{"id":1839109,"date":"2025-11-06T19:14:10","date_gmt":"2025-11-06T19:14:10","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1839109"},"modified":"2025-11-07T11:56:48","modified_gmt":"2025-11-07T11:56:48","slug":"investigations-trinitaires-tome-3-introduction-et-projet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1839109","title":{"rendered":"Investigations trinitaires &#8211; Tome 3 &#8211; Introduction et projet"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"141\" class=\"wp-image-1542\" style=\"width: 150px;\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/trinit\u00e9-ronde.jpg\" alt=\"\"><\/td><td class=\"has-text-align-center\" data-align=\"center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"110\" height=\"110\" class=\"wp-image-1839129\" style=\"width: 110px;\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/symbolePDF.png\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/symbolePDF.png 512w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/symbolePDF-300x300.png 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/symbolePDF-150x150.png 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 110px) 100vw, 110px\" \/><\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p>Soyons direct. Apr\u00e8s la relecture des tomes pr\u00e9c\u00e9dents, de mes lectures plus r\u00e9centes, notamment historiques et th\u00e9ologiques, mais aussi apr\u00e8s ma m\u00e9ditation personnelle et l\u2019interpellation des mouvements de pens\u00e9e et des \u00e9v\u00e9nements proches ou mondiaux, ma perspective initiale a chang\u00e9. Le point essentiel est qu&rsquo;il me para\u00eet difficile d&rsquo;aborder le tourbillon trinitaire, que j&rsquo;ai appel\u00e9 ainsi, autrement que dans le cadre d&rsquo;une pens\u00e9e qui accepte l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une r\u00e9v\u00e9lation, en l&rsquo;occurrence chr\u00e9tienne, et de l&rsquo;aventure biblique, avec toutes les formes qu&rsquo;elle a prises par la suite. Contrairement \u00e0 mon intention initiale, l&rsquo;espoir de penser la question de l&rsquo;\u00eatre n\u00e9cessaire (sens et existence) sous l&rsquo;angle du myst\u00e8re trinitaire s&rsquo;av\u00e8re presque impossible. Pas seulement en raison de mes limites intellectuelles, techniques ou morales, mais surtout parce que c&rsquo;est une impossibilit\u00e9 m\u00e9taphysique.<\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"105\" class=\"wp-image-1839080\" style=\"width: 150px;\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Trinite-pubs-p.png\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Trinite-pubs-p.png 1500w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Trinite-pubs-p-300x211.png 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Trinite-pubs-p-1024x719.png 1024w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Trinite-pubs-p-768x539.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/>Cependant, je continue \u00e0 penser que l\u2019homme est capable d\u2019infini, comme l\u2019\u00e9crivaient les penseurs m\u00e9di\u00e9vaux. Ce que je d\u00e9sire avouer, c\u2019est que la m\u00e9diation philosophique me para\u00eet aujourd\u2019hui insuffisante, m\u00eame si elle est n\u00e9cessaire, si elle n\u2019accepte pas de lumi\u00e8res venues d\u2019ailleurs : lumi\u00e8res religieuses certainement, si la possibilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation divine, extra-humaine, est accept\u00e9e, en tenant compte naturellement des pr\u00e9cautions \u00e9pist\u00e9mologiques et herm\u00e9neutiques qui s\u2019imposent. Des lumi\u00e8res scientifiques aussi, car les philosophes et les th\u00e9ologiens ne peuvent se livrer \u00e0 des sp\u00e9culations ontologiques sans un minimum de connaissance des ph\u00e9nom\u00e8nes du r\u00e9el qui se manifestent \u00e0 nous et dans lequel nous baignons. Et pourquoi pas des lumi\u00e8res artistiques, musicales par exemple ? Et pourquoi pas l\u2019exp\u00e9rience personnelle dite \u00ab mystique \u00bb, mot dont je me m\u00e9fie quand m\u00eame un peu ?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e que la Trinit\u00e9 donne non seulement un sens \u00e0 nos vies, mais qu&rsquo;elle repr\u00e9sente \u00e9galement l\u2019approche la plus pertinente de la question de l\u2019\u00eatre, de son sens et de son existence, reste une conviction profonde. Mais je dois admettre qu\u2019il s&rsquo;agit d&rsquo;un choix, m\u00eame le mieux inform\u00e9 par l\u2019histoire de la pens\u00e9e et de ses multiples expressions, donc aussi de la conviction et de la vision personnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, le d\u00e9veloppement propos\u00e9 dans le premier volume de nos investigations reste valable : toutes les navigations sur l\u2019oc\u00e9an des repr\u00e9sentations simplistes, religieuses, sentimentales ou spirituelles du divin se brisent sur les rochers de l\u2019exp\u00e9rience de Job. L&rsquo;id\u00e9e que le \u00ab tourbillon trinitaire \u00bb permette de surmonter cet \u00e9chouage repose sur une cons\u00e9quence des propositions sur lesquelles s&rsquo;ach\u00e8ve le livre. Le livre se termine en effet par la confiance qu&rsquo;Adona\u00ef-Dieu offre \u00e0 Job et par le d\u00e9ploiement prodigieux de la cr\u00e9ation devant les yeux \u00e9merveill\u00e9s et respectueux de ce dernier. Deux points donc : l\u2019amiti\u00e9 entre Job et son Dieu, th\u00e8me fondamental que l\u2019on retrouve \u00e7\u00e0 et l\u00e0 dans la Bible ; l\u2019\u00e9merveillement devant la beaut\u00e9 et la puissance de la cr\u00e9ation, occasion d\u2019une sortie de soi et de sa petite coh\u00e9rence philosophique et religieuse \u00e9gocentrique.