{"id":1524,"date":"2016-06-04T08:12:12","date_gmt":"2016-06-04T08:12:12","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1524"},"modified":"2025-02-14T16:34:34","modified_gmt":"2025-02-14T16:34:34","slug":"compostelle-chemin-darles-4-pentes-et-cotes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1524","title":{"rendered":"Compostelle &#8211; Chemin d&rsquo;Arles (4) : pentes et c\u00f4tes"},"content":{"rendered":"<p align=\"RIGHT\"><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1456\"><em><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: arial;\"><span style=\"font-size: small;\">Article pr\u00e9c\u00e9dent <\/span><\/span><\/span><\/em><\/a><\/p>\n<h6 class=\"western\" align=\"RIGHT\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: arial;\">Mai 2016, Saint-Gervais<\/span><\/span><\/h6>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Apr\u00e8s Saint-Guilhem-le-d\u00e9sert, l&rsquo;exp\u00e9rience personnelle du Chemin d&rsquo;Arles est celle des contrastes. Le plus \u00e9vident est naturel et objectif : les sentiers montent et descendent sur des d\u00e9nivel\u00e9s de plus en plus montagneux et parfois escarp\u00e9s. Les chemins alternent entre routes goudronn\u00e9es et sentes caillouteuses et pierreuses. En cette saison, Mai 2016, la pluie p\u00e9n\u00e9trante et froide succ\u00e8de \u00e0 des chaleurs qui, en pleine journ\u00e9e, s&rsquo;av\u00e8rent p\u00e9nibles, surtout dans les c\u00f4tes. Le vent violent, la Tramontane la plupart du temps, agresse le marcheur par surprise au d\u00e9tour d&rsquo;un bois ou d&rsquo;un flanc de montagne. L&rsquo;image du Midi ensoleill\u00e9 et clair ne correspond pas aux conditions que j&rsquo;ai v\u00e9cues. Des marcheurs exp\u00e9riment\u00e9s m&rsquo;ont avou\u00e9 que le Chemin d&rsquo;Arles \u00e9tait le plus difficile de tous ceux qu&rsquo;ils avaient exp\u00e9riment\u00e9s. Je veux bien le croire.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Le contraste se retrouve aussi dans les conversations avec les p\u00e8lerins. Il y a peu de monde sur le Chemin d&rsquo;Arles en cette saison. Un h\u00e9bergeur m&rsquo;a expliqu\u00e9 qu&rsquo;il y a exactement dix fois moins de monde que sur la Via Podiensis, la Voie du Puy-en-Velay. En d\u00e9pit de ma lente avanc\u00e9e, je revois durant cinq jours le m\u00eame groupe de p\u00e8lerins. Sauf une journ\u00e9e o\u00f9 je suis seul. Comment cela se fait-il ? Ce sont les bonnes opportunit\u00e9s du Chemin.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1592\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-18-StGuilhem-StJean_dlB05p-300x169.jpg\" alt=\"2016-05-18-stguilhem-stjean_dlb05p\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-18-StGuilhem-StJean_dlB05p-300x169.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-18-StGuilhem-StJean_dlB05p-768x432.jpg 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-18-StGuilhem-StJean_dlB05p.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Au d\u00e9part de Saint-Guilhem-le-d\u00e9sert, sachant qu&rsquo;il fallait attaquer une paroi de montagne, je me suis lev\u00e9 t\u00f4t, avant tout le monde et je suis parti vers six heures du matin. Chats et chiens ont pr\u00e9venu tout le haut du bourg de mon d\u00e9part. Les chiens surtout. La pente, apr\u00e8s six heures du matin, avant le lever du jour, semble facile, bien qu&rsquo;impressionnante. Un bon repos permet d&rsquo;affronter les difficult\u00e9s avec aisance. Parfois le sentier de cailloux est \u00e0 flanc de c\u00f4teau au-dessus du vide, \u00e0 gauche surtout, et la paroi montagneuse est de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9. Celui qui est sujet au vertige n&rsquo;a pas avantage \u00e0 se promener par ici. J&rsquo;imagine un temps pluvieux, des rus d\u00e9gringolant de la montagne et des pierres glissantes&#8230; Pas rassurant pour l&rsquo;imagination. Par chance, \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 je chemine sur le haut des falaises, la m\u00e9t\u00e9o est belle. Le Soleil me gratifie d&rsquo;un magnifique lever. Ombres et lumi\u00e8res se r\u00e9v\u00e8lent et se projettent sur les parois.