{"id":1870,"date":"2013-04-11T06:51:54","date_gmt":"2013-04-11T06:51:54","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1870"},"modified":"2017-05-21T12:35:18","modified_gmt":"2017-05-21T12:35:18","slug":"essai-de-philosophie-de-lesprit-pe0-introduction","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1870","title":{"rendered":"Essai de philosophie de l&rsquo;esprit (PE0-introduction)"},"content":{"rendered":"<div class=\"entry-content\">\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">Pourquoi une telle s\u00e9rie d\u2019articles ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">Ces derniers temps, je raconte souvent \u00e0 des proches que 80% de la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne est \u00e0 jeter \u00e0 la poubelle. Il s\u2019agit d\u2019un chiffre arbitraire et sans doute exag\u00e9r\u00e9, disons que 79% serait plus proche de la r\u00e9alit\u00e9 tandis que 78% s\u2019en \u00e9loigne. Aujourd\u2019hui dans les \u00e9glises, on essaie de recycler le contenu des poubelles. C\u2019est dans l\u2019air du temps.<span id=\"more-687\"><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">Consid\u00e9rons une analogie cosmologique, celle des trous noirs, l\u2019\u00e9nergie et de la mati\u00e8re sombres de l\u2019Univers qui manquent pour une th\u00e9orie globale de l\u2019Univers. \u00a0L\u2019analogie cosmologique n\u2019est pas si arbitraire qu\u2019elle n\u2019en para\u00eet. L\u2019observation de l\u2019Univers fut une des premi\u00e8res sources des formes des expressions religieuses\u00a0: le ciel impose le respect et un double sentiment : le tremblement de l\u2019\u00eatre face \u00e0 l\u2019immensit\u00e9 imposante de la nature, des astres et des \u00e9toiles, sentiment de proportion si l\u2019on veut ; et l\u2019\u00e9merveillement devant la beaut\u00e9 apparente et ineffable et la complexit\u00e9 du r\u00e9el. Les anciens y ont pressenti, voire y ont lu la pr\u00e9sence de ce qu\u2019on appela plus tard le divin et l\u2019action de mondes surnaturels. Les mots trahissent, puisqu\u2019on parle encore, m\u00eame aujourd\u2019hui dans le credo de la religion chr\u00e9tienne, du ciel et de la terre, alors que cela n\u2019a plus aucune signification cosmologique. Nous savons depuis Galil\u00e9e et Newton que la Terre est dans le ciel et qu\u2019on retrouve la m\u00eame mati\u00e8re et la m\u00eame \u00e9nergie partout. Il existe d\u2019autres sources de l\u2019expression religieuse, naturellement\u00a0: par exemple l\u2019interrogation existentielle face \u00e0 la condition humaine et face \u00e0 la mort\u00a0; ou autre exemple le sentiment d\u2019injustice des situations naturelles et sociales ; ou encore la canalisation de la violence au c\u0153ur des communaut\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">Reprenons l\u2019analogie cosmologique. Les trous noirs sont en des lieux singuliers o\u00f9 s\u2019engouffrent toute information et toute \u00e9nergie, de telle sorte qu\u2019on ne sait pas ce qu\u2019elles deviennent. L\u2019origine des trous noirs se situe dans la th\u00e9orie de la Relativit\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale qui lie la gravitation \u00e0 la courbure d\u2019espace-temps. La gravitation n\u2019est pas due \u00e0 des forces \u00e0 distance dans un espace infini et un temps absolu, mais elle se comporte comme les courbures et les creux d\u2019une surface, sauf qu\u2019elle est d\u00e9crite \u00e0 quatre dimensions. En gros par analogie, tels des objets pos\u00e9s sur une toile en d\u00e9forment la superficie, le tissu de l\u2019espace-temps se d\u00e9forme et laisse appara\u00eetre des sortes de combes qui repr\u00e9sentent les champs de gravitation. Le tissage de la toile, la courbure des fils si on veut, suit la trame de gravitation. Si les objets sont trop lourds, alors la toile se d\u00e9chire et les fils qui la tissent -champs de gravitation- tombent verticalement. Ce sont les trous noirs. Il vaut