{"id":1838642,"date":"2024-05-31T09:54:28","date_gmt":"2024-05-31T09:54:28","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838642"},"modified":"2024-09-05T10:48:44","modified_gmt":"2024-09-05T10:48:44","slug":"quest-ce-quun-lepidosophe-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838642","title":{"rendered":"Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un l\u00e9pidosophe ? (3)"},"content":{"rendered":"\n<p><em>CONTENU : chrysalide dans le vent.<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>(1)<a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838630\"> Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un l\u00e9pidosophe ?<\/a><\/strong><\/li>\n\n\n\n<li><strong>(2) <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838637\">Chenille dans son cocon.<\/a><\/strong><\/li>\n\n\n\n<li><strong>(3) Chrysalide dans le vent. ICI<\/strong><\/li>\n\n\n\n<li><strong>(4) <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838653\">Butinages.<\/a><\/strong><\/li>\n\n\n\n<li><strong>(5) <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838664\">Un papillon ne doit pas s&rsquo;approcher du feu.<\/a><\/strong><\/li>\n\n\n\n<li><strong>(6) \u00a0<a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838673\">Papillon de nuit.<\/a> <\/strong><br><\/li>\n<\/ul>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"188\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/qumran-300x188.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2319\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/qumran-300x188.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/qumran-768x480.jpg 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/qumran.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>L&rsquo;exercice consiste, en bon papillon, \u00e0 expliquer comment un livre lu il y a plus de trente-cinq ans a orient\u00e9 et diversifi\u00e9 le butinage de ma r\u00e9flexion et certainement mes choix de vie, professionnels, politiques et intellectuels, sans l&rsquo;avoir sous la main. J&rsquo;\u00e9cris sur la terrasse de notre maison, et la paresse m&#8217;emp\u00eache d&rsquo;aller le rechercher dans la biblioth\u00e8que o\u00f9 il ne reste pourtant plus beaucoup de livres -j&rsquo;en ai distribu\u00e9 des centaines autour de moi, apr\u00e8s le <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?page_id=1405\">p\u00e8lerinage vers Santiago de Compostela<\/a>-. D&rsquo;autres livres m&rsquo;ont marqu\u00e9, mais \u00e0 l&rsquo;instant o\u00f9 j&rsquo;\u00e9cris et plus largement depuis plusieurs ann\u00e9es, je m&rsquo;interroge pour savoir quand est n\u00e9 le germe intellectuel du l\u00e9pidosophe. Auparavant, dans les ann\u00e9es 70 \u00e0 80, mon aspiration se concentrait sur la possibilit\u00e9 d&rsquo;approfondir l&rsquo;enthousiasmante vie spirituelle d\u00e9couverte \u00e0 la suite de mes ann\u00e9es de maladie&#8230; D&rsquo;o\u00f9 le d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9tudier la th\u00e9ologie, librement, ind\u00e9pendamment le plus possible de toute emprise institutionnelle d&rsquo;une \u00e9glise. Heureusement, cette d\u00e9marche \u00e9tait possible \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, avant le retour en arri\u00e8re cl\u00e9rical et traditionaliste, voire int\u00e9griste, de ces trois derni\u00e8res d\u00e9cennies dans l&rsquo;espace catholique. Durant deux ann\u00e9es entre 1978 et 1980, j&rsquo;ai v\u00e9cu une sorte d&rsquo;ensorcellement intellectuel d\u00fb \u00e0 deux magies parall\u00e8les : l&rsquo;une fut la d\u00e9couverte du monde biblique, de ses arcanes et de sa dynamique, l&rsquo;autre celle de la philosophie et de l&rsquo;esprit critique, dans un lieu, Fribourg, o\u00f9 tout \u00e9tait v\u00e9cu \u00e0 la fois en interface avec le monde contemporain et des personnes venues de toute la Plan\u00e8te (Afrique, Am\u00e9rique latine, Am\u00e9rique du Nord, Chine, Europe&#8230; et m\u00eame celle de l&rsquo;Est, puisque j&rsquo;avais une amie polonaise, ni\u00e8ce du G\u00e9n\u00e9ral Jaruzelski&#8230; dont elle ne partageait pas du tout les id\u00e9es et les actes).<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/bachelard-150x150.