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">L&rsquo;apr\u00e8s-midi, la m\u00e9t\u00e9o se g\u00e2te. Apr\u00e8s une longue descente confortable au d\u00e9but, acrobatique \u00e0 la fin, depuis les sommets qui dominent Saint-Guilhem vers le village de Montpeyroux, la route remonte. La pluie arrive. Le GR fait des d\u00e9tours inutiles dans les villages. Le sac de pique-nique, mal fix\u00e9, tombe du sac-\u00e0-dos&#8230; Je ne m&rsquo;en aper\u00e7ois pas, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un marcheur, rapide avouons-le, me rattrape et me le rende \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;un des villages. Le large sentier grimpe&#8230; La pluie redouble d&rsquo;intensit\u00e9 et les ruisseaux coulent sur le chemin. Ne pouvant plus marcher tant le moignon me br\u00fble, ph\u00e9nom\u00e8ne fr\u00e9quent par temps d&rsquo;humidit\u00e9, je m&rsquo;assieds sous la p\u00e8lerine pr\u00e8s d&rsquo;un arbre, en attendant que les trombes d&rsquo;eau de l&rsquo;averse s&rsquo;apaisent. J&rsquo;enl\u00e8ve la proth\u00e8se et les br\u00fblures du moignon se calment.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-1605\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-18-StGuilhem-StJean_dlB19p-300x225.jpg\" alt=\"2016-05-18-stguilhem-stjean_dlb19p\" width=\"200\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-18-StGuilhem-StJean_dlB19p-300x225.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-18-StGuilhem-StJean_dlB19p-768x576.jpg 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-18-StGuilhem-StJean_dlB19p.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/> Enfoui sous la p\u00e8lerine, je me sens \u00e0 l&rsquo;abri, sans inqui\u00e9tude. La pluie diminue et je repars au milieu des arbustes d\u00e9goulinants. La journ\u00e9e se termine dans la soir\u00e9e par une longue descente glissante, au milieu des bois, vers Saint-Jean-de-la-Blaqui\u00e8re. Des sangliers et des marcassins surgissent des fourr\u00e9es, traversent le sentier de plus en plus \u00e9troit, mais, emmitoufl\u00e9 sous la p\u00e8lerine ruisselante, je ne suis pas parvenu \u00e0 saisir le smartphone, et donc \u00e0 les enfermer dans la bo\u00eete num\u00e9rique photographique.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Un \u00e0 un, les rares p\u00e8lerins de la veille m&rsquo;ont d\u00e9pass\u00e9 depuis bien longtemps durant la journ\u00e9e. Ils m&rsquo;attendent, assez inquiets m&rsquo;ont-ils avou\u00e9, dans le g\u00eete municipal de Saint-Jean-de-la-Blaqui\u00e8re. Cette journ\u00e9e de plus de douze heures de marche a \u00e9t\u00e9 une des plus longues que j&rsquo;ai connues sur le Camino. Pr\u00e8s de vingt-six kilom\u00e8tres et quarante-trois mille pas, d&rsquo;apr\u00e8s le podom\u00e8tre du smartphone. Le soir, je dors avec un groupe de trois marcheurs d\u00e9j\u00e0 crois\u00e9s au Carmel de Saint-Guilhem-le-d\u00e9sert et avec qui j&rsquo;ai chemin\u00e9 quelques kilom\u00e8tres du c\u00f4t\u00e9 de Montpeyroux. L&rsquo;accueil du g\u00eete de Saint-Jean-de-la-Blaqui\u00e8re est cordial&#8230; dans