<\/p>\n\n\n\n<p>Adona\u00ef reconna\u00eet que Job, l\u2019innocent qui souffre, est le seul \u00e0 avoir parl\u00e9 de lui avec justesse, malgr\u00e9 les protestations, les r\u00e9voltes, les blasph\u00e8mes et les pulsions suicidaires. Puis, le Verbe parle \u00e0 son tour pour d\u00e9ployer les merveilles de la cr\u00e9ation et d\u00e9montrer ainsi la puissance cr\u00e9atrice de l\u2019Esprit. \u00ab Et Elohim vit que cela \u00e9tait beau et bon \u00bb, lit-on dans la Gen\u00e8se. La Parole et l\u2019Esprit, venus des profondeurs silencieuses (Adona\u00ef-Dieu ne dit pas un mot pendant les d\u00e9bats th\u00e9ologiques des amis de Job), recouvrent la souffrance, m\u00eame innocente, et les fausses justifications religieuses. En \u00e9crivant cela, je ne minimise pas la souffrance de Job, loin de l\u00e0. Elle restera toujours en arri\u00e8re-plan de notre r\u00e9flexion actuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre aspect des investigations pr\u00e9c\u00e9dentes : la Trinit\u00e9 se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 mes yeux comme une r\u00e9alit\u00e9 active et tourbillonnaire. J\u2019utilise le terme \u00ab tourbillon \u00bb de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab spirale \u00bb, qui caract\u00e9rise souvent le mouvement de l\u2019esprit et dont l\u2019\u00e9tymologie est semblable. Dans le jargon th\u00e9ologique, on parle en effet de \u00ab spiratio \u00bb avec les connotations d&rsquo;inspiration, de respiration, d&rsquo;expiration (et donc de vie et de mort), de conspiration (le \u00ab cum \u00bb latin de l&rsquo;ensemble spiral, malgr\u00e9 la signification complotiste du mot) ou de transpiration (indiquant l&rsquo;\u00e9nergie et la lutte) pour d\u00e9signer l&rsquo;origine, la finalit\u00e9 et le mouvement de l&rsquo;Esprit. J\u2019utilise de pr\u00e9f\u00e9rence le concept de \u00ab tourbillon \u00bb en songeant d\u2019abord au fait que celui-ci monte en h\u00e9lice ou s\u2019\u00e9largit en spirales qui repassent par les m\u00eames rayons, mais aussi aux th\u00e9ories du chaos et des structures dissipatives en thermodynamique et en biologie. Le tourbillon est au c\u0153ur des \u00eatres vivants : prenons l\u2019exemple de la mol\u00e9cule d\u2019ADN et de son h\u00e9lice. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une structure dans un syst\u00e8me turbulent d\u00e9bordant d&rsquo;\u00e9nergie. Il s&rsquo;agit \u00e9galement d&rsquo;un processus permanent de cr\u00e9ation et de r\u00e9troaction. Et bien s\u00fbr, parce que nous sommes sur un terrain th\u00e9ologique, le tourbillon est une m\u00e9taphore, voire une analogie qui me parle dens\u00e9ment des relations interpersonnelles de la vie divine, et parall\u00e8lement de nos vies et rencontres de tous les jours. Je pourrais d\u00e9velopper cette image pendant des kilom\u00e8tres de lignes\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Par cons\u00e9quent, je ne mets plus de guillemets autour du tourbillon trinitaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><span style=\"font-family: Vollkorn;\"><span style=\"font-size: small;\">*<\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9crit ci-dessus que ma m\u00e9ditation s\u2019\u00e9tait d\u00e9plac\u00e9e. Les points auxquels j\u2019attachais de l\u2019importance ont p\u00e2li ou se sont amoindris au fil de ma navigation.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, dans le premier tome, je cherche \u00e0 justifier la position du croyant face \u00e0 l\u2019ath\u00e9isme ou \u00e0 l\u2019agnosticisme contemporains. Aujourd&rsquo;hui, cette justification ne me semble plus tr\u00e8s pertinente, car il me para\u00eet de plus en plus \u00e9vident que l&rsquo;ath\u00e9isme est une forme de \u00ab foi \u00bb ou de croyance. De plus, l\u2019\u00e9volution de la pens\u00e9e de certains philosophes et \u00e9crivains montre qu\u2019ils sont plus prudents dans leurs d\u00e9clarations lorsqu\u2019ils abordent les questions religieuses ou m\u00e9taphysiques. La vague de demandes de \u00ab spiritualit\u00e9 \u00bb dans les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations interpelle tout le monde. Par ailleurs, il est difficile pour les intellectuels d&rsquo;\u00e9viter la question religieuse face aux \u00e9v\u00e9nements mondiaux, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des guerres ou de la mont\u00e9e du fondamentalisme. L\u2019id\u00e9e que toute cette actualit\u00e9 n\u2019est que le signe de combats d\u2019arri\u00e8re-garde obscurantistes derri\u00e8re la majestueuse avanc\u00e9e du progr\u00e8s se d\u00e9sagr\u00e8ge peu \u00e0 peu. Face \u00e0 ces nouveaux ph\u00e9nom\u00e8nes, il devient embarrassant d&rsquo;opposer avec d\u00e9sinvolture la raison, les id\u00e9es philosophiques issues du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res ou les th\u00e9ories du soup\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas une raison pour renoncer \u00e0 l\u2019esprit critique non plus. Il est simplement demand\u00e9 de l\u2019\u00e9largir. Comme la spirale qui s\u2019ouvre ou le tourbillon qui aspire.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 l\u2019agnosticisme, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019attitude intellectuelle et pratique qui consiste \u00e0 dire qu\u2019on ne sait rien, il appara\u00eet \u00e0 beaucoup comme une marque d\u2019humilit\u00e9. Je ne suis pas si convaincu : l\u2019humilit\u00e9 d\u2019un vieux chercheur qui a pass\u00e9 sa vie \u00e0 naviguer et \u00e0 plonger dans de multiples mers, conceptuelles ou concr\u00e8tes, et qui d\u00e9couvre qu\u2019il se perd \u00e0 ne contempler que des horizons sans fin, d&rsquo;accord. Mais l\u2019humilit\u00e9 de celui qui ne veut pas penser, en restant au fond de la cale sans sortir de sa zone de confort, comme l\u2019\u00e9crit Pierre Teilhard de Chardin, me laisse pantois. Ce m\u00eame Pierre Teilhard \u00e9crit qu\u2019on n\u2019emp\u00eachera jamais l\u2019homme d\u2019exp\u00e9rimenter. Affirmation effrayante, je sais, mais \u00e9crite par un homme profond\u00e9ment optimiste qui croit en la puissance de l\u2019esprit. De l\u2019Esprit ?