{"id":1838653,"date":"2024-05-31T10:05:29","date_gmt":"2024-05-31T10:05:29","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838653"},"modified":"2024-09-05T10:49:05","modified_gmt":"2024-09-05T10:49:05","slug":"quest-ce-quun-lepidosophe-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838653","title":{"rendered":"Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un l\u00e9pidosophe ? (4)"},"content":{"rendered":"\n<p><em>CONTENU : butinages.<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>(1)<a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838630\"> Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un l\u00e9pidosophe ?<\/a><\/strong><\/li>\n\n\n\n<li><strong>(2) <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838637\">Chenille dans son cocon.<\/a><\/strong><\/li>\n\n\n\n<li><strong>(3) <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838642\">Chrysalide dans le vent.<\/a><\/strong><\/li>\n\n\n\n<li><strong>(4) Butinages. ICI<\/strong><\/li>\n\n\n\n<li><strong>(5) <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838664\">Un papillon ne doit pas s&rsquo;approcher du feu.<\/a><\/strong><\/li>\n\n\n\n<li><strong>(6) \u00a0<a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838673\">Papillon de nuit.<\/a> <\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Un l\u00e9pidosophe, comme son ma\u00eetre et conseiller papillon, vole o\u00f9 il veut, butine quand il veut et comme il veut&#8230; ou comme il le peut. Mais comme tout insecte ail\u00e9 fragile, il est soumis aux al\u00e9as de l&rsquo;environnement, \u00e0 l&rsquo;atmosph\u00e8re humide ou s\u00e8che, aux pr\u00e9dateurs et aux vents. Souvent des z\u00e9phyrs et des brises l\u00e9g\u00e8res, parfois des bourrasques et des orages. La vie du papillon, philosophe ou non, est br\u00e8ve et fr\u00eale aux regard de toutes les \u00e9chelles d&rsquo;espace, de temps, d&rsquo;histoires et d&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8mes. La probabilit\u00e9 de la temp\u00eate est faible. Cela peut arriver : il est alors entra\u00een\u00e9 dans des turbulences et, \u00e0 la diff\u00e9rence des insectes qui savent se regrouper et s&rsquo;abriter, il est balay\u00e9 comme un f\u00eatu de paille. Cela n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 le cas du l\u00e9pidosophe qui \u00e9crit ces lignes. Il n&rsquo;a pas connu d&rsquo;ouragans, sinon quelques courants d&rsquo;air, \u00e0 l&rsquo;exception du temps o\u00f9, encore chenille, il a failli mourir de maladie. Des ailes et des pattes, il en reste encore pour voltiger.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"204\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/appletwo-300x204.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2417\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/appletwo-300x204.png 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/appletwo.png 550w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Oui, au fait, que s&rsquo;est-il pass\u00e9 entre 1971 et 1988 sur la Plan\u00e8te Terre et dans notre petite France (qui repr\u00e9sente moins de 1% de la population mondiale, rappelons-le) ? En France, pas grand chose dans mon souvenir, au sens d&rsquo;absence de temp\u00eates : agitations gauchistes post-soixante-huitardes dans les facs, ancrage du f\u00e9minisme dans les lois et de plus en plus dans les faits, \u00e9lection de Fran\u00e7ois Mitterrand en 1981, luttes sociales diverses. Quand j&rsquo;\u00e9cris \u00ab pas grand chose \u00bb, je parle des \u00e9v\u00e9nements politiques, sociaux et culturels qui m&rsquo;auraient touch\u00e9 directement. Le plus important, en ce qui me concerne, est la loi de Giscard d&rsquo;Estaing de 1975 en faveur des handicap\u00e9s qui m&rsquo;a donn\u00e9 une certaine autonomie \u00e9conomique. Sinon, j&rsquo;ai particip\u00e9 \u00e0 quelques manifs \u00e9tudiantes (en fac) et sociales (Solidarnosc par exemple). Entre 1971 et 1975, j&rsquo;\u00e9tais trop malade et ego-centr\u00e9 pour pouvoir \u00eatre touch\u00e9 par l&rsquo;agitation du monde. Deux exemples : les attentats lors des JO de Munich en 1972, le choc p\u00e9trolier ou les premiers films blockbuster (Le Parrain, les Dents de la Mer, etc.), je n&rsquo;ai jamais \u00e9t\u00e9 au courant. Il me semble qu&rsquo;ensuite, le plus significatif des mouvements de fond que j&rsquo;ai vu surgir et que j&rsquo;ai pris au s\u00e9rieux, a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;explosion des m\u00e9dias : multiplication des cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision, lib\u00e9ration des radios, minitel plus tard&#8230; Dans les ann\u00e9es 83-84, sont apparus les premiers ordinateurs personnels et j&rsquo;ai le souvenir d&rsquo;un vendeur d&rsquo;Apple Two, dans ces ann\u00e9es-l\u00e0, \u00e0 Lille, m&rsquo;affirmant que ce genre de gadget n&rsquo;avait pas grand avenir et \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 quelques professionnels. Or j&rsquo;ai tr\u00e8s vite \u00e9t\u00e9 \u00e9quip\u00e9, puis inform\u00e9,.. tr\u00e8s vite aussi d\u00e9pass\u00e9 tant\u00f4t par la droite (les technocrates), tant\u00f4t par la gauche (les \u00e9tudiants), ce qui a motiv\u00e9 le d\u00e9sir de m&rsquo;accrocher. Quand en 1996, est apparu internet, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 un des premiers \u00e0 cr\u00e9er un site et \u00e0 appara\u00eetre sur les moteurs de recherche qui ne s&rsquo;appelaient pas encore Google.