{"id":1453,"date":"2016-06-01T09:46:18","date_gmt":"2016-06-01T09:46:18","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1453"},"modified":"2022-05-08T19:42:31","modified_gmt":"2022-05-08T19:42:31","slug":"compostelle-chemin-darles-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1453","title":{"rendered":"Compostelle &#8211; Chemin d&rsquo;Arles (1)"},"content":{"rendered":"<p align=\"RIGHT\"><em><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?page_id=1405\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: arial;\"><span style=\"font-size: small;\">Article pr\u00e9c\u00e9dent <\/span><\/span><\/span><\/a><\/em><\/p>\n<h6 class=\"western\" align=\"RIGHT\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: arial;\">Mai 2016, Montpellier<br \/>\n<\/span><\/span><\/h6>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Le d\u00e9mon de la marche m\u2019a saisi. Si je reprends le Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle et non une randonn\u00e9e quelque part sur la Plan\u00e8te, c\u2019est parce qu\u2019il offre une z\u00f4ne de confort pour un handicap\u00e9. Si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 valide, j\u2019aurais aim\u00e9 traverser la Chine, la Cordilli\u00e8re des Andes, me risquer sur la Route de la Soie, crapahuter au c\u0153ur de l&rsquo;Himalaya ou vers la Terre de Feu. Le Chemin de Saint-Jacques propose de nombreux h\u00e9bergements, il est balis\u00e9\u2026 et sur la route, il est possible de trouver une pharmacie, un m\u00e9decin ou un p\u00e8lerin soignant.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\"> Cette ann\u00e9e, je consens \u00e0 d&rsquo;autres conforts : un smartphone avec un r\u00e9seau actif qui permet d&rsquo;\u00e9changer des informations et des photos avec des proches, sur lequel j&rsquo;ai charg\u00e9 Facebook. L&rsquo;an pass\u00e9 sur le Camino d&rsquo;Espagne, je poss\u00e9dais d\u00e9j\u00e0 un smartphone Xiaomi, achet\u00e9 en Chine. Je prenais des photos et je notais les \u00e9v\u00e9nements de chaque jour. Ma maladresse m&rsquo;avait conduit \u00e0 ne capter aucun r\u00e9seau. J&rsquo;avais chemin\u00e9 une cinquantaine de jours, loin des nouvelles des miens, loin des bavardages m\u00e9diatiques, sauf lorsque les circonstances conduisaient \u00e0 croiser un r\u00e9seau wifi. Et puis, le smartphone est mort, une fois arriv\u00e9 \u00e0 Santiago, \u00e0 force de chocs, de chutes et de rayures. J&rsquo;ai donc rachet\u00e9 un semblable smartphone Xiaomi de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, encore plus performant et bien plus rapide, \u00e0 un prix d\u00e9fiant toute concurrence. Et cette fois, j&rsquo;ai install\u00e9 Facebook. Le c\u00e9l\u00e8bre r\u00e9seau social me rebutait, j&rsquo;ai souvent navigu\u00e9 \u00e0 la recherche d&rsquo;une alternative open source\u2026 mais quand je me suis aper\u00e7u que non seulement nombre d&rsquo;amis, de coll\u00e8gues, de proches et moins proches familiaux, mais encore des associations, des groupes de r\u00e9flexion, des personnalit\u00e9s et des m\u00e9dias y \u00e9crivaient, j&rsquo;ai song\u00e9 : \u00ab et pourquoi pas ? Apr\u00e8s tout, l&rsquo;instantan\u00e9 fait autant partie du Chemin que la lente \u00e9ternit\u00e9 de la marche \u00bb. Et si Facebook peut devenir une drogue, l&rsquo;Esprit du Camino saura m&rsquo;en d\u00e9tacher quand il le faut et me le rendre quand il le veut.<\/span><\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_2443\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-14-Montpellier-Montarnaud01p.