{"id":1838637,"date":"2024-05-31T09:45:28","date_gmt":"2024-05-31T09:45:28","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838637"},"modified":"2024-09-05T10:48:22","modified_gmt":"2024-09-05T10:48:22","slug":"quest-ce-quun-lepidosophe-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838637","title":{"rendered":"Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un l\u00e9pidosophe ? (2)"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>CONTENU : chenille dans son cocon.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>(1)<a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838630\"> Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un l\u00e9pidosophe ?<\/a><\/strong><\/li>\n\n\n\n<li><strong>(2) Chenille dans son cocon. ICI<\/strong><\/li>\n\n\n\n<li><strong>(3) <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838642\">Chrysalide dans le vent.<\/a><\/strong><\/li>\n\n\n\n<li><strong>(4) <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838653\">Butinages.<\/a><\/strong><\/li>\n\n\n\n<li><strong>(5) <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838664\">Un papillon ne doit pas s&rsquo;approcher du feu.<\/a><\/strong><\/li>\n\n\n\n<li><strong>(6) <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838673\">Papillon de nuit<\/a><\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Pour introduire la suite, voici les \u00e9v\u00e9nements qui ont conduit \u00e0 la sortie d\u00e9finitive de la chrysalide, c&rsquo;est-\u00e0-dire la d\u00e9couverte objective de ma l\u00e9pidosophie, auparavant inconsciente. S&rsquo;il y a sortie, il y a eu entr\u00e9e : elle sera cont\u00e9e ensuite. La sortie s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e dans un centre de r\u00e9flexion catholique, de niveau universitaire. Le coll\u00e8gue \u00e9voqu\u00e9 dans l&rsquo;article pr\u00e9c\u00e9dent, qui se proclamait chef et confondait peut-\u00eatre la direction d&rsquo;une institution avec la direction de conscience, m&rsquo;a affirm\u00e9, autour d&rsquo;une tasse de caf\u00e9, que j&rsquo;\u00e9tais une personne superficielle qui papillonnait. Je n&rsquo;ai alors pas su lui expliquer que ma vie a consist\u00e9 \u00e0 travailler sur des territoires interdisciplinaires, c&rsquo;est-\u00e0-dire essayer de b\u00e2tir des portes, des fen\u00eatres et des ponts, l\u00e0 o\u00f9 la sp\u00e9cialisation construit des murs et creuse des foss\u00e9s. Pas seulement interdisciplinaires du reste, car j&rsquo;ai \u00e9galement tent\u00e9 d&rsquo;\u00e9tablir des liens entre des milieux professionnels et sociaux qui s&rsquo;ignorent et parfois s&rsquo;invectivent. L&rsquo;exemple le plus r\u00e9v\u00e9lateur est celui du rapport entre entreprises et \u00e9coles.&nbsp; Le m\u00e9pris et la m\u00e9fiance restent ancr\u00e9s dans les mentalit\u00e9s : les fili\u00e8res dites techniques ou professionnelles sont d\u00e9consid\u00e9r\u00e9es, que ce soit du c\u00f4t\u00e9 enseignant que du c\u00f4t\u00e9 des parents, au profit des formations nobles, c&rsquo;est-\u00e0-dire culturelles, intellectuelles et ind\u00e9pendantes des flux marchands. Les espaces sont distincts.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-2288 size-medium\">\n<figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"214\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Pechiney-StJeandeM-300x214.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2288\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Pechiney-StJeandeM-300x214.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Pechiney-StJeandeM-768x549.jpg 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Pechiney-StJeandeM.jpg 826w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><span style=\"font-size: 8pt;\"><em><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Usine P\u00e9chiney de Saint-Jean-de-Maurienne (que c&rsquo;est sale et polluant ! n&rsquo;est-ce pas ?)<br><\/span><\/em><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Un enseignant d\u00e9pose ses \u00e9l\u00e8ves \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;usine P\u00e9chiney pour une visite que je proposais, comme s&rsquo;il les abandonnait \u00e0 la perdition ou sortait ses poubelles, puis s&rsquo;en retourne chez lui pour s&rsquo;\u00e9lever aux choses de la pens\u00e9e. Un inspecteur de l&rsquo;\u00c9ducation Nationale me parle de prostitution quand il \u00e9voque les tentatives de lien entre l&rsquo;\u00e9cole et l&rsquo;entreprise. Au niveau sup\u00e9rieur, il existe des relations, surtout entre les \u00e9coles d&rsquo;ing\u00e9nieurs et les entreprises. Mais on reste entre \u00e9lites. L&rsquo;Universit\u00e9 a bien plus de difficult\u00e9. Le d\u00e9dain est r\u00e9ciproque. Une cheffe d&rsquo;entreprise m&rsquo;explique que les intellectuels et les universitaires sont des r\u00eaveurs&#8230; et ne parlons pas des philosophes, sociologues ou autres sp\u00e9cialistes des sciences humaines : des inutiles. J&rsquo;ai travaill\u00e9 dans les ann\u00e9es 80 dans le cadre d&rsquo;un groupe interdisciplinaire un ouvrage de Pierre Thuillier qui analysait avec humour le gradient et les pr\u00e9jug\u00e9s qui vont du th\u00e9oricien au praticien, de l&rsquo;universitaire \u00e0 l&rsquo;industriel, en fonction de leur position par rapport aux autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Petite incise importante : dans les sciences physiques, il n&rsquo;y a pas de distinction entre immobilit\u00e9 et mouvement uniforme d&rsquo;un corps ou d&rsquo;un syst\u00e8me. Les anciens grecs et les philosophes m\u00e9di\u00e9vaux se sont tromp\u00e9s en distinguant stabilit\u00e9 et mouvement, et en discriminant les syst\u00e8mes