{"id":2214,"date":"2017-06-02T08:17:31","date_gmt":"2017-06-02T08:17:31","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=2214"},"modified":"2023-10-12T10:08:17","modified_gmt":"2023-10-12T10:08:17","slug":"chemin-pyreneen-piemontais-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=2214","title":{"rendered":"Chemin Pyr\u00e9n\u00e9en Pi\u00e9montais (4) &#8211; Aspet, Comminges"},"content":{"rendered":"<p align=\"CENTER\"><em><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?page_id=1838184\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: arial;\"><span style=\"font-size: small;\">Retour page Compostelle <\/span><\/span><\/span><\/a><\/em><\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><em><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1993\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: arial;\"><span style=\"font-size: small;\">Chemin Pi\u00e9montais (1) <\/span><\/span><\/span><\/a><\/em><br \/>\n<em><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=2035\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: arial;\"><span style=\"font-size: small;\">Chemin Pi\u00e9montais (2) <\/span><\/span><\/span><\/a><br \/>\n<em><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=2113\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: arial;\"><span style=\"font-size: small;\">Chemin Pi\u00e9montais (3) <\/span><\/span><\/span><\/a><\/em><br \/>\n<\/em><span style=\"color: #800000;\"><strong><span style=\"font-family: arial;\"><span style=\"font-size: small;\">Chemin Pi\u00e9montais (4) <\/span><\/span><\/strong><\/span><em><br \/>\n<em><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=2366\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: arial;\"><span style=\"font-size: small;\">Chemin Pi\u00e9montais (5) <\/span><\/span><\/span><\/a><\/em><\/em><br \/>\n<em><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=2489\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: arial;\"><span style=\"font-size: small;\">Chemin Pi\u00e9montais (6) <\/span><\/span><\/span><\/a><\/em><\/p>\n<h6 class=\"western\" align=\"RIGHT\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: arial;\">Avril 2017, Moulin des Baronnies<br \/>\n<\/span><\/span><\/h6>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\">Village du Portet d&rsquo;Aspet. \u00ab Chez Jo \u00bb, je suis attendu comme le Messie. La propri\u00e9taire, Yannick, est aux petits soins pour moi. Le dortoir semble difficile d&rsquo;acc\u00e8s par un escalier en bois \u00e9troit et pas bien s\u00e9curis\u00e9. Il part de la salle du restaurant. Je dois le grimper \u00e0 quatre pattes et descendre sur les fesses. Mais ce n&rsquo;est pas la premi\u00e8re fois. Le dortoir est situ\u00e9 sous le grenier. Il est suffisamment vaste pour que des randonneurs ne se g\u00eanent pas les uns les autres. Deux parisiens me tiennent compagnie. Ils d\u00e9butent le Chemin de Compostelle. L&rsquo;un d&rsquo;entre eux, qui a d\u00e9j\u00e0 march\u00e9 sur le Camino, semble paradoxalement moins bien pr\u00e9par\u00e9 que le second, plus jeune. Le premier est facteur dans le Seizi\u00e8me Arrondissement de Paris. Durant le repas, il racontera quelques anecdotes amusantes sur son travail dans un quartier assez singulier. Le jeune, \u00e0 peine trentenaire, est directeur d&rsquo;un service de soins \u00e0 domicile, activit\u00e9 ingrate que je connais bien, de par mon \u00e9pouse qui l&rsquo;a pratiqu\u00e9e plusieurs ann\u00e9es. Nous sympathisons. Nous plaisantons beaucoup ensemble.<\/span><\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_2216\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2216\" class=\"size-medium wp-image-2216\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-17-PortetdAspet-Juzet04p-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-17-PortetdAspet-Juzet04p-300x225.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-17-PortetdAspet-Juzet04p-768x576.jpg 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-17-PortetdAspet-Juzet04p.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-2216\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"font-size: 8pt; font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><em>Chez Jo&#8230; assis, l\u00e0, devant sa porte.