un climat humide. Se sont joints \u00e0 nous trois p\u00e8lerins que j&rsquo;aurais le bonheur de conna\u00eetre plus abondamment. Par chance, je vais sommeiller, seul, dans une chambre \u00e0 deux lits, sur\u00e9lev\u00e9e par un petit escalier de deux ou trois marches, sans portes, entour\u00e9s d&rsquo;\u00e9pais murs. Lieu tr\u00e8s r\u00e9confortant, je ne sais dire pourquoi. \u00c9trange, cette sensation de paix dans des h\u00e9bergements anciens ! Tous ensemble, nous allons partager le repas dans l&rsquo;unique petite pizzeria du village. Le restaurateur, habitu\u00e9 au passage des marcheurs de Compostelle, est aux petits soins pour nous. Je savoure la chaleur humaine du Chemin.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Le lendemain matin, la pluie est toujours l\u00e0. Se succ\u00e8dent averses et petites bruines. Plut\u00f4t que partir par le sentier du GR sur lequel je soup\u00e7onne des flaques et de la gadoue, je pars r\u00e9solument sur la route goudronn\u00e9e qui m\u00e8ne \u00e0 Lod\u00e8ve, la prochaine \u00e9tape. Par bonheur, il y a peu de passage de voitures. L&rsquo;humeur est bonne. Au bout d&rsquo;une dizaine de kilom\u00e8tres, le Soleil revient par intermittence. Un grand carrefour qui acc\u00e8de par un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 une autoroute, celle du Pont de Millau sans doute, propose une petite route qui monte en direction du GR. D&rsquo;apr\u00e8s la carte, elle doit le croiser en haut des monts. La petite route grimpe en lacets et traverse un terrain uranif\u00e8re\u00ad : tout un territoire entour\u00e9 de cl\u00f4tures \u00e9lev\u00e9es appartient \u00e0 AREVA. Plusieurs hectares couverts de panneaux solaires apparaissent depuis une courbe vers le sommet de la longue c\u00f4te. Mais la route longe \u00e9galement une vaste cuvette o\u00f9 le D\u00e9partement de l&rsquo;H\u00e9rault am\u00e9nage un site de collecte de d\u00e9chets. De nombreux oiseaux, des mouettes semble-t-il, le fr\u00f4lent, s&rsquo;y posent, puis tournoient en rond \u00e0 tour de r\u00f4le.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1593 alignright\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-19-StJean_dlB-Lod\u00e8ve14p-300x169.jpg\" alt=\"2016-05-19-stjean_dlb-lodeve14p\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-19-StJean_dlB-Lod\u00e8ve14p-300x169.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-19-StJean_dlB-Lod\u00e8ve14p-768x432.jpg 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-19-StJean_dlB-Lod\u00e8ve14p.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Tr\u00e8s peu de v\u00e9hicules empruntent cette route. Deux lieux oppos\u00e9s de notre soci\u00e9t\u00e9 de production et de consommation (source d&rsquo;\u00e9nergie et collecte des restes) sont camoufl\u00e9s en un site o\u00f9 peu de monde soup\u00e7onne leur existence. Nulle part, je n&rsquo;ai aper\u00e7u d&rsquo;indications. Vus du sommet de la colline o\u00f9 je m&rsquo;arr\u00eate pour grignoter, tandis que les Monts du Haut-Languedoc dessinent l&rsquo;horizon, ils ne choquent pas trop. Mais je m&rsquo;amuse et je m&rsquo;interroge sur le fait que de tels lieux extr\u00eames sont tapis dans l&rsquo;ombre, comme s&rsquo;il fallait les cacher. Je pense de plus en plus en termes organiques : les d\u00e9chets du corps sont \u00e9limin\u00e9s dans les toilettes, \u00e0 l&rsquo;abri des regards. De m\u00eame, les d\u00e9tritus et les rebuts de la consommation et de la production. \u00c0 l&rsquo;autre extr\u00e9mit\u00e9 de la cha\u00eene, les sources d&rsquo;\u00e9nergie du corps ne sont visibles, ni dans