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2443\" class=\"wp-image-2443 size-medium\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/2016-05-14-Montpellier-Montarnaud01p-300x169.jpg\" alt=\"2016-05-14-Montpellier-Montarnaud01p\" width=\"300\" height=\"169\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2443\" class=\"wp-caption-text\"><em>Vue depuis le g\u00eete Saint Roch<\/em><\/p><\/div>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">J&rsquo;\u00e9cris, assis \u00e0 la terrasse du restaurant Sister&rsquo;s Caf\u00e9, \u00e0 Montpellier, pr\u00e8s du g\u00eete Saint-Roch, attenant \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise du m\u00eame nom. Je chemine depuis quatre jours depuis Arles. Petit \u00e0 petit, les sensations se r\u00e9veillent. Les multiples contrepoints de la conscience et de la parole, \u00e9galement. Ils m&rsquo;amusent\u2026 Surtout le d\u00e9calage entre le bavardage int\u00e9rieur incessant, le \u00ab parlement int\u00e9rieur \u00bb selon l&rsquo;expression d&rsquo;Alexandra David N\u00e9el dont j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9, le silence en soi et la pri\u00e8re continue. Il faudrait ajouter aussi les m\u00e9lodies que le cerveau droit infuse dans ces flux de mots et de pens\u00e9es. Le Chemin d&rsquo;Arles, ou \u00ab Camino Tolosona \u00bb comme je viens de le lire dans un d\u00e9pliant, est calme en ce d\u00e9but de Mai. Aucun autre p\u00e8lerin en vue, sauf dans les h\u00e9bergements, \u00e0 l&rsquo;exception d&rsquo;une \u00e9l\u00e9gante et tr\u00e8s belle femme blonde \u00e0 l&rsquo;accent nordique rencontr\u00e9e lors d&rsquo;une pause le long d&rsquo;un canal\u2026 et que je n&rsquo;ai jamais revue.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Quatre jours depuis Arles ? Aurais-je \u00e9t\u00e9 si rapide avec ma jambe de m\u00e9tal, de r\u00e9sine et de plastique ? Non. En raison des travaux d&rsquo;infrastructure du TGV, d&rsquo;une autoroute de contournement de la m\u00e9tropole de Montpellier et de divers r\u00e9seaux souterrains, j&rsquo;ai pris le train entre Lunel et la pr\u00e9fecture de l&rsquo;H\u00e9rault. Ce choix \u00e9tait vivement conseill\u00e9 par les h\u00e9bergeurs, par l&rsquo;un ou l&rsquo;autre marcheur et m\u00eame \u00e9crit sur le guide du \u00ab Miam miam, dodo \u00bb que j&rsquo;ai achet\u00e9 cette ann\u00e9e\u2026 et qu&rsquo;utilisent nombre de p\u00e8lerins vers Compostelle.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Trois h\u00e9bergements. Deux tr\u00e8s sympathiques, un autre, plus cher, moins accueillant et o\u00f9 j&rsquo;ai dormi seul. Al\u00e9as du Camino. Il a plu tous ces jours-ci. La nuit o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais seul, j&rsquo;ai terriblement souffert de douleurs du membre fant\u00f4me. Heureusement, personne ne m&rsquo;accompagnait ; il aurait mal dormi en entendant mes g\u00e9missements et mes spasmes. J&rsquo;ai l&rsquo;habitude des douleurs fant\u00f4mes, elles ne m&rsquo;affolent pas\u2026 mais elles peuvent inqui\u00e9ter -\u00e0 tort- des valides non habitu\u00e9s \u00e0 ce curieux ph\u00e9nom\u00e8ne des amput\u00e9s. Comme l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re sur le Camino espagnol, elles ne se sont manifest\u00e9es qu&rsquo;une seule fois, en plein jour, du c\u00f4t\u00e9 de Logro<span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">\u00f1<\/span>o, je ne me suis pas m\u00e9fi\u00e9 et je n&rsquo;ai embarqu\u00e9 aucun m\u00e9dicament. Les n\u00e9cessit\u00e9s de soin du moignon sont d\u00e9j\u00e0 bien assez encombrants. Les crises du membre fant\u00f4me sont souvent des signes de changement d&rsquo;atmosph\u00e8re, m\u00e9t\u00e9o, environnement, humidit\u00e9, altitude. Elles manifestent aussi une m\u00e9diation critique de tout l&rsquo;organisme. Le syst\u00e8me nerveux et le cerveau tentent de s&rsquo;adapter \u00e0 une situation nouvelle. La conjugaison de tous ces facteurs agit sur les zones fragiles et mutil\u00e9es de l&rsquo;organisme. Rien d&rsquo;inqui\u00e9tant, tout le monde l&rsquo;exp\u00e9rimente sous d&rsquo;autres formes physiques et psychiques.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Depuis plusieurs semaines, le climat est perturb\u00e9, froid, pluvieux, venteux. La terre tremp\u00e9e, habituellement indiff\u00e9rente aux infimes caresses des pieds des marcheurs, devient de la \u00ab terre amoureuse \u00bb, de la boue qui colle aux sandales et qui les alourdit. <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/Gadoue-sur-Montpellier.