Contradictions et convictions (2)

2) LE PROGRÈS ENTRE MYTHE et RÉALITÉ : MÉDITATION à partir de l’aventure scientifique et technologique.

Retour à l’introduction

  1. Tension et dialectique : méditation à partir de l’expérience religieuse.
  2. Mythe et réalité du progrès
  3. Politique entre éthique et machiavélisme
  4. L’espace et le temps

Le Progrès est-il un mythe ou une réalité, ou les deux ? L’évolution n’est-elle que dans le déploiement des puissances cachées ? Dans la grande marche des sciences, il y a un grand oublié : c’est le hasard. Et derrière le hasard, se cache toute la créativité de la nature, de l’histoire et de la pensée.

Progrès scientifique et nature en danger

Depuis la petite enfance, je suis passionné par les sciences et les techniques.La famille où j’ai grandie est imprégnée de culture scientifique. Quand nous étions petits, nous avions accès à des encyclopédies scientifiques très bien réalisées, telle « Tout l’Univers », ou encore ce passionnant ouvrage : « Le monde, d’où vient-il, où va-t-il ? », d’où émergeaient les visages de personnalités comme l’excentrique et chevelu Albert Einstein ou le poupin Fred Hoyle… La pression familiale m’a conduit à suivre des études scientifiques jusqu’à la maîtrise de physique fondamentale, interrompues cependant par des années de maladie et la gestion de la rééducation et de la convalescence, suite à l’amputation de ma jambe. Durant les longues années de maladie, en plus d’une vibration spirituelle que j’évoque succinctement dans l’article précédent, j’ai lu quelques ouvrages de réflexion philosophique et scientifique : les œuvres de Pierre Teilhard de Chardin et de Blaise Pascal notamment, et des romans de science-fiction. Puis plus tard, j’ai parcouru de longues pages de Vladimir Jankélévitch et de Gaston Bachelard, des ouvrages de Jacques Monod, de Hubert Reeves, de Stephen Hawking et je ne sais plus encore… avant de découvrir la pensée d’Ilya Prigogine et d’Isabelle Stengers qui furent les déclencheurs de ma vocation vers la philosophie des sciences (dont je parle dans un autre article). Chimistes et philosophes, Ilya Prigogine et Isabelle Stengers m’ont ouvert la porte des dimensions sociales, politiques, économiques et philosophiques de l’histoire des sciences et de la culture.

Durant de nombreuses années jusqu’à encore récemment, j’ai eu l’occasion de participer à des équipes de recherche, à enquêter, à enseigner au niveau supérieur et en secondaire. Incontestablement, les plus belles années de ma carrière professionnelle ont été celles que j’ai passées dans des milieux scientifiques ou de haute technologie… et j’en éprouve encore de la nostalgie. Je ressens du plaisir à lire des revues ou des encyclopédies scientifiques, à parcourir des sites internet, comme le remarquable site Luxorion ou ceux de la NASA, de l’ESA ou du CNRS. Ces voyages me comblent d’émerveillement et d’étonnement sur la magie de la vie, les facéties de la matière et sur le simple fait d’exister comme être capable d’en comprendre bien des mécanismes. Ils dilatent l’esprit. Mais même sans rechercher le savoir scientifique, une simple promenade dans la nature peut être l’occasion d’observation, d’admiration, et, parce que j’ai une culture scientifique et artistique, de déductions imaginatives. Un simple carré de verdure, l’écosystème d’un buisson révèlent des richesses d’une complexité inouïe. Le réel déborde les idées, ai-je écrit. C’est incontestablement une de mes convictions les mieux ancrées.

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Face à cette pulsion psychologique et morale, le rouleau compresseur techno-industriel, en complicité avec un cynisme scientiste et positiviste, est en train de saper la biosphère, d’épuiser les ressources, et polluer l’atmosphère, au point que tous ou presque savent le danger qui menace l’humanité entière. Très tôt je l’ai perçu et transmis à quelques proches. La techno-science prométhéenne a des racines philosophiques, voire théologiques et religieuses. La désacralisation de la matière, la défiance envers la nature au nom de l’esprit, le naturalisme du XVIème Siècle, et la lutte contre le paganisme (les religions des paysans) ont été reconnues comme le terreau qui a permis l’émergence des sciences, de la technologie et de l’industrie moderne. Ils ont inféré une vision de l’homme, maître et possesseur de la nature, qui a longuement aidé nos nations à se dégager de nombre de déterminismes naturels.