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2320\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Retour au livre. J&rsquo;ai le souvenir de l&rsquo;avoir d\u00e9pos\u00e9 sur ma table de nuit, lors d&rsquo;une retraite spirituelle dans un monast\u00e8re au fond des Ardennes belges. Un de mes amis j\u00e9suites, un de ceux qui \u00e9taient persuad\u00e9s de ma vocation intellectuelle, s&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la porte de ma chambre. Il est entr\u00e9, a aper\u00e7u le titre du livre, s&rsquo;est \u00e9merveill\u00e9 en criant \u00ab La Nouvelle Alliance ! \u00bb. Je lui ai alors expliqu\u00e9 que le titre ne signifiait pas qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un livre de th\u00e9ologie biblique ou de spiritualit\u00e9, mais d&rsquo;un ouvrage d&rsquo;histoire et de philosophie des sciences \u00e9crit par deux scientifiques agnostiques. L&rsquo;anecdote est plus importante qu&rsquo;on ne croit, puisque je n&rsquo;ai jamais \u00e9prouv\u00e9 de difficult\u00e9 morale \u00e0 lire des \u00e9crits d&rsquo;agnostiques ou d&rsquo;ath\u00e9es durant une retraite spirituelle. Peu de temps apr\u00e8s, alors que je passais le week-end dans une communaut\u00e9 charismatique catholique -class\u00e9e aujourd&rsquo;hui parmi les sectes, suite \u00e0 des scandales de p\u00e9dophilie et de manipulation mentale-, plusieurs membres m&rsquo;ont apostroph\u00e9 avec vigueur parce que je lisais \u00ab Le Nouvel Esprit Scientifique \u00bb de Gaston Bachelard. \u00ab C&rsquo;est un livre du Diable \u00bb, s&rsquo;\u00e9tait m\u00eame \u00e9cri\u00e9e une jeune dame, tout-\u00e0-fait charmante par ailleurs. Il n&rsquo;est pas s\u00fbr que le Diable soit l\u00e0 o\u00f9 certains l&rsquo;imaginent. Note pour ceux qui s&rsquo;inqui\u00e8tent : je venais dans cette communaut\u00e9 sectaire non par conviction, mais parce que j&rsquo;y avais un ami et qu&rsquo;il y avait un piano \u00e0 queue sur lequel je pouvais jouer tranquillement pendant des heures. Et puis, avouons-le, une secte est un lieu tr\u00e8s confortable quand on y est invit\u00e9 : plein de personnes s&rsquo;occupent du quotidien et comme handicap\u00e9, j&rsquo;avais droit \u00e0 de nombreux \u00e9gards. J&rsquo;y suis all\u00e9 trois ou quatre fois. De plus, j&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s religieux \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, non sans discernement toutefois (il faut me croire) et j&rsquo;estimais que rien de ce qui apparaissait sur cette Plan\u00e8te n&rsquo;\u00e9tait \u00e9tranger \u00e0 la mont\u00e9e de l&rsquo;Esprit. Aujourd&rsquo;hui, je suis plus r\u00e9serv\u00e9, ayant int\u00e9gr\u00e9 le \u00ab n\u00e9cessaire \u00bb combat de l&rsquo;Esprit pour arriver \u00e0 son actualisation. Hegel d&rsquo;une part, une m\u00e9ditation plus \u00e9paisse de la Bible d&rsquo;autre part, le regard sur les douleurs du monde enfin, sont pass\u00e9s par l\u00e0. J&rsquo;insiste sur \u00ab n\u00e9cessaire \u00bb : le combat n&rsquo;est pas accessoire, p\u00e9riph\u00e9rique ou arbitraire dans la gen\u00e8se de l&rsquo;Esprit. D&rsquo;ailleurs le Christianisme lui-m\u00eame repose sur un chemin de croix, l&rsquo;aventure biblique progresse par des luttes permanentes contre soi-m\u00eame et contre des obstacles externes. Bref l&rsquo;exp\u00e9rience spirituelle n&rsquo;est pas une belle fusion harmonique du beau, du bien et du bon, ni une mont\u00e9e lumineuse vers une sagesse indiff\u00e9rente.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon ami j\u00e9suite, lui, n&rsquo;a pas r\u00e9agi \u00e0 la mani\u00e8re des charismatiques. D&rsquo;ailleurs, quand je lui ai plus tard parl\u00e9 de la m\u00e9saventure de Bachelard, il avait \u00e9clat\u00e9 de rire. Les fils d&rsquo;Ignace de Loyola sont curieux et enthousiastes d\u00e8s qu&rsquo;il s&rsquo;agit de nouveaut\u00e9. Bref, tout cela est beaucoup plus compliqu\u00e9. La lutte, mais aussi la f\u00e9condation des contraires, appartiennent \u00e0 une forme d&rsquo;harmonie qui d\u00e9passe \u00e0 la fois nos entendements, nos raisons et nos exp\u00e9riences. Mais alors, et l\u00e0 je rejoins les magnifiques \u00ab M\u00e9ditations M\u00e9taphysiques \u00bb de Descartes, l&rsquo;harmonie \u00e9ventuelle du r\u00e9el doit int\u00e9grer en son sein un infini actuel&#8230; et non \u00eatre illusionn\u00e9e par l&rsquo;espoir d&rsquo;int\u00e9grer un monde clos, achev\u00e9, d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 un horizon temporel utopique ou de s&rsquo;effondrer dans une finitude absurde. Ce ne sont pas les mots de Descartes lui-m\u00eame, mais son esprit certainement. L&rsquo;infini actuel, et non seulement l&rsquo;infini potentiel : voici un des paradigmes cach\u00e9s de l&rsquo;ensemble de mes cogitations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"188\" height=\"300\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/nouvellealliance-188x300.