Investigations trinitaires (01) – Ouverture et premier thème

INVESTIGATIONS TRINITAIRES (Ouverture et premier thème)

Investigations trinitaires (00) : prélude

Résumé : explosion des représentations divines traditionnelles. Ouverture : trois précautions méthodologiques d’origine religieuse (idolâtrie, magie et oubli de la perspective). Premier thème : méditation critique de l’image du Dieu Paternaliste et Empereur des mondes.

Toutes les représentations divines explosent les unes après les autres. D’une part, la mondialisation et l’extension de nos espaces de compréhension font apparaître l’existence de nombreuses religions qui s’opposent et se contredisent entre elles. D’autre part, le contenu même de ces religions résiste difficilement aux interrogations posées par l’existence humaine, sous ses deux dimensions : la dimension des activités, politiques, scientifiques, économiques, sociales, artistiques ; la dimension des passivités, souffrances, handicaps, maladies, injustices, vieillesse, finitude et mort.

Depuis plusieurs siècles, nombre de penseurs ont fait remarquer que la religion et la croyance en des divinités ou en un Dieu sauveur permettaient de compenser la pression de la vie, surtout dans sa face « passive », au sens indiqué ci-dessus. La remarque a triomphé dans la célèbre formule de Marx selon laquelle « la religion est l’opium du peuple », formule qui contrairement à l’interprétation qu’on en donne n’est pas une condamnation du religieux, mais une explication sociale. Il faut bien une religion pour soulager les anxiétés et les souffrances. Sa pensée invite à une alternative qui dépasse les religions, et elle s’est proposée comme un nouveau messianisme. Nietzsche en a rajouté une couche avec son célèbre « Dieu est mort », proclamé par le héros Zarathoustra.

Malheureusement, Dieu n’est pas mort. Il est même extraordinairement vivace comme acteur social, politique et économique. Indépendamment du fait que les religions instituées continuent à exister et se répandre sur la Planète, même si elles sont en déclin dans l’espace européen, nombre de ses publicitaires et de ses zélateurs sont particulièrement remuants aujourd’hui : quand ils ne se jettent pas sur des tours avec des avions, coupent des têtes au nom d’Allah, se massacrent dans des temples, des pagodes, des synagogues, des mosquées, des églises, ils n’hésitent pas à appeler à des manifestations dans les rues pour s’opposer à des lois qui ne leur conviennent pas, ou à exclure de leurs cercles ceux qui n’adhèrent pas à leurs doctrines. Pour leur défense, admettons que, la question religieuse touchant l’absolu, on peut expliquer -sans aucunement justifier- le comportement absolu, qui conduit à la violence folle, de certains de ses membres. Après tout, du côté lumineux de la force, inversement parlant donc, bien des personnes prennent le risque d’un engagement total de leur vie dans l’autre sens (monastères, vie religieuse, érémitisme, mystique) au nom de leur absolu. La fracture éthique est nette, mais l’un, obscur et fanatique, est le miroir inverse de l’autre, lumineux et don total de soi.

Pour ne pas mélanger les genres, quelques concepts doivent être remis en place. Dans les médias et dans les mentalités, il y a confusion entre religion, Dieu, foi et églises. Rappelons que certaines religions sont sans Dieu (Bouddhisme ou Taoïsme par exemple), d’autres croient en un Dieu sans avoir besoin de religion (protestants libéraux, franc-maçons, etc.), certains n’ont pas la foi en Dieu, mais pratiquent ou se comportent en religieux, d’autres refusent les religions, mais courent après l’astrologie, la numérologie et autres stupidités, et ainsi de suite.

Sans développer, une religion est un système, donc une structure et une fonction sociale, qui comporte des rites collectifs et privés, des textes ou événements fondateurs, qui distingue le sacré du profane, qui a souvent des hiérarchies, des clergés ou des représentants reconnus ou charismatiques. Certaines religions sont naturelles, comme la plupart des animismes, et comme le sont d’une certaine manière la plupart des religions de l’Extrême-Orient. D’autres sont historiques, prophétiques, et s’appuient sur une ou des révélations du divin en un lieu ou un temps précis. Il y a un processus évolutif, une histoire des religions, que les spécialistes anciens et récents ont analysés. Il existe aussi des transferts de comportements religieux dans la société laïque d’aujourd’hui, tant au point de vue du langage que du point de vue des pratiques : dans la politique par exemple (les grandes messes et congrès, les manifestations, les codes de reconnaissance, les interdits de langage), dans les couloirs des institutions scientifiques (respect des règles, hiérarchies, initiation), dans le sport (Jeux olympiques, Coupe du Monde) et même dans des entreprises. Voilà pour la religion -schématiquement-.