statiques des syst\u00e8mes du mouvement. La vraie distinction se situe entre mouvement et changement de mouvement. Les syst\u00e8mes stables ne sont qu&rsquo;une forme particuli\u00e8re de l&rsquo;ensemble des mouvements dits uniformes, celle o\u00f9 la vitesse est nulle. Toutes les r\u00e9alit\u00e9s naturelles sont en mouvement relatif les unes par rapport aux autres. J&rsquo;\u00e9largis. L&rsquo;ensemble des mouvements uniformes, appelons-les cin\u00e9matiques, concerne des d\u00e9placements, d\u00e9formations ou transformations internes ind\u00e9pendamment de toute interaction ext\u00e9rieure. Le changement de mouvement, lui, fait intervenir une action ext\u00e9rieure, et donc int\u00e8gre l&rsquo;interface entre le syst\u00e8me et son environnement. C&rsquo;est la dynamique. Il correspond \u00e0 la seule vraie r\u00e9alit\u00e9 naturelle, car tous les \u00eatres sont en interaction dynamique. L&rsquo;apparence de mouvement uniforme ou la stabilit\u00e9 d&rsquo;un syst\u00e8me ne sont dues qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre des actions ext\u00e9rieures qui s&rsquo;exercent sur lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Analogie avec le monde des id\u00e9es et des sciences. Dans le d\u00e9veloppement d&rsquo;un savoir, il y a deux fils qui devraient s&rsquo;entre-tisser. L&rsquo;un concerne le mouvement interne et logique de la science : analogiquement, il correspond au mouvement uniforme, cin\u00e9matique, il actualise les possibilit\u00e9s internes de la science. C&rsquo;est tout. Le d\u00e9veloppement en soi d&rsquo;une science qui s&rsquo;imagine ind\u00e9pendante des interfaces avec d&rsquo;autres savoirs, est une illusion. Illusion due \u00e0 l&rsquo;abstraction, c&rsquo;est-\u00e0-dire la rupture avec la r\u00e9alit\u00e9 complexe. L&rsquo;autre fil, dynamique, concerne l&rsquo;interface de ce savoir avec d&rsquo;autres savoirs, tant au plan de la forme que du contenu. Comme dans la nature, il est plus r\u00e9el que l&rsquo;autre. Les vraies \u00e9volutions, transformations, m\u00e9tamorphoses d&rsquo;une science, d&rsquo;une philosophie sont li\u00e9es aux influences et impacts des autres savoirs sur elles. Et r\u00e9ciproquement. Malheureusement, le savoir a \u00e9t\u00e9 d\u00e9coup\u00e9 en morceaux et les interfaces entre savoirs sont discr\u00e9dit\u00e9es -et non soutenues \u00e9conomiquement et politiquement parlant-. \u00c9largissons encore. L&rsquo;id\u00e9e de progr\u00e8s, de croissance et d&rsquo;\u00e9volution d&rsquo;un syst\u00e8me, d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9, d&rsquo;une civilisation, peut par cons\u00e9quent n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;une illusion, en tant que simple d\u00e9veloppement des potentialit\u00e9s contenues en interne. Elle n&rsquo;est pas essentiellement diff\u00e9rente de la stabilit\u00e9, de l&rsquo;immobilisme. Le vrai progr\u00e8s est celui qui se donne les moyens de changer de mouvement, de se laisser perturber par l&rsquo;environnement, de se r\u00e9orienter. Ainsi il est dynamique&#8230; \u00e9cologique et plus r\u00e9el, car les \u00e9cosyst\u00e8mes se d\u00e9veloppent et se ramifient dans leurs interactions mutuelles.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"213\" height=\"255\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/strat\u00e8ge-romain.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2289\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Une de mes convictions est que si diviser, c&rsquo;est r\u00e9gner, comme le pensaient les strat\u00e8ges romains, diviser et s\u00e9parer, c&rsquo;est aussi tuer. La dissection ne peut se pratiquer que sur un corps mort. L&rsquo;hyper-sp\u00e9cialisation, n\u00e9cessaire et efficace pour analyser les objets inertes, les soci\u00e9t\u00e9s \u00e9teintes, les id\u00e9es et les sciences pass\u00e9es, est mortif\u00e8re d\u00e8s qu&rsquo;elle atteint l&rsquo;actualit\u00e9, le vivant et les \u00e9cosyst\u00e8mes naturels, sociaux et id\u00e9aux. Le fameux adage philosophique selon lequel il faut distinguer avant de r\u00e9unir est juste jusqu&rsquo;\u00e0 une certaine limite. Quelle limite ? Justement celle de conna\u00eetre ses limites, de se laisser questionner par elles, d&rsquo;agir sur elles et donc d&rsquo;\u00e9toffer son interface vivante avec d&rsquo;autres domaines, avec d&rsquo;autres disciplines, avec le vivant. Or les interfaces et les interactions sont absentes ou maltrait\u00e9es dans les grandes institutions universitaires et scolaires. La r\u00e9flexion \u00e0 mon sujet du coll\u00e8gue, jeune, et chef provisoire de l&rsquo;institut, qui m&rsquo;a dit que je papillonnais, \u00e9tait compr\u00e9hensible puisqu&rsquo;il repr\u00e9sentait une institution et un savoir morts. Une science qui s&rsquo;auto-d\u00e9veloppe ind\u00e9pendamment des autres sciences est comme un astre isol\u00e9 dans l&rsquo;espace infini, mille excuses de me r\u00e9p\u00e9ter. Il se perd et se d\u00e9compose. Pour prendre l&rsquo;exemple de la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne que j&rsquo;ai beaucoup pratiqu\u00e9e, une grande partie se meurt ou est morte parce qu&rsquo;elle s&rsquo;est imagin\u00e9e ind\u00e9pendante des autres savoirs et des autres exp\u00e9riences.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"152\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/tintinhaddock-espace-300x152.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2290\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/tintinhaddock-espace-300x152.