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2321\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/nouvellealliance-188x300.png 188w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/nouvellealliance.png 290w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Bien. Revenons \u00e0 \u00ab La Nouvelle Alliance \u00bb. L&rsquo;essai est \u00e9crit \u00e0 deux, par une femme et par un homme. Ce fait est d\u00e9j\u00e0 remarquable. Collaboration et conjugaison. De grands trait\u00e9s philosophiques ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9s en commun, mais ce sont tr\u00e8s souvent des juxtapositions d&rsquo;id\u00e9es ou une coop\u00e9ration entre hommes, entre mecs, j&rsquo;entends. Les femmes philosophes sont rares, ou ont \u00e9t\u00e9 m\u00e9connues. Isabelle Stengers est \u00e0 la fois chimiste et philosophe, \u00e0 Bruxelles. Depuis \u00ab La Nouvelle Alliance \u00bb, elle a fait son chemin et je regrette qu&rsquo;elle ne soit pas plus connue alors que sa r\u00e9flexion et son activit\u00e9 sont notables. Cela dit, je l&rsquo;ai compl\u00e8tement perdue de vue au-del\u00e0 des ann\u00e9es 90. Sauf en 2003, o\u00f9 j&rsquo;ai eu la chance d&rsquo;\u00e9crire un livre sur le <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?page_id=1744\">temps et le d\u00e9veloppement soutenable<\/a>, en collaboration indirecte avec elle. Ilya Prigogine est physicien et chimiste et il a obtenu le Prix Nobel de Chimie pour ses recherches sur les \u00ab structures dissipatives \u00bb. Oh, c&rsquo;est quoi ce gros mot ? Il s&rsquo;agit de l&rsquo;apparition spontan\u00e9e de structures ordonn\u00e9es au sein d&rsquo;un flux chaotique ou d&rsquo;une agitation turbulente. Ce serait un peu long \u00e0 d\u00e9velopper ici, mais le lecteur s&rsquo;apercevra que l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;apparition de nouveaut\u00e9s au sein des turbulences est un de mes axes de recherche.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux \u00e9crivains interrogent la vision de Jacques Monod : l&rsquo;homme et plus largement la biosph\u00e8re seraient de purs produits du hasard dans un monde glac\u00e9. Un tzigane \u00e9gar\u00e9, selon ses propres mots. Monod est l&rsquo;h\u00e9ritier de la vision m\u00e9caniste des Dix-Septi\u00e8me et Dix-Huiti\u00e8me Si\u00e8cles selon laquelle toutes les r\u00e9alit\u00e9s de la nature peuvent \u00eatre ramen\u00e9es \u00e0 des lois d\u00e9terministes universelles et int\u00e9grables appliqu\u00e9es \u00e0 des syst\u00e8mes qu&rsquo;on peut d\u00e9composer en \u00e9l\u00e9ments simples. Les syst\u00e8mes organis\u00e9s et complexes ne peuvent donc \u00eatre que des compositions de corps simples, dont l&rsquo;apparition est le produit du Hasard, hypostasi\u00e9 avec un grand H. Prigogine et Stengers r\u00e9agissent, en s&rsquo;appuyant sur les travaux des th\u00e9oriciens du chaos et, plus lointains, sur les sciences de l&rsquo;\u00e9nergie. Au sein de la nature, il y a \u00ab naturellement&nbsp;\u00bb \u00e9mergence de syst\u00e8mes complexes qui s&rsquo;auto-organisent au rebours de l&rsquo;environnement simple. Le hasard n&rsquo;explique rien. L&rsquo;auto-organisation est inscrite dans le fonctionnement et la structure de la nature elle-m\u00eame. Sans forc\u00e9ment y inf\u00e9rer une finalit\u00e9, soyons clairs : Prigogine et Stengers sont agnostiques. Pas d&rsquo;Intelligent Design cach\u00e9. Puis ils relisent l&rsquo;histoire des sciences, surtout depuis la naissance de la science moderne, \u00e0 partir de ces malentendus corrig\u00e9s. La m\u00e9canique a oubli\u00e9 le temps, la dur\u00e9e, ou les ram\u00e8ne \u00e0 un param\u00e8tre d&rsquo;espace. Un espace math\u00e9matis\u00e9. Rien ne se cr\u00e9e dans le