La foi est un acte de la conscience réfléchie qui adhère à un credo. Un credo explicite et reconnu par une communauté, ou un credo construit intérieurement par une méditation personnelle. Je distingue croyance et crédulité. Sans réflexion, la foi est crédulité. La différence entre le croyant et le crédule surgit dans la capacité de réflexion critique et analytique. La foi inclut dialectiquement le doute qui est son interrogateur permanent. L’athéisme est une forme de foi tout autant que le théisme. L’athée adhère à un credo qui consiste à ne pas croire en Dieu, ni en une religion.

Et Dieu, là-dedans ? À chaque fois qu’une personne me demande si je crois en Dieu, je réponds : « qu’entends-tu par le mot « Dieu » ? ». Il va falloir faire le ménage dans le concept. Si, comme de grands théologiens l’écrivent, Dieu existe déjà comme acteur social et politique, vu le nombre de personnes qui agissent dans l’histoire en son nom, encore faudrait-il savoir qui ou ce qui se cache derrière le mot. Il va occuper les articles présent et suivants. La méthode sera relationnelle et négative : je ne vais pas écrire qui est Dieu ou ce qu’est Dieu, mais plutôt les représentations figées ou unilatérales en lien avec nos désirs ou nos besoins, et ce qu’il n’est pas, ses projections ou ses insuffisances.

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Trois balises vont guider le cheminement de cette analyse. Ce sont trois interdits qui jouent le rôle d’indices d’une fausse piste et donc d’alertes : l’un est la prudence à l’égard de ce que les anciens appelaient l’idolâtrie, le deuxième est la même réserve à l’égard de la magie, le troisième est l’oubli de la perspective où on se situe.

Pour faire simple, l’idolâtrie est la confusion entre l’objet de notre croyance, de notre regard ou de notre pratique, religieuse ou non, avec le divin ou avec la vérité en soi. Je contemple une image sacrée, une statue, une nourriture, une montagne taboue, comme si elle était le divin lui-même ou habitée par le divin. J’agis et je combats au nom d’une idéologie parce qu’elle est la vérité. Idéologie et idolâtrie résonnent ensemble. L’idolâtrie est la confusion entre le fini et l’infini, ou mieux, le masque fini qui voile l’infini.

La magie est l’utilisation de Dieu, de forces divines, de vérités absolues, pour manipuler les individus et les sociétés. Il y a, dit-on, la magie noire et la magie bienfaisante. Personnellement, j’utiliserai la notion de magie lorsque des individus ou des structures, institutionnelles ou non, utilisent une idéologie ou un système de croyances pour imposer leur point de vue et leur force physique à d’autres individus. S’il existe une magie bienfaisante qui pense faire du bien aux personnes, je l’estimerai nocive si elle s’exerce contre la volonté de la personne. « Rien de pire que le bien imposé », écrivait Berdiaev.

L’oubli de la perspective est tout simplement l’oubli de la complémentarité de toute situation. Le réel apparaît comme un croisement et un tissage de perspectives : toute perspective individuelle ou locale devient singulière si elle accepte les autres points de vue… et mieux encore, si elle accepte de se mettre en débat.

Même la mienne !

Ces trois balises posées, je vais maintenant tenter d’analyser de manière la plus exhaustive possible, les représentations divines qui se referment sur elles-mêmes ou qui sont insuffisantes… et qui tombent, par conséquent, dans un des gouffres non protégés de l’idolâtrie, de la magie et de la réduction à un seul point de vue. La ligne de crête est étroite entre tous ces précipices, je le reconnais. Mais en réflexion pseudo-théologique, à l’instar de Cantor en mathématiques, il faut accepter que l’infini est opérationnel et non seulement potentiel. L’infini reste potentiel quand on s’arrête honnêtement sur des certitudes, sans prétention idolâtrique ou magique, en acceptant leurs insuffisances : ce qui n’est déjà pas mal. Il redevient opérationnel dès qu’on se remet en route : et avancer conduit parfois à marcher entre des abîmes ou sous des couloirs d’avalanches. D’un autre côté, le regard vers l’horizon montre à la fois la limite de la vue et l’espérance d’un paysage au-delà de la vue, comme dans un désert ou comme sur l’océan. Et les horizons, même s’ils manifestent l’infini et agissent comme des attraits, ne s’atteignent jamais. Si telle représentation de Dieu a pu servir d’horizon à une époque donnée, dans un milieu donné, elle s’intègre dans les territoires explorés et perdent leur mystère : l’infini a été actif. Bien qu’intériorisées, elles deviennent obsolètes, excepté dans le fait qu’elles ont donné leur dû au langage et à l’histoire.