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/tintinhaddock-espace.jpg 590w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Le directeur de l&rsquo;institut avait raison d&rsquo;un certain point de vue, il est impossible de survoler tous les savoirs et a fortiori de toutes les interfaces entre ces savoirs. Les humanistes de la Renaissance \u00e9taient les derniers \u00e0 pr\u00e9tendre tout conna\u00eetre. Et encore ! Dans mon d\u00e9partement de recherche, je devais me concentrer sur un seul domaine, \u00eatre sp\u00e9cialiste donc&#8230; et par cons\u00e9quent me perdre et me d\u00e9composer dans l&rsquo;abstraction comme l&rsquo;astre solitaire dans l&rsquo;espace infini. Impossibilit\u00e9 de ma part, au vu de ma triple formation (sciences physiques, th\u00e9ologie chr\u00e9tienne et philosophie) et de mon c\u00f4t\u00e9 m\u00e9lomane. Voil\u00e0 pourquoi je me suis retrouv\u00e9 et reconnu l\u00e9pidosophe, un papillon philosophique et multicolore qui butine les fleurs et les fruits. Voil\u00e0 pourquoi et comment j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 que je n&rsquo;avais pas ma place dans les milieux universitaires, au milieu de grands experts. La structure universitaire o\u00f9 je travaillais d\u00e9pendait de l&rsquo;\u00c9glise Catholique, une institution qui aime bien classifier (donc cloisonner), dogmatiser (donc figer) et hi\u00e9rarchiser (donc ordonner)&#8230; donc se couper du r\u00e9el, s&rsquo;\u00e9loigner de la v\u00e9rit\u00e9. H\u00e9riti\u00e8re du monde romain, elle aime contr\u00f4ler. On est loin du vivant. Le papillon a pris son envol, un peu douloureusement au d\u00e9part. Le vol est de plus en plus libre et de plus en plus vari\u00e9. Je suis parti d&rsquo;un monde de mort. Laissons les morts enterrer les morts, disait un c\u00e9l\u00e8bre marcheur de Palestine. Marcher sur le Camino de Santiago a permis de retrouver la vie, la nature et l&rsquo;existence.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"166\" height=\"300\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/placehandicap\u00e9-166x300.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2291\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/placehandicap\u00e9-166x300.png 166w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/placehandicap\u00e9.png 332w\" sizes=\"auto, (max-width: 166px) 100vw, 166px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Un mot de plus sur le papillon. Il existe de nombreux symbolismes autour du papillon, depuis les plus m\u00e9taphysiques, tel l&rsquo;esprit qui se lib\u00e8re de son cocon conceptuel, jusqu&rsquo;aux plus concrets, telle la contravention pour ceux qui se garent sur les places de parking handicap\u00e9es, alors qu&rsquo;ils n&rsquo;en ont pas le droit. Rappelons seulement que le papillon a une vie \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, qu&rsquo;il est le r\u00e9sultat de la m\u00e9tamorphose qui le fait quitter l&rsquo;\u00e9tat de chenille, qu&rsquo;il n&rsquo;a ni reine, comme les abeilles, ni nid, comme les oiseaux. Le philosophe papillon sait donc que sa vie individuelle est courte, il conna\u00eet \u00e9galement l&rsquo;exp\u00e9rience de la m\u00e9tamorphose et notamment il a connu une certaine mort, il est libre mais il n&rsquo;est nulle part chez soi, sinon dans le monde. Pas de confort, intellectuel du moins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s cette incompl\u00e8te approche d&rsquo;une d\u00e9finition de la l\u00e9pidosophie, voici l&rsquo;autre fil, plus existentiel. D\u00e9finir, c&rsquo;est risquer de figer. Et figer, c&rsquo;est mourir. Toute r\u00e9alit\u00e9 dans le r\u00e9el, toute notion ou intuition dans l&rsquo;id\u00e9al, pour reprendre des cat\u00e9gories qui ne me plaisent pas trop (r\u00e9el et id\u00e9al), est situ\u00e9e et mobile dans un environnement, dans un contexte. Il se m\u00e9tamorphose en fonction de la perspective o\u00f9 il est plac\u00e9 et de l&rsquo;\u00e9volution en lui et autour de lui. Il se transforme ou change de teinte, de forme, de rayonnement dans l&rsquo;espace et dans le temps. La d\u00e9finition est une action qui inscrit le concept dans l&rsquo;espace des id\u00e9es. L&rsquo;apparent mouvement et la temporalit\u00e9 des id\u00e9es d\u00e9finies ne sont que succession discr\u00e8te -discontinue- de repr\u00e9sentations, donc d&rsquo;espaces immobiles. Quand un philosophe commence par demander de quoi on parle dans une conversation, il a tort s&rsquo;il d\u00e9sire une d\u00e9finition d\u00e9finitive -jeu de mot important-, il a raison quand &nbsp;il cherche un point d&rsquo;accrochage pour suivre l&rsquo;\u00e9volution d&rsquo;une pens\u00e9e. Notre monde r\u00e9el est spatial et temporel, celui des id\u00e9es aussi. Tout le danger des doctrines et des id\u00e9ologies est l\u00e0&nbsp;: l&rsquo;oubli du temps, sa r\u00e9duction \u00e0 une successions d&rsquo;espaces ou au d\u00e9veloppement des potentialit\u00e9s internes.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;autre fil est celui de mon itin\u00e9raire de l\u00e9pidosophe, sachant, au risque de me r\u00e9p\u00e9ter, que ma trajectoire se d\u00e9crit toujours dans un flux \u00e9volutif o\u00f9 je me transforme et o\u00f9 le milieu se transforme. Ma m\u00e9moire se troublera, puisque je ne suis pas tr\u00e8s s\u00fbr de certaines propositions ou des dates de mes d\u00e9couvertes. Chacun sait toutefois que tout expos\u00e9, tout essai, toute aventure, est envelopp\u00e9e d&rsquo;une zone d&rsquo;incertitude. Les certitudes ou convictions d&rsquo;un instant correspondent aux pauses et aux h\u00e9bergements du voyage. Une photographie. Elles sont n\u00e9cessaires \u00e0 tel moment, dans telle circonstance, face \u00e0 telle figure, mais elles peuvent devenir des freins si elles s&rsquo;immobilisent. Les lieux d&rsquo;incertitude sont les lieux o\u00f9 peuvent survenir les vraies cr\u00e9ations.