temps, illusion subjective, il ne fait que d\u00e9velopper les potentialit\u00e9s contenues dans l&rsquo;instant. Le sommet de la repr\u00e9sentation m\u00e9caniste est le D\u00e9mon de Laplace : un \u00eatre qui saurait, dans l&rsquo;instant, la position et la quantit\u00e9 de mouvement de tous les objets de l&rsquo;univers pourrait pr\u00e9voir tout l&rsquo;avenir et retrouver tout le pass\u00e9. Or, cette belle utopie s&rsquo;effondre avec l&rsquo;apparition des sciences de l&rsquo;\u00e9nergie et plus tard avec la physique quantique et les th\u00e9ories du chaos et de l&rsquo;information. Ilya Prigogine ajoute son grain de sel en gonflant son apport personnel&#8230; avec un peu d&rsquo;humilit\u00e9 toutefois, car il s&rsquo;appuie beaucoup sur les travaux d&rsquo;autres chercheurs. Le temps que la philosophie m\u00e9caniste avait voulu \u00e9liminer est revenu au c\u0153ur m\u00eame des sciences. Le temps cr\u00e9atif, au sens de Henri Bergson et d&rsquo;un auteur dont j&rsquo;ignorais l&rsquo;existence, le math\u00e9maticien Alfred North Whitehead.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"236\" height=\"300\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Escher-Balcon-236x300.jpg\" alt=\"Escher\" class=\"wp-image-2322\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Escher-Balcon-236x300.jpg 236w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Escher-Balcon.jpg 471w\" sizes=\"auto, (max-width: 236px) 100vw, 236px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Bref, Ilya Prigogine et Isabelle Stengers traversent l&rsquo;\u00e9poque m\u00e9caniste h\u00e9riti\u00e8re de Galil\u00e9e et Newton, puis le moment de la thermodynamique, de la biologie et de l&rsquo;apparition des th\u00e9ories de l&rsquo;\u00c9volution, la physique statistique, l&rsquo;av\u00e8nement de la science contemporaine, via Maxwell, Einstein, la relativit\u00e9, les quanta, et enfin les derni\u00e8res th\u00e9ories du chaos, de l&rsquo;information et des catastrophes de notre math\u00e9maticien fran\u00e7ais Mandelbrot. Au long de ce voyage, ils posent des questions autour des concepts de hasard, de l&rsquo;entropie, du temps de la vie et des structures qui remonte en sens inverse la d\u00e9rive vers la d\u00e9composition des syst\u00e8mes (second principe de la thermodynamique)&#8230; notamment l&rsquo;\u00c9volution naturelle. Ils affirment que la science ne d\u00e9senchante pas le monde, mais qu&rsquo;au contraire aujourd&rsquo;hui, elles le r\u00e9enchantent par la red\u00e9couverte de la prodigieuse inventivit\u00e9 du r\u00e9el. La r\u00e9alit\u00e9 est plus surprenante que la fiction et l&rsquo;humanit\u00e9 doit essayer de se r\u00e9concilier avec la nature dont elle s&rsquo;est s\u00e9par\u00e9e depuis l&rsquo;av\u00e8nement de la science moderne. C&rsquo;est la nouvelle alliance possible. Isabelle Stengers s&rsquo;engagera ensuite avec g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et mordant dans l&rsquo;\u00e9cologie, un des axes de cette r\u00e9conciliation, avec des r\u00e9f\u00e9rences scientifiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec le recul, je sens l&rsquo;influence tr\u00e8s forte des pens\u00e9es de Bergson et de Whitehead, comme je l&rsquo;ai \u00e9crit, et celles d&rsquo;autres auteurs qui vont m&rsquo;interroger \u00e0 leur tour. De fait, l&rsquo;ouvrage reprend le plan et en partie les th\u00e8ses de l&rsquo;essai de Whitehead \u00ab La Science et le Monde Moderne \u00bb, \u00e9crit cinquante ans avant environ. CAR&#8230; c&rsquo;est une des caract\u00e9ristiques les plus importantes de \u00ab La Nouvelle Alliance \u00bb : les deux auteurs n&rsquo;abordent pas l&rsquo;histoire des sciences sous l&rsquo;angle d&rsquo;un simple d\u00e9veloppement interne, comme le font les manuels scolaires, mais en conjonction avec les ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux et politiques, avec les courants philosophiques et religieux de l&rsquo;\u00e9poque&#8230; Bref, un vrai travail interdisciplinaire, une v\u00e9ritable \u0153uvre de l\u00e9pidosophe, dans la lign\u00e9e de Thomas Kuhn (voir plus loin). Science, soci\u00e9t\u00e9 et culture sont en interaction et non en juxtaposition parall\u00e8le. Lors de sa publication, l&rsquo;ouvrage surprend, puis il est assez critiqu\u00e9 