Malheureusement, cette vision ne fonctionne plus. Pas besoin de développer ce point ici, je l’ai maintes fois écrit par ailleurs. D’où une bifurcation personnelle : j’ai été sensibilisé à la pollution industrielle à l’époque du Club de Rome, puis j’ai participé à des actions militantes et des groupes de travail concernant la crise écologique et climatique dès les années 80, concernant les questions défendables et critiques posées par le « développement soutenable » (« sustain development » devenu, par mauvaise traduction, « développement durable ») et concernant l’avenir des générations futures. Faut-il cesser la croissance ? Ou la déplacer sur d’autres terrains ? Doit-on basculer vers un anti-scientisme romantique et radical ? Retourner à la nature ?… À toutes ces questions, qu’elles soient sensées ou stupides, fondées en réalité ou imaginées, j’ai quelques esquisses de réponses… et suite à ces réponses, de nouvelles questions. Je voudrais bien agir pour la conscientisation et la mise en œuvre d’une nouvelle vision de l’homme économique et politique, mais mon admiration face au monde scientifique, industriel et technologique me retient de tout radicalisme.

Très vite également, j’ai pris conscience des interactions entre les mécanismes locaux que les sciences modernes ont su analyser et la globalité des systèmes que l’on ne peut décrire qu’avec des outils différents. Ma maladie avait aidé à cela : nous ne sommes pas une addition de mécanismes indépendants les uns les autres et interconnectés, mais une unité animée et organique au sein de laquelle travaillent des systèmes ; La pensée de Teilhard de Chardin m’a également convaincu de ce point de vue, et quand j’ai confronté sa pensée à celle du « hasard et de la nécessité » du Prix Nobel Jacques Monod, je me suis rendu compte de la pauvreté du second. Comme je l’ai écrit, il y a aussi la découverte de Prigogine et Stengers, celle d’Edgar Morin et des penseurs des systèmes, celle d’Alfred North Whitehead (le mathématicien et philosophe de la complexité) et combien d’autres. Je dois aussi rendre hommage à des philosophes antiques, à certains Pères de l’Église et à des penseurs de la Kabbale qui avaient également cette vision grandiose et globale, même si là, je sors de l’espace scientifique à proprement parler.

Nouvelle schizophrénie ? Goût pour les sciences, inquiétude pour l’évolution de l’humanité face aux technosciences et au saccage de la nature… Où sont les tensions, les points de ruptures, les espaces disjoints ? Où sont les mots qui permettraient, sans verser dans l’idéalisme ou l’idéologie, d’ouvrir des chemins inventifs ?

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Piliers et limites de la rationalité mécaniste

Ici, émerge une de mes convictions, encore globale et pas suffisamment analysée. Mais elle est de plus en plus établie et me sert de référentiel face aux brouillards des bavardages entendus çà et là. Cette conviction concerne le mythe du progrès, réduit par nombre de nos intellectuels économistes ou politiques à une simple croissance matérielle et rationnelle « continue ». L’adjectif « continue » a de l’importance. Il signifie « sans rupture ». En fait, il conviendra de distinguer le mythe du progrès et la réalité du progrès, en lien avec l’évolution de toute la réalité cosmique jusqu’à l’émergence de la vie, de la conscience réfléchie et de la pensée. Il y a un fait : l’univers évolue localement sur notre petite planète, et peut-être sur d’autres planètes ou d’autres supports, vers des formes et des structures de plus en plus complexes, de plus en plus qualitativement riches d’autonomie, d’intériorisation et de richesse de langage. Cela, c’est le fait. Je rappelle que l’évolution n’est pas une théorie, mais une réalité. Ce sont les mécanismes de l’évolution qui font l’objet d’analyses théoriques et de vérifications expérimentales, selon que le chercheur estime qu’elle est due à des mécanismes aléatoires, à des finalités partielles d’adaptation par exemple, à des finalités partielles et organiques, ou à une finalité globale. On ne le rappellera jamais assez aux contempteurs ignares qu’on trouve même dans des universités.