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2444\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/Gadoue-sur-Montpellier-300x211.png\" alt=\"Gadoue-sur-Montpellier\" width=\"300\" height=\"211\" \/><\/a>Des flaques d&rsquo;eau barrent la route. Pr\u00e8s de Lunel, j&rsquo;ai d\u00fb d\u00e9chausser mon bon pied, enlever la proth\u00e8se et franchir une mare d&rsquo;eau avec les b\u00e9quilles. Je tenais la proth\u00e8se en l&rsquo;air pour \u00e9viter qu&rsquo;elle se s&rsquo;impr\u00e8gne d&rsquo;humidit\u00e9. La proth\u00e9siste m&rsquo;a expliqu\u00e9 qu&rsquo;il y avait des capteurs \u00e9lectroniques jusque dans le talon m\u00e9tallique. Dans quel but ? Je n&rsquo;en sais rien. Mieux vaut \u00e9viter les pannes. Lors de la marche sur la Via Podensis, la proth\u00e8se \u00e9tait tomb\u00e9e en panne du c\u00f4t\u00e9 de Cahors : pendant dix jours, j&rsquo;avais march\u00e9 le genou raide.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Cette ann\u00e9e, j&rsquo;ai achet\u00e9 une grande p\u00e9lerine rouge fluo, un \u00ab\u00a0poncho\u00a0\u00bb comme explique le vendeur, capable d&rsquo;envelopper tout le corps et le sac \u00e0 dos. Je ressemble \u00e0 un dromadaire rouge, m&rsquo;a-t-on \u00e9crit. Pour l&rsquo;enfiler, j&rsquo;ai tent\u00e9 plusieurs m\u00e9thodes avant de trouver une solution : assis par terre, sur un si\u00e8ge improvis\u00e9, une pierre par exemple, je me dissimuleet dessous, sans les manches, je me recroqueville \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, je saisis le sac \u00e0 dos par le c\u00f4t\u00e9 gauche, je glisse la sangle droite et j&rsquo;attache le tout, puis je sors la t\u00eate et les bras&#8230; et je remets la proth\u00e8se si elle est enlev\u00e9e.<a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/haddock-capote-voiture.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-2446\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/haddock-capote-voiture-269x300.png\" alt=\"haddock-capote-voiture\" width=\"269\" height=\"300\" \/><\/a> Lors d&rsquo;un arr\u00eat pr\u00e8s de Vauvert, la pluie a commenc\u00e9 \u00e0 tomber avec intensit\u00e9 tandis que je m&rsquo;\u00e9tais abrit\u00e9 sous un arbre. J&rsquo;ai saisi la p\u00e9lerine rouge, j&rsquo;ai gigot\u00e9 dans tous les sens pour essayer de l&rsquo;enfiler\u2026 et quand j&rsquo;y suis parvenu, la pluie a cess\u00e9. L&rsquo;image du Capitaine Haddock, qui tente de d\u00e9plier la capote de sa voiture sous l&rsquo;orage et qui y parvient \u00e0 l&rsquo;instant o\u00f9 la pluie s&rsquo;arr\u00eate, est une bonne illustration. Suite \u00e0 cette m\u00e9saventure, j&rsquo;ai analys\u00e9 la meilleure technique pour enfiler la p\u00e9lerine quand je suis seul. En Camargue, pr\u00e8s de Saint-Gilles, j&rsquo;avais demand\u00e9 \u00e0 un passant de m&rsquo;aider.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">*<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">La qualit\u00e9 des paysages entre Arles et Montpellier est irr\u00e9guli\u00e8re. Longer et franchir des routes goudronn\u00e9es est fr\u00e9quent. Mais souvent les paysages sont apaisants, comme lors des longs kilom\u00e8tres qui s&rsquo;\u00e9tirent au milieu de la Camargue, apr\u00e8s Arles. Les bruits des animaux sont singuliers, parfois inconnus. En plus des merles et des oiseaux ordinaires, des grenouilles d\u00e9cha\u00een\u00e9es, on entend des sons que je suis incapable d&rsquo;identifier. Pendant plus d&rsquo;une dizaine de minutes, je suis rest\u00e9 \u00e0 \u00e9couter le vacarme d&rsquo;un animal myst\u00e9rieux, cach\u00e9 dans un mar\u00e9cage, \u00e0 quelques m\u00e8tres de moi. Il ne semblait pas \u00eatre g\u00ean\u00e9 par la pr\u00e9sence d&rsquo;un intrus. Il n&rsquo;y a pas encore de cigales, mais malgr\u00e9 la pluie, toutes sortes de grillons et de criquets rivalisent les uns avec les autres. Sous la petite bruine qui caresse le visage et les oreilles, le tintamarre organique r\u00e9sonne comme un concerto pour orchestre ou une pi\u00e8ce de free jazz. Chaque instrumentiste vient faire son petit tour, s&rsquo;en va, revient.