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft\"><a href=\"1986\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"200\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/tchernoblyl-300x200.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2418\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/tchernoblyl-300x200.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/tchernoblyl-768x512.jpg 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/tchernoblyl-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/tchernoblyl.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><span style=\"font-size: 8pt;\"><em><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Tchernobyl 1986<\/span><\/em><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"224\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/sankara-1-300x224.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2420\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/sankara-1-300x224.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/sankara-1.jpg 441w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Et les \u00e9v\u00e9nements mondiaux, donc ? J&rsquo;ai \u00e9voqu\u00e9 les \u00e9v\u00e9nements du Moyen Orient, la fin du p\u00e9trole bon march\u00e9 et le soul\u00e8vement polonais, pr\u00e9lude \u00e0 la future fin de la Guerre Froide, mais j&rsquo;ignore si nos jeunes se rendraient compte qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, l&rsquo;horizon m\u00e9diatique restait globalement tr\u00e8s franco-fran\u00e7ais et un chou\u00efa europ\u00e9en. Les \u00c9tats-Unis \u00e9taient loin d&rsquo;\u00eatre aussi envahissants, le monde de l&rsquo;Est et l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique apparaissaient comme des sortes de grosses boules lointaines, sombres et froides, et ne parlons pas des mondes sud-am\u00e9ricains, hispaniques, arabes, africains et extr\u00eame-orientaux. La Guerre Froide \u00e9tait encore active et depuis l&rsquo;enfance, j&rsquo;avais v\u00e9cu dans cette inqui\u00e9tante et angoissante schizophr\u00e9nie mondiale. Si je ferme les yeux, il me semble que les \u00e9v\u00e9nements mondiaux qui m&rsquo;ont le plus marqu\u00e9 sont la Guerre des Malouines (sur laquelle je m&rsquo;\u00e9tais inform\u00e9, lors d&rsquo;une explication aupr\u00e8s de parents plus jeunes) et l&rsquo;Accident nucl\u00e9aire de Tchernobyl, parce qu&rsquo;un de mes proches qui travaillait dans une centrale en Belgique poss\u00e9dait un document priv\u00e9 qui donnait des informations diff\u00e9rentes des officielles. Cela dit, les deux ann\u00e9es \u00e0 Fribourg entre 1978 et 1980, la fr\u00e9quentation des j\u00e9suites, des voyages au Canada et en Afrique de l&rsquo;Ouest dans les ann\u00e9es 80 ont ancr\u00e9 en moi cette conscience mondiale \u00e0 laquelle Teilhard de Chardin m&rsquo;avait sensibilis\u00e9. N&rsquo;allons pas croire que l&rsquo;histoire du Monde m&rsquo;a laiss\u00e9 indiff\u00e9rent et que je n&rsquo;avais pas de conscience politique \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, bien au contraire. J&rsquo;ai rompu avec les id\u00e9es dominantes de mon milieu familial et mes amis. Mais physiquement, je n&rsquo;\u00e9tais pas touch\u00e9, \u00e0 la diff\u00e9rence par exemple des rapatri\u00e9s d&rsquo;Afrique du Nord ou des immigr\u00e9s d&rsquo;Asie du Sud-Est que j&rsquo;ai crois\u00e9s \u00e7\u00e0 et l\u00e0. Certains de mes proches ont \u00e9t\u00e9 pris au pi\u00e8ge, par exemple par la Guerre entre grecs et turcs \u00e0 propos de Chypre, ou le coup d&rsquo;\u00c9tat du Capitaine Sankara au Burkina Faso (Haute-Volta \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque) -assassin\u00e9 quelques ann\u00e9es plus tard, apr\u00e8s avoir voulu cr\u00e9er une nation plus juste-. De plus, notre p\u00e8re ayant \u00e9t\u00e9 officier dans l&rsquo;Arm\u00e9e de l&rsquo;Air, il \u00e9tait difficile d&rsquo;\u00eatre indiff\u00e9rent aux agitations de la Plan\u00e8te. Mais nous n&rsquo;avons jamais \u00e9t\u00e9 menac\u00e9s, il faut le rappeler. La France est, territorialement parlant j&rsquo;entends, une nation tranquille \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;Histoire et de la Plan\u00e8te. Le papillon est donc rest\u00e9 \u00e0 butiner dans des ris\u00e9es calmes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Donc en 1988, la chrysalide a continu\u00e9 \u00e0 se m\u00e9tamorphoser, puis elle s&rsquo;est \u00e9chapp\u00e9e. Sans doute, de nombreuses d\u00e9pouilles sont rest\u00e9es coll\u00e9es. Puisqu&rsquo;il \u00e9tait compliqu\u00e9 de s&rsquo;\u00e9tablir dans l&rsquo;espace intellectuel des universit\u00e9s et des \u00e9coles sup\u00e9rieures, cathos ou la\u00efques, je suis parti vers le monde des entreprises. Oh, pas n&rsquo;importe comment ! Sous l&rsquo;angle de la formation et \u00e0 l&rsquo;occasion, du conseil. J&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 \u00e0 l&rsquo;A\u00e9rospatiale en 77-78, premier plongeon dans la haute technologie. Les formations donn\u00e9es dans des \u00e9coles d&rsquo;ing\u00e9nieurs, et indirectement la situation de vacataire CNRS, ont permis d&rsquo;entrevoir et de go\u00fbter l&rsquo;interface entre les intellectuels et les entreprises. L\u00e0 maintenant, comme consultant, en ind\u00e9pendant d&rsquo;abord, en contrat salari\u00e9 (un peu bancal, comme d&rsquo;habitude) ensuite. j&rsquo;ai pu travailler dans des grandes entreprises, Merlin-G\u00e9rin devenue Schneider Electric, Elf Atochem devenue Arkhema Chemistry, P\u00e9chiney, EDF, la SNCF, etc. et dans plusieurs PME. Les plus longs contrats ont d\u00e9pass\u00e9 plusieurs ann\u00e9es. Avec le recul, ce fut un temps difficile, mais enthousiasmant, les soucis ne venant pas des entreprises, mais plut\u00f4t des soci\u00e9t\u00e9s qui m&rsquo;ont fait travailler.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce fut l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 les financiers ont commenc\u00e9 \u00e0 prendre le pouvoir dans le monde industriel.<\/p>\n\n\n\n<p>Et le l\u00e9pidosophe l\u00e0-dedans ? Les doutes s&rsquo;\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 fortement insinu\u00e9s dans ma caboche de philosophe chrysalide, doute m\u00e9thodologique et m\u00e9taphysique naturellement (je reste de culture scientifique), doute existentiel, celui qui interpelle les certitudes faciles qui ont \u00e9t\u00e9 inscrites depuis l&rsquo;enfance, les \u00e9tudes et l&rsquo;influence sociale. \u00c0 la diff\u00e9rence de Descartes qui doutait en se r\u00e9chauffant aupr\u00e8s de son po\u00eale ou de Jean-de-la-Croix m\u00e9ditant dans son Carmel la nuit des sens et de l&rsquo;esprit, ce sont les simples confrontations avec la modernit\u00e9 (boulot) et avec la vie quotidienne (famille, enfants) qui ont nourri le doute. Petite parenth\u00e8se : la nuit des sens est la perte de plaisir sensible dans la qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9, et la nuit de l&rsquo;esprit est la perturbation, via des troubles de m\u00e9moire, de l&rsquo;intellect et de la volont\u00e9 (et par gr\u00e2ce sp\u00e9ciale, estime le grand espagnol), des certitudes th\u00e9ologales. Le doute est \u00e0 la fois une source d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, un d\u00e9fi \u00e0 soi-m\u00eame et une dynamique. Il creuse le d\u00e9sir de chercher. La vie humaine, la vraie j&rsquo;entends, celle qui revendique le droit \u00e0 plus d&rsquo;existence, plus de v\u00e9rit\u00e9 et plus de conscience de soi, ne s&rsquo;alimente que si elle est en interaction (voire l&rsquo;inter-passion, pardon pour le n\u00e9ologisme) avec l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9, avec ce qui n&rsquo;est pas soi. Le r\u00e9el est une dynamique et non une statique ou une cin\u00e9matique (qui n&rsquo;est jamais qu&rsquo;un \u00e9quilibre apparent d&rsquo;actions de forces et de puissances). Le confort n&rsquo;est utile que pour relire le trajet parcouru, et il est nuisible s&rsquo;il se r\u00e9fugie dans des id\u00e9es qu&rsquo;on croit vraies. Whitehead m&rsquo;a fait d\u00e9couvrir que le monde des id\u00e9es n&rsquo;est jamais qu&rsquo;un ensemble d&rsquo;objets \u00e9ternels perdus dans l&rsquo;espace des possibilit\u00e9s et des virtualit\u00e9s&#8230; Et qui dit \u00e9ternel, dit disparition de l&rsquo;espace, disparition du dynamisme du temps cr\u00e9ateur et donc absence de r\u00e9el. Son efficience est dans le service de la parole, du combat et de la f\u00e9condation de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le contact avec le monde des entreprises a lev\u00e9 beaucoup de peurs et de chim\u00e8res, dues aux fausses images transmises \u00e0 la fois par les m\u00e9dias, par l&rsquo;\u00c9ducation Nationale, par les intellectuels et les philosophes d&rsquo;universit\u00e9, par le monde religieux. Pour anecdote, dix ans auparavant, alors que j&rsquo;allais entrer \u00e0 l&rsquo;A\u00e9rospatiale, une tr\u00e8s sainte religieuse (que j&rsquo;aimais beaucoup) m&rsquo;avait regard\u00e9 dans les yeux avec inqui\u00e9tude et expliqu\u00e9 : \u00ab vous allez entrer dans un monde ath\u00e9e. Soyez prudent ! \u00bb En gros, m\u00e9fiez-vous. Ce genre de suspicion m&rsquo;a immunis\u00e9 contre les a priori, et stimul\u00e9 dans ma qu\u00eate d&rsquo;exp\u00e9riences vari\u00e9es, de butinages. Plusieurs proches de la famille \u00e9taient ing\u00e9nieurs ou chercheurs. La remarque de la religieuse ne risquait pas de menacer ma vision. Mais elle \u00e9tait significative de ces mondes qui s&rsquo;ignorent.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"200\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/arkhema-maurienne-300x200.