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai v\u00e9cu dans une famille profond\u00e9ment anti-philosophique. Toute allusion \u00e0 une quelconque r\u00e9flexion philosophique \u00e9tait objet de moquerie et de d\u00e9rision. Mes parents ont impr\u00e9gn\u00e9 ma nombreuse fratrie d&rsquo;une tradition catholique sans questionnement, comme cela se pratiquait dans nombre de milieux jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es 70 du si\u00e8cle dernier. Pour \u00eatre franc, la dimension spirituelle \u00e9tait loin d&rsquo;\u00eatre absente, au sens o\u00f9 la pri\u00e8re avait une signification plus vaste que le simple rituel, semble-t-il. Mes souvenirs sont flous, mais sans doute pas si faux. De th\u00e9ologie ou d&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se biblique, en revanche, rien. Dans nos jeux d&rsquo;enfance o\u00f9 on se pla\u00eet \u00e0 hi\u00e9rarchiser, le Pape \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme le souverain des nations bien au-del\u00e0 de l&rsquo;ordre eccl\u00e9sial sans que cela ne nous \u00e9tonne. Ma m\u00e8re a fait sa r\u00e9volte soixante-huitarde, f\u00e9ministe, avant m\u00eame Mai 68. Elle osa remettre en question des certitudes et des habitudes non exemptes de convenance sociale. Son indignation a fini par gagner toute la famille, et cr\u00e9er une bifurcation selon deux axes contraires : ceux qui se sont durci dans un catholicisme classique et peu contestataire, ceux qui n&rsquo;ont plus voulu entendre parler de religion. Moi-m\u00eame, je me suis trouv\u00e9 coinc\u00e9 entre l&rsquo;aspiration \u00ab spirituelle \u00bb et l&rsquo;attirance vers la modernit\u00e9 (dont j&rsquo;ignorais toute la signification).<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-2292\">\n<figure class=\"alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"245\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/savant-cosinus-300x245.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-2292\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 8pt;\"><em>Le savant cosinus, BD familiale de base\u2026<\/em><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>L&rsquo;ambiance familiale \u00e9tait aussi tr\u00e8s scientifique ou plus exactement math\u00e9matique, selon une \u00e9trange hi\u00e9rarchie qui faisait que plus les sciences \u00e9taient proches de la logique et des math\u00e9matiques, plus elles avaient des chances d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme s\u00e9rieuses. Sciences physiques et sciences de l&rsquo;ing\u00e9nieur \u00e9taient au-dessus, psychologie ou sociologie en bas. L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une herm\u00e9neutique \u00e9tait compl\u00e8tement absente. Mon p\u00e8re avait m\u00eame promis, non sans quelque ironie, une r\u00e9compense \u00e0 celui qui serait premier en histoire. Quand cela m&rsquo;est arriv\u00e9 au niveau du lyc\u00e9e, il a oubli\u00e9 sa promesse. Les math\u00e9matiques \u00e9taient v\u00e9cues comme un jeu. Cependant moi-m\u00eame, ayant suivi des \u00e9tudes de physique et de chimie plus tard, je suis reconnaissant \u00e0 ma famille du fait qu&rsquo;une culture scientifique inf\u00e8re de la pr\u00e9caution intellectuelle vis \u00e0 vis des bavards. Quand je croise des personnes qui s&#8217;emballent autour du mouvement perp\u00e9tuel, de la m\u00e9moire de l&rsquo;eau ou de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une information qui circule plus vite que la lumi\u00e8re, je montre assez vite ma r\u00e9serve. Lorsque je discute avec des apprentis philosophes ou politiques qui extrapolent de grandes id\u00e9es g\u00e9n\u00e9reuses sans la pr\u00e9caution de la confrontation aux sciences, j&rsquo;essaie de nuancer. J&rsquo;ai \u00e9galement travaill\u00e9 dans et pour des entreprises de haute technologie (A\u00e9rospatiale, Schneider Electric, Elf et m\u00eame vacataire au CNRS), insuffisamment pour y faire carri\u00e8re, mais suffisamment pour respecter et appr\u00e9cier la coh\u00e9rence professionnelle, morale et mentale des scientifiques et des chercheurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Seulement, avant tout cela, \u00e0 17 ans, je suis tomb\u00e9 tr\u00e8s gravement malade. Une RCH, rectocolite ulc\u00e9ro-h\u00e9morragique, dans une forme aigu\u00eb, puis chronique. C&rsquo;est une maladie \u00e9puisante et humiliante (diarrh\u00e9es et h\u00e9morragies impr\u00e9visibles, fatigues immenses), et surtout syst\u00e9mique : tout l&rsquo;organisme est atteint, syst\u00e8me digestif bien s\u00fbr, mais aussi syst\u00e8me nerveux, musculaire, etc. Douleurs rhumatismales, sciatiques, affections diverses dans les organes et les membres. Psychologiquement, la d\u00e9pression, la peur, l&rsquo;angoisse m\u00eame, enveloppent les \u00e9tats d&rsquo;esprit. Aujourd&rsquo;hui, je lis la RCH comme une maladie d&rsquo;auto-destruction (le corps ne veut plus vivre) et civilisationnel (l&rsquo;environnement social et naturel est inadapt\u00e9, voire v\u00e9cu comme agressif). Souvent je songe que la RCH est une pathologie parall\u00e8le au suicide qui lui, est plus explicite. Puisque l&rsquo;esprit s&rsquo;interdit de se priver d&rsquo;existence, alors le corps r\u00e9agit \u00e0 sa place. Ce que je raconte ici est important, car il est certainement une des sources de ma vision globale de l\u00e9pidosophe et du d\u00e9sir de b\u00e2tir des ponts au-dessus des foss\u00e9s et d&rsquo;ouvrir des portes et des fen\u00eatres dans les cloisons. L\u00e0 dessus, s&rsquo;est greff\u00e9e, tandis que j&rsquo;\u00e9tais hospitalis\u00e9 depuis plusieurs mois, une erreur m\u00e9dicale (erreur de m\u00e9dication exactement) qui a conduit \u00e0 une coagulation du sang dans les art\u00e8res, \u00e0 des thromboses. Une gangr\u00e8ne s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 la jambe droite. Deux amputations successives \u00e0 huit mois d&rsquo;intervalle ont \u00e9t\u00e9 suivies de longues ann\u00e9es d&rsquo;hospitalisation, de convalescence, de r\u00e9\u00e9ducation. L&rsquo;\u00e9preuve et l&rsquo;infirmit\u00e9 m&rsquo;ont conduit \u00e0 exp\u00e9rimenter, consciemment parfois, \u00ab \u00e0 l&rsquo;insu de mon plein gr\u00e9 \u00bb la plupart du temps, ce qu&rsquo;un handicap physique et organique induit de handicaps affectifs, nerveux, puis sociaux et professionnels.