mieux ne pas tomber dedans, \u00e0 quatre dimensions, j\u2019entends : on serait \u00e0 la fois ratatin\u00e9 dans le sens orthogonal du mouvement et \u00e9tir\u00e9 \u00e0 l\u2019infini dans le sens du mouvement, alourdi \u00e0 l\u2019infini, br\u00fbl\u00e9 par des \u00e9nergies consid\u00e9rables et autres charmantes surprises morphologiques. Peut-\u00eatre les\u00a0\u0153uvres verticales du sculpteur Giacometti en donne-t-il une premi\u00e8re id\u00e9e\u00a0? Des th\u00e9ories descriptives et explicatives de la disparition des ondes et de la mati\u00e8re sont propos\u00e9es, mais elles ne sont pas testables directement.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">L\u2019analogie cosmologique est incompl\u00e8te. En voici une seconde\u00a0: la cosmologie actuelle est oblig\u00e9e de postuler l\u2019existence de mati\u00e8re sombre et d\u2019\u00e9nergie sombre pour rendre compte de diverses observations bizarres dont l\u2019origine et la structure nous sont actuellement inconnues. La mati\u00e8re sombre est un concept g\u00e9n\u00e9rique qui pourrait rendre compte du mouvement des galaxies et des amas de galaxies, lequel n\u2019est pas suffisamment expliqu\u00e9 par la seule dynamique de gravitation de la mati\u00e8re connue. L\u2019\u00e9nergie sombre, elle, cherche \u00e0 rendre compte de la vitesse acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e de l\u2019expansion de l\u2019Univers qui ne s\u2019explique pas par la seule \u00e9nergie connue, ni par l\u2019impulsion initiale donn\u00e9e par le Big Bang. On remarquera que ces hypoth\u00e8ses cosmologiques interrogent un ensemble de ph\u00e9nom\u00e8nes non encore per\u00e7ues, mais que l\u2019on d\u00e9couvrira exp\u00e9rimentalement dans l\u2019avenir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">Bref, l\u2019article pr\u00e9sent en restera \u00e0 ces deux images de base : trous noirs, \u00e9nergie-mati\u00e8re sombre. L\u2019une repr\u00e9sente les lieux que l\u2019exp\u00e9rimentation scientifique ne peuvent tester. On les appelle aussi des singularit\u00e9s, concept pr\u00e9cieux, c\u2019est-\u00e0-dire des lieux qui \u00e9chappent par nature \u00e0 la r\u00e9gularit\u00e9 scientifique. Il existe d\u2019autres singularit\u00e9s en sciences et notamment en cosmologie : c\u2019est le cas du Big Bang ou m\u00eame simplement le cas de l\u2019Univers comme totalit\u00e9. Dans le cadre actuel, c\u2019est aussi le cas du ph\u00e9nom\u00e8ne global de la biosph\u00e8re terrestre et de la noosph\u00e8re humaine. Les sciences ne traitent que du g\u00e9n\u00e9ral et du r\u00e9p\u00e9titif. On peut toujours s\u2019amuser \u00e0 des sp\u00e9culations gratuites et hypoth\u00e9tiques sur les singularit\u00e9s ; comme elles ne sont pas physiquement r\u00e9p\u00e9titives et donc v\u00e9rifiables, elles \u00e9chapperont toujours \u00e0 une mod\u00e9lisation r\u00e9ellement explicative et descriptive. On ne peut pas imaginer reproduire la Biosph\u00e8re en laboratoire, encore moins l\u2019Univers. Quant aux trous noirs, peut-\u00eatre y arrivera-t-on, mais ce qui se passe dedans au-del\u00e0 d\u2019un seuil restera inaccessible.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">L\u2019autre image, celle de l\u2019\u00e9nergie sombre et de la mati\u00e8re sombre, \u00e9voque des domaines que l\u2019on ne conna\u00eet pas encore, mais que t\u00f4t ou tard on d\u00e9couvrira. Ici, il ne s\u2019agit pas de domaines scientifiques ou intellectuels impossibles a priori \u00e0 expliquer, mais d\u2019un simple retard th\u00e9orique. Un jour, les scientifiques proposeront des explications plausibles et coh\u00e9rentes des ph\u00e9nom\u00e8nes qu\u2019on appelle mati\u00e8re sombre ou \u00e9nergie sombre. Bref, elle repr\u00e9sente la dimension dynamique de l\u2019aventure humaine scientifique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">*<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">Sommes-nous si loin des sp\u00e9culations