisant à des interactions entre des éléments matériels qui obéissent à des lois et des rapports géométriques et quantitatifs. Non sans résistance. Même de grands scientifiques historiques ont continué à croire en des fantômes, des esprits ou autres êtres dits surnaturels agissant derrière le voile des apparences, tandis que d’autres savants pratiquaient l’alchimie ou l’astrologie. Aujourd’hui, le polythéisme réapparaît et revient à la mode sous des formes originales, humoristiques parfois, soulevant toujours des questions vitales : les « heroic fantasy » ou nombre de romans de science fiction, qui se développent dans la littérature, les bandes dessinées, le cinéma et les médias, les jeux vidéos, sont peuplés de gnomes, d’elfes, dragons, gobelins et autres êtres fantastiques, et leur fécondité littéraire n’est pas à démontrer. Leurs univers représentent-ils une alternative aux confessions de foi des religions historiques ? Non, en apparence, puisqu’il s’agit de second degré. Et votre serviteur le sait, grâce à ses enfants qui l’ont initié. Oui, peut-être, quand on constate le recul actuel des religions instituées et des monothéismes traditionnels dans nos contrées. Toutefois des sectes adoptent des thèses développées dans ces fantaisies et elles conduisent à des emprises sur les cerveaux. Il se peut aussi que nombre de lecteurs, de téléspectateurs ou de cinéphiles, ou encore de joueurs prennent ces récits au premier degré, même si l’immense majorité les adoptent de façon ludique. Un de mes proches parents, de culture chrétienne, diffuse aujourd’hui de curieux propos autour d’esprits frappeurs et de démons cachés derrière les événements.

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Polythéisme et univers du vivant

Il y a un point qui intéresse notre réflexion : le polythéisme et l’animisme peuplent l’univers de divinités. Ce sont des sources d’imaginaire et de vie extraordinaires. Or dans la réalité naturelle, au cours de l’évolution, les êtres vivants se développent en se diversifiant et en combinant leurs interactions avec un mélange d’improvisation, de créativité et d’adaptation telles que l’imagination religieuse et fictionnelle n’a pas à l’envier. La tristesse, l’uniformité et le simplisme des pratiques, des rites et des dogmes monothéistes ont besoin de cet imaginaire et de cette créativité. Historiquement en Europe, du reste, des périodes comme le baroque ont laissé beaucoup d’espace à cette imagination vivante.

À titre personnel, quitte à le redire sous une forme différente, je préfère le dépouillement des cryptes romanes nues -aspiration à l’unité- et le silence intérieur qui leur est attaché. Mais j’avoue aimer aussi le déchaînement vivifiant et imaginatif du baroque ou l’irisation lumineuse de la Renaissance -aspiration au foisonnement et au buissonnement de la vie-, que j’ai découvert par exemple lors de mes longues pérégrinations sur le Camino de Compostelle. J’apprécie une musique simple comme un chant grégorien, mais je goûte aussi passionnément la vitalité d’une symphonie romantique ou d’un opéra fondé sur une trame mythologique. Comme physicien, je trouve passionnant la recherche d’une théorie unitive et la capacité extraordinaire des scientifiques à unifier formellement les lois naturelles du monde physique. En même temps, je suis admiratif de l’exubérance et des jeux de hasard, de créativité, de la diversification au cœur de la biosphère et de l’écosphère. Et ne parlons pas de la nécessité à la fois de l’aspiration à l’unité et à la communication des cultures humaines entre elles, et de la variété de leurs expressions et de leurs formes conjuguées avec une demande de respect réciproque. Les deux pôles sont nécessaires : simplicité et diversité de la nature et de la vie, unité et variété de l’être. Contradictoire ? Est-ce si sûr ?

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Conclusion méthodologique

Les lecteurs attentifs constateront qu’une fois de plus, j’utilise mon outil méthodologique « différentiel » : un premier degré assimile polythéisme à paysans et monothéisme à nomade ; Occident monothéiste, puis athéiste, et Extrême-Orient polythéiste. Un second degré met en évidence que l’histoire occidentale qui part du prétendu polythéisme vers le monothéisme n’est pas si simple, et que le polythéisme chassé par la porte revient par la fenêtre… En Orient, à côté du polythéisme de l’Hindouisme par exemple, il existe des pratiques ascétiques (zen, yoga) qui aspirent à l’unité. L’aspiration à l’unité d’un côté, la passion vivante de la diversité de l’autre, existent sous des formes différentes d’un bout à l’autre de la Planète. Et au fur et à mesure que l’on approfondit la réalité humaine et vivante, on s’aperçoit qu’unité et diversité se conjuguent de plus en plus finement. Ajoutez un troisième, un quatrième degré à l’infini, si vous le désirez et le pouvez… La vérité sera toujours au-delà.

Et la Trinité, là-dedans ? Ni monothéiste stricte, ni polythéiste comme l’imaginent certains musulmans, la Trinité brise les récifs des essentialismes et des idéalismes trop simples, tout autant qu’elle apaise les vagues anarchiques et hallucinatoires de l’océan polythéiste. Une théologie, une philosophie, voire une politique et une éthique, fondées sur le mystère trinitaire, voire sur l’énigme trinitaire, offrent des balises et des garde-fous contre les conflits de représentation et d’iconoclasme, et contre les simplismes intellectuels et moraux. J’essaie aussi de prendre le temps de la contempler, de me laisser regarder par elle, et, si je le peux, de parler avec elle sous ses différents visages : le plus connu, bien sûr, mais les autres moins visibles. Car il y en a. Je l’écris avec la prudence-audace et la folie-sagesse du lépidosophe qui voudrait naviguer, voire voleter librement, sans donner le sentiment d’imposer une vérité absolue, ni de condamner les mille figures qui peuplent la recherche humaine. Dans le tourbillon trinitaire, jamais d’arrêt, toujours de la voile et du vol dans un vent divin qui me dépasse et m’entraîne dans sa spirale infinie, dans sa fractale. Il va falloir toutefois bien trouver quelques points d’appui pour me reposer de temps en temps, et pour continuer d’écrire. Mais, comprenez-le bien, dès que j’écris, je trahis.

Prochaine étape, une méditation sur le corps, la parole et une autre ouverture trinitaire.

– Investigations trinitaires 08 –

Récit d'un unijambiste
sur le Chemin de Compostelle
106 jours de marche, à 2 Km/h
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- Difficultés et joies de la marche d'un handicapé physique -
Tome 1 : Voie du Puy (Édition Nicorazon)Tome 2 : Espagne (Éditions Lepère)

 

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