{"id":1456,"date":"2016-06-03T09:54:31","date_gmt":"2016-06-03T09:54:31","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1456"},"modified":"2022-05-08T19:48:45","modified_gmt":"2022-05-08T19:48:45","slug":"compostelle-chemin-darles-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1456","title":{"rendered":"Compostelle &#8211; Chemin d&rsquo;Arles (3) : de Montpellier \u00e0 Saint-Guilhem"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\" align=\"RIGHT\"><em><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1459\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: arial;\"><span style=\"font-size: small;\">Article pr\u00e9c\u00e9dent <\/span><\/span><\/span><\/a><\/em><\/p>\n<h6 class=\"western\" align=\"RIGHT\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: arial;\">Mai 2016, Saint-Guilhem-le-d\u00e9sert, le deuxi\u00e8me jour<br \/>\n<\/span><\/span><\/h6>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">ll fait beau sur Montpellier. Les quelques rares p\u00e8lerins du g\u00eete Saint-Roch, \u00e0 l&rsquo;exception d&rsquo;un espagnol, sont d\u00e9j\u00e0 partis. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur du vaste b\u00e2timent, quelque part au rez-de-chauss\u00e9e, chante une chorale aux qualit\u00e9s professionnelles. Du Kodaly, semble-t-il, ou un compositeur inspir\u00e9 par le c\u00e9l\u00e8bre hongrois. Bonheur du matin.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">La lumi\u00e8re est claire, l\u00e9g\u00e8rement \u00e9blouissante. Peu press\u00e9 de quitter l&rsquo;animation de la ville, je chemine tranquillement dans les rues pi\u00e9tonnes. Petite m\u00e9prise, en fait d&rsquo;animation, il y a surtout des livreurs et des commer\u00e7ants qui nettoient leur devanture. J&rsquo;erre en ville jusqu&rsquo;\u00e0 la Facult\u00e9 de M\u00e9decine, si c\u00e9l\u00e8bre par son histoire : une des plus anciennes et des plus cr\u00e9atives universit\u00e9s de l&rsquo;Europe, fond\u00e9e au Moyen \u00c2ge. Voici la Cath\u00e9drale, \u00e9tonnante par son aspect \u00ab bastille \u00bb, avec deux grandes colonnes coiff\u00e9es comme des tours de garde, qui semblent la prot\u00e9ger des menaces et des assauts du \u00ab Malin \u00bb. J&rsquo;arpente ses all\u00e9es et ses crois\u00e9es durant quelques minutes, je bavarde avec une paroissienne assise derri\u00e8re un \u00e9tal de marchandises, j&rsquo;admire le grand orgue. En fin de matin\u00e9e, j&#8217;emprunte le tramway qui emm\u00e8ne ses passagers vers la p\u00e9riph\u00e9rie de la ville et vers le stade de foot. Les p\u00e8lerins, m&rsquo;a-t-on pr\u00e9venu, descendent \u00e0 \u00ab Euro-M\u00e9decine \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Le Chemin de Compostelle suit le GR653 depuis Arles. Il r\u00e9appara\u00eet et traverse le bourg de Grabels. Dans une boulangerie, un petit gar\u00e7on s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 ma jambe artificielle toute color\u00e9e. Je lui livre quelques explications\u2026 et il en redemande, tandis que le Papa, g\u00ean\u00e9, l&rsquo;invite \u00e0 ne pas d\u00e9ranger le monsieur. Candeur des enfants. \u00c0 la sortie de Grabels, le sentier franchit un parc am\u00e9nag\u00e9 qui longe une rivi\u00e8re turbulente et quelques cascades. Ensuite, il quitte les derniers faubourgs de Grabels et grimpe dans la garrigue. <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/Collines-Grabels.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-2486\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/Collines-Grabels-300x169.jpg\" alt=\"Collines-Grabels\" width=\"300\" height=\"169\" \/><\/a>Le paysage s&rsquo;ouvre, majestueux : ce sont les premiers vrais panoramas depuis Arles. Au loin, on aper\u00e7oit des collines couvertes d&rsquo;arbustes et de villas, et plus loin encore la silhouette de montagnes. Il s&rsquo;agit du Haut Languedoc et peut-\u00eatre les pr\u00e9misses des Grands Causses. Je ne sais pas exactement, car les cartes OSM propos\u00e9es avec le smartphone ne permettent pas de se faire une id\u00e9e globale. Il semble que du haut de la colline et par-del\u00e0 les brumes de Montpellier, la M\u00e9diterran\u00e9e se laisse deviner. Peu de randonneurs passent par ici, ce qui explique que les arbustes, les ronces parfois, les gen\u00eats surtout, obstruent et cachent la ligne du sentier.