<\/p>\n\n\n\n<p>En th\u00e9ologie chr\u00e9tienne, notamment orthodoxe, il existe toute une r\u00e9flexion qui rel\u00e8ve de ce qu\u2019on appelle \u00ab l\u2019apophatisme \u00bb. Il s&rsquo;agit de parler de Dieu ou des choses divines par ce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas. L\u2019agnosticisme peut \u00eatre apparent\u00e9 \u00e0 cette r\u00e9flexion, sous une forme invers\u00e9e, \u00e0 condition que l\u2019agnostique accepte de continuer \u00e0 chercher et ne renonce pas par fausse humilit\u00e9 morale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><span style=\"font-family: Vollkorn;\"><span style=\"font-size: small;\">*<\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, le mot \u00ab foi \u00bb est un terme vaste et polys\u00e9mique. On peut se demander ce qui se cache derri\u00e8re ce terme, que ce soit dans la bouche de journalistes ou d&rsquo;ath\u00e9es des m\u00e9dias, ou dans celle de nombreux croyants. La Seconde Alliance (le Nouveau Testament) ne se polarise pas sur \u00ab la foi \u00bb en g\u00e9n\u00e9ral, mais sur la foi en la personne du Christ J\u00e9sus. Sans cette r\u00e9f\u00e9rence interpersonnelle, le mot \u00ab foi \u00bb, galvaud\u00e9 ou caricatur\u00e9, perd sa signification et ne devient qu\u2019une forme particuli\u00e8re d\u2019opinion.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour cette raison, j&rsquo;ai presque fait dispara\u00eetre le mot \u00ab foi \u00bb de mon vocabulaire, sans pr\u00e9cision de sa vis\u00e9e. De plus, il est important de d\u00e9terminer ce que recouvre le terme \u00ab religion \u00bb associ\u00e9 \u00e0 celui de \u00ab foi \u00bb : la confusion est importante dans les m\u00e9dias, mais aussi chez des intellectuels avertis. Est-il si s\u00fbr, par exemple, que le christianisme soit une religion ? La question est pos\u00e9e dans le protestantisme lib\u00e9ral. Ou pour nuancer : la dimension religieuse du christianisme, telle qu\u2019elle s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e dans l\u2019histoire, est-elle si fondamentale ? N&rsquo;existe-t-il pas \u00e9galement des religions sans \u00ab foi \u00bb, voire sans croyance en un Dieu ? Je ne reviendrai pas sur ce qui est induit par le mot \u00ab Dieu \u00bb, dont j\u2019ai parl\u00e9 dans le volume 1.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne classique, le mot \u00ab foi \u00bb est associ\u00e9 \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion intellectuelle et croyante \u00e0 une confession, notamment celle de Nic\u00e9e-Constantinople, devenue par fossilisation excessive une doctrine, ou, si l&rsquo;on veut, un ensemble de dogmes. Or, nous savons \u00e0 quel point le mot \u00ab dogme \u00bb est devenu p\u00e9joratif, alors qu\u2019il n\u2019avait pas cette signification \u00e0 l\u2019origine. Face \u00e0 la critique historique, philosophique et populaire, cette vision de la foi est difficile \u00e0 accepter aujourd&rsquo;hui. Personnellement, j\u2019y souscris dans la mesure o\u00f9, dans la liturgie chr\u00e9tienne, elle apporte un \u00e9nonc\u00e9 objectif face aux rh\u00e9toriques pas toujours tr\u00e8s pertinentes de nos pr\u00e9dicateurs. Les habitu\u00e9s des messes catholiques savent qu&rsquo;apr\u00e8s avoir \u00e9cout\u00e9 un sermon ennuyeux, moralisateur, sentimental ou infantilisant, comme on en entend beaucoup dans les \u00e9glises, la proclamation du Credo ram\u00e8ne le calme et le d\u00e9tachement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mot \u00ab foi \u00bb d\u00e9tach\u00e9 de toute r\u00e9f\u00e9rence ou de tout contexte, je le remplace souvent par le mot \u00ab confiance \u00bb qui se situe dans un rapport \u00e0 la fois de relation interpersonnelle et de regard positif sur le monde (le \u00ab cum \u00bb latin d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, qui signifie \u00ab avec \u00bb et \u00e9voque la collectivit\u00e9, l&rsquo;interpersonnalit\u00e9 et l&rsquo;\u00e9change). Le Christ J\u00e9sus demandait une \u00ab foi \u00bb en sa personne. Je la renforce par la vertu th\u00e9ologale qu\u2019on appelle \u00ab esp\u00e9rance \u00bb. La confiance et l\u2019esp\u00e9rance rel\u00e8vent de la relation et non de l\u2019opinion ou de la conviction qui arrange notre petit confort intellectuel ou moral.<\/p>\n\n\n\n<p>Par cons\u00e9quent, r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la Trinit\u00e9 avec d\u00e9tachement, ou plut\u00f4t avec une certaine distance, m\u2019appara\u00eet aujourd\u2019hui vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec, ou, pour reprendre mes propres mots, comme l\u2019expression de la vanit\u00e9 de celui qui se pensait capable de conna\u00eetre l\u2019oc\u00e9an et ses horizons. C\u2019\u00e9tait mon ambition initiale, ai-je \u00e9crit, avec un peu d\u2019humour toutefois, pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre pris trop au s\u00e9rieux. Bien s\u00fbr, il n\u2019est pas interdit d\u2019inf\u00e9rer quelque d\u00e9veloppement ontologique de la confession chr\u00e9tienne trinitaire. Je garde toujours cette intention, telle une boussole, mais elle est devenue secondaire au milieu des creux et des vagues, au milieu des m\u00e9ditations. La raison se d\u00e9compose face \u00e0 des interrogations qui tentent de concilier une th\u00e9ologie positive et une th\u00e9ologie n\u00e9gative, apophatique. Le va-et-vient entre ces deux formes de th\u00e9ologie implique un engagement personnel qui va bien au-del\u00e0 d&rsquo;un essai ou d&rsquo;une th\u00e8se. Il en va de m\u00eame dans la transposition philosophique, avec les oscillations entre rationalisme scientiste, agnosticisme positiviste et ath\u00e9isme. Je reviendrai sur tous ces aspects.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, s\u2019appuyer sur la \u00ab confiance \u00bb et \u00ab l\u2019esp\u00e9rance \u00bb dans le seul tourbillon trinitaire pour d\u00e9passer les id\u00e9es simplistes sur Dieu comporte un risque : celui de l\u2019univocit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire la r\u00e9duction d\u2019une r\u00e9ponse complexe \u00e0 une seule perspective, et par-del\u00e0, le risque d&rsquo;une d\u00e9rive vers l\u2019enfermement doctrinal, confessionnel ou id\u00e9ologique. Ou simplement sentimental. J\u2019essaierai de circonscrire ces risques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><span style=\"font-family: Vollkorn;\"><span style=\"font-size: small;\">*<\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Cela dit, nos investigations ne rel\u00e8vent pas seulement de la \u00ab raison \u00bb, m\u00eame inform\u00e9e par quelque r\u00e9v\u00e9lation divine, mais aussi de la question du \u00ab sens \u00bb, dans le domaine du savoir, et plus encore du sens de l\u2019existence de notre vie imm\u00e9diate et concr\u00e8te, de notre vie au sein d\u2019une communaut\u00e9 humaine, mais aussi au c\u0153ur d\u2019un \u00e9cosyst\u00e8me naturel et cosmique.