th\u00e9ologiques\u00a0? La th\u00e9ologie chr\u00e9tienne est bavarde. Trop bavarde m\u00eame. Cela n\u2019est pas interdit, tout le monde a le droit ou devrait avoir le droit de s\u2019exprimer. Mais vu le nombre de sottises que j\u2019ai pu entendre jusque dans les plus hautes instances, parfois on comprend les ermites et les moines. Respirer le silence. Au lieu d\u2019\u00e9couter les signes apport\u00e9es par les progr\u00e8s des sciences, des philosophies, des arts et des interrogations soci\u00e9tales, nombre de praticiens th\u00e9ologiques affirment sous la forme des v\u00e9rit\u00e9s dogmatiques rassurantes, ou cherchent dans des \u00e9crits d\u2019un autre temps qui reposent sur des vieilleries mythologiques et gnostiques, des notions pour boucher les trous des incoh\u00e9rences, des interpellations ou des incompr\u00e9hensions contemporaines.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">Dans le cas des \u00ab\u00a0trous noirs\u00a0\u00bb th\u00e9ologiques, c\u2019est-\u00e0-dire des singularit\u00e9s et des domaines de l\u2019existence que nous ne pouvons saisir a priori parce qu\u2019ils \u00e9chappent \u00e0 l\u2019entendement, on peut accorder le cr\u00e9dit aux th\u00e9ologiens d\u2019offrir des mots pour situer les potentialit\u00e9s et les limites de la raison. Th\u00e9ologie apophatique <sup>(1)<\/sup> ou th\u00e9ologie mystique, par exemple : dire ce que le divin n\u2019est pas, proposer des alternatives existentielles ou politiques pour exp\u00e9rimenter ce divin. Dans le cas des \u00ab\u00a0\u00e9nergie et mati\u00e8re sombres\u00a0\u00bb th\u00e9ologiques, notons la tendance \u00e0 glisser Dieu dans les trous de la connaissance ou \u00e0 se servir du concept Dieu pour rassurer les angoisses : le \u00ab\u00a0Dieu bouche-trou\u00a0\u00bb ! Une catastrophe intellectuelle et morale ! On barbouille des couches de Dieu et de surnaturel sur un mur, dont les fissures et les irr\u00e9gularit\u00e9s d\u00e9rangent, au milieu d\u2019un fatras de sottises anthropologiques ou de symboles obsol\u00e8tes, alors que t\u00f4t ou tard, il est certain que les sciences fourniront des descriptions, voire des explications rationnelles et univoques, sur ces lieux inconnus.\u00a0Il y a deux sortes d\u2019obscurit\u00e9s\u00a0: celles qui rel\u00e8vent de la nuit qui plonge dans l\u2019infini de l\u2019\u00eatre et de la connaissance,\u00a0celles qui sont dues \u00e0 un mauvais ou \u00e0 un manque d\u2019\u00e9clairage.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">L\u2019analogie des trous noirs et celle de la face sombre de l\u2019univers -appliqu\u00e9es \u00e0 la \u00a0th\u00e9ologie- ne sont donc pas seulement \u00e0 saisir sous l\u2019angle p\u00e9joratif, mais aussi comme une r\u00e9v\u00e9lation des champs encore \u00e0 explorer. L\u2019analogie, dans le second cas, signifie que les sp\u00e9culations rapides autour des lieux inconnus de la pens\u00e9e, qu\u2019on puisse les mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des faits ou non, restent hasardeuses. Elles ne sont pas interdites \u00e0 titre d\u2019hypoth\u00e8ses. Elles deviennent dangereuses quand elles se prennent pour des v\u00e9rit\u00e9s ou pour la V\u00e9rit\u00e9, puis pour manipuler les consciences des femmes et des hommes fragiles ou cr\u00e9dules. Pour \u00e9viter d\u2019alourdir la r\u00e9flexion, je me contenterai d\u2019\u00e9voquer les \u00ab\u00a0gouffres\u00a0\u00bb, m\u00eame si ceux-ci d\u00e9signent deux domaines diff\u00e9rents : les domaines inconnus que l\u2019on finira par conna\u00eetre et comprendre et les lieux qu\u2019il est impossible d\u2019atteindre, d\u2019un point de vue \u00e9pist\u00e9mologique (du c\u00f4t\u00e9 de la connaissance) et d\u2019un point de vue ontologique (du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00eatre).