l&rsquo;air, ni dans nos assiettes. Ainsi semble-t-il en \u00eatre de l&rsquo;organisation sociale et \u00e9conomique&#8230; et \u00e9cologique. Cela dit, je n&rsquo;envie pas les r\u00e9gions ou les nations o\u00f9 tous les d\u00e9chets sont m\u00eal\u00e9s au reste de la ville et de la vie sociale. M\u00eame chose d&rsquo;autres \u00e9poques de nos nations. Ici, l&rsquo;alliance paradoxale entre la source d&rsquo;\u00e9nergie (uranium, panneaux solaires) et l&rsquo;autre extr\u00e9mit\u00e9 de la cha\u00eene (r\u00e9sidus m\u00e9nagers et industriels) dans un admirable paysage de montagnes couvertes de for\u00eats et de fleurs locales, a quelque chose d&rsquo;\u00e0 la fois extravagant et inconvenant : ingr\u00e9dients contrast\u00e9s qui poussent \u00e0 l&rsquo;imagination. Bon, sans doute, suis-je en train de d\u00e9lirer ?<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1594\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-19-StJean_dlB-Lod\u00e8ve24p-300x169.jpg\" alt=\"2016-05-19-stjean_dlb-lodeve24p\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-19-StJean_dlB-Lod\u00e8ve24p-300x169.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-19-StJean_dlB-Lod\u00e8ve24p-768x432.jpg 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-19-StJean_dlB-Lod\u00e8ve24p.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>La descente vers Lod\u00e8ve n&rsquo;est pas d\u00e9sagr\u00e9able. La cit\u00e9 se d\u00e9voile progressivement du milieu d&rsquo;une clairi\u00e8re surgie des bois qui s&rsquo;\u00e9largit en prairie, puis le long d&rsquo;une paroi qui fait belv\u00e9d\u00e8re. De magnifiques arbustes de fleurs illuminent les rochers. L&rsquo;entr\u00e9e en ville est triste et d\u00e9cevante. Pauvret\u00e9 d&rsquo;une cit\u00e9 ouvri\u00e8re un peu abandonn\u00e9e, sans doute. Trois des p\u00e8lerins de la veille occupent le g\u00eete que j&rsquo;ai choisi. Il est situ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une maison priv\u00e9e, confortable et agr\u00e9able. Seul souci lorsqu&rsquo;on est fatigu\u00e9 en fin de journ\u00e9e, les boutiques pour acheter les courses n\u00e9cessaires au repas du soir sont \u00e9loign\u00e9es. C&rsquo;est une constante du Chemin d&rsquo;Arles bien moins fr\u00e9quent\u00e9 que la Via Podiensis (Chemin du Puy). Les villages et villes ne sont pas articul\u00e9s sur les exigences du Camino.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Lod\u00e8ve est une ville encaiss\u00e9e dont, comme je l&rsquo;ai \u00e9crit, l&rsquo;apparence est celle d&rsquo;une cit\u00e9 ouvri\u00e8re du pass\u00e9 appauvrie par la modernit\u00e9. Je ne sais quoi en penser. Elle n&rsquo;est pas suffisamment mise en valeur sous le Causse du Larzac, au milieu des montagnes du Haut-H\u00e9rault. Le lendemain matin, mes compagnons du Chemin sont silencieusement partis sans que je ne les entende. Je suis rest\u00e9 bavarder avec l&rsquo;h\u00f4tesse qui a pr\u00e9par\u00e9 un abondant petit d\u00e9jeuner impossible \u00e0 terminer. j&rsquo;en profite pour remplir la besace de pain, de fruits et d&rsquo;un morceau de fromage.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Au milieu des ch\u00eanes verts, le chemin qui quitte Lod\u00e8ve est une nouvelle grimpette longue de onze kilom\u00e8tres. Elle n&rsquo;est pas difficile, et m\u00eame assez agr\u00e9able. Le vent souffle avec densit\u00e9 et fra\u00eecheur, ce qui att\u00e9nue les effets du Soleil revenu apr\u00e8s deux jours de pluie. Arriv\u00e9 au sommet en d\u00e9but d&rsquo;apr\u00e8s-midi, je m&rsquo;allonge pour une longue sieste, dans le vent, face \u00e0 un panorama \u00e9tendu sur les monts du Haut Languedoc. On voit jusqu&rsquo;au Larzac et on devine vaguement la M\u00e9diterran\u00e9e, loin l\u00e0-bas&#8230; \u00e0 moins que ce ne soit un effet de brume ? <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1595\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-20-Lod\u00e8ve-\u00e9oliennes18p-300x169.jpg\" alt=\"2016-05-20-lodeve-eoliennes18p\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-20-Lod\u00e8ve-\u00e9oliennes18p-300x169.