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma sant\u00e9 a commenc\u00e9 \u00e0 s&rsquo;am\u00e9liorer apr\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de quarante ans, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;amour de mon \u00e9pouse, la responsabilit\u00e9 affective \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des enfants qui nous le rendaient bien, gr\u00e2ce aussi \u00e0 la musique, gr\u00e2ce \u00e0 la pri\u00e8re et la m\u00e9ditation&#8230; et certainement gr\u00e2ce \u00e0 la boulimie intellectuelle de l\u00e9pidosophe qui s&rsquo;en est suivi. C&rsquo;est d&rsquo;elle dont je vais parler maintenant. Paradoxalement aujourd&rsquo;hui, pass\u00e9 soixante ans, la sant\u00e9 est meilleure qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de vingt ans, mis \u00e0 part les soucis naturels d&rsquo;un senior. Je me suis affranchi de presque tous les m\u00e9dicaments et j&rsquo;estime que la sant\u00e9 d\u00e9pend autant de soi et de la connaissance de soi, que de pastilles et de breuvages plus ou moins li\u00e9s \u00e0 des lobbys pharmaceutiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 quand remonte ma vocation de l\u00e9pidosophe ? Vers l&rsquo;\u00e2ge de vingt ans, j&rsquo;\u00e9tais tellement anti-philosophique et en m\u00eame temps avide de spiritualit\u00e9 que je me souviens avoir eu, avec un ami dominicain, une discussion selon laquelle je soutenais qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas besoin de faire de la philosophie pour \u00eatre religieux. Cette position, naturellement, je la nuance beaucoup aujourd&rsquo;hui, vu le nombre d&rsquo;adeptes de religions, born\u00e9s ou ent\u00eat\u00e9s, que je croise. Si je la cite, c&rsquo;est que cette conversation m&rsquo;a sans doute marqu\u00e9. Cet ami me respectait, il m&rsquo;admirait m\u00eame, m&rsquo;avait-il confi\u00e9, suite \u00e0 ce que j&rsquo;avais encaiss\u00e9 durant mes ann\u00e9es de gal\u00e8re. Plus tard, il a quitt\u00e9 les Dominicains, il s&rsquo;est mari\u00e9, a eu des enfants, et je l&rsquo;ai perdu de vue. Ce rejet intime de l&rsquo;objet philosophique cachait un d\u00e9sir que j&rsquo;ignorais intellectuellement, mais que je pressentais.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright\"><a href=\"https:\/\/teilhard.nicolasderauglaudre.net\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"237\" height=\"210\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/cdrom_teilhard_petit.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2293\"\/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><span style=\"font-size: 8pt; font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><em>Le CDROM que j&rsquo;ai cr\u00e9\u00e9 en 2004<br>(cliquer pour en savoir plus)<br><\/em><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Bon, j&rsquo;essaie de faire travailler la m\u00e9moire. Elle est perturb\u00e9e par ces ann\u00e9es de maladie o\u00f9 tout est flou dans la t\u00eate. Durant ce temps pathologique, deux auteurs m&rsquo;ont marqu\u00e9. Le premier, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme un philosophe chr\u00e9tien et il avait m\u00eame sa place dans les manuels de l&rsquo;\u00c9ducation Nationale. Disparu aujourd&rsquo;hui. Il s&rsquo;agit de <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1884\">Pierre Teilhard de Chardin<\/a>, bien s\u00fbr. Aujourd&rsquo;hui, il passe plut\u00f4t pour un mystique (donc un sentimental) et une sorte de futurologue spiritualiste, dont les milieux intellectuels parisiens se gaussent (\u00e0 tort, \u00e0 mon sens). Toute la premi\u00e8re partie du \u00ab&nbsp;Ph\u00e9nom\u00e8ne Humain \u00bb est un concentr\u00e9 de philosophie de la connaissance o\u00f9 Teilhard int\u00e8gre, avec un fin esprit critique, les derniers savoirs scientifiques. Et puis, il y a le \u00ab Milieu Divin&nbsp;\u00bb qui est longtemps devenu un de mes livres de chevet et que j&rsquo;ai conserv\u00e9 dans la poche durant des ann\u00e9es&#8230; Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;avoue y \u00eatre revenu, tant il donne sens \u00e0 la fois aux activit\u00e9s humaines dans ce qu&rsquo;elles ont de plus noble ou inversement de plus modestes, et aux passivit\u00e9s, diminutions, \u00e9checs, pertes et souffrances. Et puis la derni\u00e8re partie est un extraordinaire concentr\u00e9 de \u00ab mystique\u00bb incarn\u00e9e, une vraie donc, une plong\u00e9e dans le r\u00e9el avec ses contradictions apparentes et ses promesses, avec ses m\u00e9tamorphoses et ses dynamismes. Tout centr\u00e9 sur le Christ, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&#8217;empreinte du divin dans le concret et dans l&rsquo;histoire&#8230; loin des bavardages sur la transcendance divine. Teilhard, au long de mon histoire, a fait l&rsquo;objet d&rsquo;h\u00e9sitations de ma part : tant\u00f4t je prends des distances, en raison de l&rsquo;enthousiasme envahissant des teilhardiens ou teilhardistes (ceux qui croient lire en lui la seule v\u00e9rit\u00e9), en raison aussi de la rencontre avec d&rsquo;autres pens\u00e9es souvent aux antipodes de la sienne ; et puis j&rsquo;y reviens parce que ses intuitions et son esp\u00e9rance en l&rsquo;homme me paraissent in\u00e9gal\u00e9es sur bien des plans. Je lisais ses \u0153uvres et des pr\u00e9sentations de ses \u0153uvres dans mon lit d&rsquo;h\u00f4pital ou mes chambres. Incontestablement, Teilhard est en toile de fond de la plupart des mes m\u00e9ditations l\u00e9pidosophiques.