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Soudain, se font entendre des d\u00e9tonations. Y a-t-il des militaires ou des djihadistes qui s&rsquo;entra\u00eenent dans le coin ? Avec un petit appareil num\u00e9rique que j&rsquo;ai emmen\u00e9, en plus du smartphone, je filme les collines tremblantes de p\u00e9tarades et de d\u00e9flagrations. Peut-\u00eatre pourrais-je envoyer \u00e0 un journaliste, en mal de voyage en Afghanistan ou en \u00c9thiopie, les vid\u00e9os pour illustrer, assis dans un canap\u00e9, un article sur les r\u00e9seaux sociaux ou une \u00e9mission sur une cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision pas trop regardante ? \u00ab \u00c9coutez, je suis proche de la ligne de front. Derri\u00e8re la colline, les forces loyales au R\u00e9gime combattent les rebelles ! \u00bb. Il me semble avoir vu une sc\u00e8ne semblable dans un film de Jean Yanne, autrefois ! Une habitante m&rsquo;expliquera plus tard qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un club de tir. Bien. <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/karts.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2487\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/karts-300x169.jpg\" alt=\"karts\" width=\"300\" height=\"169\" \/><\/a>Surveillons quand m\u00eame les balles perdues. Un peu plus loin, un nouveau tintamarre se fait entendre. Cette fois, il s&rsquo;agit d&rsquo;un circuit de karting. Comme \u00e7a. Au milieu de la garrigue. Les grillons et les oiseaux ne semblent par d\u00e9rang\u00e9s par le vacarme. Le spectacle, vu depuis le sentier, est sympathique \u00e0 regarder. Les petits bolides foncent, acc\u00e9l\u00e8rent, freinent \u00e0 un rythme impressionnant. Ils rappellent nos jouets d&rsquo;enfance, les \u00ab circuits 24 \u00bb, comme ils \u00e9taient nomm\u00e9s, o\u00f9 des petites voitures de courses filaient sur des rails sans qu&rsquo;on n&rsquo;arrive \u00e0 les contr\u00f4ler. Pas de comparaison possible avec la tranquillit\u00e9 du Camino. Cependant il faut bien marcher plusieurs kilom\u00e8tres pour ne plus les entendre.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">*<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Sur le Plateau, les indications du GR sont hasardeuses. Un vrai jeu de devinette. De nombreux chemins croisent le Camino. Apr\u00e8s avoir travers\u00e9 une route goudronn\u00e9e, je m&rsquo;engage sur un chemin, en face, qui ne m&rsquo;inqui\u00e8te pas. Il ressemble \u00e0 tous les sentiers habituels du Camino. Toutefois, au bout de deux \u00e0 trois kilom\u00e8tres, je m&rsquo;interroge : plus de balises. Le sentier d\u00e9vie plein Nord-Est. Non ce n&rsquo;est pas possible. Je suis trop engag\u00e9 pour retourner en arri\u00e8re. Il doit bien y avoir moyen de croiser une route qui se dirige vers l&rsquo;Ouest, quitte \u00e0 ajouter quelques kilom\u00e8tres de plus. J&rsquo;ai pr\u00e9vu de m&rsquo;arr\u00eater \u00e0 Montarnaud. Dans mon ent\u00eatement, d\u00e8s qu&rsquo;une ouverture se pr\u00e9sente vers la gauche, je l&#8217;emprunte. Pas de chance. Je continue \u00e0 m&rsquo;illusionner. Il y a un hameau, l\u00e0-bas, plein ouest. Et si je tentais de le rejoindre ? Je bifurque par un petit passage pour ch\u00e8vres ou sangliers vers la gauche, au milieu d&rsquo;un terrain mar\u00e9cageux, et je me retrouve, apr\u00e8s quelques centaines de m\u00e8tres, face \u00e0 un ruisseau. A\u00efe ! Tant pis ! \u00c0 force d&rsquo;acrobaties et avec l&rsquo;aide des branches d&rsquo;arbres et des b\u00e9quilles, je le franchis, j&rsquo;escalade l&rsquo;autre berge et j&rsquo;entre dans un vignoble. Il doit bien y avoir un acc\u00e8s automobile vers ces vignes, pensais-je ! En effet. Voici une route de terre qui se rend\u2026 \u00e0 Grabels ! Quant au hameau de l&rsquo;Ouest, il s&rsquo;est volatilis\u00e9 derri\u00e8re les arbres. Retour au point de d\u00e9part ! J&rsquo;ai bien d\u00fb tourner en rond une dizaine de kilom\u00e8tres. Il est 18 heures. Je t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 Montarnaud pour r\u00e9server un h\u00e9bergement. La route d\u00e9partementale retrouv\u00e9e, je pars en auto-stop. Successivement, deux automobiles m&#8217;emm\u00e8nent \u00e0 Montarnaud. Seize kilom\u00e8tres de marche, d&rsquo;apr\u00e8s le podom\u00e8tre du smartphone, dont cinq ou six en trop ! J&rsquo;\u00e9choue chez une d\u00e9licieuse grand-m\u00e8re qui ouvre son logis aux marcheurs de Compostelle, \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du village. Un allemand, un suisse et une azerba\u00efdjannaise (ou azeri, me dit-elle) m&rsquo;attendent. L&rsquo;allemand va faire des courses et me pr\u00e9pare un succulent repas. Il me raconte ses difficult\u00e9s : alcoolique, divorc\u00e9, probl\u00e8mes respiratoires, vertiges\u2026 Cet homme triste et timide semble vouloir se dissoudre sur le Camino.