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J’ai repéré sept représentations du divin que nous allons exposer, et autour desquelles d’autres représentations possibles peuvent se référencer. Les voici : le Dieu bienveillant Empereur des Mondes et paternaliste ; le Dieu arbitraire et infiniment libre ; inversement, le Dieu mécaniste ou informaticien qui calcule tout d’avance ; le Dieu moraliste des prophètes qui trifouille les consciences, juge, condamne, dicte le bien et le mal. Ces quatre premières représentations correspondent aux différentes formes prises par le monothéisme. Les trois autres : le polythéisme qui multiplie les figures divines pour expliquer par des mythologies divers aspects des caractères et de l’expérience humaine ; le panthéisme qui confond le divin avec la nature, ou avec l’ensemble du réel physique ; le Dieu du métro, le petit Dieu sympa, copain-copain, qu’on rencontre dans les communautés chaudes et affectives.

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La vision d’un Dieu Père et bienveillant Empereur ou Roi des mondes est courante parmi les croyants monothéistes. Elle vient d’une conjonction et d’une synergie entre divers flux du monde biblique et l’organisation de l’Empire Romain. Plus loin, on pourrait la faire remonter à des racines égyptiennes, mésopotamiennes ou helléniques. Le Dieu itinérant des hébreux devient Père de la nation et garant, via la monarchie davidique, de l’unité du peuple. Même si cette aventure monarchique, contestée par des prophètes, se dilue très vite. L’idée du Dieu Père se personnifie et progressivement, s’affine en direction d’une relation plus individuelle entre chaque conscience et son Dieu : une filiation. Le Christ Jésus assume totalement cette représentation et appelle son Dieu « Père », dont il sera le Fils, le Premier Né, et le prototype de tous les humains, à leur tour « fils de Dieu ». Qu’ils soient des enfants sages et soumis, ou des enfants prodigues qui font des sottises, n’y change rien : ils ont le même Père. La prière du « Notre Père » est au fondement de la religion chrétienne ; mais bien des juifs s’y reconnaissent volontiers, j’ai eu l’occasion de le constater. De plus, le Dieu Père est le premier article du Credo chrétien.

Tout cela est bien sympathique et réconfortant. Mais il le serait plus si cette dimension familiale n’avait pas été associée, historiquement et intellectuellement, à la figure du pouvoir monarchique, voire impérial. La religion chrétienne occidentale, notamment, à partir du moment où elle s’est vêtue des dépouilles de l’Empire Romain, a fait glisser le Dieu d’une famille patriarcale vers celui d’une monarchie paternaliste. L’orthodoxie n’est pas non plus innocentée dans ce glissement. Du Dieu Père de famille, on dérape vers le Dieu Père de la nation, dans une sorte de retour elliptique à l’esquisse royale de David. Rappelons que l’expérience monarchique du Royaume de David et de Salomon a vite fait long feu, a éclaté en deux royaumes avant de s’effondrer sous les invasions. Cela ne s’est malheureusement pas produit quand le Christianisme a pris le pouvoir dans l’Empire Romain : le Dieu Père des évangiles est devenu le Roi des peuples et des nations, voire l’Empereur souverain de l’Univers entier, des Astres, des montagnes, des fleuves, des mers, des animaux et des végétaux. Un bon gestionnaire en tout cas. Son Empire est couvert et habité de sa présence et de sa bonté. Il peut parfois se fâcher, et c’est ainsi qu’on peut le ressentir dans les orages, les volcans, les tremblements de terre, les épidémies… et autres malheurs qui arrivent à ses enfants. Les maux sont souvent conçus comme des punitions dus à des mauvais comportements de fils ou de sujets de l’Empire. Ce Dieu n’est pas très différent du Zeus grec, du Jupiter romain ou de Wotan germanique, même si les théologiens ont pris des distances vis à vis de l’anthropocentrisme excessif de ces anciennes religions.