<\/em><\/span><\/p><\/div>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\">Le restaurant-bar \u00ab Chez Jo \u00bb est un havre de paix dans toute la r\u00e9gion, sur un rayon de plusieurs dizaines de kilom\u00e8tres. Il est le seul lieu ouvert l&rsquo;hiver, dans un secteur o\u00f9 les caf\u00e9s, les restaurants, les h\u00e9bergements sont rares et hibernent. Jo est un ancien musicien qui a offert son talent et apport\u00e9 beaucoup de bonheur dans nombre de bals et de f\u00eates locales et d\u00e9partementales. Il est \u00e0 l&rsquo;origine du restaurant. Il est encore vivant et j&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion de le saluer le jour du d\u00e9part, alors qu&rsquo;il \u00e9tait assis devant sa maison, sans doute dans l&rsquo;\u00e9tat contemplatif de ces vieillards qui rayonnent de sagesse. L&rsquo;ambiance du restaurant est chaleureuse. On rit beaucoup, les langues se d\u00e9lient et on se confie des \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me plus profonds que ce qui est entendu dans les bars, habituellement. Le soir, tandis que je m&rsquo;endors sur mon matelas, en d\u00e9pit d&rsquo;un l\u00e9ger courant d&rsquo;air qui passe \u00e0 travers le mur en bois, on entend des grattements de guitare tard dans la nuit.<br \/>\n<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\">L&rsquo;Esprit du Camino me recouvre comme chaque fois, au bout d&rsquo;une huitaine de jours de marche. \u00c0 vrai dire, d\u00e8s le d\u00e9part cette ann\u00e9e, une paix profonde m&rsquo;habite. Ce que j&rsquo;appelle Esprit du Camino n&rsquo;a pas grand chose \u00e0 voir avec ce qui est \u00e9crit dans les guides de p\u00e8lerinage, \u00e0 savoir une sorte d&rsquo;\u00e9thique du comportement des marcheurs et des h\u00e9bergeurs. L&rsquo;Esprit du Camino est une paix et une joie confiante qui habite les profondeurs, confiance dans ce qui va arriver, ind\u00e9pendamment de tout calcul, mais qui en m\u00eame temps structure ma propre vision du monde. Toutefois, je suis parfois perturb\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs, du fait de mes quelques convictions politiques et philosophiques. \u00c9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs qui n&rsquo;ont pas d&rsquo;impact sur la marche. Les d\u00e9bats autour de l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle prochaine en France sont compl\u00e8tement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce qui me para\u00eet n\u00e9cessaire et juste pour notre pays, pour nos pays. Je me suis amus\u00e9 \u00e0 identifier les divers candidats aux animaux que je croise, et j&rsquo;avais l&rsquo;intention de mettre cela sur facebook : mouton, ch\u00e8vre (FF), cheval, \u00e2ne, rapace, limace (MLP). Les sigles donnent quelques indications, les autres candidats, je les laisse \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation des lecteurs. Et puis cette id\u00e9e m&rsquo;a abandonn\u00e9. Je n&rsquo;\u00e9prouve pas d&rsquo;inqui\u00e9tude et je ressens l&rsquo;unit\u00e9 et l&rsquo;\u00e9quilibre retrouv\u00e9 entre sensations, \u00e9motions, m\u00e9ditation, pri\u00e8re et raison&#8230; l&rsquo;\u00e9quilibre de celui qui est en mouvement, en nomade, et non celui qui ne bouge pas. Ma seule pr\u00e9occupation -mais est-ce une pr\u00e9occupation- est celle de me sentir exister et celle de me laisser surprendre par les visages crois\u00e9s, rares sur ce chemin, par les \u00e9v\u00e9nements impr\u00e9vus et impr\u00e9visibles.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\">Je suis rest\u00e9 deux nuits \u00ab Chez Jo \u00bb. Toute la journ\u00e9e, j&rsquo;ai \u00e9crit et je me suis repos\u00e9. Les deux parisiens partis, je d\u00e9place mes affaires pour dormir dans un lit o\u00f9 les courants d&rsquo;air sont moins sensibles. Un couple de lyonnais, un peu BCBG, remplace les parisiens. L&rsquo;homme, \u00e0 forte personnalit\u00e9, est un ancien professeur d&rsquo;universit\u00e9 en litt\u00e9rature m\u00e9di\u00e9vale. Elle, timide et effac\u00e9e, est sociologue. Le soir, lors du plantureux repas qui nous est propos\u00e9, le professeur nous \u00e9crase un peu de ses pr\u00e9suppos\u00e9s et \u00e9ruditions universitaires, tandis que je l&rsquo;interroge sur l&rsquo;origine de la langue fran\u00e7aise. Il est passionnant, mais nombre de ses savoirs, je suis d\u00e9j\u00e0 au courant&#8230; et je me rends compte qu&rsquo;il n&rsquo;a pas \u00e9norm\u00e9ment de pertinence sur la philosophie du Moyen \u00c2ge. On ne peut pas tout savoir. Comme il s&rsquo;aper\u00e7oit que j&rsquo;ai quelque discernement intellectuel du monde m\u00e9di\u00e9val, ses propos se nuancent, se complexifient au fur et \u00e0 mesure de notre conversation. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\">Ce temps de partage universitaire me convainc une fois de plus que je n&rsquo;\u00e9tais pas vraiment fait pour cela. Ma passion de la v\u00e9rit\u00e9 et du sens me pousse \u00e0 aimer farfouiller dans les \u00e9crits des grands penseurs, mais au fond l&rsquo;aventure et les rencontres m&rsquo;apportent plus. La dialectique est au-dessus de la raison logique, pensai-je souvent. L&rsquo;\u00e9change et l&rsquo;\u00e9coute apportent plus d&rsquo;\u00e9clairage que l&rsquo;enfermement autiste dans la pens\u00e9e d&rsquo;un auteur. Aucune amertume, aucun mauvais souvenir de mon chaotique itin\u00e9raire professionnel ne sont venus perturber la conversation. J&rsquo;ai surtout laisser parler mon docte compagnon. Et puis, avouons-le, aucun de mes deux commensaux, ni lui, ni elle, ne m&rsquo;ont interrog\u00e9 sur qui j&rsquo;\u00e9tais. Tant mieux, apr\u00e8s tout.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\">*<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-2217\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-17-PortetdAspet-Juzet16p-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-17-PortetdAspet-Juzet16p-300x225.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-17-PortetdAspet-Juzet16p-768x576.jpg 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-17-PortetdAspet-Juzet16p.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Le lendemain matin, le beau temps est revenu. Direction le g\u00eete de Juzet d&rsquo;Izeau dans la vall\u00e9e, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du Col du Portet d&rsquo;Aspet. Les lyonnais sont d\u00e9j\u00e0 partis. \u00ab Chez Jo \u00bb, on s&#8217;embrasse, on se promet de se revoir, entre autres petites illusions de la vie. Dans un premier temps, le GR grimpe jusqu&rsquo;au Col sur un bon kilom\u00e8tre, puis il continue \u00e0 monter jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 un chemin escarp\u00e9 en pente plus douce \u00e0 flanc de montagne. Nous avons quitt\u00e9 l&rsquo;Ari\u00e8ge pour entrer en Haute-Garonne. L&rsquo;atmosph\u00e8re a chang\u00e9, les vestiges de paysages m\u00e9diterran\u00e9ens ont disparu depuis longtemps. Au milieu des feuillus et des sapins, quelques ouvertures uniques sur la Cha\u00eene des Pyr\u00e9n\u00e9es se d\u00e9gagent. Le sentier est un vrai chemin de montagne, comme on en voit lorsqu&rsquo;on monte en altitude par chez nous, en Chartreuse ou en Belledonne. \u00c0 certains endroits, le sentier est si \u00e9troit qu&rsquo;une chute dans le vide n&rsquo;est pas exclue. Cependant, except\u00e9 quelques portions tr\u00e8s br\u00e8ves, l&rsquo;\u00e9ventuelle chute sera arr\u00eat\u00e9e par la v\u00e9g\u00e9tation. J&rsquo;ai l&rsquo;habitude de crapahuter en Chartreuse et en Vercors dans des chemins moins s\u00e9curis\u00e9s.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\">Le sentier est \u00ab \u00e0 devers \u00bb dans le mauvais sens, comme je l&rsquo;ai appris des associations pour amput\u00e9s, c&rsquo;est-\u00e0-dire que la proth\u00e8se est du c\u00f4t\u00e9 haut et la bonne jambe, qui sert d&rsquo;appui, du c\u00f4t\u00e9 bas. La marche est plus difficile, d&rsquo;une part parce que si je tombe vers la gauche, je ne peux pas me rattraper car la proth\u00e8se n&rsquo;est pas un appui s\u00fbr si je dois croiser les jambes ou pivoter au-dessus du vide ; d&rsquo;autre part parce que la proth\u00e8se est plus haute et tape sur des obstacles qui font tr\u00e9bucher. Dans ce cas de figure, je dois m&rsquo;appuyer plus fortement sur les b\u00e9quilles \u00e0 gauche, assurer le pied qui me reste, et je subis une l\u00e9g\u00e8re distorsion du dos. Cette d\u00e9formation fatigue \u00e0 la longue et je dois r\u00e9guli\u00e8rement m&rsquo;arr\u00eater. Bon, rien de nouveau, je connais ce souci depuis des ann\u00e9es et je le g\u00e8re sans difficult\u00e9. Lors d&rsquo;une pause d\u00e9jeuner, voici mes premiers compagnons de route crois\u00e9s depuis le d\u00e9part de Mirepoix.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-2235\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-17-PortetdAspet-Juzet22p-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-17-PortetdAspet-Juzet22p-300x225.