par divers experts&nbsp;: d&rsquo;une part par les inconditionnels de Monod et les h\u00e9ritiers de l&rsquo;id\u00e9ologie m\u00e9caniste, d&rsquo;autre part par des philosophes sp\u00e9cialis\u00e9s qui le trouvent insuffisamment fouill\u00e9, enfin par des penseurs qui craignent, derri\u00e8re le r\u00e9enchantement de la nature, le retour au naturalisme. Ce dont se d\u00e9fendent avec force les deux \u00e9crivains au sein m\u00eame de leur \u00e9crit. Rappel : beaucoup de critiques n&rsquo;ont en g\u00e9n\u00e9ral pas lu le livre qu&rsquo;ils bl\u00e2ment, ou le lisent avec leurs pr\u00e9suppos\u00e9s. Stengers et Prigogine approfondissent leur r\u00e9flexion \u00e0 travers d&rsquo;autres essais que j&rsquo;ai tous lus, puis partent chacun dans leur direction, le scientifique se repliant sur son espace propre, la philosophe et chimiste s&rsquo;investissant de plus en plus dans le champ politique&#8230; notamment, vers l&rsquo;\u00e9cologie, l&rsquo;alter-mondialisme et l&rsquo;opposition \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie lib\u00e9rale, h\u00e9riti\u00e8re \u00e0 ses yeux de la philosophie m\u00e9caniste. Isabelle Stengers est aussi \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;une collection \u00ab Les Emp\u00eacheurs de penser en rond \u00bb. J&rsquo;ai lu quelques-uns de ses \u00e9crits, puis j&rsquo;ai perdu le fil, \u00e9tant parti vers d&rsquo;autres sph\u00e8res.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"169\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/2017-07-26-ColVert-chrysalide-300x169.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2323\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/2017-07-26-ColVert-chrysalide-300x169.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/2017-07-26-ColVert-chrysalide-768x432.jpg 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/2017-07-26-ColVert-chrysalide.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Il sera difficile de citer toutes les pistes de r\u00e9flexion que La Nouvelle Alliance m&rsquo;a invit\u00e9 \u00e0 explorer. Quand j&rsquo;y songe, cela me para\u00eet vertigineux, comme si la chenille ou la chrysalide \u00e9tait entra\u00een\u00e9e par je ne sais quel z\u00e9phyr au-dessus d&rsquo;un pr\u00e9cipice ouvrant sur de multiples vall\u00e9es et des plaines \u00e0 perte de vue. Je vais essayer d&rsquo;\u00eatre le plus exhaustif possible.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;abord la philosophie des sciences. Lorsque j&rsquo;\u00e9tais adolescent, avant de tomber malade, j&rsquo;ai expliqu\u00e9 \u00e0 un professeur de philosophie de Terminale que j&rsquo;adorais la m\u00e9taphysique. Mais maintenant, je ne puis imaginer qu&rsquo;on peut penser une m\u00e9taphysique sans un appui \u00e0 la fois d&rsquo;une part sur une solide cosmologie (au sens large du terme), d&rsquo;autre part sur une anthropologie ad\u00e9quate. J&rsquo;ai bouff\u00e9 d&rsquo;innombrables bouquins de ce qu&rsquo;on appelle en France l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie, c&rsquo;est-\u00e0-dire la philosophie des sciences (\u00e9tymologiquement philosophie de la connaissance). Je ne parle pas des manuels universitaires ou des ouvrages de vulgarisation. Parmi les plus profitables : Thomas Kuhn bien s\u00fbr, le th\u00e9oricien des paradigmes et des ruptures ; Jean Ladri\u00e8re, l&rsquo;analyste rigoureux du rapport entre les sciences et le sens ; Michel Serres, qui propose des approches alternatives du fondement des sciences ; Henri Atlan, le biologiste kabbaliste ; Popper, Feyerabend, Carnap, Wittgenstein, Mach, tous les penseurs, sobres ou bavards de l&rsquo;\u00c9cole de Vienne ; de grands scientifiques, Einstein, Heisenberg, Poincar\u00e9, Planck, De Broglie, G\u00f6del ; des historiens des sciences comme Alexandre Koyr\u00e9 ; des logiciens ; des th\u00e9oriciens du chaos, etc. J&rsquo;ai \u00e9pluch\u00e9 ligne \u00e0 ligne le gros pav\u00e9 de Jacques Merleau-Ponty (le cousin de Maurice) sur la Cosmologie (indiqu\u00e9 par Isabelle et Ilya) et quelques autres. Et surtout Edgar Morin et Whitehead. Waouh, effrayant ! Aujourd&rsquo;hui, je serais bien incapable d&rsquo;une telle goinfrerie.