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Bien diff\u00e9rents sont le suisse et surtout sa compagne, la jeune azeri, femme absolument splendide. Lui est chercheur au CERN. Elle, musulmane, ath\u00e9e, tr\u00e8s cultiv\u00e9e, est aussi une scientifique. Elle me partage sa vision cosmique de l&rsquo;univers et de la conscience\u2026 et aussi son \u00e9tonnement de voir un handicap\u00e9 marcher sur le Chemin de Compostelle. Nous continuons un riche \u00e9change philosophique le lendemain matin, autour d&rsquo;un caf\u00e9 et de croissants (qu&rsquo;ils m&rsquo;offrent parce que je n&rsquo;ai plus assez d&rsquo;argent liquide), dans un salon de th\u00e9. Je suis impressionn\u00e9 par l&rsquo;intelligence de cette femme. Que dire d&rsquo;autre de la vari\u00e9t\u00e9 des marcheurs !<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">La grand-m\u00e8re nous a signal\u00e9 qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui dimanche, le village de Montarnaud f\u00eate les taureaux. Pourquoi ne pas en profiter ! C&rsquo;est la Pentec\u00f4te, la f\u00eate des tentes et du nomadisme, la f\u00eate de l&rsquo;Esprit. Je me rends \u00e0 la messe. \u00c0 ma grande surprise, je ne m&rsquo;ennuie pas un instant. L&rsquo;\u00e9glise grouille d&rsquo;enfants, de jeunes parents et des habituelles t\u00eates blanches. Une vieille dame me fait visiter les recoins de la b\u00e2tisse et d\u00e9couvrir une jolie Vierge en bois de la Renaissance, class\u00e9e. Ce n&rsquo;est pas trop ma tasse de th\u00e9, mais je reconnais l&rsquo;habilit\u00e9 des artistes. \u00c0 la sortie de l&rsquo;\u00e9glise, j&rsquo;aper\u00e7ois les rues barr\u00e9es par de grandes grilles m\u00e9talliques : des taureaux vont \u00eatre l\u00e2ch\u00e9s dans le bourg. Une dame m&rsquo;explique qu&rsquo;ici, on ne tue pas les taureaux. Bient\u00f4t des cavaliers, v\u00eatus en habits folkloriques locaux, d\u00e9filent dans les rues avec autorit\u00e9 et virilit\u00e9. Enfin virilit\u00e9 : discutable, car au milieu des cavaliers, parade un petit bout de chou, une petite fille d&rsquo;une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, fi\u00e8rement mont\u00e9e sur un cheval blanc tachet\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_2488\" style=\"width: 277px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/torosdanslesrues.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2488\" class=\"size-medium wp-image-2488\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/torosdanslesrues-267x300.jpg\" alt=\"Courage, fuyons !\" width=\"267\" height=\"300\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2488\" class=\"wp-caption-text\"><em><small>Courage, fuyons !<\/small><\/em><\/p><\/div>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Les taureaux arrivent, scrupuleusement encadr\u00e9s et surveill\u00e9s par les cavaliers. Des jeunes gens se jettent sur eux pour essayer de les renverser et se pr\u00e9cipitent sur un promontoire ou derri\u00e8re les grilles d\u00e8s que l&rsquo;animal s&rsquo;\u00e9nerve. Ils y parviennent une seule fois. \u00c0 plusieurs reprises, les taureaux \u00e9chappent \u00e0 leurs gardiens et s&rsquo;enfuient dans les rues, poursuivis au galop par les cavaliers. Mettez-vous \u00e0 la place de ces malheureux bovid\u00e9s ! Ne pr\u00e9f\u00e9reraient-ils pas pa\u00eetre tranquillement dans les garrigues et courser une vache de temps en temps, plut\u00f4t que de tourner en rond au milieu du vacarme des sabots et des cris et applaudissements de la foule\u2026 \u00e0 moins d&rsquo;\u00eatre des taureaux artistes et avides de renomm\u00e9e !<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Je reste dans le village pour manger des hamburgers et des frites. Puis retour dans le silence et la tranquillit\u00e9 de la nature. Sur une route goudronn\u00e9e qui descend quelques kilom\u00e8tres apr\u00e8s Montarnaud, sous la chaleur de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, trois marcheuses me croisent en sens inverse. Au m\u00eame moment, un cycliste \u00e9puis\u00e9 nous aborde : il est au bord du malaise, n&rsquo;a plus rien \u00e0 boire et est en hypoglyc\u00e9mie. Nous le r\u00e9confortons, nous lui offrons de quoi boire et de quoi se restaurer. Le pauvre doit encore p\u00e9daler plusieurs dizaines de kilom\u00e8tres pour rejoindre sa voiture. Les paysages sont de plus en plus sauvages. \u00c0 la sortie du village de La Boissi\u00e8re, un large chemin, pierreux et tout droit s&rsquo;enfonce au milieu de belles collines couvertes de r\u00e9sineux et de broussailles. Pr\u00e8s d&rsquo;un lac, un p\u00eacheur me raconte sa vie. J&rsquo;ai du mal \u00e0 le d\u00e9crocher.