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-17-PortetdAspet-Juzet22p-768x576.jpg 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-17-PortetdAspet-Juzet22p.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/> Deux cavaliers cheminent en sens contraire. Je manifeste quelque effroi \u00e0 les voir s&rsquo;aventurer sur des sentiers aussi abrupts. \u00ab Ils sont habitu\u00e9s \u00bb, r\u00e9pondent-ils \u00e0 propos des chevaux. Le plus amusant est la frayeur que j&rsquo;ai provoqu\u00e9 sur l&rsquo;un des animaux. Refus d&rsquo;avancer en me voyant&#8230; La cavali\u00e8re a d\u00fb descendre de la selle pour tirer le cheval \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. L&rsquo;autre m&rsquo;explique que les couleurs \u00ab flashy \u00bb de mon sac de pique-nique l&rsquo;ont effarouch\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\">La descente est acrobatique, bien que le devers ait disparu. De longues plages d&rsquo;argile retiennent des eaux qui descendent la montagne. Les glissades sont mena\u00e7antes. Les sandales de marche accrochent le sol correctement, mais les pas dans la boue finissent par tout salir, sandales, chaussettes, bas de pantalon et pied de la proth\u00e8se. Voici le tr\u00e8s pittoresque village de Razecueill\u00e9 qui semble loin de tout. D\u00e9sormais, je marche sur du bitume. Tant mieux. Le dessous des sandales se d\u00e9p\u00eatre de la gadoue et le reste s\u00e8che sous la chaleur retrouv\u00e9e. Globalement, cette journ\u00e9e de marche est une des plus belles que j&rsquo;ai accomplie depuis le d\u00e9part de Mirepoix. Mais, je suis quand m\u00eame assez crasseux lorsque je sonne \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du nouvel h\u00e9bergement. Apr\u00e8s \u00ab Chez Jo \u00bb, voici \u00ab Chez M\u00e9m\u00e9 \u00bb. Les deux lyonnais sont d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9s depuis longtemps. Cette fois, je n&rsquo;engage aucune conversation, suite \u00e0 des propos assez caricaturaux entendus concernant les candidats de la prochaine \u00e9lection pr\u00e9sidentielle.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\">Le nom \u00ab Chez M\u00e9m\u00e9 \u00bb, dans une vieille maison magnifique, vient du fait qu&rsquo;elle fut la ferme de la grand m\u00e8re des deux propri\u00e9taires. Elle, Julie, est handicap\u00e9e physique d&rsquo;une maladie invalidante et \u00e9volutive, rattach\u00e9e \u00e0 la scl\u00e9rose en plaques. Son \u00e9tat me la rend sympathique et une complicit\u00e9 discr\u00e8te s&rsquo;\u00e9tablit. L&rsquo;apr\u00e8s-midi, tandis que je cheminais dans les montagnes, elle s&rsquo;est inqui\u00e9t\u00e9e de moi et m&rsquo;a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 plusieurs fois, sachant que j&rsquo;\u00e9tais moi aussi infirme. Les lyonnais ont d\u00fb ajouter une couche. Lui, le mari, est un cuisinier-p\u00e2tissier de formation, mais aussi un v\u00e9ritable artiste, au sens des artisans d&rsquo;autrefois. Il a transform\u00e9 sa maison en un bijou : que ce soit en ma\u00e7onnerie, en \u00e9lectricit\u00e9, en plomberie, mais surtout en menuiserie, avec meubles superbes, sculpt\u00e9s et harmonis\u00e9s dans le vaste salon et salle \u00e0 manger o\u00f9 nous sommes accueillis. Tout est non seulement impeccable et fonctionnel, mais encore c&rsquo;est tr\u00e8s beau. Je suis seul dans un petit dortoir tout en boiseries. La salle de bains et les toilettes sont presque neuves et adapt\u00e9es. On sent l&rsquo;influence d&rsquo;une handicap\u00e9e dans les lieux. Le repas propos\u00e9 le soir est l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;un vrai cuisinier, m\u00e2tin\u00e9 en plus de bio. Quel bonheur. Pendant le repas, nos h\u00f4tes sont fiers de raconter l&rsquo;histoire du lieu, jusqu&rsquo;\u00e0 la d\u00e9cision d&rsquo;en faire une \u00e9tape du Chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Leur compagnie est un plaisir.