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque je me suis engag\u00e9 dans ces investigations trinitaires, je d\u00e9sirais aborder le myst\u00e8re de la Sainte Trinit\u00e9 sous les angles \u00e0 la fois m\u00e9taphysique et existentiel. Cette d\u00e9marche s&rsquo;appuyait sur une exp\u00e9rience personnelle de ma jeunesse, au cours de laquelle j&rsquo;avais per\u00e7u la Trinit\u00e9 comme un tourbillon de vie. Les effets \u00e9thiques, politiques et religieux d\u2019une telle connaissance restaient secondaires, m\u00eame s&rsquo;ils \u00e9taient n\u00e9cessairement pr\u00e9sents en filigrane ou en illustration de tel ou tel point de la r\u00e9flexion. Il s&rsquo;agissait \u00e9galement d&rsquo;\u00e9crire un texte permettant de faire le point sur mes m\u00e9ditations concernant la Trinit\u00e9 depuis ma jeunesse. Pas uniquement la Trinit\u00e9, d&rsquo;ailleurs. Le point de mes convictions et de mes r\u00e9flexions les plus personnelles dans d\u2019autres domaines \u00e9galement. Toutefois, le \u00ab tourbillon trinitaire \u00bb est rest\u00e9 pr\u00e9sent, tel les abysses habit\u00e9es, mais invisibles, du fond de l\u2019oc\u00e9an, derri\u00e8re toutes choses, dans ma vie quotidienne et dans ma pri\u00e8re contemplative, en proportion de mes capacit\u00e9s, de mes moyens et de mes limites.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cap m\u00e9taphysique, que j&rsquo;ai un peu perdu de vue, \u00e9tait marqu\u00e9 par de nombreuses recherches, suite \u00e0 des formations suivies ou offertes par le pass\u00e9, \u00e0 des lectures choisies en fonction des angles de ma navigation, mais aussi de mon histoire. Heureusement, l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019enseigner \u00e0 l\u2019universit\u00e9 et d\u2019animer des groupes de travail interdisciplinaires a structur\u00e9 nombre de mes r\u00e9flexions. J\u2019ai enseign\u00e9 les sciences physiques, puis surtout la philosophie des sciences et l\u2019histoire de la pens\u00e9e. La question de l\u2019\u00eatre, de la n\u00e9cessit\u00e9 et de l\u2019existence, \u00e9tait fondamentale, m\u00eame lorsque j\u2019assistais, dans ma jeunesse, \u00e0 des cours de math\u00e9matiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Eh oui ! Les math\u00e9matiques me donnaient le vertige. Construire ou d\u00e9duire des th\u00e9or\u00e8mes ou des hypoth\u00e8ses logiques sur l&rsquo;infini, que ce soit en topologie, en alg\u00e8bre, en arithm\u00e9tique ou en analyse, me conduisait \u00e0 transposer leurs conclusions dans le domaine m\u00e9taphysique, voire religieux. Par exemple, les th\u00e9ories du transfini de Cantor. Ceci est important, car les outils rationnels, inform\u00e9s par la logique et, pourquoi pas, par les m\u00e9thodes math\u00e9matiques, me paraissent essentiels en philosophie et en th\u00e9ologie. On ne peut se contenter de raisonnements fond\u00e9s uniquement sur des logiques aristot\u00e9liciennes ou des m\u00e9taphores math\u00e9matiques euclidiennes, comme j&rsquo;ai pu en entendre. Il en va de m\u00eame dans des consid\u00e9rations anachroniques sur l\u2019espace, le temps ou la mati\u00e8re, dans le domaine m\u00e9taphysique ou en th\u00e9ologie fondamentale.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela dit, il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;\u00eatre imprudent et de discourir n&rsquo;importe comment \u00e0 partir d&rsquo;un \u00e9blouissement conceptuel instantan\u00e9. On me l&rsquo;a reproch\u00e9 un jour, lors d&rsquo;un cours de philosophie des sciences que je suivais \u00e0 Toulouse. Je n\u2019\u00e9tais pas assez r\u00e9fl\u00e9chi et je risquais de passer d\u2019un domaine \u00e0 l\u2019autre sans prendre de pr\u00e9cautions \u00e9pist\u00e9mologiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><span style=\"font-family: Vollkorn;\"><span style=\"font-size: small;\">*<\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Celles et ceux qui ont lu les tomes pr\u00e9c\u00e9dents auront remarqu\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat que j\u2019ai port\u00e9 \u00e0 la philosophie et \u00e0 la th\u00e9ologie am\u00e9ricaine du process, et notamment \u00e0 la pens\u00e9e d\u2019Alfred North Whitehead : sans aucun doute, elle me para\u00eet toujours \u00eatre la seule alternative pertinente aux vieilles th\u00e9ories substantialistes et aux philosophies post-cart\u00e9siennes et post-kantiennes. Pourquoi ? Ce n\u2019est pas l\u2019objet de ces m\u00e9ditations, mais l\u2019immense connaissance de la logique, des math\u00e9matiques et des sciences de la nature de Whitehead, ainsi que son audace, constituent le meilleur contrepoids aux pens\u00e9es exclusivement centr\u00e9es sur l\u2019anthropologie philosophique et th\u00e9ologique, ainsi que sur l\u2019histoire. Certains philosophes l\u2019ont remarqu\u00e9 et l\u2019ont \u00e9crit : je pense \u00e0 Jacques Merleau-Ponty et \u00e0 Isabelle Stengers.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre penseur m\u2019a impr\u00e9gn\u00e9 \u00e0 une \u00e9poque. Il s&rsquo;agit du philosophe allemand Hegel, qui \u00e9tait \u00e0 la fois oppos\u00e9 \u00e0 la philosophie du processus de Whitehead et, curieusement, plus proche qu\u2019on ne l\u2019imagine. Anecdote amusante : Whitehead a avou\u00e9 n\u2019avoir jamais r\u00e9ussi \u00e0 lire la philosophie de Hegel. Or, la pens\u00e9e du philosophe berlinois est profond\u00e9ment trinitaire, m\u00eame si elle n\u2019est pas th\u00e9ologique. Si j\u2019ai su avec le temps me d\u00e9marquer de lui, sa pens\u00e9e demeure une \u00e9chelle \u00e0 laquelle je me raccroche quand je me surprends \u00e0 errer dans les nuages des concepts et des facilit\u00e9s sp\u00e9culatives.