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-20-Lod\u00e8ve-\u00e9oliennes18p-768x432.jpg 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-20-Lod\u00e8ve-\u00e9oliennes18p.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Puis le chemin repart au milieu des gen\u00eats jaune vif qui me d\u00e9passent bien souvent. Au cours de la marche, j&rsquo;\u00e9coute quelques instants un peu de musique de Bartok sous les \u00e9couteurs du smartphone. Un serpent se chauffe au Soleil et semble d\u00e9rang\u00e9 par mon passage. Je tente de le filmer : il n&rsquo;est pas tr\u00e8s gros. Une vip\u00e8re sans doute ou une petite couleuvre. Elle n&rsquo;est pas tr\u00e8s vive, comme si elle sortait, groggy, d&rsquo;un r\u00eave agr\u00e9able. Son ondulation ressemble \u00e0 la marche d&rsquo;un ivrogne.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Le chemin rejoint une route goudronn\u00e9e dangereuse. Il n&rsquo;y a aucun d\u00e9gagement pour les pi\u00e9tons et la pente est dure : certaines automobilistes, des habitu\u00e9s sans doute, y descendent \u00e0 vive allure. Puis la route se d\u00e9double. Celle indiqu\u00e9e pour le GR grimpe en direction d&rsquo;une ligne de collines o\u00f9 sont pos\u00e9es quelques \u00e9oliennes. Heureusement elle est moins passante et mieux d\u00e9gag\u00e9e. La pr\u00e9sence des \u00e9oliennes est trompeuse : ce n&rsquo;est pas la premi\u00e8re fois. On les croit proches, mais elles sont \u00e0 plusieurs kilom\u00e8tres.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Au cours de la mont\u00e9e, une panique me saisit : o\u00f9 est pass\u00e9 le smartphone ? J&rsquo;ai l&rsquo;habitude de le glisser dans une poche du short ferm\u00e9e par un zip le long de la cuisse. Il n&rsquo;y est plus ! O\u00f9 l&rsquo;ai-je perdu ? Quand j&rsquo;ai taquin\u00e9 le serpent et tent\u00e9 de le photographier ? Vite, je redescends plusieurs centaines de m\u00e8tres sur la route goudronn\u00e9e &#8230;. lorsque je prends conscience que j&rsquo;\u00e9coutais de la musique au milieu des gen\u00eats. Le smartphone est b\u00eatement install\u00e9 dans la poche sup\u00e9rieure de la chemise ! Quelle stupidit\u00e9 ! Ce petit incident qui m&rsquo;a fait perdre pr\u00e8s d&rsquo;une demi-heure me plonge dans un \u00e9tat mitig\u00e9 : on peut rire de la m\u00e9prise, mais je m&rsquo;interroge sur l&rsquo;absence de connexion entre deux lieux de mon cerveau : inqui\u00e9tude li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;habitude de placer le smartphone en un lieu bien d\u00e9termin\u00e9, bonheur d&rsquo;\u00e9couter de la musique avec le smartphone rang\u00e9 dans la poche de la chemise. Les deux moments n&rsquo;ont pas communiqu\u00e9. La m\u00e9saventure est comique \u00e0 la relecture&#8230; mais la fatigue n\u00e9e du retour en arri\u00e8re et de la redescente va avoir des cons\u00e9quences. Et puis, je constate une fois de plus chez moi l&rsquo;absence de liaison entre le cerveau droit (celui des perceptions globales et artistiques) et le cerveau gauche (celui de l&rsquo;analyse, de la pens\u00e9e et du langage). Ali\u00e9nation qui m&rsquo;a souvent jou\u00e9 des tours dans mon aventure intellectuelle et professionnelle. Les interactions entre les deux aires du cerveau font partie de mes axes de m\u00e9ditation.