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\">*<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\">Julie me confie le plan d&rsquo;un chemin qui raccourcit la prochaine \u00e9tape vers Saint-Bertrand-de-Comminges, \u00e0 pr\u00e8s de trente kilom\u00e8tres. Mais m\u00eame avec le raccourci propos\u00e9, il me sera difficile d&rsquo;atteindre la c\u00e9l\u00e8bre cit\u00e9. \u00c0 cela, s&rsquo;ajoute le d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre seul ce prochain soir et, dois-je l&rsquo;avouer, celui de ne pas me retrouver de nouveau avec les deux lyonnais. Je sais, ce n&rsquo;est pas tr\u00e8s sympa comme r\u00e9flexion, mais on ne peut tout supporter, m\u00eame au nom de la charit\u00e9 et de la plus vaste g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Puisqu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de g\u00eete o\u00f9 je pourrais dormir, allons-y pour une nuit dehors.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\">Saint-Bertrand-de-Comminges est \u00e9loign\u00e9e. Avec le plan communiqu\u00e9 par Julie et les cartes du guide, je vise une pause camping sauvage du c\u00f4t\u00e9 de la Garonne. Le GR 78 quitte Juzet d&rsquo;Izeau par une jolie route de campagne tranquille avant d&rsquo;attaquer sur pr\u00e8s de six kilom\u00e8tres un sentier vers le Col des Ares. Je franchis un pont sur une rivi\u00e8re qui s&rsquo;appelle, eh oui, Job : pas trop de souffrances \u00e0 venir, j&rsquo;esp\u00e8re. Il y a la possibilit\u00e9 de passer par la route ou par un chemin. Je choisis le second. Me voici sur un sentier herbeux, mal entretenu, puis une mont\u00e9e au milieu de bois \u00e0 perte de vue. En passant pr\u00e8s d&rsquo;une clairi\u00e8re, l&rsquo;indication du GR trompe le randonneur. Me voici dans des p\u00e2turages qui bifurquent plein sud. Apr\u00e8s avoir march\u00e9 plusieurs centaines de m\u00e8tres, je d\u00e9cide de faire demi-tour en d\u00e9sirant couper \u00e0 travers la for\u00eat. Ce n&rsquo;est pas une si bonne id\u00e9e. Des fils barbel\u00e9s me barrent la route. Je finis par essayer de les franchir en un endroit o\u00f9 ils me semblent fragilis\u00e9s, entre branchages et arbustes. Quelques \u00e9gratignures et quelques contorsions plus tard, me voici de nouveau sur le joli chemin dans la for\u00eat. Bonheur vivifiant. Quelques chiens aboient au loin. Une ferme survient, bien cach\u00e9e de la route qui monte un peu plus loin vers la gauche.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-2220\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-18-Juzet-tente-22p-300x276.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"276\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-18-Juzet-tente-22p-300x276.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-18-Juzet-tente-22p-768x706.jpg 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-18-Juzet-tente-22p-1024x941.jpg 1024w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-18-Juzet-tente-22p.jpg 1030w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>La temp\u00e9rature fra\u00eechit. Le Col des Ares est occup\u00e9 par un Centre de Loisirs ferm\u00e9. C&rsquo;est le moment d&rsquo;une pause repas. Bien vite, le froid gagne. Apr\u00e8s avoir grignot\u00e9 un bout de pain et mang\u00e9 une orange, je d\u00e9cide de ne pas rester longtemps et de redescendre \u00e0 travers un sentier similaire \u00e0 la mont\u00e9e&#8230; c&rsquo;est-\u00e0-dire au milieu de for\u00eats de h\u00eatres et autres feuillus, seulement anim\u00e9es par le bruissement des arbres et des feuilles dans le vent, et une symphonie de chants d&rsquo;oiseaux. La pente se termine par une marche sur des dalles qui devaient appartenir \u00e0 une ancienne voie romaine.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\">Voil\u00e0 le village de Saint-P\u00e9-d&rsquo;Aspet, connu par les cruciverbistes (Saint des Pyr\u00e9n\u00e9es, P\u00e9). Une immense maison retient mon attention. Elle est \u00e0 vendre. Je la photographie plusieurs fois, en songeant qu&rsquo;elle pourrait faire l&rsquo;affaire pour un g\u00eete du Camino de Compostelle. Elle n&rsquo;est pas la seule le long du GR78, et leur succession interroge. Toutes ces r\u00e9gions semblent loin de tout, loin en tout cas des lieux de travail et de commerce. Les quelques h\u00e9bergements sont r\u00e9duits au strict minimum et une saine concurrence est impossible. Il est certain que le peu de p\u00e8lerins rencontr\u00e9s depuis Mirepoix, et m\u00eame l&rsquo;an pass\u00e9 depuis Carcassonne, n&rsquo;encourage pas un tel risque. Moyennant quoi, j&rsquo;ai le sentiment d&rsquo;avoir beaucoup \u00e9t\u00e9 h\u00e9berg\u00e9 dans des lieux familiaux et conviviaux (Mirepoix, Mas d&rsquo;Azil, Chez Jo et M\u00e9m\u00e9, etc.).