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe bien d\u2019autres influences philosophiques et th\u00e9ologiques dans ce que j\u2019essaie de partager. Je pense notamment \u00e0 Pierre Teilhard de Chardin et \u00e0 certains de ses disciples, mais aussi \u00e0 d&rsquo;autres courants de pens\u00e9e, comme ceux de Michel Serres et d&rsquo;Isabelle Stengers, ou encore \u00e0 la pens\u00e9e de Hans Jonas et d&rsquo;Hannah Arendt. Je m&rsquo;inspire \u00e9galement de la spiritualit\u00e9 et de la philosophie juives. Je dois beaucoup \u00e0 Edgar Morin, dont j\u2019ai eu la chance d\u2019enseigner quelques \u00e9l\u00e9ments. Je pense surtout \u00e0 l\u2019Edgar Morin de la \u00ab M\u00e9thode \u00bb o\u00f9 il dissout les logiques traditionnelles dans des flux beaucoup plus vastes et turbulents. Edgar Morin m&rsquo;a aussi appris \u00e0 penser et \u00e9crire en ternaire, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;essayer d&rsquo;aller au-del\u00e0 des oppositions et des dualismes. J\u2019en oublie certainement beaucoup, et je suis loin d\u2019avoir tout explor\u00e9. Les influences seraient trop longues \u00e0 d\u00e9velopper ici, chacun les remarquera sans doute. Quant aux anciens, ce sont surtout Aristote d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et Lucr\u00e8ce de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><span style=\"font-family: Vollkorn;\"><span style=\"font-size: small;\">*<\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Bref, pour r\u00e9sumer, l\u2019axe m\u00e9taphysique que j\u2019avais imagin\u00e9 n\u2019a men\u00e9 nulle part, si ce n&rsquo;est \u00e0 la contemplation de l\u2019infini actif et de l\u2019inconnaissance qui lui est associ\u00e9e. Face \u00e0 lui se dresse l\u2019interrogation n\u00e9e de la r\u00e9v\u00e9lation biblique et chr\u00e9tienne. Autre axe, mais toujours l\u2019horizon. Non pas le christianisme religieux, mais le christianisme m\u00e9taphysique et ce qu\u2019il a fait \u00e9merger dans l\u2019histoire. Il n&rsquo;y a donc pas moyen, comme je l&rsquo;ai \u00e9crit, de d\u00e9montrer que le myst\u00e8re trinitaire est une n\u00e9cessit\u00e9 premi\u00e8re de l&rsquo;\u00eatre et de l&rsquo;existence, \u00e0 moins de se satisfaire d&rsquo;une lunette logique particuli\u00e8re. Celle des scolastiques, par exemple. Une pens\u00e9e structur\u00e9e, \u00e0 mes yeux, traverse l\u2019exp\u00e9rience humaine, collective et personnelle, imm\u00e9diate ou construite, instantan\u00e9e ou durable, dialectique, logique ou analogique, et elle inclut aussi des formes de connaissance que des sp\u00e9cialistes scrupuleux rangeraient dans d\u2019autres cat\u00e9gories : l\u2019imagination ou l\u2019intuition, par exemple. Chacun me pardonnera mon amateurisme dans la pr\u00e9cision conceptuelle de ces notions : il y a tr\u00e8s souvent quelque chose d&rsquo;\u00e0 la fois math\u00e9matique, musical et ondulatoire derri\u00e8re ma m\u00e9ditation.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ajoute qu\u2019\u00e0 la relecture des deux premiers tomes, je m\u2019aper\u00e7ois de certaines maladresses et impr\u00e9cisions dans les concepts et les propositions expos\u00e9s. Je les corrigerai. En revanche, le parcours suivi a permis d&rsquo;\u00e9claircir de nombreux points qui \u00e9taient obscurs ou flous au d\u00e9part. L\u2019\u00e9criture est un outil pr\u00e9cieux. Elle ressemble \u00e0 un cabotage sur un fleuve, \u00e0 une navigation et \u00e0 des plong\u00e9es dans l\u2019oc\u00e9an. Elle nous fait d\u00e9couvrir des rivages et des \u00e9tendues immenses et obscures, non sans traverser des tourmentes et des p\u00e9rils possibles. Mais on avance.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, je dois reconna\u00eetre que lorsque la raison accepte ses limites, la confiance et la pri\u00e8re prennent ais\u00e9ment le relais. Confiance en une r\u00e9v\u00e9lation, m\u00eame insignifiante ou bannie des yeux des philosophes, confiance dans les autres, et en premier lieu, confiance dans les savants toujours en qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9 et dans les grands priants de l&rsquo;histoire. Savoir que l&rsquo;on participe \u00e0 une longue histoire de penseurs, de personnes exceptionnelles, mais aussi d&rsquo;institutions et d&rsquo;ordres religieux exp\u00e9riment\u00e9s, donne de la force et de la volont\u00e9 pour ne pas tomber dans l&rsquo;ab\u00eeme d&rsquo;une pseudo-raison qui se d\u00e9sagr\u00e8ge au-del\u00e0 d&rsquo;un certain seuil, si l&rsquo;on s&rsquo;ent\u00eate. Bref, de la m\u00e9taphysique, je suis retomb\u00e9 dans la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne et juive, ind\u00e9pendamment de l&rsquo;attachement \u00e0 une \u00c9glise particuli\u00e8re ou \u00e0 un courant spirituel.<\/p>\n\n\n\n<p>La confiance est \u00e9galement fond\u00e9e sur le premier chapitre de la Gen\u00e8se, selon lequel le monde est fondamentalement beau et bon. L\u2019aventure humaine, voire celle de toute noosph\u00e8re, ici ou ailleurs dans l\u2019univers, est belle et bonne. Tel est le sens du mot \u00ab tov \u00bb dans la Bible. Si les apparences semblent contredire cette id\u00e9e, il me semble qu&rsquo;apr\u00e8s avoir franchi le cap des r\u00e9flexes de recherche des causes, on d\u00e9couvre le simple bonheur d&rsquo;exister gratuitement. Il s&rsquo;agit de quitter la zone des causalit\u00e9s et des finalit\u00e9s pour entrer dans celle de l&rsquo;\u00eatre simple. Comme je l&rsquo;ai rappel\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, j&rsquo;interpr\u00e8te la fin du livre de Job, l&rsquo;innocent qui souffre, comme un \u00e9merveillement devant l&rsquo;univers et comme un don gratuit de confiance et d&rsquo;amiti\u00e9 entre Job et son Dieu, Adona\u00ef. \u00ab Ceins tes reins comme un brave \u00bb, \u00e9crit l\u2019auteur du livre, verset que les commentateurs de cet extraordinaire r\u00e9cit ne voient habituellement pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Heureusement, il y a la Bible. Bible et herm\u00e9neutique. La Bible n&rsquo;est ni un texte philosophique, ni un texte v\u00e9ritablement th\u00e9ologique, malgr\u00e9 les apparences. C&rsquo;est une biblioth\u00e8que. C&rsquo;est avant tout une histoire d&rsquo;hommes (beaucoup) et de femmes (aussi). Elle est la rencontre d&rsquo;individus et de communaut\u00e9s qui racontent, crient et m\u00e9ditent leur exp\u00e9rience, et qui nous ouvrent \u00e0 l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 et au renoncement critique. Je ne suis pas ex\u00e9g\u00e8te, mais j&rsquo;ai eu la chance d&rsquo;\u00e9tudier la Bible avec des ma\u00eetres exceptionnels et reconnus durant deux ann\u00e9es \u00e0 Fribourg, entre 1978 et 1980. Gr\u00e2ce \u00e0 eux, je me suis d\u00e9tach\u00e9 des raccourcis, des simplismes et des caricatures que l&rsquo;on lit et que l&rsquo;on entend dans les m\u00e9dias, dans les \u00e9glises et dans les pr\u00eaches des \u00ab spiritualistes \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aurais toutefois quelques r\u00e9serves \u00e0 l\u2019\u00e9gard de certaines interpr\u00e9tations d\u00e9duites des textes bibliques, et plus g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 l\u2019\u00e9gard des m\u00e9thodes utilis\u00e9es pour en tirer le sens qui arrange telle ou telle religion, institution ou communaut\u00e9. Je reviendrai r\u00e9guli\u00e8rement sur la pertinence des m\u00e9thodes de lecture, y compris celles qui semblent les plus intelligentes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><span style=\"font-family: Vollkorn;\"><span style=\"font-size: small;\">*<\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me axe des investigations trinitaires s\u2019est voulu existentiel. En raison de la maladie qui m&rsquo;a frapp\u00e9 durant mon adolescence, de mon handicap et des s\u00e9quelles dont la plupart de mes amis ignorent l&rsquo;existence, sauf les plus proches, l&rsquo;interrogation sur le sens de cette exp\u00e9rience personnelle, sur la solitude \u00e0 laquelle elle conduit, sur le sens de la vie et de la mort, et sur le sens de l&rsquo;existence contingente, m&rsquo;est apparue autrement plus importante que les bavardages moralisateurs des sermons et des pr\u00e9tendus textes de spiritualit\u00e9. Face \u00e0 la mort, \u00e0 la souffrance et \u00e0 l\u2019injustice existentielle, les hom\u00e9lies et les belles sentences ont quelque chose de risible, pour ne pas dire d&rsquo;absurde. Dans ce domaine, les \u00c9glises catholiques et protestantes, ainsi que nombre de spiritualit\u00e9s qui se veulent religieuses, restent, sauf exception, de grosses machines \u00e0 culpabiliser et \u00e0 infantiliser. Ceci explique mon d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour les spiritualit\u00e9s \u00e9crites par des personnes sans exp\u00e9rience, m\u00eame quand elles sont de bonne foi.<\/p>\n\n\n\n<p>Heureusement, les \u00c9glises et les religions en g\u00e9n\u00e9ral ont d\u2019autres richesses, insuffisamment connues et diffus\u00e9es. J\u2019ai eu l\u2019opportunit\u00e9 et la chance de donner un long cours sur la th\u00e9odic\u00e9e \u00e0 un groupe de l\u2019\u00c9glise r\u00e9form\u00e9e. Malheureusement, ce cours n\u2019a pas eu de suite. J\u2019ai \u00e9galement donn\u00e9 un cours dans une \u00e9cole d\u2019ing\u00e9nieurs sur le hasard de notre condition existentielle, abord\u00e9 sous les angles mythologique, th\u00e9ologique, philosophique et scientifique, en passant par les interrogations des ath\u00e9es et des mystiques. Je suis fier de ces cours.<\/p>\n\n\n\n<p>La question de notre condition existentielle peut sembler absente de la Bible lue rapidement sous l&rsquo;angle moral et juridique. C&rsquo;est faux. Il y a d\u2019abord le livre de Job, qui est le censeur impitoyable de toute th\u00e9ologie facile pour quiconque a lu les deux tomes pr\u00e9c\u00e9dents. Un autre lieu de ce cri existentiel est le livre des Psaumes. Quelle chance pour les moines catholiques et les communaut\u00e9s religieuses de pouvoir les m\u00e9diter et les chanter chaque jour ! Les Psaumes sont le fondement de ma pri\u00e8re personnelle et je ne connais aucun texte capable de les \u00e9galer. On remarquera que les psaumes sont des dialogues et non des monologues, m\u00eame si parfois, les r\u00e9ponses du \u00ab ciel \u00bb semblent vides.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les textes bibliques, lus trop pr\u00e9cipitamment, servent \u00e0 beaucoup de gens de puits de sentences moralisantes et de gazouillis spirituels, ils sont d&rsquo;abord des rencontres avec des vies. Abraham, Jacob, Mo\u00efse, Samuel, David, \u00c9lie, J\u00e9r\u00e9mie, \u00c9z\u00e9chiel, J\u00e9sus, Luc, Jean, Paul, etc. sont des personnes concr\u00e8tes qui ont tent\u00e9 d&rsquo;associer, non sans difficult\u00e9, l&rsquo;esprit, la parole et les gestes. Je n\u2019oublie pas non plus les femmes \u00e9tonnantes qui apparaissent ici et l\u00e0, en tant que m\u00e8res, \u00e9pouses, combattantes, voire proph\u00e9tesses, r\u00e9v\u00e9latrices ou actrices capitales dans telle ou telle situation. \u00ab Bifurcatrices \u00bb, dirais-je, dans le vocabulaire de la philosophie du processus. Sarah, Rebecca, D\u00e9bora, Ruth, Esther, Marie, les s\u0153urs de B\u00e9thanie, Marie-Madeleine, la Samaritaine, les amies de Paul, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fait que J\u00e9sus ait tr\u00e8s vite \u00e9t\u00e9 reconnu comme la \u00ab Parole de Dieu \u00bb dans le quatri\u00e8me \u00e9vangile, comme \u00ab \u00e9gal de Dieu \u00bb dans les lettres de Paul et chez les premiers chr\u00e9tiens, et comme \u00ab Fils unique engendr\u00e9 du P\u00e8re \u00bb au sein du tourbillon trinitaire lors des d\u00e9bats futurs, ne doit pas faire oublier que toute l\u2019histoire biblique est celle de ces personnages qui nous ressemblent et qui, \u00e0 leur mani\u00e8re, offrent une image de la divinit\u00e9. Derri\u00e8re les r\u00e9cits bibliques se cachent des significations de nombre de nos situations, de nos progr\u00e8s, de nos \u00e9merveillements, de nos difficult\u00e9s, voire de nos \u00e9checs et de nos diminutions. Avec une constante : la confiance et l\u2019esp\u00e9rance, malgr\u00e9 les \u00e9preuves, les injustices et l\u2019absurdit\u00e9 apparente de notre condition. La tradition juive ne l\u2019a pas oubli\u00e9e, elle qui estime que les textes bibliques n\u2019ont de sens que dans la mesure o\u00f9 ils sont interpr\u00e9t\u00e9s non seulement de mani\u00e8re abstraite, mais aussi dans le concret de chaque vie. L\u2019Esprit avant la Lettre.