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">*<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">Je signale souvent dans mes \u00e9crits le mot de Whitehead <em>\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas de raccourci vers la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>, mot qui dans la bouche du philosophe anglais signifie que la r\u00e9alit\u00e9 est d\u2019une complexit\u00e9 et d\u2019une vitalit\u00e9 au-del\u00e0 des th\u00e9ories scientifiques qui se croient achev\u00e9es (il en existe, certes) et des affirmations dogmatiques qui se comportent comme des totalitarismes <sup>(2)<\/sup>. Une formulation qui se pr\u00e9tend vraie doit \u00eatre capable d\u2019\u00eatre test\u00e9e, puis valid\u00e9e sur tous les plans d\u2019existence. Elle ne peut se contenter d\u2019une validation sur l\u2019unique plan d\u2019une logique formelle ou scientifique, ou encore sur celui d\u2019une rationalit\u00e9 fond\u00e9e sur une confiance \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement fondateur cr\u00e9dible, et a fortiori sur une simple coh\u00e9rence globale racoleuse. Bref la r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9passe la fiction. Elle la d\u00e9passe toujours puisque la v\u00e9rit\u00e9 au sens traditionnel du terme (c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019ad\u00e9quation entre les repr\u00e9sentations et le r\u00e9el) devrait exiger d\u2019\u00eatre aussi complexe que le r\u00e9el. Dans l\u2019essai pr\u00e9sent, je proposerai un autre sens du mot \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb. La r\u00e9alit\u00e9 exige aussi d\u2019\u00eatre d\u00e9compos\u00e9e en fonction des perspectives d\u00e9termin\u00e9es par la position \u00e9pist\u00e9mologique et m\u00e9thodologique o\u00f9 nous nous situons. Nous ne sommes pas en dehors du r\u00e9el comme si notre esprit d\u00e9crivait le monde tel un aigle qui plane sur une vall\u00e9e, mais nous sommes plong\u00e9s dans le r\u00e9el, comme des dauphins qui barbotent et sillonnent les mers.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">R\u00e9ciproquement, une affirmation de v\u00e9rit\u00e9 th\u00e9ologique ou philosophique ne sera valide que si elle traverse courageusement le champ du logique et du scientifique, notamment le champ des sciences naturelles. Les th\u00e9ologiens se contentent un peu trop de dialoguer ou de r\u00e9cup\u00e9rer quelques r\u00e9sultats des sciences humaines. OK, c\u2019est tr\u00e8s bien. J\u2019en dirai un mot. Malheureusement bien des raisonnements des sciences humaines fonctionnent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cat\u00e9gories qui ne sont plus celles des sciences de la nature. Lesquelles sciences de la nature sont en g\u00e9n\u00e9ral ignor\u00e9es, voire m\u00e9pris\u00e9es par les philosophes et th\u00e9ologiens, par inculture parfois, par suffisance souvent. Je parle d\u2019exp\u00e9rience. Une affirmation th\u00e9ologique sera \u00e9galement valide si elle accepte que derri\u00e8re les affirmations, il y a des champs \u00e9pist\u00e9mologiques et m\u00e9thodologiques \u00e0 respecter, dans la mesure o\u00f9 les m\u00e9thodes sont solidement \u00e9tablies et non utilis\u00e9es pour cacher une mis\u00e8re de contenu. J\u2019ai malheureusement entendu de mes oreilles des apprentis sorciers th\u00e9ologiens qui se servent de l\u2019argument m\u00e9thodologique pour cacher les questions embarrassantes qu\u2019on pouvait leur poser.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">*<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">Pour r\u00e9pondre \u00e0 la question initiale \u00ab\u00a0pourquoi une telle s\u00e9rie d\u2019articles \u00bb, le mieux est de mesurer les effets d\u2019une exp\u00e9rience personnelle. Tout d\u2019abord, il faut savoir que je ne suis pas un novice en l\u2019affaire : sept ann\u00e9es de th\u00e9ologie catholique, dont cinq \u00e0 temps plein, pay\u00e9es de ma poche et de mon \u00e9nergie vitale, ce qui fut loin d\u2019\u00eatre le cas de la situation de la plupart de mes compagnes et compagnons d\u2019\u00e9tudes. Il faut ajouter \u00e0 ce temps plusieurs ann\u00e9es consacr\u00e9es \u00e0 la philosophie, et d\u2019autres engag\u00e9es dans une th\u00e8se de doctorat transversale (philosophie-th\u00e9ologie), malheureusement inachev\u00e9e pour des raisons d\u2019organisation familiale et d\u2019exigence professionnelle. Elle fut peu comprise, en tant que d\u00e9marche interdisciplinaire, par ceux qu\u2019on appelle des directeurs de th\u00e8se (j\u2019en ai eu quatre successifs qui se sont tous avou\u00e9s incomp\u00e9tents). Et comme me l\u2019a expliqu\u00e9 un professeur de philosophie un jour : En fait, deux ann\u00e9es de th\u00e9ologie auraient amplement suffi (deux ann\u00e9es magnifiques v\u00e9cues \u00e0 Fribourg, dans un cadre spirituel intense et en lien avec des personnes venues du Monde entier).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">Deuxi\u00e8me raison plus sociale et plus proche de la pr\u00e9occupation de ces pages : les ouvrages de th\u00e9ologie (une science de Dieu, \u00e9tymologiquement parlant) n\u2019int\u00e9ressent que les personnes concern\u00e9es, \u00e0 savoir le clerg\u00e9, les religieux et les croyants intellectuellement sensibilis\u00e9s. Ils n\u2019ont aucune place dans les m\u00e9dias et les pr\u00e9occupations des quidams, comme si la question de Dieu, ou de l\u2019Absolu, ne relevait que d\u2019une question priv\u00e9e, li\u00e9e \u00e0 une confession personnelle ou une appartenance \u00e0 une communaut\u00e9 religieuse particuli\u00e8re. Or la question de Dieu n\u2019appartient ni aux religions (il y a des religions sans Dieu), ni aux \u00e9glises (il y a des \u00e9glises sans religion, et des religions sans \u00e9glise, et des personnes qui ne sont ni religieuses, ni eccl\u00e9siales), ni aux clercs (il y a des \u00e9glises sans clerg\u00e9), ni aux sp\u00e9cialistes. Elle ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une affaire de foi, comme le d\u00e9montre toute l\u2019histoire de la pens\u00e9e. Elle appartient \u00e0 tous, sans aucune n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un interm\u00e9diaire religieux. L\u2019homme, comme l\u2019\u00e9crivait le vieil adage scolastique, est capable naturellement d\u2019infini, m\u00eame le berger dans la montagne, m\u00eame la prostitu\u00e9e dans un bordel.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">Troisi\u00e8me raison : il y a une confusion, dans les m\u00e9dias, dans de nombreux discours internes au monde chr\u00e9tien et de certaines grandes religions, entre th\u00e9ologie et spiritualit\u00e9. Or, la th\u00e9ologie se pr\u00e9tend une science -et il faudra dire un mot de ce qu\u2019on appelle \u00ab\u00a0science\u00a0\u00bb -ou lire ce que j\u2019\u00e9cris dans la s\u00e9rie philosophique, sur ce blog-, et elle exige un minimum de bagage intellectuel. L\u2019exp\u00e9rience spirituelle appartient, elle, \u00e0 tous et d\u00e9borde la th\u00e9ologie. Or souvent les deux mots sont confondus, m\u00eame s\u2019il existe une th\u00e9ologie spirituelle. Il faudra donc d\u00e9terminer ce qui est appel\u00e9 \u00ab\u00a0spiritualit\u00e9\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0exp\u00e9rience spirituelle\u00a0\u00bb. Mais je n\u2019indiquerai que quelques pistes, analogiques de pr\u00e9f\u00e9rence, en raison de la polys\u00e9mie de ces expressions et de la cr\u00e9ativit\u00e9 qui doit \u00eatre premi\u00e8re par rapport aux principes et aux d\u00e9finitions. Les mots bougent, comme tout le reste de la vie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">*<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">Venons-en aux gouffres de la th\u00e9ologie catholique et plus largement chr\u00e9tienne. Je les ai per\u00e7us d\u00e8s le d\u00e9but de ma formation, il y a 35 ans. Ayant v\u00e9cu dans un milieu tr\u00e8s marqu\u00e9 par une double mentalit\u00e9, ing\u00e9nieurs et scientifiques d\u2019une part, cathos classiques anti-intellectuels d\u2019autre part, parfois les deux