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">*<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">En milieu d&rsquo;apr\u00e8s-midi, non loin du village d&rsquo;Aniane, deux automobilistes dans une vieille voiture break b\u00e2ch\u00e9e, proposent de me prendre. J&rsquo;accepte et je me retrouve recroquevill\u00e9 \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re, en compagnie d&rsquo;un chien pas tr\u00e8s rassur\u00e9 par ma pr\u00e9sence. Ils m&#8217;emm\u00e8nent \u00e0 Aniane, puis me conduisent vers une chapelle abandonn\u00e9e qui fut, para\u00eet-il, le point de d\u00e9part de la vie apostolique de Saint-Beno\u00eet-d&rsquo;Aniane. Il faudra que je me renseigne sur ce saint. Mais ici, \u00e0 Saint-Guilhem-le-d\u00e9sert o\u00f9 j&rsquo;\u00e9cris, je n&rsquo;ai pas acc\u00e8s au r\u00e9seau. Les deux chauffeurs m&rsquo;invitent \u00e0 planter la tente ici. Cependant, j&rsquo;ai encore envie de marcher et quelques jeunes semblent fumer des choses bizarres pr\u00e8s de la chapelle. Je n&rsquo;\u00e9prouve pas le d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre ennuy\u00e9 cette nuit. Les deux automobilistes me conduisent alors \u00e0 la sortie du bourg d&rsquo;Aniane. Ils habitent tout pr\u00e8s. Ils sont agriculteurs.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Le GR est malheureusement assez loin vers la droite. Je marche le long d&rsquo;une route d\u00e9partementale dangereuse. Elle est envahie de nombreuses voitures qui roulent \u00e0 grande vitesse, certainement pour retourner \u00e0 Montpellier \u00e0 la fin du week-end. Je d\u00e9cide de quitter le p\u00e9rilleux et \u00e9troit bord de route et je pars perpendiculairement \u00e0 travers des vignes, afin de rejoindre le Camino. Un vrai plaisir alors que le Soleil bascule derri\u00e8re les montagnes et que tous les reliefs cach\u00e9s par la lumi\u00e8re se r\u00e9v\u00e8lent. <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/PontDiable.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2489\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/PontDiable-300x169.jpg\" alt=\"PontDiable\" width=\"300\" height=\"169\" \/><\/a>Vers 19 heures, j&rsquo;atteins le \u00ab Pont du Diable \u00bb, bel ouvrage m\u00e9di\u00e9val et photog\u00e9nique \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e des Gorges de l&rsquo;H\u00e9rault. Il est marqu\u00e9 : interdit de camper. Tant mieux. Je vais jouer \u00e0 cache-cache avec le garde-champ\u00e8tre et planter la tente sous des arbres, en surplomb de la rivi\u00e8re avec une vue imprenable sur le Pont du Diable. Un de ses d\u00e9mons, M\u00e9phisto ou Belz\u00e9buth, ont d\u00fb r\u00f4der la nuit, parce que j&rsquo;ai mal dormi. Mais il \u00e9tait aid\u00e9 par le froid qui a r\u00e9ussi par passer \u00e0 travers les fibres du sac de couchage.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">*<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Le matin, le ciel est radieux. Deux jours de Soleil apr\u00e8s plusieurs journ\u00e9es de pluie et de vent. Saint-Guilhem-le-D\u00e9sert est proche, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres. Mais je suis fatigu\u00e9. Je vais mettre plus de trois heures pour joindre le c\u00e9l\u00e8bre village. Il faut dire que la route qui y m\u00e8ne longe les Gorges de l&rsquo;H\u00e9rault. Le spectacle des eaux tumultueuses invite \u00e0 souvent s&rsquo;arr\u00eater pour les contempler et les \u00e9couter. Elles rappellent, \u00e0 petite \u00e9chelle, les impressionnantes Gorges du Yang-Ts\u00e9-Kiang que mon \u00e9pouse, mon fils et moi, avons long\u00e9es sur plusieurs dizaines de kilom\u00e8tres il y a deux ans : une des plus belles balades de notre vie qui s&rsquo;ancre \u00e0 jamais dans la m\u00e9moire.<\/span><\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_2491\" style=\"width: 650px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/tigre-herault.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2491\" class=\"wp-image-2491 size-large\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/tigre-herault-1024x334.jpg\" alt=\"Beige et bleu, Yang Ts\u00e9 et H\u00e9rault\" width=\"640\" height=\"209\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2491\" class=\"wp-caption-text\"><em>Beige et bleu, Yang Ts\u00e9 et H\u00e9rault&#8230; Pourquoi pas ?