Ces anthropomorphismes divins conduisent les fidèles à des attitudes de fils ou de fille (pourquoi pas ?), d’enfants (plus douteux !), d’infantilisme (assez fréquent !), de soumission puérile : obéissance sans conditions à Celui qui sait tout, qui voit tout, qui peut tout, dans sa bonté et puissance impériale. Éventuellement, l’activité de ce « Tout-Puissant » s’exprime à travers des intermédiaires : hiérarchies d’autres êtres célestes, messagers, anges et archanges, ou terrestres, saints et prêtres, comme autrefois dans les mythologies, il y avait des dieux et déesses, des héros et autres créatures variées. Un bon manager délègue ses pouvoirs. Bref, dans ce climat religieux paternaliste et impérial, les hommes et les femmes apparaissent comme des enfants, ils n’ont pas vraiment droit à une vie adulte, créatrice de leurs œuvres et de leur organisation sociale, de leur responsabilité éthique et politique et de leur autonomie philosophique.

Les empereurs peuvent devenir des tyrans et empêcher les peuples et les individus de s’exprimer librement et de vivre selon leurs propres volontés. Dans le Césaro-papisme au sens étroit (historique) et large (union de la papauté et de l’Empire, du pouvoir religieux et du pouvoir politique), les marges de manœuvre sont étroites. Si le Dieu Empereur a en effet mandaté son pouvoir impérial à des individus, papes, prêtres, empereurs, rois, princes, pourquoi ceux-ci ne se gêneraient-ils pas à se prendre à leur tour pour des représentants divins. Ils ne sont pas très différents des pharaons égyptiens et de leurs clergés, ou des empereurs romains qui s’auto-divinisaient (avec l’excuse qu’ils le croyaient vraiment, ce qui n’aurait pas dû être le cas des responsables dans le monde chrétien, suite à la désacralisation du pouvoir politique dans la Bible). Cela dit, les empereurs peuvent également se comporter en papa-gâteaux (ou gâteux), plein de pitié ou de condescendance pour ceux qui souffrent, mais en fin de compte assez éloignés d’eux. On remarquera que nombre de prêtres se font appeler « pères », ce qui me fait beaucoup rire, et que le mot « pape » signifie « papa ». Les remarquables constructions théologiques pour dédouaner le Dieu-Papa des souffrances du monde ressemblent étrangement à l’art raffiné des rois et des puissants pour se déresponsabiliser des injustices et des malheurs de leurs peuples. Eux sont sages et justes. On trouve toujours des boucs émissaires ou des diablotins pour rendre compte des origines du mal, des structures ou des généalogies de « péché ». Ou pire encore -on le verra dans une autre figure divine-.

La représentation impériale et paternelle du monde se projette aussi dans l’image du Créateur qui gère avec bienveillance sa création. Toutefois, quand le curieux écoute et regarde l’univers physique, l’infinité des galaxies et des énergies cosmologiques, les évolutions naturelles de la vie et des écosystèmes, il peut s’interroger sur les si sages fondements de ces systèmes. Naturellement, chacun est potentiellement victime de ses projections sentimentales et conceptuelles, mais il faut bien avouer qu’il y a nombre de dysfonctionnements dans cette création : si elle semble globalement réussie (comme le bilan globalement positif de certains Empires du Vingtième Siècle), nombre de destructions, de chaos, de cadavres, de disparitions, de déformations, de handicaps jonchent le chemin. Le christianisme a trouvé une parade théologique et dogmatique assez habile, en inventant l’idée de la chute d’un être divin inspirateur d’un péché originel, au prix de contorsions intellectuelles peu compatibles avec le progrès et la structuration des sciences contemporaines. Mais ça marche et les credos continuent à l’enseigner.