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2422\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/arkhema-maurienne-300x200.png 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/arkhema-maurienne-768x513.png 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/arkhema-maurienne.png 896w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Parmi les pr\u00e9suppos\u00e9s qui ont explos\u00e9, il y a celui de la condition ouvri\u00e8re. Les ouvriers des grandes entreprises o\u00f9 je suis intervenu n&rsquo;avaient pas grand chose \u00e0 voir avec le prol\u00e9tariat d\u00e9crit par les marxistes ou les socialistes romantiques post Zola ou Hugo. Dans l&rsquo;ensemble, ils \u00e9taient mieux pay\u00e9s que moi, avaient de solides contrats de travail et \u00e9taient bien prot\u00e9g\u00e9s par le droit, par les repr\u00e9sentants du personnel et les syndicats. Tant mieux, c&rsquo;est le produit d&rsquo;une lutte. Certains avaient leur bateau, d&rsquo;autres leurs chalets de montagne et leur piscine. Lors de la Finale entre l&rsquo;Olympique de Marseille et l&rsquo;AC Milan, l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, fondeur de phosphore, m&rsquo;a invit\u00e9 dans son chalet qui dominait toute la vall\u00e9e de la Maurienne. Il \u00e9tait \u00e9quip\u00e9 de fauteuils et de canap\u00e9s confortables face \u00e0 une grande t\u00e9l\u00e9vision dernier cri avec \u00e9quipement hifi et radio, sorte de home cin\u00e9ma avant l&rsquo;heure. Dehors la piscine et le jardin donnaient sur la montagne. De gros doutes sont apparus sur certains discours politiques, dits de gauche, qui fonctionnaient \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de nostalgies du d\u00e9but du si\u00e8cle, celles des grands mouvements sociaux lib\u00e9rateurs. J&rsquo;ai mesur\u00e9 le faux progr\u00e8s : celui qui ne fait jamais que d\u00e9sirer actualiser des possibilit\u00e9s anachroniques d&rsquo;une autre \u00e9poque, sans se remettre en question. Le vrai prol\u00e9tariat existait et existe encore de plus en plus : les ch\u00f4meurs qui n&rsquo;ont pas de repr\u00e9sentation politique (j&rsquo;en ai form\u00e9 des centaines) ; des petites PME en sous-traitance qui trimaient dans les sales boulots de nettoyage, de r\u00e9paration, de manutention, avec des petits patrons autoritaires qui bouclaient leurs fins de mois je ne sais comment, et qui employaient du personnel \u00e9tranger ou marginal.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"196\" height=\"300\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/ariane5mini-196x300.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2423\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/ariane5mini-196x300.jpg 196w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/ariane5mini.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 196px) 100vw, 196px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>N&rsquo;ayant fr\u00e9quent\u00e9 que des milieux industriels, je ne pourrais pas extrapoler dans les secteurs tertiaires ou dans le monde agricole. J&rsquo;ai appris \u00e0 aimer ce monde industriel et m\u00eame aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;ai encore un peu de m\u00e9lancolie quand j&rsquo;y songe. C&rsquo;est le lieu o\u00f9 il m&rsquo;a sembl\u00e9 \u00eatre le plus heureux (ou en tout cas le plus consistant) de ma carri\u00e8re professionnelle, et \u00e0 chaque fois que, plus tard, j&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion d&rsquo;u retourner, une bouff\u00e9e de chaleur humaine m&rsquo;a envelopp\u00e9. Et puis, si on regarde \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;Histoire, \u00e9conomique ou non, l&rsquo;industrie de la haute technologie apporte quelque-chose d&rsquo;in\u00e9dit. Je l&rsquo;ai ressenti surtout \u00e0 l&rsquo;A\u00e9rospatiale et sous une autre forme, chez Elf : la capacit\u00e9 de coordonner des dizaines de milliers de personnes pour la r\u00e9alisation d&rsquo;un produit technologique ou une cha\u00eene de production \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale, de telle sorte que chaque professionnel soit cr\u00e9atif dans son ouvrage : que ce soit un dessinateur industriel, un sp\u00e9cialiste d&rsquo;usinage chimique, un math\u00e9maticien-chercheur dans sa R&amp;D, un technicien qui \u00e9tudie les collages, un ing\u00e9nieur qui rassemble les divers savoirs, etc. Tout un monde pour produire, par exemple, un avion ou la fus\u00e9e Ariane. L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une sp\u00e9cialisation technologique semble-t-il contredire mon appel l\u00e9pidosophique \u00e0 plus d&rsquo;interdisciplinarit\u00e9 et de syst\u00e9mique ? Oui et non. Le vieux taylorisme semble avoir disparu de nos horizons occidentaux, \u00e0 quelques \u00eelots pr\u00e8s. La plupart des techniciens que j&rsquo;ai crois\u00e9s avaient d\u00e9velopp\u00e9 un savoir propre difficilement communicable par simple rationalit\u00e9, et les chefs ou les cadres \u00e9taient contraints de faire confiance au professionnalisme et \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience de leurs \u00e9quipes. J&rsquo;ai de multiples exemples : cet agent de ma\u00eetrise qui a d\u00e9velopp\u00e9, seul, une technique d&rsquo;usinage chimique de grandes plaques m\u00e9talliques ; ce chimiste, engag\u00e9 comme simple laborantin, qui a synth\u00e9tis\u00e9 une mol\u00e9cule rare et ch\u00e8re pour l&rsquo;industrie pharmaceutique ; cet ouvrier de la SNCF qui \u00e9tait capable d&rsquo;un simple coup d\u2019\u0153il de rep\u00e9rer la d\u00e9formation ou la dissym\u00e9trie de rails, etc. Personne ne peut les remplacer&#8230; du moins, id\u00e9alement parlant, car j&rsquo;ai vu comment des licenciements ou m\u00eame simplement du manque de communication ont dissip\u00e9 dans le brouillard bien des savoirs pratiques et th\u00e9oriques. Cela dit, quand on entre dans un atelier de tournage ou de chaudronnerie au service de la fabrication d&rsquo;un Airbus, ou quand on erre dans une usine o\u00f9 ronronnent des r\u00e9acteurs ou des colonnes de distillation, on a le sentiment de participer librement et concr\u00e8tement \u00e0 quelque chose de plus vaste que soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors d&rsquo;une formation de plusieurs mois dans une PME de fabrique de meubles, j&rsquo;ai invit\u00e9, avec le soutien de la direction, tous ceux que j&rsquo;avais form\u00e9s, \u00e0 se d\u00e9placer pour conna\u00eetre et suivre la cha\u00eene de fabrication depuis la coupe du bois par les b\u00fbcherons ou l&rsquo;importation de bois exotiques&#8230; jusqu&rsquo;\u00e0 la vente des meubles dans les magasins sp\u00e9cialis\u00e9s, en passant par la scierie, les traitements de surface, les concepteurs, etc. Les Oh ! et les Ah ! fusaient, les ouvriers et agents de ma\u00eetrise \u00e9taient fiers de leur participation \u00e0 la vie de l&rsquo;entreprise et plus encore, je crois, \u00e0 leur propre production. La m\u00eame exp\u00e9rience a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue \u00e0 l&rsquo;occasion de la formation du personnel d&rsquo;une usine qui venait de fermer et qui \u00e9tait recas\u00e9 dans deux autres usines du groupe. Toujours cet \u00e9tonnement, une fois pass\u00e9e la douleur de la fermeture de l&rsquo;usine. Dans l&rsquo;industrie, j&rsquo;ai rencontr\u00e9 des personnes qui aimaient leur bo\u00eete&#8230; qui la critiquaient aussi, bien s\u00fbr, mais sous une forme plus constructive que dans des milieux intellectuels.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"225\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/infini-300x225.jpg\" alt=\"infini...\" class=\"wp-image-2424\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/infini-300x225.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/infini-768x576.jpg 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/infini.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Certes, j&rsquo;id\u00e9alise un peu, c&rsquo;est le regard du philosophe papillon. Que personne ne soit na\u00eff. De plus, pas un instant dans les lignes qui pr\u00e9c\u00e8dent, je n&rsquo;interroge la finalit\u00e9 de toute cette activit\u00e9 industrieuse. Dans un atelier de fabrication de missiles, alors que je demandais ce qu&rsquo;il penserait s&rsquo;il apprenait que ce bel ouvrage avait d\u00e9truit des maisons ou un h\u00f4pital, un ouvrier m&rsquo;avait r\u00e9pondu que ce n&rsquo;\u00e9tait pas son souci. Ben oui ! Na\u00efvet\u00e9 ! La question de la finalit\u00e9 est d&rsquo;abord globale, politique et existentielle. Patience, j&rsquo;y reviens. Pour l&rsquo;instant, je d\u00e9couvre la multitude d&rsquo;existences personnelles et professionnelles qui travaillent, qui luttent, qui cr\u00e9ent, qui interagissent et qui, en fin de compte, se r\u00e9alisent humainement. La vision m\u00e9canique que j&rsquo;ai critiqu\u00e9e n&rsquo;a pas que des inconv\u00e9nients, m\u00eame si le philosophe doit savoir o\u00f9, comment et quand la circonscrire dans son espace, et savoir quelle est sa signification. L\u00e0 est toute la contradiction de l&rsquo;aventure humaine : les multiples axes parall\u00e8les, les p\u00f4les oppos\u00e9s ou contradictoires, existent, ne sont pas solvables dans un bain d&rsquo;id\u00e9es, et doivent au minimum dialoguer et se confronter. Cela ne se fera pas uniquement par la recherche d&rsquo;un minimum commun, mais par celui d&rsquo;un maximum cr\u00e9atif. J&rsquo;appelle cela l&rsquo;infini actuel. Les parall\u00e8les, dit-on, se rencontrent \u00e0 l&rsquo;infini (dans un espace euclidien), et c&rsquo;est la cr\u00e9ativit\u00e9 qui rend cet infini actuel et non potentiel. Elle courbe l&rsquo;espace et le temps. L&rsquo;union diff\u00e9rencie, \u00e9crivait Teilhard, et r\u00e9ciproquement, la rencontre des diff\u00e9rences (peut) cr\u00e9e(r) de l&rsquo;unit\u00e9. Par f\u00e9condation, par cr\u00e9ation. L&rsquo;unit\u00e9 du vivant n&rsquo;est pas celle de l&rsquo;accord universel abstrait, mais, par analogie, elle plus plut\u00f4t celle d&rsquo;un organisme, celle d&rsquo;un corps, celle d&rsquo;un \u00e9cosyst\u00e8me