Le mythe du progrès repose sur la belle ambition d’une rationalisation totale de la réalité. Il se ressource aussi à l’observation de l’Histoire, avec un grand H. La découverte de l’Évolution biologique lui apporte des arguments de poids. Marx et Engels s’étaient émerveillés de découvrir que le darwinisme leur apportait la caution naturaliste qui manquait à leur schémas économiques et sociaux… avant de reculer quand ils ont vu comment le darwinisme social justifiait le capitalisme, le colonialisme et le racisme. La rationalisation, dont j’ai rappelé dans la partie antérieure qu’elle avait pris le dessus sur l’argument d’autorité, avait en vue l’amélioration des conditions de la vie humaine et sa libération : les sciences et les techniques ont permis avec beaucoup plus de pertinence que les vieilles pratiques naturalistes, la lutte contre les maladies, les famines, l’analphabétisme, les superstitions ; elles ont permis les voyages, l’extension de l’information et de la connaissance, etc. Non sans terribles clashes, j’en conviens. Cette libération est à son tour une condition pour que chacun soit plus créatif, se connaisse mieux et rencontre plus largement et plus longuement les autres. Condition valable pour les individus comme pour les sociétés. La civilisation occidentale a vu se conjuguer une formidable connaissance scientifique et technique d’un côté, et une libération du sujet de l’autre : art, musique, littérature, philosophie, droit et organisation démocratique… avec l’aide des extraordinaires conforts apportés par l’hygiène, la médecine, l’électricité, les moteurs, les transports, l’architecture, l’urbanisme, etc.

À 4850 m, Tunari (Bolivie). À ceux qui s’insurgent contre le coût de l’exploration spatiale, je rappelle que c’est grâce à elle que je marche avec une super prothèse électronique.

Conséquences : allongement de la vie, diminution de la mortalité infantile, progression de l’hygiène, ouverture vers une alimentation de plus en plus variée, etc. Tout le monde pourrait se satisfaire de ces progrès, s’il n’y avait eu les terribles guerres mondiales (nées en Occident), les totalitarismes meurtriers, la sédentarisation forcée des individus et des nations, le colonialisme prétentieux… Et aujourd’hui, le défi de l’assassinat de la biosphère, de l’accumulation des déchets, etc. Hans Jonas, philosophe allemand qui est un de mes maîtres à penser, a écrit qu’il n’y avait plus besoin d’attendre l’Apocalypse du ciel, puisque c’est l’humanité elle-même qui est en train de l’engendrer.

Épistémologiquement parlant, la rationalisation du progrès repose sur deux piliers méthodologiques : le premier est l’analyse mathématique d’un système présent et de son mouvement, sorte de vision instantanée, statique ou cinématique, appliquée à l’ensemble des systèmes matériels, vivants, conscients et sociaux (avec plus ou moins de réussite). Le modèle initial, qui sert aussi de prototype, est celui du mouvement des planètes autour du Soleil qui détermine la mesure d’un temps objectif. Même les temps sociaux (secondes, heures, semaines, mois) ont fini par trouver un fondement physique et mathématique, malgré des restes de perception empirique et religieuse. Je reviendrai sur la question du temps dans un autre article. Le second pilier méthodologique de la rationalisation du progrès est l’analyse des potentialités contenues dans les structures et les mouvements des systèmes dans l’instantanéité du présent. Il correspond aussi, d’une certaine manière, à l’émergence des concepts de force (du moins jusqu’à Einstein) et d’énergie, c’est-à-dire d’une puissance capable de s’actualiser en actions, en mouvements, en formations et transformations, et pourquoi pas, en évolutions. Du point de vue technologique, par exemple, dans le mécanisme des horloges, modèle initial, est contenue la capacité de produire des montres mécaniques, puis atomiques et électroniques, biologiques, donc de contrôler les chaînes de production, d’organisation du travail, voire de toute la Cité, indépendamment des rythmes naturels.