Les grandes églises chrétiennes ont repris les structures impériales dans leur propre organisation. Les évêchés se calquent sur les anciennes préfectures, et peuvent mieux surveiller, territorialement parlant, leur bon peuple. Le mot « évêque », « episcopos », signifie « surveillant », celui qui « veille sur ». Tantôt bienveillants, tantôt fouettards. Toujours paternalistes. Dans l’Église Catholique notamment, se retrouvent des catégories féodales et aristocratiques avec des seigneuries (des « Monseigneur » et des « Son Éminence »), et aux prêtres, sont attribués des pouvoirs sacrés… Pas loin de la magie. Le peuple est longtemps resté infantilisé, et il l’est encore beaucoup dans les structures et les communautés, croyez-en mon expérience. Dans les textes liturgiques, il fait l’objet de mentions éphémères, presque comme s’il fallait s’excuser de son existence (« le peuple des rachetés, ou des baptisés », perdus au milieu des litanies hiérarchiques). N’insistons pas. Nombre de croyants ne se laissent plus piéger par ces infantilisations et ces omissions. Récemment encore, une proche, chrétienne de conviction, me partageait son agacement à l’égard de l’image du bon berger et de ses brebis que nombre de membres du clergé s’approprie avec frivolité.

La notion de Père, essentialisée en Dieu, doit affronter les légitimes montées des courants féministes. Les schémas simplistes qui courent dans les discours et les sermons, et plus encore dans la pratique (femme et mère associées à nature, sentiment et instinct, homme et père associés à culture, rationalité et droit) légitiment des organisations ecclésiales qui font rire le moindre observateur un peu attentif. Ils le font moins rire quand ces schémas justifient des pouvoirs sur les organisations, voire, plus grave, sur les consciences.

Heureusement, les grandes révolutions, démocratique et scientifique, sont passées par là, ici en Occident et dans les nations sous son influence historique. Depuis quatre siècles, chaque pan de l’organisation sociale et religieuse, liée à une anthropologie contestable, se détache de l’emprise des églises et des religions paternalistes. Ce furent d’abord les sciences depuis Copernic, Képler, Galilée ; mais aussi les arts, la musique, voire l’architecture et l’organisation urbaine elle-même. S’était déjà produite une revendication autonomiste de la philosophie depuis le Treizième Siècle. Puis l’organisation politique s’est détachée des églises, suite au Siècle des Lumières et des Révolutions américaines et françaises (même si la constitution américaine se réfère à Dieu et à la Bible, elle se situe au-dessus des religions puisqu’elle les tolère et les légitime ; en France, la domination d’une seule église a conduit à une évolution différente qui fonde la laïcité sur une prise de distance à l’égard de « la religion », en général). Plus récemment, l’éthique elle-même s’écarte de l’emprise religieuse. La lutte est parfois rude, vu la remontée actuelle des fondamentalismes et des intégrismes qui joue la carte de la culpabilisation et de la menace divine. Espérons-le, elle ne durera que le temps d’une ou deux générations.

Les notions de Dieu Père et de Dieu Empereur, que j’ai associées car elles ont souvent fonctionné ensemble, ont certainement été vecteurs d’effets positifs et de bonnes intentions. Elles semblent avoir permis d’arracher les religions à un arbitraire divin un peu trop voyant -on reverra ce point dans la seconde figure-, et aux cosmogonies pessimistes, voire tragiques, telles qu’il s’en trouvait autour du bassin méditerranéen et au Moyen Orient. Elles font partie désormais du patrimoine historique et donc de la structuration de l’homme moderne, pour des raisons socio-organiques. Que le lecteur ne se fige pas sur la caricature qui est schématisée ici, s’il se sent blessé. Les figures d’un Dieu Père ou Roi peuvent être réconfortantes dans les phases d’épreuve de la vie, et face à la souffrance et à la mort. Pourquoi refuser, dans des temps difficiles, de se penser protégé par la main d’un Père ou abrité sous les ailes d’un grand oiseau divin, aux teintes impériales ? Sans doute, y a t-il quelque chose de vrai et de juste là-dedans ? Qui sait ? Le danger serait d’essentialiser cette représentation et d’en faire l’unique source et le seul terme de toute réflexion philosophique, politique ou existentielle et de toute activité éthique. Ces projections n’ont rien de très scientifiques, ni très métaphysiques, mais peuvent indiquer des pistes ou offrir des analogies et des symboles. Elles ressortent du domaine des influences psychologiques, et parfois des fantasmes psychologiques du religieux -qui font aussi partie du réel, dans la perspective proposée ici-.

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La deuxième grande figure divine est celle du Dieu libre, infiniment libre.

Ce sera l’objet du prochain article.

Investigations trinitaires 02 – Article suivant

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