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela ne va pas de soi. Les textes bibliques ne proposent pas de solution. Il peut y avoir des r\u00e9ponses \u00e0 diverses interrogations, et il y en a. Mais ces r\u00e9ponses suscitent de nouvelles interrogations. Une r\u00e9ponse est rarement une solution. Jeu de clart\u00e9 et d\u2019obscurit\u00e9, non statique, mais dynamique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><span style=\"font-family: Vollkorn;\"><span style=\"font-size: small;\">*<\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Cela dit, le troisi\u00e8me tome se risquera \u00e0 aborder les th\u00e8mes \u00e9thiques, politiques et spirituels que j&rsquo;ai jusqu&rsquo;ici voulu \u00e9viter, car les axes m\u00e9taphysiques et existentiels me semblaient plus essentiels. Je continuerai \u00e0 suivre ma propre voie, tout en tenant compte de ce que disent et \u00e9crivent les savants, les proph\u00e8tes, les sages et les institutions.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le premier tome, j\u2019ai imagin\u00e9 placer Basile de C\u00e9sar\u00e9e et les Cappadociens en opposition avec Augustin. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait que, si l\u2019analogie psychologique de la Trinit\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e par Augustin avait permis bien des ouvertures th\u00e9ologiques et philosophiques, sa vision ouvrait \u00e9galement les portes de l\u2019individualisme contemporain et d\u2019un moralisme envahissant, voire exasp\u00e9rant.<\/p>\n\n\n\n<p>La philosophie en a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois b\u00e9n\u00e9ficiaire et victime. Il est facile de deviner dans le Cogito de Descartes une forme de pens\u00e9e proche de la spiritualit\u00e9 d&rsquo;Augustin. Individualisme et subjectivisme. Du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019eccl\u00e9siologie, la hi\u00e9rarchie de nombreux th\u00e9ologiens et textes doctrinaux qui \u00e9tablissent le c\u00e9libat comme un \u00e9tat sup\u00e9rieur \u00e0 l\u2019\u00e9tat de couple et le justifient pour le clerg\u00e9 me para\u00eet aussi \u00eatre une cons\u00e9quence f\u00e2cheuse de cette spiritualit\u00e9 : un \u00e9poux ou une \u00e9pouse d\u00e9rangent l\u2019individu, moine ou religieuse, dans son activit\u00e9 spirituelle. Dans ma jeunesse, j\u2019ai exp\u00e9riment\u00e9 \u00e0 deux reprises les Exercices spirituels d\u2019Ignace de Loyola, et je suis frapp\u00e9 \u00e0 la fois par leur actualit\u00e9 et par leurs limites. \u00ab L\u2019autre \u00bb au sens de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et la \u00ab personne \u00bb au sens philosophique d\u2019aujourd\u2019hui comme au sens th\u00e9ologique de la Trinit\u00e9 y sont absents, m\u00eame si, de temps \u00e0 autre, un rappel doxologique trinitaire semble y \u00eatre plaqu\u00e9 arbitrairement. Je pr\u00e9sente mes excuses \u00e0 mes amis ignatiens : les Exercices spirituels restent un excellent guide pour la pri\u00e8re, la connaissance de soi, l\u2019imagination, la m\u00e9ditation biblique et l\u2019action, je le reconnais. N\u00e9cessaire, mais pas suffisant. Derri\u00e8re, on devine la figure d\u2019Augustin. Lors de mes \u00e9tudes de th\u00e9ologie, j\u2019avais fait remarquer \u00e0 l\u2019un de mes professeurs, un solide thomiste, le poids \u00e9norme de la spiritualit\u00e9 individualiste dans la pens\u00e9e de Thomas d\u2019Aquin, qui se rapproche ici d\u2019Augustin. Il l\u2019avait reconnu, mais avait expliqu\u00e9 et justifi\u00e9 cette tendance par le fait que le futur \u00ab docteur ang\u00e9lique \u00bb vivait dans une soci\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne. L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et la dimension communautaire allaient de soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 la question existentielle qui taraude nos contemporains et qui est au c\u0153ur de l&rsquo;ath\u00e9isme, elle \u00e9tait absente des pr\u00e9occupations spirituelles traditionnelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 Augustin, j\u2019ai positionn\u00e9 Basile de C\u00e9sar\u00e9e et sa famille, ainsi que les deux Gr\u00e9goire de Cappadoce. \u00c0 la diff\u00e9rence d&rsquo;Augustin, ils semblent avoir mis l&rsquo;accent sur les relations interpersonnelles plut\u00f4t que sur l&rsquo;aspect psychologique. Ces derniers temps, j\u2019ai relu des textes consacr\u00e9s \u00e0 Basile et \u00e0 Gr\u00e9goire de Nysse, y compris des textes originaux, et j\u2019avoue avoir \u00e9t\u00e9 un peu h\u00e2tif dans mes affirmations du premier tome. C&rsquo;est plut\u00f4t l&rsquo;autre Gr\u00e9goire, Gr\u00e9goire de Nazianze, qui met l&rsquo;accent sur la singularit\u00e9 des relations interpersonnelles au sein de la Trinit\u00e9. Dans sa pol\u00e9mique avec le philosophe grec Eunome, Basile a introduit l\u2019id\u00e9e de \u00ab relation \u00bb pour d\u00e9finir les personnes divines. C&rsquo;est essentiel, et les lecteurs de mes volumes ant\u00e9rieurs comprendront pourquoi la philosophie de Whitehead, qui suit le m\u00eame chemin, est l&rsquo;une de mes lubies.