<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-2221\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-18-Juzet-tente-36p-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-18-Juzet-tente-36p-300x225.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-18-Juzet-tente-36p-768x576.jpg 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-18-Juzet-tente-36p.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Je quitte Saint-P\u00e9 en direction de la vall\u00e9e de la Garonne. Avec int\u00e9r\u00eat \u00e9ventuel, j&rsquo;examine les prairies pour planter la tente. Julie m&rsquo;a signal\u00e9 d&rsquo;excellents secteurs o\u00f9 camper. C&rsquo;est le cas, mais je continue quand m\u00eame vers le bourg de Ore qui me rapproche de la Garonne et qui domine la plaine. Par un mauvais rep\u00e9rage sur le plan et quelques rues sans visibilit\u00e9, je me retrouve \u00e0 longer une route tr\u00e8s passante qui file vers l&rsquo;Espagne. en remontant la Garonne. Un peu de stress. Des camions qui roulent \u00e0 vive allure me fr\u00f4lent, l&rsquo;un d&rsquo;entre eux me klaxonne comme des trompettes d&rsquo;un peplum qui sonnent et rebondissent en \u00e9cho sur les parois de montagne. Heureusement, un kilom\u00e8tre plus loin, je quitte la route vers le village de Gali\u00e9 et rejoint la Garonne&#8230; cette Garonne que j&rsquo;avais eu tant de joie \u00e0 traverser sur la Voie du Puy. \u00c0 cette \u00e9poque, la marche sur le Chemin de Compostelle \u00e9tait une d\u00e9couverte. Le plaisir y est toujours, l&rsquo;\u00e9motion de la premi\u00e8re fois, un peu moins. Ici, le fleuve est \u00e9troit, mais le d\u00e9bit est important au vu de la vitesse du courant.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\">Une voie verte, pour les v\u00e9los et les \u00e9ventuels pi\u00e9tons, commence de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du pont. Un peu plus loin, je rep\u00e8re un bosquet accessible \u00e0 travers un champ cultiv\u00e9. Des fils barbel\u00e9s entravent l&rsquo;acc\u00e8s, puis le bosquet s&rsquo;av\u00e8re plus herbeux et plus accident\u00e9 que pr\u00e9vu. Sous un arbre, au-dessus de quelques herbes, je plante la tente en une place o\u00f9 il n&rsquo;y a ni humidit\u00e9, ni insectes. C&rsquo;est la premi\u00e8re nuit sous tente, depuis Mirepoix.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\">*<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-2240\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Toscanini-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Toscanini-300x225.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Toscanini-768x576.jpg 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Toscanini.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/>La nuit tombe. J&rsquo;\u00e9coute sur France Musique une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9missions enregistr\u00e9es en podcast sur Arturo Toscanini, l&rsquo;irrempla\u00e7able et col\u00e9rique chef d&rsquo;orchestre italien de la fin du Dix-Neuvi\u00e8me Si\u00e8cle et d&rsquo;une partie du Vingti\u00e8me (jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es 50). Un plaisir certain, mais en m\u00eame temps une vague de nostalgie inexplicable et incommunicable. Je suis seul, ici dans cette vall\u00e9e, je me sens \u00e2g\u00e9, vieux m\u00eame si ce vocabulaire n&rsquo;est pas \u00e0 la mode. Ces musiques et ces enregistrements sont les \u0153uvres de personnes disparues, \u00e9cout\u00e9es par peu de monde, pratiquement pas de jeunes et quelques m\u00e9lomanes avertis. La musique est mon langage premier, ai-je souvent \u00e9crit dans ces articles. Je l&rsquo;ai d\u00e9couverte seul et j&rsquo;ai appris le piano seul. Comment cela se fait-il ? \u00c9couter Toscanini interpr\u00e9ter Ravel, Brahms, Tchaikovsky, jouer avec Jasha Haifetz ou Arthur Rubinstein, devrait \u00e9lever et enrichir l&rsquo;esprit&#8230; ou l&rsquo;Esprit avec un grand E. Mais ce que j&rsquo;\u00e9cris l\u00e0, assis \u00e0 une table de bar au Moulin des Baronnies, me semble du vent, tandis que la nuit glaciale descend. Que penser face au vacarme de la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle et de la marchandisation universelle qui envahit tout ?