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">La route devient de plus en plus raide jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;on arrive au niveau des \u00e9oliennes. Puis elle s&rsquo;aplanit. Il est plus de dix-sept heures, \u00e0 plus de sept kilom\u00e8tres du prochain g\u00eete. Trop loin pour esp\u00e9rer l&rsquo;atteindre ce soir. Je d\u00e9cide de planter la tente. Mais pas moyen de trouver un terrain plat le long de la route. Je sors de la route et m&rsquo;enfonde dans de hautes herbes en essayant de me rapprocher d&rsquo;une des \u00e9oliennes o\u00f9 il devrait y avoir des surfaces horizontales. <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-1596\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-21-\u00e9oliennes-Servi\u00e8s03p-300x169.jpg\" alt=\"2016-05-21-eoliennes-servies03p\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-21-\u00e9oliennes-Servi\u00e8s03p-300x169.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-21-\u00e9oliennes-Servi\u00e8s03p-768x432.jpg 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-21-\u00e9oliennes-Servi\u00e8s03p.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Non loin d&rsquo;une \u00e9olienne dont les ailes tournent au ralenti, je commets l&rsquo;erreur de planter la tente sur un herbage fourni et l\u00e9g\u00e8rement pentu, estimant na\u00efvement que le tapis d&rsquo;herbes amortira la d\u00e9clivit\u00e9. Mauvais choix. Toute la nuit, au cours du sommeil, je d\u00e9gringole en bas de la tente et je me r\u00e9veille. Quand le lendemain, je me l\u00e8ve puis pars pour rejoindre le g\u00eete sept kilom\u00e8tres en bas de la montagne, je suis tr\u00e8s fatigu\u00e9. Le sentier est pierreux et ajoute des handicaps. Tr\u00e8s lentement, je chemine tandis que des cailloux roulent sous les sandales et des pierres apparentes me font tr\u00e9bucher.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Enfin, en d\u00e9but d&rsquo;apr\u00e8s-midi, je parviens au g\u00eete qui est situ\u00e9 dans un petit village qui forme un promontoire et qu&rsquo;il faut courageusement escalader sur des rochers glissants. Son nom est Joncels. On y acc\u00e8de en effet par une ancienne voie romaine sur laquelle des cours d&rsquo;eau ruissellent et rendent les dalles humides. \u00c0 l&rsquo;entr\u00e9e du village, une voie ferr\u00e9e traverse la voie romaine. \u00c9tonnant. Le propri\u00e9taire du g\u00eete m&rsquo;expliquera que Joncels est un vieux bourg, mais qu&rsquo;il est aussi situ\u00e9 sur un bassin minier. De nombreux mineurs habitaient le coin et acc\u00e9daient aux mines par le train.<\/span><\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_1597\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1597\" class=\"size-medium wp-image-1597\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-21-\u00e9oliennes-Servi\u00e8s11p-300x169.jpg\" alt=\"Joncels\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-21-\u00e9oliennes-Servi\u00e8s11p-300x169.jpg 300w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-21-\u00e9oliennes-Servi\u00e8s11p-768x432.jpg 768w, https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-21-\u00e9oliennes-Servi\u00e8s11p.