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-2295\">\n<figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"149\" height=\"300\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/dali-lechristdesaintjeandelacroix-149x300.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2295\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/dali-lechristdesaintjeandelacroix-149x300.jpg 149w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/dali-lechristdesaintjeandelacroix.jpg 495w\" sizes=\"auto, (max-width: 149px) 100vw, 149px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><span style=\"font-size: 8pt;\"><em><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Salvator Dali : Christ de Jean-de-la-Croix<\/span><\/em><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>L&rsquo;autre auteur \u00e9tait Jean-de-la-Croix, le c\u00e9l\u00e8bre carme ami de Th\u00e9r\u00e8se d&rsquo;Avila, qui m&rsquo;a fait d\u00e9couvrir les nuits des sens et de l&rsquo;esprit, comme pr\u00e9ambule n\u00e9cessaire au d\u00e9passement de son petit ego, et qui m&rsquo;ont bien rendu service ensuite quand j&rsquo;ai compris leur impact psychologique et \u00e0 quel point elles d\u00e9bordaient la sph\u00e8re religieuse. Aujourd&rsquo;hui, je leur trouve une signification sociale, politique et m\u00eame symptomatique de la civilisation contemporaine. Teilhard et Jean-de-la-Croix m\u00e9riteraient mieux qu&rsquo;une simple mention ici, je m&rsquo;en excuse aupr\u00e8s de mes \u00e9ventuels lecteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, tout cela a pr\u00e9par\u00e9 le terrain, celui de la terre, des fleurs, des fruits sur lesquels j&rsquo;ai butin\u00e9 et o\u00f9 je me suis parfois repos\u00e9 et endormi. Entre 1972 et 1980, avant de me lancer dans diverses \u00e9tudes universitaires, j&rsquo;ai beaucoup fr\u00e9quent\u00e9 de lieux dits de spiritualit\u00e9 -je rappelle que je me m\u00e9fie de ce mot-. Le monde biblique a tapiss\u00e9 l&rsquo;arri\u00e8re-plan de mes cogitations, et pas seulement ce qu&rsquo;on appelait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque le Nouveau Testament. La m\u00e9ditation m&rsquo;est devenue famili\u00e8re et m\u00eame n\u00e9cessaire. L\u00e0 encore, l&rsquo;espace biblique est un monde d&rsquo;hommes et de femmes qui ram\u00e8ne sur terre celui qui plane dans le monde des id\u00e9es, des songes ou du religieux. S&rsquo;il me reste un peu de terre religieuse fertile aujourd&rsquo;hui dans le c\u0153ur, elle est en grande partie compos\u00e9e de ces ferments bibliques. Les livres bibliques ne pr\u00e9sentent pas des hommes et des femmes parfaites, ni des concepts d&rsquo;humanit\u00e9, de fraternit\u00e9, d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 ou de libert\u00e9, ni un Homme g\u00e9n\u00e9rique, mais des luttes, des \u00e9checs et des esp\u00e9rances reconquises. Le Dieu de la Bible est un accompagnateur de l&rsquo;histoire, des histoires, quelqu&rsquo;un qui parle et avec qui on parle, avec qui on s&rsquo;engueule quelquefois&#8230; et non pas une entit\u00e9 abstraite, ni une sorte de solution aux angoisses m\u00e9taphysiques des intellectuels, ni m\u00eame un p\u00e8re No\u00ebl doubl\u00e9 d&rsquo;un p\u00e8re fouettard qui r\u00e9compense les enfants sages et punit les m\u00e9chants (parfois oui, souvent non). Dans un autre \u00e9crit et dans le r\u00e9cit de Compostelle, je me suis amus\u00e9 \u00e0 un proc\u00e8s de toutes ces images divines qui empoisonnent les mentalit\u00e9s&#8230; pas seulement les croyants, mais aussi les non-croyants qui s&rsquo;expriment dans les m\u00e9dias et qui ne savent pas de quoi ils parlent.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"169\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/vertige-300x169.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2560\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/vertige-300x169.png 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/vertige.png 680w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Je me suis risqu\u00e9 \u00e9galement, apr\u00e8s les ann\u00e9es 75, \u00e0 la lecture de quelques ouvrages et articles de philosophie, bien loin des programmes acad\u00e9miques. Je me souviens avoir lu difficilement des extraits qu&rsquo;on trouve dans les manuels scolaires, sans toujours saisir intellectuellement les enjeux, mais non sans me sentir touch\u00e9 intuitivement. Je surprendrais sans doute bien des lecteurs en \u00e9crivant qu&rsquo;en revanche, l&rsquo;\u00e9tude des math\u00e9matiques me conduisait \u00e0 de v\u00e9ritables ivresses m\u00e9taphysiques. La d\u00e9couverte de la possibilit\u00e9 des espaces multi-dimensionnels, les interrogations et utilisations de l&rsquo;infini, la possibilit\u00e9 de transformer des fonctions en s\u00e9rie de polyn\u00f4mes, le jeu des nombres complexes, les g\u00e9om\u00e9tries alternatives \u00e0 celle d&rsquo;Euclide, me provoquaient des vertiges. Je n&rsquo;ai pas peur du mot. J&rsquo;ai