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\">Soyons honn\u00eate. Cette m\u00e9lancolie ne perturbe pas la paix qui m&rsquo;habite. Au contraire. Ayant pris l&rsquo;habitude de faire l&rsquo;aller-retour entre mes niveaux de conscience, je parviens \u00e0 me d\u00e9tacher des agitations \u00e0 la mode, un peu comme ces marches le long des Pyr\u00e9n\u00e9es qui \u00e9l\u00e8vent le c\u0153ur, le corps et les sens au-dessus du tintamarre contemporain. Il va faire froid, 1\u00b0C, cette nuit, \u00e0 la limite de la gel\u00e9e. \u00c0 l&rsquo;instant o\u00f9 j&rsquo;\u00e9coute la musique, je ne m&rsquo;en doute pas. Un peu d&rsquo;engourdissement. Je ne suis pas tr\u00e8s bien \u00e9quip\u00e9, le mois d&rsquo;Avril n&rsquo;est pas un mois de gel dans le Sud, me suis-je sans doute imagin\u00e9. La couverture de survie que j&rsquo;ai enroul\u00e9e autour de la taille et du pied se d\u00e9chire. Je parviens tout de m\u00eame \u00e0 m&rsquo;endormir, envelopp\u00e9 des vapeurs musicales du ma\u00eetre italien. Quand je m&rsquo;\u00e9veille, le jour est l\u00e0. Les doigts sont engourdis, incapables de se d\u00e9lier pour plier la tente, rouler le sac de couchage et ranger le sac. Il n&rsquo;aurait pas fallu me demander de jouer un pr\u00e9lude de Debussy. Je mets tout en vrac dans le sac \u00e0 dos, esp\u00e9rant des temp\u00e9ratures plus cl\u00e9mentes pour remettre de l&rsquo;ordre. L&rsquo;herbe est mouill\u00e9e. Les chaussettes aussi. Autant marcher pieds nus, enfin pied et proth\u00e8se nue.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2222\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-19-anemelomane-300x170.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"170\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-19-anemelomane-300x170.png 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-19-anemelomane-768x435.png 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-19-anemelomane.png 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Le Soleil sort de derri\u00e8re la montagne. La chaleur grimpe. J&rsquo;\u00e9coute toujours Toscanini. Des \u00e2nes, dans une prairie, viennent me rejoindre. Par amusement, je fais \u00e9couter \u00e0 l&rsquo;un d&rsquo;entre eux le Concerto pour piano n\u00b03 de Beethoven, sous la baguette de Toscanini et d&rsquo;Arthur Rubinstein. Les \u00e2nes semblent meilleurs m\u00e9lomanes que bien de nos contemporains. Je rappelle que s&rsquo;il y a un domaine o\u00f9 je suis assez intol\u00e9rant, c&rsquo;est bien la musique. J&rsquo;imagine, avec ironie, que ces belles mesures de Beethoven ne sont pas perdues ainsi. Il est vrai que les oreilles de l&rsquo;\u00e2ne incitent \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute. Je ne pense pas que la r\u00e9putation de b\u00eatise qu&rsquo;il leur est faite est si fond\u00e9e. En fait, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, l&rsquo;\u00e2ne ne symbolise pas l&rsquo;imb\u00e9cile, mais le cancre. Et il y a des cancres tr\u00e8s fins !<\/span><\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_2223\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2223\" class=\"size-medium wp-image-2223\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-19-tente-StBertranddeC22p-300x202.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"202\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-19-tente-StBertranddeC22p-300x202.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-19-tente-StBertranddeC22p-768x518.jpg 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/2017-04-19-tente-StBertranddeC22p.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-2223\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"font-size: 8pt; font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><em>Basilique Saint-Just <br \/>devant Saint-Bertrand-de-Comminges, au loin<\/em><\/span><\/p><\/div>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\">La voie verte continue jusqu&rsquo;\u00e0 Loures-Barousse et rejoint le GR78. Je prends un petit d\u00e9jeuner dans une boulangerie et je reste un long moment \u00e0 discuter avec la boulang\u00e8re et une cliente qui semble un peu d\u00e9pressive. Puis je file en direction de Saint-Bertrand-de-Comminges. Il fait chaud. Le Soleil a retourn\u00e9 l&rsquo;atmosph\u00e8re fra\u00eeche de l&rsquo;aube en lumi\u00e8re printani\u00e8re. Je m&rsquo;arr\u00eate pour soigner des plaies du moignon et grignoter quelques restes de nourriture d&rsquo;hier. La Cit\u00e9 se d\u00e9gage sur le fond des monts du Comminges. Je ne