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">L\u00e0 o\u00f9 je marche, il n&rsquo;y a pas de flamants roses. Il faut se rapprocher de la Mer M\u00e9diterran\u00e9e. En revanche, des troupeaux de chevaux blancs et gris paissent calmement et parfois courent \u00e0 travers les prairies. Certains viennent manger dans ma main quelques herbes qu&rsquo;ils ne parviennent pas \u00e0 saisir par-dessus les cl\u00f4tures qui nous s\u00e9parent. Ils discriminent consciencieusement ce que je leur propose. Ce ne sont pas les plantes qui, \u00e0 mes yeux de non \u00e9quid\u00e9, me semblent les plus app\u00e9tissantes que mes compagnons d&rsquo;un instant choisissent. Les animaux domestiques sont fr\u00e9quents. Ici, je tombe sur des cochons en pleine nature : c&rsquo;est rare. Je les observe : d&rsquo;o\u00f9 vient cette r\u00e9pugnance que l&rsquo;on conna\u00eet dans certaines religions ? La salet\u00e9 ? L&rsquo;impuret\u00e9 ? Int\u00e9ressant ! La craindrait-on ? Curieux que l&rsquo;impuret\u00e9 organique repousse tant les esprits, alors que l&rsquo;on s&rsquo;accomode bien de la pollution m\u00e9canique, chimique et plastique : \u00e7a fait \u00ab moins sale \u00bb, moins \u00ab pur \u00bb ? Ah, ce que m&rsquo;agacent cette notion de puret\u00e9, \u00e9lev\u00e9 au rang divin, et toutes ces superstitions qui lui sont attach\u00e9es ! Bref, passons.<a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/Vauvert-B\u00e9lier.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-2448\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/Vauvert-B\u00e9lier-300x212.jpg\" alt=\"Vauvert-B\u00e9lier\" width=\"300\" height=\"212\" \/><\/a> Il y a \u00e9galement de beaux moutons. Lorsque je longe le pr\u00e9, les brebis et les agneaux s&rsquo;\u00e9loignent, tandis qu&rsquo;un b\u00e9lier, courageusement, me fait front et m&rsquo;accompagne le long de la cl\u00f4ture. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Alors que je longe un canal aux rives b\u00e9tonn\u00e9es, j&rsquo;aper\u00e7ois une forme bizarre flotter. Puis une autre, et encore une autre. Ce sont d&rsquo;\u00e9normes poissons morts. Leur taille d\u00e9passe celles des grosses carpes que je p\u00eachais dans mon enfance, et il ne s&rsquo;agit ni de brochets, ni de sandres, encore moins de perches. Des silures ? Pas s\u00fbr. La rivi\u00e8re ne doit pas \u00eatre tr\u00e8s saine ! Il n&rsquo;est pas souhaitable d&rsquo;aller s&rsquo;y baigner et encore moins de go\u00fbter la chair d&rsquo;un poisson p\u00each\u00e9 dans ces eaux. Je cherche du regard l&rsquo;existence d&rsquo;une usine polluante. Rien en vue. Peut-\u00eatre y a-t-il en amont quelque d\u00e9versoir de pesticide, sulfate, de nitrate ?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Nombre de pollutions sont invisibles. Il n&rsquo;existe pas que celles qui se voient, se sentent. Il y a celles qui s&rsquo;entendent. Le retour sur le Chemin de Compostelle est l&rsquo;occasion de soupeser la pollution sonore des moteurs m\u00e9caniques. Comme nombre de sections depuis Arles se d\u00e9roulent sur des routes bitum\u00e9es, le bruit des moteurs de voitures, de motos ou de tracteurs, ram\u00e8ne ses stress. Et inversement d\u00e8s que la route est quitt\u00e9e, le silence ou plut\u00f4t le bruissement des sons naturels soulage le coeur et l&rsquo;esprit et adoucit le corps. J&rsquo;aime le chant du vent dans les hautes herbes, dans les roseaux et dans les arbres. Le craquement des branches qui s&rsquo;entrechoquent r\u00e9pond, telle une batterie, aux souffles des feuilles qui se fr\u00f4lent. Le Mistral, semble-t-il, ou plut\u00f4t les vents qui tourbillonnent autour des nuages d&rsquo;averse, agitent sans rythme tout ce petit monde v\u00e9g\u00e9tal. Cet hiver, j&rsquo;ai appris sur le piano le Pr\u00e9lude de Debussy, \u00ab le vent dans la plaine \u00bb : le compositeur a bien saisi l&rsquo;impression de l&rsquo;instant, mais il n&rsquo;a pu embrasser la vari\u00e9t\u00e9 infinie des sons des brises et des rafales.