<br \/><\/em><\/p><\/div>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Quand je parviens \u00e0 Saint-Guilhem-le-D\u00e9sert, il est d\u00e9j\u00e0 onze heures pass\u00e9es. Je monte boire un caf\u00e9 sur la place centrale, Place de la Libert\u00e9, sous l&rsquo;immense platane qui offre de l&rsquo;ombre \u00e0 des dizaines de touristes. J&rsquo;\u00e9cris tranquillement. Quand arrive l&rsquo;heure de manger, je constate que les prix sont trop \u00e9lev\u00e9s pour ma bourse. Tant pis. Je loge dans le petit Carmel, \u00ab Rue du bout du Monde \u00bb (quel beau nom !), dans le haut du village. La jeune carm\u00e9lite qui m&rsquo;accueille est de mauvaise humeur. Je rase les murs. Il a d\u00fb se passer quelque incident ou je ne sais quelle dispute dans la matin\u00e9e. Je redescends dans le village et je remarque un petit panneau qui indique un salon de th\u00e9 o\u00f9 il est possible de manger des tartes et des salades, vers une rue parall\u00e8le \u00e0 la rue principale, et moins passante. Voil\u00e0 quelques escaliers, j&rsquo;acc\u00e8de dans une petite cour et je m&rsquo;installe sur une jolie terrasse ombrag\u00e9e, la vue sur les parois des montagnes proches.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Un jeune homme m&rsquo;aborde. Il d\u00e9sire, dit-il, des \u00ab renseignements sur le pays \u00bb. En r\u00e9alit\u00e9, son interrogation cache d&rsquo;autres intentions. Il a vu mon \u00e9quipement, ma jambe artificielle, et il a devin\u00e9 sans difficult\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait en pr\u00e9sence d&rsquo;un p\u00e8lerin de Compostelle un peu inhabituel. Fausse devinette, du reste, car tous les p\u00e8lerins de Compostelle, \u00e0 quelques rares exceptions, sont inhabituels. Il me pose la question pi\u00e8ge et fatale : \u00ab est-ce que vous faites ce chemin pour des raisons spirituelles ? \u00bb. Je suis aussit\u00f4t m\u00e9fiant. Mais mon jeune interlocuteur a un regard transparent, un pr\u00e9nom d&rsquo;ange biblique et une parole lumineuse. Je l&rsquo;invite \u00e0 me tutoyer. Je l&rsquo;appellerais \u00ab Uriel \u00bb, du nom de l&rsquo;ange de la Cr\u00e9ation dans l&rsquo;Oratorio du m\u00eame nom, de Haydn. Sa femme et ses enfants sont assis patiemment \u00e0 une autre table. Il commande une salade et une bi\u00e8re, et je d\u00e9cide de choisir les m\u00eames. Me voici dans la position du sage, du proph\u00e8te, du danseur Zarathoustra comme \u00e9voqu\u00e9 dans l&rsquo;article pr\u00e9c\u00e9dent, enfin bref\u2026 de celui qui, quoique \u00e9clop\u00e9, \u00e9coute, conseille&#8230; mais avec un contenu diff\u00e9rent du c\u00e9l\u00e8bre personnage nietzch\u00e9en. Lentement, je lui propose de penser l&rsquo;esprit ou l&rsquo;Esprit, non comme une entit\u00e9, ou pire une sorte de vapeur ou d&rsquo;ectoplasme immat\u00e9riel, mais comme une relation vivante ; de penser la spiritualit\u00e9 non comme une fuite de la mati\u00e8re et du monde, mais bien au contraire comme une puissance dynamique qui transforme la mati\u00e8re, l&rsquo;activit\u00e9 organique, l&rsquo;\u00e9volution naturelle, l&rsquo;histoire et les \u0153uvres humaines, vers plus d&rsquo;\u00eatre et de vie\u2026 jusque dans les passions et les diminutions. Mieux encore, penser la mati\u00e8re comme une figure, une position et un moment n\u00e9cessaire de la vie de l&rsquo;Esprit. Un peu de Hegel, un peu de Teilhard et de Whitehead, quoi ! Et beaucoup de Nicolas ! Nous discutons sur le \u00ab Soi \u00bb et le d\u00e9centrement du \u00ab Soi \u00bb pour d\u00e9couvrir l&rsquo;infinie richesse des interactions dans le r\u00e9el, dans la nature, dans le corps, dans la vie sociale. Mon intention est de ne pas le laisser se faire pi\u00e9ger par le dualisme ou par je ne sais quelle gnose.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Uriel confie \u00eatre membre d&rsquo;une \u00e9glise \u00e9vang\u00e9lique. Je lui raconte que je lis la Bible tous les jours, ou presque tous les jours, et que plus je progresse, plus je la d\u00e9couvre comme un lieu humain. Un lieu d&rsquo;alliance avec tout ce que l&rsquo;humanit\u00e9 dra\u00eene de grand et de mis\u00e9rable. C&rsquo;est parce qu&rsquo;elle est parole d&rsquo;homme qu&rsquo;elle est Parole de Dieu. Elle parle de l&rsquo;homme de l&rsquo;int\u00e9rieur de lui-m\u00eame et non jet\u00e9e de l&rsquo;ext\u00e9rieur par r\u00e9v\u00e9lation proph\u00e9tique, comme le sont d&rsquo;autres ouvrages dits \u00ab inspir\u00e9s \u00bb. Uriel n&rsquo;a pas l&rsquo;air choqu\u00e9. M\u00eame s&rsquo;il y a du proph\u00e9tisme dans le monde biblique, il s&rsquo;agit de personnages et de situations circonscrites dans l&rsquo;espace et le temps dont la valeur universelle est sujette \u00e0 d\u00e9bat. Bien d&rsquo;autres perspectives apparaissent et toutes disent quelque-chose de l&rsquo;homme, que ce soit du sublime, du tragique, du comique parfois, du pervers et de l&rsquo;abominable aussi.