qui cro\u00eet ou qui en f\u00e9conde d&rsquo;autres, o\u00f9 chaque fonction r\u00e9alise en m\u00eame temps pleinement sa propre nature. L&rsquo;unit\u00e9 potentielle est complexe, c&rsquo;est-\u00e0-dire tiss\u00e9e de fils, de coloris, de n\u0153uds, de figures infiniment vari\u00e9es&#8230; Bon, je sais je sais, c&rsquo;est pas gagn\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9poque, entre 1988 et 1995, fut celle de quelques engagements politiques. En 1986, s&rsquo;est produit l&rsquo;accident nucl\u00e9aire de Tchernobyl, et en 1988, les mensonges de nos \u00e9lites et de nombre de m\u00e9dias autour de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement ukrainien ont commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9sagr\u00e9ger. C&rsquo;est ainsi que je me suis retrouv\u00e9 quelque temps pr\u00e9sident d&rsquo;une association \u00e9colo assez subversive -avec beaucoup de plaisir !-, qui, en plus de d\u00e9noncer ou de sensibiliser les consciences politiques, agissait pour soutenir de nouvelles pratiques : tri des d\u00e9chets, nouvelles \u00e9nergies, gestion et filtrage de l&rsquo;eau, information sur la qualit\u00e9 de la nourriture, etc. Certains membres de notre association sont devenus des militants et m\u00eame des responsables politiques locaux. Moi m\u00eame, je me suis retrouv\u00e9 conseiller municipal, activit\u00e9 dans laquelle j&rsquo;avoue n&rsquo;avoir jamais \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;aise. On n&rsquo;immobilise pas facilement un papillon. J&rsquo;ai mesur\u00e9 le d\u00e9calage entre ceux qui avaient un vrai souci du bien commun et ceux qui faisaient de la politique pour leur petite chapelle priv\u00e9e. J&rsquo;ai vu aussi comment certains acteurs essaient et parviennent m\u00eame \u00e0 corrompre ou tromper certains responsables politiques, parfois avec complaisance de l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9, mais aussi et plus fr\u00e9quemment \u00e0 son insu. Par manque d&rsquo;information le plus souvent. J&rsquo;ai aussi subi l&rsquo;impact des petits potentats locaux qui savaient tout sur tout, alors qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient rien \u00e9tudi\u00e9, qui contr\u00f4lait presque toute la vie politique du coin, alors qu&rsquo;ils ne consultaient que leurs courtisans. J&rsquo;ai aussi rencontr\u00e9 des responsables politiques corrects, \u00e0 droite comme \u00e0 gauche, hommes et femmes que j&rsquo;ai admir\u00e9s. Globalement cela aide \u00e0 respecter la fonction politique et \u00e0 prendre des distances avec le g\u00e9nie typiquement fran\u00e7ais qui consiste \u00e0 critiquer ou se moquer des responsables politiques&#8230; sans les conna\u00eetre.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"296\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/Terre-poubelle1-300x296.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2425\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/Terre-poubelle1-300x296.png 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/Terre-poubelle1.png 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Ma sensibilit\u00e9, conjugu\u00e9e avec mes exp\u00e9riences, mes rencontres et voyages et les al\u00e9as du vol, \u00e9tait proche des milieux altermondialistes et \u00e9cologiques. Id\u00e9es du Club de Rome, Agenda 21, Rio et Johannesburg, D\u00e9veloppement Durable, commen\u00e7aient \u00e0 s&rsquo;infiltrer par capillarit\u00e9 dans les mentalit\u00e9s. Mes lectures pr\u00e9c\u00e9dentes, la d\u00e9couverte d&rsquo;auteurs comme Hans Jonas par exemple, non seulement dans son Principe Responsabilit\u00e9, mais plus encore dans sa philosophie de la Vie, m&rsquo;ont alert\u00e9 sur les racines philosophiques et culturelles de la crise \u00e9cologique. C&rsquo;est vrai, je lisais beaucoup moins. Vie de famille et exigences professionnelles occupaient le temps, et il fallait ajouter une sant\u00e9 fragile et le handicap. \u00c0 cette \u00e9poque, les \u00ab \u00e9colos \u00bb \u00e9taient moqu\u00e9s par les gens s\u00e9rieux et adultes, c&rsquo;est-\u00e0-dire par les \u00e9conomistes et par les courants post-marxistes. Toutefois, il y avait, dans les mouvements \u00e9cologiques, de grosses ambigu\u00eft\u00e9s qui m&rsquo;ont interdit de me fixer (du miel, oui, de la colle, non). Le travail philosophique et l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue dans les entreprises m&rsquo;ont fait penser l&rsquo;\u00e9cologie comme une n\u00e9cessit\u00e9 et une int\u00e9gration post-industrielles, et non comme un retour \u00e0 la nature, un repli vers un \u00e2ge mythique. Il y a eu des d\u00e9bats houleux, au sein de l&rsquo;association, entre des \u00e9colos qui condamnaient l&rsquo;industrie en bloc, l&rsquo;agriculture en bloc, les multiples activit\u00e9s modernes, au nom d&rsquo;un mirage naturaliste. Non, une v\u00e9ritable \u00e9cologie ne na\u00eetra que si les industriels, les agriculteurs, les politiques, les financiers, les acteurs sociaux, pharmaceutiques et m\u00e9dicaux, les intellectuels et pourquoi pas, les artistes et com\u00e9diens, s&rsquo;y mettent tous ensemble pour que leur activit\u00e9 devienne ferment et culture d&rsquo;une Terre et terre habitables. Les grandes Institutions internationales proposent des axes. On peut en d\u00e9battre.