ensemble, la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019essayer de combler cet \u00e9cart ne pouvait se traduire que par un approfondissement universitaire. Moi-m\u00eame, j\u2019avais suivi des \u00e9tudes de physique fondamentale et travaill\u00e9 quelque temps dans des laboratoires de recherche, puis plus tard dans de grandes entreprises industrielles. Les vides de la th\u00e9ologie ne m\u2019avaient pas \u00e9chapp\u00e9 avant m\u00eame que la formation ne commence. C\u2019est la raison pour laquelle je me suis \u00e9quip\u00e9 d\u2019une armure philosophique au fur et \u00e0 mesure que l\u2019initiation progressait. La confiance accord\u00e9e \u00e0 des ma\u00eetres, \u00e0 des professeurs, m\u2019a fait prendre les futurs gouffres pour quelques f\u00ealures que mon entendement born\u00e9 et peu \u00e9clair\u00e9 finirait par dissoudre, comme les fissures d\u2019un m\u00e9tal disparaissent \u00e0 la fusion.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">Erreur. Plus les ann\u00e9es se sont \u00e9coul\u00e9es, plus je me suis aper\u00e7u des limites et des aveuglements de mes ma\u00eetres, et plus les fissures se sont \u00e9largies pour devenir des gouffres. Les opaques garde-fous th\u00e9ologiques d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les peurs de d\u00e9plaire ou de regarder ces 79% d\u2019autre part, n\u2019ont pas emp\u00each\u00e9 les appels d\u2019air. Les garde-fous sont opaques parce que bien des discours apparemment experts cachaient des sottises et \u00e9taient prononc\u00e9es pour emp\u00eacher d\u2019\u00e9carter les palissades et de se pencher sur les ab\u00eemes. Les peurs de d\u00e9plaire sont li\u00e9es \u00e0 deux causes\u00a0: d\u2019une part, les images culpabilisantes li\u00e9es aux catastrophiques pratiques et cat\u00e9chismes de nos enfances destin\u00e9es \u00e0 faire des petits chr\u00e9tiens des enfants sages et soumis, cr\u00e9ent des interdits psychologiques inconscients ; d\u2019autre part, la crainte de choquer des esprits fragiles, intoxiqu\u00e9s par les sermons et hom\u00e9lies racoleurs de nombre de pr\u00e9dicateurs, inquiets de voir leurs ouailles s\u2019\u00e9loigner, est comme une ancre qui emp\u00eache de partir au large. Aujourd\u2019hui, j\u2019ai fait sauter les garde-fous intellectuels et affectifs comme d\u2019autres font tomber des murs et des exclusions, \u00e0 Berlin, \u00e0 Johannesburg ou \u00e0 Washington, et j\u2019essaie de jeter des ponts ou de construire des escaliers pour explorer ces gouffres.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">O\u00f9 sont-ils ces gouffres\u00a0? Le probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019ils sont polymorphes et fractals. Ils se situent dans les formes qu\u2019utilisent les th\u00e9ologiens et ils rejaillissent sur les contenus. On situe leurs sources dans le domaine de l\u2019histoire qui, comme tout le monde le sait, \u00e9limine les perdants\u00a0; dans ceux de la m\u00e9thodologie, de l\u2019anthropologie, du socio-politique, de l\u2019\u00e9thique, des sciences du langage, de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie, de la cosmologie et de la m\u00e9taphysique par empreinte inconsciente de vieilleries pr\u00e9-galil\u00e9ennes ou pr\u00e9-darwiniennes. Ils habitent tous les contenus de la th\u00e9ologie\u00a0: la th\u00e9ologie fondamentale et les conditions de la foi\u00a0; la th\u00e9ologie dogmatique, notamment la th\u00e9ologie de la cr\u00e9ation, l\u2019anthropologie th\u00e9ologique, la christologie, la th\u00e9ologie de l\u2019Esprit, la sot\u00e9riologie, l\u2019eschatologie, la doctrine trinitaire, l\u2019eccl\u00e9siologie (3)\u00a0; la th\u00e9ologie des sacrements\u00a0; l\u2019\u00e9thique elle-m\u00eame. Ils sont fractals parce qu\u2019ils se d\u00e9clinent \u00e0 toutes les \u00e9chelles, depuis les grandes synth\u00e8ses intellectuelles jusqu\u2019aux pratiques les plus concr\u00e8tes, depuis le tonnerre du haut des hi\u00e9rarchies institutionnelles jusqu\u2019aux gazouillis des niches.