le souvenir d&rsquo;errer dans les couloirs de l&rsquo;Universit\u00e9, suite \u00e0 un cours ou un passage \u00e0 la biblioth\u00e8que, compl\u00e8tement absent, en qu\u00eate de sens et de v\u00e9rit\u00e9 qui se traduisait par une \u00e9trange lumi\u00e8re dans laquelle je baignais et qui m&#8217;emp\u00eachait de participer \u00e0 la vie \u00e9tudiante. Je n&rsquo;ai pas bien r\u00e9ussi mes \u00e9tudes scientifiques, non semble-t-il parce que je n&rsquo;en \u00e9tais pas capable, mais surtout parce que chaque avanc\u00e9e m&rsquo;entra\u00eenait dans des \u00e9tats quasi extatiques. J&rsquo;avais des difficult\u00e9s \u00e0 relier les sciences \u00e0 l&rsquo;utilitarisme et la technologie. J&rsquo;\u00e9tais comme suspendu au-dessus du monde. Les m\u00eames sentiments m&rsquo;ont habit\u00e9 plus tard lorsque j&rsquo;ai \u00e9tudi\u00e9 la physique, relativit\u00e9, quanta. Teilhard m&rsquo;avait initi\u00e9 aux trois infinis : l&rsquo;infiniment grand, l&rsquo;infiniment petit et l&rsquo;infiniment complexe de l&rsquo;\u00e9volution du vivant et de la conscience. Et il me semblait les rencontrer sensiblement.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai le souvenir d&rsquo;avoir lu et travaill\u00e9 ligne \u00e0 ligne \u00ab Le hasard et la n\u00e9cessit\u00e9 \u00bb de Jacques Monod. \u00c0 ma grande surprise, ce best-seller de l&rsquo;\u00e9poque ne m&rsquo;a pas perturb\u00e9, tandis que je lisais tant d&rsquo;articles inquiets autour de la pens\u00e9e du grand biologiste. Pourquoi ? Teilhard m&rsquo;avait certainement immunis\u00e9, et lorsque j&rsquo;ai lu les tr\u00e8s courts extraits o\u00f9 Monod discr\u00e9dite le j\u00e9suite, je me suis rendu compte qu&rsquo;il ne l&rsquo;avait jamais lu. Petite remarque importante : nombre d&rsquo;intellectuels parlent d&rsquo;auteurs qu&rsquo;ils n&rsquo;ont jamais lu, ou qu&rsquo;ils ont survol\u00e9 avec des montagnes de pr\u00e9jug\u00e9s. S&rsquo;il y a un principe qui s&rsquo;est forg\u00e9 en moi \u00e0 cette \u00e9poque, c&rsquo;est bien de ne pas parler en mal d&rsquo;un auteur que je n&rsquo;ai pas travaill\u00e9 ou pas lu. Naturellement, chacun d&rsquo;entre nous pense \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de pr\u00e9suppos\u00e9s inconscients, li\u00e9s au temp\u00e9rament, \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation, \u00e0 l&rsquo;histoire personnelle, \u00e0 la condition sociale. Mais sortis de l&rsquo;inconscient, il importe de travailler ces pr\u00e9suppos\u00e9s pour les d\u00e9passer. Je ne pr\u00e9tends pas avoir pratiqu\u00e9 ce principe avec assiduit\u00e9.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-2310\">\n<figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"230\" height=\"300\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/songedunenuitd\u00e9t\u00e9-230x300.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2310\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/songedunenuitd\u00e9t\u00e9-230x300.jpg 230w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/songedunenuitd\u00e9t\u00e9.jpg 742w\" sizes=\"auto, (max-width: 230px) 100vw, 230px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><span style=\"font-size: 8pt;\"><em>Le songe d&rsquo;une nuit d&rsquo;\u00e9t\u00e9, vu par Chagall<\/em><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Je me rappelle avoir critiqu\u00e9 avec v\u00e9h\u00e9mence Hegel, dont je n&rsquo;avais lu qu&rsquo;un livre (La Raison dans l&rsquo;Histoire), aupr\u00e8s d&rsquo;un philosophe qui m&rsquo;avait gentiment fait comprendre que \u00ab ton jugement est peut-\u00eatre un peu trop rapide, non ? \u00bb. Aujourd&rsquo;hui, le penseur allemand est une de mes r\u00e9f\u00e9rences. Comme quoi ! Au cours de mes \u00e9tudes scientifiques jusqu&rsquo;en 1978, j&rsquo;ai caress\u00e9 quelques auteurs, \u00e0 peine, Jank\u00e9l\u00e9vitch (suite \u00e0 un cadeau d&rsquo;une amie), Marx et Engels (parce que c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9poque des gauchistes), Saint-Augustin (Les Confessions), Dante (La Divine Com\u00e9die), Pascal, Voltaire, Shakespeare (presque toutes ses pi\u00e8ces), Berdiaev (son autobiographie), Jacques Maritain (qui m&rsquo;a laiss\u00e9 un go\u00fbt inachev\u00e9), Bernanos, P\u00e9guy et Dostoievski (qui cachent de la philosophie sous la litt\u00e9rature), et peut-on le cacher, des extraits d&rsquo;auteurs que la m\u00e9taphysique d&rsquo;Ours de Balthasar, dont j&rsquo;ai parl\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, invitait \u00e0 approfondir. Mais je dois \u00eatre franc : ma vibration de chenille philosophique, non encore m\u00e9tamorphos\u00e9e, se pr\u00e9cisait plut\u00f4t \u00e0 travers les sciences et \u00e0 travers le d\u00e9sir religieux.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-2296\">\n<figure class=\"alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"238\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/yujawang-300x238.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2296\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/yujawang-300x238.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/yujawang.jpg 710w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><span style=\"font-size: 8pt;\"><em><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Yuja Wang\u2026 Je l&rsquo;aurais bien aim\u00e9e comme prof !