<a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/eglisestguilhem.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-2492\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/eglisestguilhem-300x203.jpg\" alt=\"eglisestguilhem\" width=\"300\" height=\"203\" \/><\/a> \u00ab Et Dieu l\u00e0-dedans ? \u00bb m&rsquo;interroge-t-il. Je reprends ce que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9 par ailleurs sur ce blog : de quoi parle-t-on sous le nom de Dieu, quelles figures statiques, monarchiques, magiques, se cachent sous les qualificatifs et les d\u00e9finitions, quel profit ou quelle s\u00e9curit\u00e9 y cherche-t-on. Le mot \u00ab foi \u00bb ne fait plus partie de mon vocabulaire depuis mon Camino de l&rsquo;an pass\u00e9, et surtout la \u00ab foi en l&rsquo;existence de Dieu \u00bb : il est ridicule de faire d\u00e9pendre une existence d&rsquo;une confession de foi subjective -ou m\u00eame intersubjective-. Je me m\u00e9fie de l&rsquo;essentialisme. Cela fait plusieurs si\u00e8cles que les philosophes ont d\u00e9nonc\u00e9 cette imposture. En revanche, pourquoi ne pas penser non en terme de foi, mais en terme de \u00ab confiance \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire une \u00ab foi en alliance \u00bb, une \u00ab inter-foi \u00bb si on pouvait cr\u00e9er le mot, une r\u00e9ciprocit\u00e9. L&rsquo;exp\u00e9rience et la parole vraie \u00e9chang\u00e9e sont plus importantes que les id\u00e9es et les th\u00e9ories. Tout cela pour dire qu&rsquo;au bout et au coeur du chemin de vie, se cachent la pri\u00e8re et la confiance, m\u00eame dans l&rsquo;obscurit\u00e9 et l&rsquo;inconnaissance. Pas besoin de confession de foi pour cela. Le doute, la col\u00e8re, l&rsquo;incompr\u00e9hension, le discernement pour agir, pour penser ou pour cr\u00e9er, la paix, la contemplation et l&rsquo;\u00e9coute silencieuse en font partie. M\u00eame pas besoin de religion. Bref, concentr\u00e9 de ce que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit ailleurs, ici et l\u00e0. Peut-\u00eatre prendrais-je le temps de d\u00e9velopper ces points dans d&rsquo;autres articles ?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Nous parlons aussi longuement de paternit\u00e9 et du r\u00f4le du p\u00e8re dans une soci\u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e de plus en plus par un mauvais naturalisme. Fondamentalement, une m\u00e8re sait de qui est son enfant. Pas besoin de le dire, si ce n&rsquo;est pour consoler et c\u00e2liner. Un p\u00e8re, lui, ne sait pas et il est oblig\u00e9 de faire confiance \u00e0 la parole vraie de la m\u00e8re. Naissance de la parole et ancrage de la filiation dans le social et la culture, via la parole donn\u00e9e. On retrouve toujours les m\u00eames ingr\u00e9dients. Uriel me pr\u00e9sente sa femme et ses enfants. Il me raconte qu&rsquo;il est chef d&rsquo;une entreprise qu&rsquo;il a cr\u00e9\u00e9e, et qu&rsquo;il a d\u00e9j\u00e0 embauch\u00e9 plusieurs personnes. Il attribue sa r\u00e9ussite \u00e0 \u00ab Dieu \u00bb, ce qui me laisse assez r\u00e9serv\u00e9. Mais pourquoi pas, si sa r\u00e9ussite permet des embauches et la cr\u00e9ation de richesses et de services. Je suis admiratif. Je suis surpris de la clart\u00e9 de la conversation, des id\u00e9es partag\u00e9es, des images utilis\u00e9es, de nos questions et de nos r\u00e9ponses mutuelles, de nos silences aussi. J&rsquo;ai des difficult\u00e9s \u00e0 les exprimer ici, par \u00e9crit, parce qu&rsquo;Uriel s&rsquo;exprimait avec beaucoup de sensibilit\u00e9. Uriel reste plus de deux heures avec moi. Il avait pr\u00e9vu une sortie en v\u00e9lo, mais notre partage l&rsquo;a dissuad\u00e9. Il finit par me quitter rapidement, un peu comme un souffle qui passe et dispara\u00eet. Je reste assis quelques minutes. Lorsque je retourne au bar pour payer l&rsquo;addition, le responsable du restaurant me dit : \u00ab non, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 r\u00e9gl\u00e9 ! \u00bb. \u00ab Qui ? \u00bb, demandais-je sans trop d&rsquo;incertitude. \u00ab Le jeune homme pr\u00e9sent avec sa femme et ses enfants, et qui est rest\u00e9 \u00e0 parler avec vous ! \u00bb. Souffle ang\u00e9lique. Bonne chance \u00e0 toi, Uriel et \u00e0 ton \u00e9pouse C&#8230; et tes enfants.