La « bââââgnole »

Ainsi, dans les principes fondamentaux de l’énergie, sont contenus ou presque les échanges chimiques, dynamiques et thermiques de tous ordres, et derrière cela, la capacité de produire des moteurs. Avec l’apparition de l’électricité et la rationalisation de ses lois, est contenu l’extraordinaire développement de l’éclairage, de l’utilisation des ondes électro-magnétiques, des réseaux et de l’information. Sous l’angle théorique, Je me rappelle ma découverte de la formidable synthèse des Équations de Maxwell à partir desquelles, par intégration, on pouvait reconstituer toutes les lois de l’électro-magnétisme. Cette synthèse symbolise bien toute l’ambition de la rationalité classique et de ses réussites. Ouh la la ! Je commence à être bavard… Il est impossible d’être exhaustif dans ce domaine. Il faudrait un peu de poésie.

Bref, deux piliers analytiques : connaissance instantanée et analytique des systèmes ; connaissance des potentialités contenues et non encore développées dans cette analyse. Le triomphe de cette vision fut le célèbre Démon de Laplace : la connaissance par un être supérieur de la position, de la quantité de mouvement et des interactions de tous les éléments de l’univers permettrait de prévoir l’avenir et de connaître tout le passé de cet univers. Laplace connaissait les limites de son démon, mais il croyait en la possibilité de son existence… sorte de projection a-religieuse du Dieu horloger de Leibniz qui savait tout d’avance dans son éternité instantanée, et dont Voltaire se moquait avec un humour inégalable ! Nietzsche, avec sa vision d’un éternel retour, relève aussi de cette paradigmatique. Pardon pour le raccourci. Ceux qui, sous l’angle mathématique, estiment que le monde présent n’est qu’un monde particulier et déterminé parmi l’infinité des mondes possibles, relèvent aussi de ce paradigme.

Je suis toujours étonné du parallèle qui s’est développé entre l’empire déterministe développé par le progrès des sciences (ou plus exactement du modèle mécaniste des sciences) et la revendication altière et parfois désespérée de la liberté de l’homme, individuellement et socialement parlant. Parallèle théorique j’entends, car la réalité les conjugue fort bien.

Or hélas (pour les mécanistes), la vie ne fonctionne pas uniquement ainsi. Ici, je n’aborde pas toutes les objections, scientifiques ou non, qui ont pu être adressées au Démon de Laplace qui reste toujours un fantôme caché dans la tête de nombre de nos experts. Il y a dans ces belles rationalisations du « progrès » un oubli de taille : la place du hasard.

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Le hasard et la créativité

Si un système progresse, évolue, se transforme, ce n’est pas uniquement par simple réalisation des puissances contenues dans le système et dans son interface avec son environnement. Il évolue en fonction des événements aléatoires, imprévus, qui le frappent. Ainsi va la vie qui évolue par mutations aléatoires et sélection du milieu, comme si une des qualités du vivant était d’utiliser le hasard pour son intérêt, ce qu’aucune analyse mécaniste de ses éléments ne peut prévoir. Ainsi vont nombre de systèmes turbulents et chaotiques qui s’auto-organisent et laissent émerger des nouveautés qualitatives irréductibles aux éléments, interactions et potentialités initiales. Ainsi va simplement une trajectoire brutalement perturbée par une action extérieure, un électron libre capté par un champ électrique qui entre dans une organisation plus complexe… Ainsi va le promeneur sans but, brusquement attiré par une rencontre, par une situation imprévisible, par l’émerveillement d’une fleur ou d’un site. La réalité sensible, matérielle ou intellectuelle, n’est pas la simple actualisation de potentiels, elle est aussi et sans doute plus encore le produit de rencontres, fécondantes ou non, prévisibles ou aléatoires… et j’insiste sur ce dernier adjectif. Certains ont essayé d’intégrer cette part d’aléatoire dans une systématisation plus globale et plus déterministe… Ils se sont heurtés non à la théorie, mais au réel. La réalité a ses raisons que l’idéalisation rationaliste ne connaît pas. J’ai construit toute une théorie personnelle sur ce thème, elle est encore maladroite, mais je la reprendrai plus systématiquement une autre fois. Elle passe par le crible du rapport entre le fini et l’infini. Je ne crains pas d’affirmer que non seulement tout système fermé se dégrade, mais qu’également tout système en évolution continue, qui ne fait que réaliser les potentialités, se dégrade également. Ce constat est moins sensible, plus fantomatique, mais il est réel… et il est valable non seulement dans la pratique et l’organisation sociale et politique, mais également dans le monde physique et dans le monde des idées. Le démontrer n’est pas si compliqué. Le tout est de trouver le bon formalisme et de ne pas s’y laisser piéger…