<\/p>\n\n\n\n<p>Edgar Morin, je l&rsquo;ai d\u00e9couvert en suivant un s\u00e9minaire sur la syst\u00e9mique et le structuralisme. Il venait de publier les deux premiers tomes de sa M\u00e9thode. Les ann\u00e9es suivantes, j&rsquo;ai suivi la sortie de tous les volumes de la M\u00e9thode, je les ai d\u00e9cortiqu\u00e9s et dans les ann\u00e9es 90, j&rsquo;ai m\u00eame eu l&rsquo;occasion de donner des cours sur elle. Pour anecdote, j&rsquo;ai le souvenir des yeux \u00e9carquill\u00e9s d&rsquo;un vieux monsieur de pr\u00e8s de 80 ans, \u00e9merveill\u00e9, criant devant tous les \u00e9tudiants que j&rsquo;\u00e9tais en train de remettre en question tout ce \u00e0 quoi il avait cru depuis son enfance. J&rsquo;avoue avoir eu un peu le m\u00eame sentiment lorsque l&rsquo;animateur du s\u00e9minaire sur la syst\u00e9mique avait donn\u00e9 les textes de Morin aux participants. Curieusement, le parcours politique d&rsquo;Edgar Morin accompagne un peu celui d&rsquo;Isabelle Stengers, en moins radical toutefois. Son humour l&rsquo;a certainement emp\u00each\u00e9 de se prendre trop au s\u00e9rieux. La M\u00e9thode de Morin m&rsquo;a bien servi dans mon parcours de l\u00e9pidosophe pour plus largement embrasser les multiples branches du savoir.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"183\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/principia-mathematica-300x183.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2324\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/principia-mathematica-300x183.png 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/principia-mathematica-768x469.png 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/principia-mathematica.png 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Et puis Whitehead. Alors l\u00e0, nous changeons de dimension. De la philosophie de haut vol. Je serais honn\u00eate en affirmant que je n&rsquo;ai pas lu toute son \u0153uvre \u00e0 cette \u00e9poque. Du reste, cela est impossible, car rien que le trait\u00e9 de math\u00e9matiques qu&rsquo;il a \u00e9crit en collaboration avec Bertrand Russell comporte des milliers de th\u00e9or\u00e8mes sur pr\u00e8s de 2000 pages. Mes points d&rsquo;appui \u00e9taient deux th\u00e8ses de doctorat sur sa pens\u00e9e, dont l&rsquo;une m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 offerte par un jeune philosophe qui est devenu un excellent professeur d&rsquo;universit\u00e9, et \u00ab La science et le monde moderne \u00bb qui m&rsquo;a aussi servi plus tard pour donner des cours en \u00e9cole d&rsquo;ing\u00e9nieurs. La cosmologie philosophique du math\u00e9maticien anglais a balay\u00e9 nombre de blocages li\u00e9s \u00e0 la fois \u00e0 l&#8217;empreinte religieuse de mon enfance, \u00e0 mes aspirations spirituelles, et par ailleurs, \u00e0 ces pens\u00e9es d&rsquo;intellectuels qui n&rsquo;ont pas de culture scientifique (je songe \u00e0 Sartre par exemple). De plus, la cosmologie et m\u00eame la ph\u00e9nom\u00e9nologie \u00e0 la limite de la m\u00e9taphysique de Whitehead a donn\u00e9 une armature philosophique \u00e0 la pens\u00e9e de Teilhard \u00e0 laquelle je suis rest\u00e9 fid\u00e8le&#8230; avec quelque distance soup\u00e7onneuse. La confrontation du grand j\u00e9suite aux sp\u00e9culations de la philosophie et de la th\u00e9ologie allemande, aux avanc\u00e9es des sciences et de la r\u00e9flexion \u00e9pist\u00e9mologique, est douloureuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces ann\u00e9es-l\u00e0, j&rsquo;ai \u00e9crit un m\u00e9moire interdisciplinaire de th\u00e9ologie fondamentale portant sur l&rsquo;interaction entre cr\u00e9ation et cosmologie, puis un DEA de philosophie de l&rsquo;existence, suivant sous un angle \u00e9pist\u00e9mologique les m\u00eames th\u00e8mes. J&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 une pens\u00e9e personnelle, certaine mais embrouill\u00e9e, mais je n&rsquo;osais pas l&rsquo;expliciter. En revanche, les pesantes montagnes des discours religieux autour du Salut commen\u00e7aient \u00e0 me fatiguer. Je ne d\u00e9sirais pas d&rsquo;abord \u00eatre sauv\u00e9, quoique si, quand m\u00eame un petit peu, je d\u00e9sirais surtout m&rsquo;ouvrir, m&rsquo;\u00e9merveiller, m&rsquo;extasier m\u00eame !