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">*<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\"><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/eglisesaintguilhem.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-2490\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/eglisesaintguilhem-300x169.jpg\" alt=\"eglisesaintguilhem\" width=\"300\" height=\"169\" \/><\/a>Apr\u00e8s ce tr\u00e8s \u00e9tonnant partage, je visite Saint-Guilhem, puis je me cache pour un long temps de silence dans la grande \u00e9glise monastique qui domine le bourg de toute sa masse. Ensuite je retourne au Carmel o\u00f9 je suis le seul p\u00e8lerin. Un dortoir pour moi tout seul. Une carm\u00e9lite vient bavarder en passant. Je l&rsquo;interroge pour savoir ce qu&rsquo;est devenue la communaut\u00e9 charismatique de la Th\u00e9ophanie, install\u00e9e dans le village, que j&rsquo;avais eu le bonheur de fr\u00e9quenter dans les ann\u00e9es 80. Volatilis\u00e9e, explique-t-elle. Le responsable, le \u00ab berger \u00bb comme on l&rsquo;appelle, qui avait fond\u00e9 et dirig\u00e9 cette communaut\u00e9, \u00e9tait devenu un gourou. \u00c0 la suite d&rsquo;une \u00ab inspiration divine \u00bb (entre guillemets), il a abandonn\u00e9 la Th\u00e9ophanie et est parti s&rsquo;installer sous d&rsquo;autres cieux\u2026 ensoleill\u00e9s, si j&rsquo;ai bien compris. La communaut\u00e9, laiss\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame, s&rsquo;est dispers\u00e9e et dissoute. Certains ont mal v\u00e9cu cette explosion. Telle est la version de la carm\u00e9lite dont je n&rsquo;ai pu v\u00e9rifier la v\u00e9racit\u00e9. Cette conversation me laisse r\u00eaveur. Dans les ann\u00e9es 80, j&rsquo;ai fr\u00e9quent\u00e9 plusieurs de ces communaut\u00e9s dites \u00ab charismatiques \u00bb, partag\u00e9 entre deux sentiments : celui, joyeux, de lieux un peu post-soixante-huitards o\u00f9 les personnes riaient, chantaient, s&rsquo;aimaient -ou du moins se ch\u00e9rissaient- ; celui, prudent voire inquiet, de lieux o\u00f9 la parole n&rsquo;\u00e9tait pas libre, o\u00f9 les questionnements existentiels \u00e9taient noy\u00e9s dans une phras\u00e9ologie pseudo-spirituelle, n\u00e9buleuse, syncr\u00e9tique et racoleuse. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;amour sans parole vraie, parfois douloureuse.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">L&rsquo;une de ces communaut\u00e9s, \u00ab le Lion de Juda \u00bb, devenu \u00ab Les B\u00e9atitudes \u00bb, que je c\u00f4toyais de temps en temps, a fait l&rsquo;objet de d\u00e9cha\u00eenements m\u00e9diatiques, fond\u00e9s ou non, il y a quelques ann\u00e9es. Des conflits de pouvoir ont d\u00e9voil\u00e9 les manipulations et illusions des uns et des autres. Le pianiste, que j&rsquo;appr\u00e9ciais beaucoup et qui s&rsquo;\u00e9tonnait des pi\u00e8ces de Debussy et d&rsquo;Albeniz que je travaillais \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 m\u00eal\u00e9 \u00e0 de sombres affaires de p\u00e9dophilie. J&rsquo;ai \u00e9galement le souvenir de plusieurs membres, me voyant lire du Bachelard, qui me harcelaient en affirmant que je lisais des \u0153uvres du Diable ! Bachelard de m\u00eache avec le Diable ? Diable, diable ! Je veux bien aller en enfer pour fr\u00e9quenter des po\u00e8tes philosophes comme lui ! Inversement, du c\u00f4t\u00e9 de la Th\u00e9ophanie cette fois, j&rsquo;ai le souvenir de l&rsquo;admirable t\u00e9moignage d&rsquo;un espagnol sur sa vie conjugale, au milieu d&rsquo;un parterre de s\u00e9minaristes paralys\u00e9s de g\u00eane et de silence. Cela se passait \u00e0 l&rsquo;Institut Catholique de Toulouse. Un spectacle tragi-comique tr\u00e8s \u00e9tonnant et r\u00e9v\u00e9lateur de t\u00e9n\u00e9breux secrets\u2026 du c\u00f4t\u00e9 de la sexualit\u00e9 de ces jeunes futurs pr\u00eatres.