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">Je serais malhonn\u00eate en niant le fait que d\u2019autres penseurs et chercheurs se soucient aussi de ces questions. Ce serait m\u00eame th\u00e9oriquement le r\u00f4le des th\u00e9ologiens. Malheureusement aujourd\u2019hui, dans le cadre actuel du repli identitaire des religions, de plus en plus de th\u00e9ologiens catholiques se contentent de r\u00e9p\u00e9ter ce que leur enjoignent les autorit\u00e9s institutionnelles, avec un esprit critique tr\u00e8s mesur\u00e9 et m\u00eame quasi inexistant dans certains cas.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\">Comme il est pr\u00e9tentieux de pr\u00e9tendre explorer tous ces gouffres, je me contenterai des interrogations cosmologiques et anthropologiques qui rel\u00e8vent plus de mes comp\u00e9tences. Il s\u2019agit d\u2019essais et non d\u2019enseignement ou de doctrine. S\u2019il y a des poubelles th\u00e9ologiques \u00e0 recycler, il faut faire en sorte qu\u2019elles ne soient pas recycl\u00e9es dans un sens trop commercial -c\u2019est-\u00e0-dire de multiplier les d\u00e9chets th\u00e9ologiques pour qu\u2019il y ait plus de recyclage, plus de stupide bavardage-. Mais avant de sonder ces ab\u00eemes, je me dois de cadrer quelques points d\u2019ordre spirituel et me positionner personnellement. Le dauphin, m\u00eame s\u2019il peut fr\u00e9quenter tous les oc\u00e9ans, n\u2019a pas le temps d\u2019en go\u00fbter toutes les saveurs ou d\u2019en avaler tous les poisons. Ce sera l\u2019objet du prochain article.<\/span><\/p>\n<h5 style=\"text-align: right;\"><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\"><strong>\u2013 <a style=\"color: #003366;\" title=\"Les gouffres de la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne (T1-Spiritualit\u00e9 et th\u00e9ologie)\" href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/essai-de-philosophie-de-lesprit-pe1-spiritualite-et-theologie\/\">Article suivant<\/a> \u2013<\/strong><\/span><\/h5>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\"><small>(1) L\u2019apophatisme est une description qui chemine par n\u00e9gations : ce que je d\u00e9cris n\u2019est pas ceci, n\u2019est pas cela<\/small><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\"><small>(2) La distinction entre propositions scientifiques et propositions dogmatiques, qu\u2019il appelle aussi m\u00e9taphysiques, vient de Karl Popper. On peut discuter du bien fond\u00e9 de l\u2019approche du philosophe viennois et de son crit\u00e8re de discrimination entre les propositions, mais elle est pratique pour l\u2019instant.<\/small><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva,sans-serif; font-size: 10pt; color: #003366;\"><small>(2) Ces termes seront explicit\u00e9s sans approfondissement un peu plus loin.<\/small><\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pourquoi une telle s\u00e9rie d\u2019articles ? Ces derniers temps, je raconte souvent \u00e0 des proches que 80% de la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne est \u00e0 jeter \u00e0 la poubelle. Il s\u2019agit d\u2019un chiffre arbitraire et sans doute exag\u00e9r\u00e9, disons que 79% serait &hellip; <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1870\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1870","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-philosophie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1870","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1870"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1870\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1838743,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1870\/revisions\/1838743"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1870"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1870"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1870"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}