<\/p>\n\n\n\n<p>Durant les ann\u00e9es 80 et 88, j&rsquo;ai pu mener par je ne sais quel miracle de multiples activit\u00e9s. Trois parcours universitaires diff\u00e9rents : une licence canonique de th\u00e9ologie, un parcours philosophique (obtenu aussi par des \u00e9quivalences) jusqu&rsquo;au DEA et une th\u00e8se que je n&rsquo;ai pas pu finir, une ma\u00eetrise de physique en plusieurs \u00e9tapes ; l&rsquo;animation de groupes interdisciplinaires au sein d&rsquo;un institut (qui m&rsquo;exploitait \u00e0 mon insu) ; une place d&rsquo;enseignant adjoint en fac de sciences et en \u00e9cole d&rsquo;ing\u00e9nieurs ; une participation \u00e0 un laboratoire de chimie-physique du CNRS o\u00f9 j&rsquo;avais mon bureau ; il faut ajouter \u00e0 cela l&rsquo;animation de sessions bibliques et philosophiques au sein d&rsquo;un centre spirituel tenu par les j\u00e9suites, au Hautmont, pr\u00e8s de Tourcoing, et en plusieurs autres lieux&#8230;. Je me suis mari\u00e9 et est arriv\u00e9e notre premi\u00e8re fille. La vie a pris le dessus sur les id\u00e9es. Comment ai-je pu pratiquer autant d&rsquo;activit\u00e9s en m\u00eame temps, alors que j&rsquo;\u00e9tais encore malade (plusieurs s\u00e9jours en h\u00f4pital et en maison de convalescence), que je tra\u00eenais mon handicap et combien d&rsquo;autres casseroles ? Myst\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Avouons-le, j&rsquo;\u00e9tais encore dans le cocon de l&rsquo;\u00c9glise Catholique, de par une pr\u00e9sence professionnelle au sein du Polytechnicum de Lille (Universit\u00e9 Catholique), dans des \u00e9coles d&rsquo;ing\u00e9nieurs et des facult\u00e9s qui en d\u00e9pendaient, m\u00eame si la formation en sciences physiques et en philosophie se d\u00e9roulaient ailleurs, en facult\u00e9 d&rsquo;\u00c9tat. L&rsquo;animation de groupes interdisciplinaires, en collaboration avec des math\u00e9maticiens, des chimistes, des sociologues, des philosophes, des \u00e9conomistes, des psychologues, d&rsquo;une part, le contact avec des \u00e9tudiants et des chercheurs sp\u00e9cialis\u00e9s d&rsquo;autre part, ont stimul\u00e9 ma recherche tous azimuts. Mon \u00e9pouse, infirmi\u00e8re, m&rsquo;apportait encore d&rsquo;autres angles de vue. Et je continuais inlassablement \u00e0 jouer du piano et \u00e9couter de multiples musiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-2325 size-medium\">\n<figure class=\"alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"242\" height=\"300\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/dansimmons-hyperion2-242x300.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2325\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/dansimmons-hyperion2-242x300.jpg 242w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/dansimmons-hyperion2.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 242px) 100vw, 242px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><span style=\"font-size: 8pt;\"><em><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Dan Simmons, l&rsquo;\u00e9veil d&rsquo;Endymion\u2026 <br>Le fleuve et la travers\u00e9e des portes <br><\/span><\/em><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Dans l&rsquo;essai d&rsquo;Ilya Prigogine et Isabelle Stengers, il y avait une porte qu&rsquo;ils avaient entrouverte dans laquelle je me suis engouffr\u00e9. Son franchissement m&rsquo;a entra\u00een\u00e9 dans une direction irr\u00e9versible l\u00e0 aussi. Les deux auteurs \u00e9voquaient un midrash du Talmud o\u00f9, semble-t-il, il \u00e9tait \u00e9crit que Elohim (le Dieu Cr\u00e9ateur du Panth\u00e9on juif) avait cr\u00e9\u00e9 trente-six mondes avant le n\u00f4tre et qu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient tous effondr\u00e9s. En cr\u00e9ant le n\u00f4tre, il s&rsquo;\u00e9tait \u00e9cri\u00e9 : \u00ab pourvu que celui-ci tienne ! \u00bb. En d&rsquo;autres termes, il s&rsquo;agissait d&rsquo;une mani\u00e8re de montrer que le risque (effondrement) \u00e9tait inscrit au c\u0153ur m\u00eame des choses, et que les repr\u00e9sentations scientifiques et philosophiques selon lesquelles tout est d\u00e9termin\u00e9 par des lois m\u00e9caniques \u00e9taient incompl\u00e8tes. L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une programmation divine n\u00e9cessaire (celle que revendiquait Leibniz par exemple) se heurte non seulement \u00e0 la possibilit\u00e9 d&rsquo;une libert\u00e9 qui s&rsquo;oppose au Cr\u00e9ateur (celle de l&rsquo;homme), mais encore \u00e0 celle d&rsquo;une incertitude inscrite dans l&rsquo;univers lui-m\u00eame. Dans les mouvements de la mati\u00e8re et de l&rsquo;\u00e9nergie, dans l&rsquo;\u00e9volution naturelle, dans le surgissement de structures ordonn\u00e9es dans le Cosmos. Partout. Bref, le r\u00e9el est cr\u00e9\u00e9 sous le signe de l&rsquo;effondrement possible, comme cela est arriv\u00e9 pour les trente-six mondes pr\u00e9c\u00e9dents, selon le mythe talmudique. Alternatives aux visions d&rsquo;une providence bienveillante ou d&rsquo;un destin implacable et anonyme que la philosophie m\u00e9caniste a hypertrophi\u00e9es. \u00ab Et pourtant, il tient ! \u00bb. Je ne peux, ici, d\u00e9velopper toutes les recherches auxquelles la remarque de Prigogine et Stengers m&rsquo;ont conduit. En plus des interrogations sur les pr\u00e9suppos\u00e9s des sciences et de sa transmission acad\u00e9mique, j&rsquo;ai relu diff\u00e9remment l&rsquo;histoire dramatique des hommes, notamment la r\u00e9flexion juive sur la Shoah et sur l&rsquo;Exil, le d\u00e9veloppement philosophique, l&rsquo;aventure technique et les al\u00e9as politiques et sociaux, et les certitudes de la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne&#8230; et m\u00eame simplement notre propre aventure personnelle. Tout cela n&rsquo;est pas venu tout de suite, mais progressivement.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1988, j&rsquo;ai quitt\u00e9 l&rsquo;Universit\u00e9 Catholique de Lille, \u00e0 la suite de la d\u00e9couverte qu&rsquo;on me payait moins, sous pr\u00e9texte que j&rsquo;\u00e9tais handicap\u00e9 physique et que je recevais des aides sociales par ailleurs. De plus, mes conditions de travail \u00e9taient insupportables, puisque je travaillais, comme l\u00e9pidosophe non conscient, dans de multiples instituts non coordonn\u00e9s entre eux, o\u00f9 chacun tirait la ficelle \u00e0 soi et me faisait signer des contrats bancals. Un professeur d&rsquo;universit\u00e9 ou un chercheur ont des horaires tranquilles, pour des salaires importants, tandis que l&rsquo;on me traitait comme un domestique avec des salaires de mis\u00e8re (note : je n&rsquo;\u00e9tais pas le seul, mais l&rsquo;aspect handicap\u00e9 \u00e9tait grossier). Grosse d\u00e9sillusion, notamment \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des structures cl\u00e9ricales et hi\u00e9rarchiques qui profitaient de ma faiblesse et qui pistonnaient leurs proches. Paradoxalement, c&rsquo;est une religieuse, membre active de la CFDT, qui m&rsquo;a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l&rsquo;absurde situation professionnelle dans laquelle j&rsquo;\u00e9tais enferm\u00e9. J&rsquo;ai pris conscience que je n&rsquo;appartenais \u00e0 aucune faction, \u00e0 aucun r\u00e9seau, et plus largement \u00e0 aucun pays. Mon \u00e9pouse et moi, nous sommes descendus vers le Midi, vers la R\u00e9gion Rh\u00f4ne-Alpes, o\u00f9 nous avons mis au monde nos autres enfants. Apr\u00e8s une ann\u00e9e d&rsquo;enseignement dans un lyc\u00e9e technique, je suis parti \u00e0 la rencontre d&rsquo;autres univers.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838653\"><strong>Suite : butinages<\/strong><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CONTENU : chrysalide dans le vent. L&rsquo;exercice consiste, en bon papillon, \u00e0 expliquer comment un livre lu il y a plus de trente-cinq ans a orient\u00e9 et diversifi\u00e9 le butinage de ma r\u00e9flexion et certainement mes choix de vie, professionnels, &hellip; <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838642\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1838642","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-philosophie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1838642","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1838642"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1838642\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1838687,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1838642\/revisions\/1838687"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1838642"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1838642"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1838642"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}