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Je savoure l&rsquo;univers sonore dans les nombreux vergers que l&rsquo;on traverse dans les collines, entre Saint-Gilles et Vauvert. Malgr\u00e9 la gadoue, voil\u00e0 encore un sentier agr\u00e9able, bord\u00e9 de petits arbustes qui se balancent et murmurent, \u00e9loign\u00e9 du goudron, du CO\u00b2 et des p\u00e9tarades des moteurs thermiques. Un agriculteur arrive avec son 4X4 par un chemin boueux. Allons bon, finie la tranquillit\u00e9 ! Sortent de l&rsquo;arri\u00e8re de la voiture et de la place avant droite, trois ouvriers d&rsquo;origine maghr\u00e9bine. L&rsquo;agriculteur, un bel homme aux cheveux blancs argent\u00e9s et au beau sourire marqu\u00e9 par les ann\u00e9es, m&rsquo;explique longuement qu&rsquo;ici on cultive des p\u00eachers et des abricotiers, mais pas des prunes. Il me montre le travail que ses ouvriers et lui-m\u00eame ont commenc\u00e9 : couper les branches st\u00e9riles dans les p\u00eachers, sur des centaines de m\u00e8tres. J&rsquo;admire la vitesse des travailleurs, mais aussi la qualit\u00e9 des outils qui tranchent net les rameaux infertiles. Le soir, dans un g\u00eete, l&rsquo;h\u00f4tesse m&rsquo;explique que son mari, d&rsquo;origine tunisienne, a lui aussi oeuvr\u00e9 dans ces vergers. Mais les salaires sont bas et le travail \u00e9reintant. Ombres et lumi\u00e8res, comme la m\u00e9t\u00e9o de ces premi\u00e8res journ\u00e9es.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\"><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/Arles-coquelicots.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2450\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/Arles-coquelicots-300x169.jpg\" alt=\"Arles-coquelicots\" width=\"300\" height=\"169\" \/><\/a>Plus loin, ce sont des champs de coquelicots qui s&rsquo;\u00e9talent \u00e0 perte de vue. Quelque part, dans la Meseta, face \u00e0 de semblables prairies, j&rsquo;avais plaisant\u00e9 avec deux marcheuses malaisiennes en leur expliquant qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de champs de pavots cultiv\u00e9s par des trafiquants d&rsquo;opium. Elles m&rsquo;avaient cru, avant de s&rsquo;apercevoir de la supercherie. Nous nous sommes li\u00e9s d&rsquo;amiti\u00e9 \u00e0 partir de ce jour-l\u00e0.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">*<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">Je n&rsquo;ai pas \u00e9voqu\u00e9 les bourgades travers\u00e9es, Saint-Gilles, Vauvert, Aigues-Vives, Gallargues, Lunel. La pluie m&rsquo;a dissuad\u00e9 de les arpenter. Arles et Montpellier sont \u00e0 part. Par beau temps, ces bourgs sont sans doute agr\u00e9ables. Gallargues et Saint-Gilles semblent relativement \u00e9pargn\u00e9s par la circulation automobile. De Lunel, travers\u00e9 uniquement pour me rendre \u00e0 la gare, je n&rsquo;ai rien vu. Le bourg de Vauvert est sillonn\u00e9 de rues et la nuisance sonore est forte. J&rsquo;\u00e9prouve souvent du chagrin quand je d\u00e9couvre un village tu\u00e9 par des routes passantes, tel un organisme transperc\u00e9 par des \u00e9p\u00e9es : il est devenu dangereux de passer d&rsquo;un point \u00e0 l&rsquo;autre de ce qui fut, peut-\u00eatre, une sorte d&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me humain vivant. Bien des municipalit\u00e9s ont sacrifi\u00e9 leur biotope au dieu Automobile, au lieu de permettre aux rues et aux v\u00e9hicules d&rsquo;\u00eatre au service des habitants. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 conseiller municipal, je sais de quoi je parle. Et mon exp\u00e9rience de handicap\u00e9 comp\u00e2tit aussi aux \u00e9preuves que doivent subir les corps malades, bless\u00e9s ou vieillis dans bien des villages et des villes. Cela dit, je suis en admiration devant ces p\u00e8lerins qui, apr\u00e8s une longue journ\u00e9e de marche, d\u00e9cident le soir d&rsquo;aller se promener au c\u0153ur des villages et des villes. Cela m&rsquo;est parfois arriv\u00e9, mais rarement, sauf si je d\u00e9cide de m&rsquo;arr\u00eater plus longuement : Cahors, Saint-Jean-Pied-de-Port, Logro<span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\">\u00f1<\/span>o, Burgos, L\u00e9on, si je me rappelle.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif;\"><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/Arles1-juments-poulains.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-2451\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/Arles1-juments-poulains-300x162.png\" alt=\"Arles1-juments-poulains\" width=\"300\" height=\"162\" \/><\/a>\u00c0 la sortie de Vauvert, j&rsquo;observe des juments et des poulains allong\u00e9s dans l&rsquo;herbe. Il n&rsquo;est pourtant pas encore l&rsquo;heure de la sieste. Un vieux monsieur en v\u00e9lo s&rsquo;approche. Ses traits sont rieurs et son sourire \u00e9dent\u00e9 supportable. Il me raconte la g\u00e9n\u00e9alogie de ces poulains et de leurs m\u00e8res. Moins de trois mois, explique-t-il. Avec un faci\u00e8s moqueur, il me demande : \u00ab savez-vous quel \u00e2ge j&rsquo;ai ? \u00bb. En le d\u00e9visageant et en constatant sa vitalit\u00e9 toute fra\u00eeche sur son v\u00e9lo, je r\u00e9ponds : \u00ab je ne sais pas ! Soixante-dix-huit ans ? \u00bb Il \u00e9clate de rire : \u00ab quatre-vingt-douze ans, Monsieur. Je suis n\u00e9 en 1924, j&rsquo;ai connu la Guerre, j&rsquo;ai des enfants, des petits enfants, des arri\u00e8re-petits-enfants. \u00bb Et il ajoute : \u00ab mon petit fr\u00e8re, qui \u00e9tait bien plus costaud que moi, est mort il y a huit ans. \u00bb Nous \u00e9piloguons, nous nous saluons. Je repars tout guilleret. En voil\u00e0 un qui est b\u00e2ti pour vivre centenaire. Je le regarde s&rsquo;\u00e9loigner avec assurance sur sa bicyclette. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><em><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1459\"><span style=\"color: #008080;\"><span style=\"font-family: arial;\"><span style=\"font-size: small;\">Article suivant<\/span><\/span><\/span><\/a><\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_1303\" style=\"width: 70px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?page_id=1405\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1303\" class=\"wp-image-1303\" src=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/compostelle-p\u00e9lerin-128x300.jpg\" alt=\"compostelle-p\u00e9lerin\" width=\"60\" height=\"141\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1303\" class=\"wp-caption-text\"><small>Accueil Compostelle<\/small><\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article pr\u00e9c\u00e9dent Mai 2016, Montpellier Le d\u00e9mon de la marche m\u2019a saisi. Si je reprends le Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle et non une randonn\u00e9e quelque part sur la Plan\u00e8te, c\u2019est parce qu\u2019il offre une z\u00f4ne de confort pour un handicap\u00e9. Si &hellip; <a href=\"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/?p=1453\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-1453","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-compostelle"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1453","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1453"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1453\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1453"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1453"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolasderauglaudre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1453"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}