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-1597\" class=\"wp-caption-text\"><em>Joncels<\/em><\/p><\/div>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Le g\u00eete donc et ses propri\u00e9taires ! Le g\u00eete est magnifique. Il est situ\u00e9 dans un ancien monast\u00e8re. Des escaliers escarp\u00e9s y acc\u00e8dent. Les dortoirs, la cuisine et les salles de bain sont tout en haut. Le propri\u00e9taire, appelons-le Didier, me sert une bonne bi\u00e8re et de quoi me restaurer : pain, saucisson, crudit\u00e9s et fruits. Je lui explique mes derni\u00e8res p\u00e9rip\u00e9ties. Il m&rsquo;explique que mes compagnons marcheurs de ces derniers jours se sont souci\u00e9s et lui ont parl\u00e9 de moi, puisqu&rsquo;ils me pr\u00e9c\u00e9daient de quelques heures. Mais nous n&rsquo;avons pas le m\u00eame rythme et les m\u00eames capacit\u00e9s. Didier me propose alors de m&#8217;emmener en voiture au g\u00eete suivant, l\u00e0 o\u00f9 vont dormir les p\u00e8lerins. Un ange de plus. J&rsquo;accepte. Il semble ravi de me rendre service et de circuler sur ces routes de montagne. Nous nous arr\u00eatons quelques minutes au Bousquet d&rsquo;Orb pour quelques courses. Je d\u00e9cide d&rsquo;acheter un couscous pour les compagnons que je vais retrouver ce soir. Tout au long de la route, Didier raconte la vie \u00e9conomique et sociale de la r\u00e9gion, les frilosit\u00e9s et jalousies des \u00e9lus, des maires et conseillers municipaux, l&rsquo;audace d&rsquo;un entrepreneur qui a transform\u00e9 le village d&rsquo;Av\u00e8ne en bourg dynamique et touristique, l&rsquo;histoire des mines de charbon abandonn\u00e9es aujourd&rsquo;hui.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Parvenus \u00e0 Servi\u00e8s, village du g\u00eete o\u00f9 doivent arriver les autres marcheurs, je m&rsquo;installe. Il est \u00e9troit, sombre, ancien, mais chaleureux. Didier et moi, nous nous s\u00e9parons avec cordialit\u00e9. Un peu plus tard, arrivent les six compagnons de Saint-Jean-de-la-Blaqui\u00e8re. Ils sont tr\u00e8s \u00e9tonn\u00e9s de me voir. La soir\u00e9e se termine par un grand repas partag\u00e9, beaucoup de rires, du vin, des p\u00e2tes, mon couscous amoureusement pr\u00e9par\u00e9, de la charcuterie, des fromages, des desserts, autour d&rsquo;un cr\u00e9pitement de feu dans une vaste chemin\u00e9e aussi large que la pi\u00e8ce. Le bonheur du Camino&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"color: #ff0000;\">NOUVEAU<\/span> : mon r\u00e9cit de Compostelle (en deux parties), publi\u00e9 fin Juin 2016.<br \/>\nAller \u00e0 la page \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/chemin-de-compostelle\/\">Compostelle<\/a>\u00a0\u00bb ou commander sur \u00ab\u00a0Contact\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article pr\u00e9c\u00e9dent Mai 2016, Saint-Gervais Apr\u00e8s Saint-Guilhem-le-d\u00e9sert, l&rsquo;exp\u00e9rience personnelle du Chemin d&rsquo;Arles est celle des contrastes. Le plus \u00e9vident est naturel et objectif : les sentiers montent et descendent sur des d\u00e9nivel\u00e9s de plus en plus montagneux et parfois escarp\u00e9s. &hellip; <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1524\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-1524","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-compostelle"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1524","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1524"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1524\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1838773,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1524\/revisions\/1838773"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1524"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1524"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1524"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}