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Autant avouer que l&rsquo;\u00e9change avec la carm\u00e9lite m&rsquo;a laiss\u00e9 dans une \u00e9trange perplexit\u00e9\u2026, mais sans troubler ma s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. La religieuse \u00e9tait courrouc\u00e9e de l&rsquo;histoire de la Th\u00e9ophanie, mais aussi m\u00e9lancolique, pour ne pas dire d\u00e9prim\u00e9e : \u00ab nous n&rsquo;avons plus de jeunes, plus de vocations ! \u00bb Eh oui, ma brave s\u0153ur, le Monde a chang\u00e9. Nous avons quitt\u00e9 la Chr\u00e9tient\u00e9, l&rsquo;\u00e8re th\u00e9ologique et religieuse, en d\u00e9pit des turbulences mortif\u00e8res actuelles. Mais faut-il s&rsquo;en d\u00e9sesp\u00e9rer ? S\u00fbrement pas. La question de la v\u00e9rit\u00e9, du sens, de Dieu, n&rsquo;appartient pas d&rsquo;abord aux religions, aux rituels, aux clerg\u00e9s, leurs \u0153uvres et leurs pompes, m\u00eame si leurs biblioth\u00e8ques ont beaucoup de visions ajust\u00e9es et de pens\u00e9es pr\u00e9cieuses. M\u00eame si l&rsquo;histoire et les mots impr\u00e8gnent notre m\u00e9moire. \u00c0 partir du moment o\u00f9 la notion de religion a quitt\u00e9 l&rsquo;espace des cat\u00e9gories de la conscience pour devenir un objet d&rsquo;\u00e9tudes, elle est d\u00e9pass\u00e9e. Ou plus exactement recouverte. Elle s&rsquo;int\u00e8gre dans la m\u00e9moire historique et comme couche int\u00e9rieure de la Noosph\u00e8re. Les sacrements des \u00e9glises et les rituels des religions n&rsquo;ont aucun sens s&rsquo;ils ne sont pas au service des hommes, de leur cr\u00e9ativit\u00e9, de l&rsquo;\u00e9thique, du politique, des sciences et des arts\u2026 et j&rsquo;ajoute aujourd&rsquo;hui, de la vie des \u00e9cosyst\u00e8mes. Apr\u00e8s tout, il suffit de lire les \u00c9vangiles : le Christ J\u00e9sus indique et d\u00e9montre par sa vie la sortie de la religion, la lib\u00e9ration vis \u00e0 vis des clerg\u00e9s et des rites, pour permettre \u00e0 l&rsquo;homme de creuser et d&rsquo;exp\u00e9rimenter, avec l&rsquo;\u00e9paisseur du temps et de la mati\u00e8re, sa vocation divine. Pour le meilleur et pour le pire, oui oui, je le sais. L&rsquo;\u00e9mergence de la libert\u00e9 est un risque.<\/span><\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_2493\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/carmel.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2493\" class=\"wp-image-2493 size-medium\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/carmel-300x196.jpg\" alt=\"Montagnes derri\u00e8re le Carmel\" width=\"300\" height=\"196\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2493\" class=\"wp-caption-text\"><em><small>Montagnes derri\u00e8re le Carmel<\/small><\/em><\/p><\/div>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Je reste deux jours \u00e0 Saint-Guilhem-le-D\u00e9sert. Le moignon est douloureux et ab\u00eem\u00e9. Le corps a besoin de repos et de sommeil. Le cirque des montagnes qui encerclent la belle cit\u00e9 attire le marcheur tent\u00e9 par les paysages sauvages. Il m\u00e9rite bien un temps d&rsquo;arr\u00eat et de contemplation. Attendons demain et profitons de l&rsquo;instant et de l&rsquo;espace pr\u00e9sents. Ce soir, quelques p\u00e8lerins se sont annonc\u00e9s.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><em><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1524\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: arial;\"><span style=\"font-size: small;\">Article suivant <\/span><\/span><\/span><\/a><\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"color: #ff0000;\">NOUVEAU<\/span> : mon r\u00e9cit de Compostelle (en deux parties), publi\u00e9 fin Juin 2016.<br \/>\nAller \u00e0 la page \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/chemin-de-compostelle\/\">Compostelle<\/a>\u00a0\u00bb ou commander sur \u00ab\u00a0Contact\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article pr\u00e9c\u00e9dent Mai 2016, Saint-Guilhem-le-d\u00e9sert, le deuxi\u00e8me jour ll fait beau sur Montpellier. Les quelques rares p\u00e8lerins du g\u00eete Saint-Roch, \u00e0 l&rsquo;exception d&rsquo;un espagnol, sont d\u00e9j\u00e0 partis. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur du vaste b\u00e2timent, quelque part au rez-de-chauss\u00e9e, chante une chorale aux &hellip; <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1456\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-1456","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-compostelle"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1456","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1456"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1456\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1456"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1456"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1456"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}