m&rsquo;attendais pas \u00e0 cela, songeant \u00e0 un bourg comme les autres, avec des faubourgs, des acc\u00e8s bitum\u00e9s, des commerces envahissants, un centre-ville et quelques antiquit\u00e9s. Et non. On dirait de loin une forteresse. La ville fortifi\u00e9e domine toute la campagne et le village d&rsquo;en bas sait se faire discret. Voil\u00e0 une bonne illustration de l&rsquo;imaginaire m\u00e9di\u00e9val, avec ses seigneurs et ses serfs. La citadelle est elle-m\u00eame domin\u00e9e par la majestueuse cath\u00e9drale dans un environnement plus impressionnant que celle de Saint-Lizier. Le guide pr\u00e9cise qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une ancienne place-forte romaine. Voici maintenant, un peu avant l&rsquo;arriv\u00e9e sur le village d&rsquo;en bas, la tr\u00e8s belle basilique Saint-Just de Valcabr\u00e8re. Elle est r\u00e9put\u00e9e. Mais je ne m&rsquo;y arr\u00eate pas.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\">Marie, l&rsquo;h\u00f4tesse du g\u00eete o\u00f9 j&rsquo;ai r\u00e9serv\u00e9, m&rsquo;attend dans la rue. Elle envoie de grands signes en m&rsquo;apercevant. Sa maison est une ancienne b\u00e2tisse, presque coll\u00e9e sur la paroi, au pied d&rsquo;un escalier \u00e9troit qui se hisse vers la cit\u00e9. Les murs sont \u00e9pais et l&rsquo;int\u00e9rieur chaleureux. Elle est am\u00e9nag\u00e9e pour les p\u00e8lerins comme s&rsquo;ils parvenaient \u00e0 leur destination finale. Marie m&rsquo;offre une belle chambre avec salle de bains int\u00e9gr\u00e9e et facilement accessible aux handicap\u00e9s. D\u00e9cid\u00e9ment, je suis g\u00e2t\u00e9. Presque tous les h\u00e9bergements depuis Mirepoix sont correctement am\u00e9nag\u00e9s. Pas forc\u00e9ment pour les fauteuils roulants, mais pour les boiteux et les estropi\u00e9s, s\u00fbrement. Plusieurs p\u00e8lerins logent l\u00e0. Quatre exactement, dont deux \u00e9tudiantes qu\u00e9b\u00e9coises. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois que nous sommes aussi nombreux dans un g\u00eete du Camino Pi\u00e9montais. Un peu plus tard, vient nous rejoindre un habitant du village que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 crois\u00e9 \u00e0 Mirepoix. Le repas du soir est abondant, savoureux et convivial. Nous rions ensemble, nous racontons anecdotes et souvenirs, puis la conversation glisse vers des partages d&rsquo;exp\u00e9riences plus intimes. Marie nous sert en silence, elle semble go\u00fbter ces instants pr\u00e9cieux. Les deux \u00e9tudiantes du Qu\u00e9bec apportent la bonne humeur et la chaleur de l&rsquo;accent canadien que je ne suis jamais parvenu \u00e0 imiter. Les deux autres compagnons sont une belle dame blonde qui chemine seule et un marcheur qui a l&rsquo;habitude de dormir dehors. Pour lui, ce soir-l\u00e0 dans un g\u00eete est assez exceptionnel. Il a d\u00fb dormir assez pr\u00e8s de moi la nuit pr\u00e9c\u00e9dente, puisqu&rsquo;il choisit toujours un lieu pr\u00e8s d&rsquo;un point d&rsquo;eau. Des liens se cr\u00e9ent entre nous tous, ces fameux liens du Camino que l&rsquo;on ne retrouve nulle part ailleurs..<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"left\"><span style=\"color: #000080; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif;\"><em><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=2366\"><strong>SUITE : Les Baronnies<\/strong><\/a>.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Retour page Compostelle Chemin Pi\u00e9montais (1) Chemin Pi\u00e9montais (2) Chemin Pi\u00e9montais (3) Chemin Pi\u00e9montais (4) Chemin Pi\u00e9montais (5) Chemin Pi\u00e9montais (6) Avril 2017, Moulin des Baronnies Village du Portet d&rsquo;Aspet. \u00ab Chez Jo \u00bb, je suis attendu comme le Messie. &hellip; <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=2214\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,1,8],"tags":[],"class_list":["post-2214","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-compostelle","category-musique","category-voyages"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2214","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2214"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2214\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2214"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2214"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2214"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}