… avec une question sous-jacente toutefois : qu’est-ce qui fait qu’un système complexe, un être vivant par exemple ou un écosystème, intègre un phénomène du hasard à son profit ? Aune réponse, à mes yeux, ne peut être produite par une approche analytique ou réductionniste. Pas difficile à démontrer non plus… et sans avoir besoin de faire appel à une quelconque intervention hors nature. Mille excuses du lépidosophe : je n’ai pas de formalisme non plus…

Le vrai progrès d’un système, un progrès qualitatif j’entends, n’est pas la continuité extensive d’une puissance, mais la capacité de ce système à changer d’orientation, de direction, de créer un nouvel espace d’existence, quand le mouvement se heurte à un imprévu ou un obstacle. Le souci est l’inertie du système : ce qui est plus simple à évoluer à l’échelle d’une entité locale, d’un individu ou d’un petit écosystème, l’est beaucoup moins à l’échelle d’une société ou d’un monde entraîné par un dynamisme incontrôlable… comme l’est celui de notre rouleau compresseur techno-industriel scientifique. Mais la réalité de l’évolution naturelle et de l’histoire humaine démontre que l’imprévisible peut arriver, soit par nécessité interne ou externe, soit par le hasard d’un événement non prédictible, voire non imaginable… soit, pourquoi pas, par la « vraie » créativité, par l’inventivité des êtres vivants et conscients. En d’autres termes, face à la crise de notre écosystème, l’avenir n’est réductible ni aux joyeux optimistes qui espèrent que la science, la raison ou la sagesse politique vont résoudre nos problèmes, ni aux projections cataclysmiques proposées par de sombres penseurs pessimistes de plus en plus nombreux.

Ah, me dira-t-on, serais-tu un utopiste ? Un rêveur ? Oui et non. Oui, si celui qui me l’assure reste à l’intérieur des vieux paradigmes. Non certainement, parce que l’imprévisible laisse un espace considérable à la créativité dans la mesure où on lui offre le langage adéquat. Pour que cela soit possible, il faut accepter un petit présupposé que nos naturalistes actuels, souvent américains, dénigrent : la puissance de la conscience créative. Si l’être humain n’est qu’un animal parmi les autres, soumis au déterminisme de son espèce et de son adaptation au milieu (ou inadaptation en l’occurrence) et que son esprit, comme puissance créative, n’est qu’une illusion ou un facteur naturel, alors ce n’est pas la peine de continuer : le monde s’effondrera. Mais si l’être humain est un être capable de dépasser son conditionnement par ses capacités créatives, et que cette créativité est considérée comme une émergence métaphysique (je ne crains pas le mot) et non un simple épiphénomène phosphorescent, alors rien n’est perdu.

Pour que cela soit également possible, sans être nécessaire, la tension doit demeurer entre le mouvement évolutif tel que les sciences traditionnelles et déterministes l’analysent, et la créativité libre que permettent les événements du hasard, de l’imprévisible et de la singularité… Singularité : là, j’ai introduit un concept dangereux, mais j’aurais l’occasion d’y revenir. Cette tension a besoin de mots, a besoin de se structurer dans la pensée, dans le langage, et espérons-le, dans l’action. Opposer science et conscience, raison et poésie, progrès et décroissance, ne suffisent pas : Il faut donner des mots à cette opposition, les travailler, les laisser agir même dans l’incompréhension, les structurer en quelque chose de social, de collectif, d’organique, de vivant, de turbulent même : c’est ici que les raisons d’espérer en un avenir qui triomphera de notre inquiétant présent prennent sens. Cela dit, il y a un autre paramètre dans l’équation : quelle place logique et ontologique laisse-t-on au temps ?

Avant d’aborder cette question, essentielle à mes yeux, je propose de m’arrêter sur une autre de mes schizophrénies conscientes : celle entre politique et éthique. Le fait de travailler au sein d’une ONG qui œuvre pour la paix a amplifié cette division intérieure, et je ne puis la contourner…

Récit d'un unijambiste
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