<\/span><\/em><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Ah, j&rsquo;oublie un point. La musique. J&rsquo;ai appris le piano seul, parfois aid\u00e9 par un ou une amie pianiste. L&rsquo;\u00e9poque \u00e9tait aux disques vinyl, aux minicassettes et aux casques st\u00e9r\u00e9o. J&rsquo;\u00e9coutais aussi de la musique. Les musiques du Vingti\u00e8me Si\u00e8cle, celles de Debussy, d&rsquo;Albeniz, de Ravel, de Martinu, Schoenberg, de Stravinsky, de Jolivet, de Bartok et bien d&rsquo;autres, m&rsquo;entra\u00eenaient dans des \u00e9tats de lumi\u00e8re int\u00e9rieure du m\u00eame genre que celle venue des d\u00e9couvertes math\u00e9matiques. Quelque-chose qui nous sort de soi, tout en \u00e9tant plus soi-m\u00eame que soi-m\u00eame. Difficile \u00e0 exprimer par \u00e9crit.<\/p>\n\n\n\n<p>*<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"194\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/fribourg-300x194.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2297\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/fribourg-300x194.png 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/fribourg-768x495.png 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/fribourg.png 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>La v\u00e9ritable naissance de ma vocation l\u00e9pidosophique date de l&rsquo;ann\u00e9e 1980, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 26 ans, \u00e2ge o\u00f9 bien des penseurs ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit des th\u00e8ses, voire leurs ouvrages fondamentaux. Vocation inconsciente, naturellement, puisque je ne l&rsquo;ai objectiv\u00e9e que ces derni\u00e8res ann\u00e9es. En d&rsquo;autres termes, l\u00e0 dans la philosophie, je prenais du plaisir. Oui, c&rsquo;est un peu tard, j&rsquo;en conviens. Durant deux ann\u00e9es, entre 1978 et 1980 \u00e0 Fribourg, j&rsquo;ai suivi des cours d&rsquo;histoire de la philosophie et de m\u00e9taphysique qui me passionnaient bien plus que la plupart des cours de th\u00e9ologie que je suivais \u00e9galement. Ce fut aussi une \u00e9poque o\u00f9 je me suis trouv\u00e9 en contact avec des personnes qui venaient du monde entier, d&rsquo;Afrique, d&rsquo;Am\u00e9rique Latine, d&rsquo;Extr\u00eame-Orient, du Canada et de toute l&rsquo;Europe. Ces rencontres internationales m&rsquo;ont conduit ensuite \u00e0 quelques voyages (Canada, Afrique de l&rsquo;Ouest) et ont aid\u00e9 \u00e0 la prise de conscience de la grandeur, mais aussi des limites, de nos visions fran\u00e7aises et europ\u00e9ennes. Je suis devenu alter-mondialiste et sensible aux th\u00e8ses \u00e9cologiques \u00e0 cette \u00e9poque, sans savoir encore qu&rsquo;elles avaient des racines intellectuelles. Par ailleurs, th\u00e9ologie et philosophie \u00e9taient m\u00eal\u00e9s dans ma t\u00eate, j&rsquo;avais parfois des difficult\u00e9s \u00e0 objectiver ces diff\u00e9rences. Plus tard, dans les ann\u00e9es 90, je me souviens d&rsquo;avoir donn\u00e9 une conf\u00e9rence sur Hans Jonas, \u00e0 la fin de laquelle un professeur de philosophie m&rsquo;a fait remarquer que mon approche \u00e9tait plus th\u00e9ologique que philosophique. Merci. Le papillon n&rsquo;\u00e9tait pas encore enti\u00e8rement sorti de son cocon. Par cons\u00e9quent, dans la suite de ces propos, j&rsquo;essaierai d&rsquo;\u00e9viter de me r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la matrice religieuse et th\u00e9ologique (pour le meilleur et pour le pire) pour \u00e9voquer le passage de la chenille \u00e0 la chrysalide, puis au papillon. Citons toutefois parmi les th\u00e9ologiens qui m&rsquo;ont marqu\u00e9, les protestants Pierre Gisel, J\u00fcrgen Moltmann (le th\u00e9ologien de l&rsquo;esp\u00e9rance et de l&rsquo;\u00e9cologie), les orthodoxes Alexandre Lossky (et sa vision de l&rsquo;Esprit et de la Trinit\u00e9) et Vladimir Soloviev, les catholiques comme Jean-Baptiste Metz (l&rsquo;inspirateur des th\u00e9ologies de la lib\u00e9ration), Alexandre Ganoczy et Karl Rahner&#8230; auxquels il faut ajouter de nombreux ex\u00e9g\u00e8tes, ainsi que des historiens de la religion comme Mirc\u00e9a \u00c9liade ou Ren\u00e9 Girard. C&rsquo;est non exhaustif, et l&rsquo;enthousiasme se m\u00e9langeait \u00e0 la r\u00e9ticence et parfois \u00e0 l&rsquo;incompr\u00e9hension. Ma boulimie de lecture est n\u00e9e \u00e0 Fribourg.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, quel a \u00e9t\u00e9 le r\u00e9v\u00e9lateur ? Je pr\u00e9cise : pas le r\u00e9v\u00e9lateur intellectuel et spirituel, mais le r\u00e9v\u00e9lateur du futur l\u00e9pidosophe. Il s&rsquo;agit du livre d&rsquo;Ilya Prigogine et d&rsquo;Isabelle Stengers : \u00ab La Nouvelle Alliance \u00bb. Fin de la premi\u00e8re partie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838642\">Suite : chrysalide dans le vent&#8230;<\/a><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CONTENU : chenille dans son cocon. Pour introduire la suite, voici les \u00e9v\u00e9nements qui ont conduit \u00e0 la sortie d\u00e9finitive de la chrysalide, c&rsquo;est-\u00e0-dire la d\u00e9couverte objective de ma l\u00e9pidosophie, auparavant inconsciente. S&rsquo;il y a sortie, il y a eu &hellip; <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1838637\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1838637","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-philosophie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1838637","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1838637"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1838637\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1838691,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1838637\/revisions\/1838691"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1838637"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1838637"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1838637"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}