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9galement \u00e9t\u00e9 injuste envers Augustin, car il a repris l\u2019id\u00e9e de Basile, qui a pos\u00e9 la notion de personne \u00e0 partir des relations : la relation est au m\u00eame niveau ontologique que la personne, voire plus. Chez Augustin, puis chez Thomas d&rsquo;Aquin, la personne est d\u00e9finie par sa relation, comme dans la philosophie personnaliste contemporaine. Seuls manquent la singularit\u00e9 de ces relations et la r\u00e9ciprocit\u00e9, qui sont deux de mes marottes. Il reste une interrogation : comment se fait-il que cette belle vision trinitaire d&rsquo;Augustin ait eu aussi peu d&rsquo;effets dans la th\u00e9ologie spirituelle ? Sauf sur un point que j\u2019essaierai de d\u00e9velopper plus tard \u00e0 propos de la querelle qui oppose Orientaux et Occidentaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vais toutefois rester sur mon intuition initiale, m\u00eame si elle est partiellement inexacte. Pourquoi ? D\u2019abord, parce que j\u2019aime beaucoup Gr\u00e9goire de Nysse, qui a longtemps \u00e9t\u00e9 l\u2019un des phares de ma pri\u00e8re silencieuse. De plus, selon la plupart des sp\u00e9cialistes, Gr\u00e9goire a \u00e9t\u00e9 mari\u00e9 avant d\u2019embrasser, apr\u00e8s la mort de son \u00e9pouse, une vie monastique : son exp\u00e9rience conjugale a certainement \u00e9t\u00e9 utile \u00e0 sa r\u00e9flexion th\u00e9ologique. Il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s amoureux de son \u00e9pouse, et cela transpara\u00eet dans sa m\u00e9ditation et ses \u00e9crits mystiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon \u00e9pouse et moi avons \u00e9galement eu la chance de nous rendre \u00e0 Nazianze, en Turquie, sur les lieux de vie de l\u2019autre Gr\u00e9goire. Nous avons constat\u00e9 que les habitants ignoraient qu\u2019un des plus grands th\u00e9ologiens de l\u2019histoire avait v\u00e9cu l\u00e0. Il ne reste qu\u2019un champ, pas m\u00eame labour\u00e9, et quelques ruines. Le maire de Nazianze, musulman, en \u00e9tait tr\u00e8s touch\u00e9 et tr\u00e8s honor\u00e9. Mon \u00e9pouse et moi, ainsi que tous les membres du groupe qui nous accompagnaient, avons \u00e9t\u00e9 pein\u00e9s de voir que les chr\u00e9tiens turcs semblaient se d\u00e9sint\u00e9resser de ce lieu. Enfin, le troisi\u00e8me Cappadocien d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 : Basile. J\u2019appr\u00e9cie beaucoup la personnalit\u00e9 de Basile, le plus solide des trois, un vrai th\u00e9ologien capable de tenir t\u00eate aux philosophes grecs les plus rompus \u00e0 la dialectique et aux sophismes. Les Cappadociens sont trois, et ils ont eu besoin les uns des autres dans leurs combats et leurs th\u00e9ologies\u2026 En Occident, en face, il y a Augustin, un saint magnifique, mais seul. Trois contre un. Belle et amusante analogie de la Trinit\u00e9, si vous me le permettez. Basile est \u00e9galement le fondateur de la vie monastique orientale, aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;Augustin, puis de Beno\u00eet, du c\u00f4t\u00e9 occidental.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><span style=\"font-family: Vollkorn;\"><span style=\"font-size: small;\">*<\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Nous retournons maintenant au point de d\u00e9part de notre investigation. Le premier chapitre de la Gen\u00e8se se termine sur l\u2019id\u00e9e que l\u2019homme est cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019image de Dieu. Plus exactement, \u00ab Elohim \u00bb cr\u00e9e \u00ab Adam \u00bb \u00e0 son image, \u00ab Ish \u00bb. (m\u00e2le) et \u00ab Isha \u00bb (femelle). (femelle). Il les cr\u00e9a. \u00ab Elohim \u00bb et \u00ab Adam \u00bb sont des mots collectifs. Ce n\u2019est donc pas l\u2019individu, m\u00e2le en l\u2019occurrence, qui est cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019image d\u2019un Dieu unique et solitaire, mais Adam, l\u2019humain collectif. Ils, elle et il sont \u00e0 l\u2019image d\u2019Elohim, le panth\u00e9on divin. La proposition est en effet compl\u00e9t\u00e9e par la r\u00e9f\u00e9rence au couple homme-femme (Ish et Isha), et derri\u00e8re eux, aux humains dans leur r\u00e9alit\u00e9 collective et interpersonnelle. Ce sont eux qui sont cr\u00e9\u00e9s \u00e0 l\u2019image de Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Adam \u00bb, qui signifie \u00e9galement \u00ab tir\u00e9 de la vase \u00bb, est devenu le nom du \u00ab premier humain \u00bb dans le deuxi\u00e8me chapitre de la Gen\u00e8se, par opposition \u00e0 \u00ab \u00c8ve \u00bb qui signifie \u00ab Vie \u00bb. Cette image renvoie \u00e0 un espace analogique relevant de la culture n\u00e9olithique, fond\u00e9e sur la poterie et l\u2019agriculture. Restons donc sur le premier chapitre, ult\u00e9rieur au second, et r\u00e9dig\u00e9 par des scribes. M\u00eame si le second chapitre est plus ancien, les scribes et les pr\u00eatres l\u2019ont plac\u00e9 en seconde position. Le choix des r\u00e9dacteurs bibliques est certainement voulu et non arbitraire. Il est \u00e9galement coh\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, tel est le point de vue des trois Cappadociens, ainsi que celui de nombreux th\u00e9ologiens et ex\u00e9g\u00e8tes contemporains, en Orient comme en Occident.<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, les premiers chapitres de nos investigations s\u2019attacheront plus longuement \u00e0 l\u2019homme collectif, \u00e0 l\u2019image du Dieu trinitaire, toile de fond de la r\u00e9flexion politique, \u00e9thique et religieuse de ce troisi\u00e8me tome. Nous les confronterons aux trois infinis ontologiques d\u00e9finis par Pierre Teilhard de Chardin, qui impr\u00e8gnent souvent \u00e0 leur insu les mentalit\u00e9s de nos contemporains, ainsi qu&rsquo;aux quatre humiliations de l&rsquo;homme moderne par rapport \u00e0 ses illusions autocentr\u00e9es, th\u00e8me d\u00e9velopp\u00e9 par le philosophe et sociologue Edgar Morin.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas de souci, l\u2019image de Dieu et son mod\u00e8le trinitaire en sortiront grandis et d\u00e9poussi\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Soyons direct. 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