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"220\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/trainvapeur-1-300x220.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2427\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/trainvapeur-1-300x220.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/trainvapeur-1.jpg 691w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Une anecdote v\u00e9cue m&rsquo;a permis de mesurer la distance entre cette \u00e9cologie romantique pure et dure de retour \u00e0 la nature, et une \u00e9cologie dynamique qu&rsquo;on pourrait appeler \u00ab de bifurcation \u00e9conomique et industrielle&nbsp;\u00bb, pour reprendre le vocabulaire de Prigogine et Stengers, ou celui de Whitehead. Je travaillais dans une usine chimique, lorsqu&rsquo;un accident a eu lieu : un wagon de produits dangereux s&rsquo;\u00e9tait renvers\u00e9 non loin d&rsquo;une grande ville. Je passe les d\u00e9tails. Des associations \u00e9cologiques (de tendance dure) et des profs de l&rsquo;\u00c9ducation Nationale ont pouss\u00e9 de hauts cris, des journalistes sont venus photographier en catimini, puis publier des images d&rsquo;un vieux wagon pourri et abandonn\u00e9 dans l&rsquo;usine concern\u00e9e, qui n&rsquo;avait rien de comparable avec celui qui avait d\u00e9raill\u00e9. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, ing\u00e9nieurs et chimistes qui, quotidiennement \u00e9taient confront\u00e9s aux risques de s\u00e9curit\u00e9 et de pollution industrielle, se d\u00e9menaient pour trouver une solution fiable et r\u00e9soudre le probl\u00e8me. Notamment s&rsquo;arranger pour redresser, puis d\u00e9placer le wagon dans une gare d&rsquo;un autre d\u00e9partement o\u00f9 on pourrait diminuer calmement et faire dispara\u00eetre le risque&#8230; ce qui a fait imm\u00e9diatement hurler les \u00e9lus de l&rsquo;autre d\u00e9partement en question. \u00c0 cette \u00e9poque, on ne parlait pas de \u00ab parties prenantes&nbsp;\u00bb, o\u00f9 tous les acteurs engag\u00e9s de pr\u00e8s ou de loin sont invit\u00e9s \u00e0 collaborer. Toujours le pouvoir des experts contre les citoyens ! La distance entre ces mondes \u00e9tait flagrante. \u00c9tant \u00e0 la fois militantes (ti\u00e8des je l&rsquo;avoue) \u00e9cologiques, et actrices du c\u00f4t\u00e9 industriel, les ailes motrices du papillon (les fr\u00e9missements l\u00e9pidosophiques), ont \u00e9t\u00e9 malmen\u00e9es. La conviction selon laquelle il importe de construire des ponts et de percer des murs est aussi pass\u00e9e par ce genre de petit incident.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00f4t\u00e9 sant\u00e9, les derni\u00e8res crises de RCH ont eu lieu dans ces ann\u00e9es-l\u00e0. Derni\u00e8res hospitalisations de quelques semaines, en 1993, d&rsquo;apr\u00e8s mon \u00e9pouse, mais ni convalescence, ni r\u00e9\u00e9ducation. Chouette. Par ailleurs, les capacit\u00e9s des proth\u00e8ses ont commenc\u00e9 \u00e0 progresser. J&rsquo;ai d\u00fb mettre la main \u00e0 la poche pour acheter quelques am\u00e9liorations pour la marche. Je faisais du v\u00e9lo, de la natation, de la plong\u00e9e et quelques escalades simples dans les montagnes de Savoie. La famille, les enfants, fortifiaient ma perception de la vie bien au-del\u00e0 des d\u00e9lires intellectuels. Le papillon reste fragile. J&rsquo;ai petit \u00e0 petit arr\u00eat\u00e9 les traitements cortico\u00efdes que je prenais depuis plus de vingt ans. Mais, comme si le corps exprimait le besoin de se d\u00e9battre pour retrouver un \u00e9quilibre en basculant d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, d&rsquo;autres affections sont apparues. La pire est l&rsquo;attaque de panique. C&rsquo;est un syndrome que je ne souhaite \u00e0 personne, m\u00eame \u00e0 mon pire ennemi. Sueurs froides incompr\u00e9hensibles, puis pens\u00e9es folles d&rsquo;une rapidit\u00e9 incontr\u00f4lable (tr\u00e8s difficile \u00e0 expliquer), terreur globale sans objet, sensations de mort prochaine&#8230; saisissent tout l&rsquo;\u00eatre. L&rsquo;attaque de panique dure, chez moi, trois quarts d&rsquo;heure et elle finit par se calmer. Une \u00e0 plusieurs fois par mois. Elle survient n&rsquo;importe quand, la nuit le plus souvent, mais le jour aussi. Difficile \u00e0 d\u00e9crire, m\u00eame maintenant sous cette plume. Elles ont continu\u00e9 jusqu&rsquo;en 2006, et je suis parvenu \u00e0 les contr\u00f4ler gr\u00e2ce \u00e0 la pratique de la sophrologie, gr\u00e2ce \u00e0 une surveillance m\u00e9dicale du sommeil et gr\u00e2ce aussi, je dois bien l&rsquo;avouer, \u00e0 la pri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Du point de vue l\u00e9pidosophique, cette nouvelle affection a renforc\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une coh\u00e9rence organique de l&rsquo;ensemble de la personne humaine&#8230; et envoy\u00e9 promener d\u00e9finitivement les vieilleries des anthropologies qui circulent dans les milieux spirituels et religieux, voire philosophiques (l&rsquo;\u00e2me, le corps, l&rsquo;esprit, abstractions substantialistes qui n&rsquo;ont rien \u00e0 voir avec le r\u00e9el). Freud parle des trois humiliations de l&rsquo;histoire humaine. La premi\u00e8re est la d\u00e9couverte que la Terre n&rsquo;est pas au centre de l&rsquo;Univers, d\u00e9couverte de Copernic, K\u00e9pler, Galil\u00e9e et que les progr\u00e8s de l&rsquo;Astronomie ne font qu&rsquo;amplifier. La seconde est celle du fait que l&rsquo;humanit\u00e9 est l&rsquo;un des produits d&rsquo;une \u00e9volution naturelle multiple, depuis Lamarck, Darwin, Wallace et cie. Mes \u00e9tudes en \u00e9pist\u00e9mologie et histoire des sciences, et la spiritualit\u00e9 teilhardienne ont permis une digestion tranquille de ces deux humiliations. La troisi\u00e8me humiliation est la prise de conscience que l&rsquo;homme n&rsquo;est pas ma\u00eetre chez lui, qu&rsquo;il existe un inconscient autonome qui s&rsquo;amuse souvent de nos apparentes lucidit\u00e9s.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-2429\">\n<figure class=\"alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"297\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/papillon-sur-ma-main-1-300x297.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2429\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/papillon-sur-ma-main-1-300x297.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/papillon-sur-ma-main-1-150x150.jpg 150w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/papillon-sur-ma-main-1.jpg 377w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><span style=\"font-size: 8pt;\"><em><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Papillon pos\u00e9 sur ma main<\/span><\/em><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>C&rsquo;est cette derni\u00e8re humiliation que j&rsquo;ai exp\u00e9riment\u00e9e \u00e0 travers les attaques de panique. Tout cela doit \u00eatre pris au s\u00e9rieux. Edgar Morin ajoute une quatri\u00e8me humiliation : celle selon laquelle la structure du langage et celle de la logique occidentale ne sont pas universelles, et ne sont peut-\u00eatre m\u00eame pas fondamentales. R\u00e9cemment, j&rsquo;entendais une \u00e9mission sur France Culture qui proposait l&rsquo;id\u00e9e que la quatri\u00e8me humiliation \u00e9tait le d\u00e9passement de l&rsquo;homme par la machine, notamment par la robotique. Allusion au transhumanisme, peut-\u00eatre, \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 domestique et industrielle qui s&rsquo;infiltre, sans doute. Face aux humiliations conjugu\u00e9es aux trois infinis teilhardiens et \u00e0 la contingence des al\u00e9as et tourbillons de l&rsquo;histoire et des existences individuelles, l&rsquo;ego en prend un coup. L&rsquo;ego personnel et l&rsquo;ego anthropocentrique des penseurs. Parfois, je lis ces prises de conscience de la contingence humaine dans le cadre de la nuit des sens et celle de l&rsquo;esprit, ramen\u00e9es \u00e0 l&rsquo;aventure humaine globale et \u00e0 l&rsquo;histoire de la pens\u00e9e. On pourrait gloser \u00e0 perte de vue sur ce point, surtout quand on voit le pr\u00e9tendu retour du religieux qui m&rsquo;appara\u00eet, dans la majorit\u00e9 des cas (pas toujours !), comme un r\u00e9flexe \u00e9gocentrique.<\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 est la sortie ? Y a-t-il une sortie ? J&rsquo;ai des id\u00e9es l\u00e0-dessus, et j&rsquo;essaierai de les partager, avec la faiblesse des papillons philosophes. En 1995, on m&rsquo;a propos\u00e9 une place de philosophe \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Catholique de Lyon. Nouvelle aventure&#8230; de l\u00e9pidosophe affranchi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838664\">Suite : un papillon ne doit pas s&rsquo;approcher du feu&#8230;<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CONTENU : butinages. Un l\u00e9pidosophe, comme son ma\u00eetre et conseiller papillon, vole o\u00f9 il veut, butine quand il veut et comme il veut&#8230; ou comme il le peut. Mais comme tout insecte ail\u00e9 fragile, il est soumis aux al\u00e9as de &hellip; <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838653\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1838653","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-philosophie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1838653","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1838653"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1838653\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1838685,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1838653\/revisions\/1838685"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1838653"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1838653"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1838653"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}