À propos de vérité (3)

À propos de vérité (2)- Vérité cognitive

Juin 2017

Dans l’article précédent, le concept de vérité a été abordé sous l’angle cognitif. Vérité s’oppose alors à erreur, éventuellement à inexactitude. La vieille idée selon laquelle la vérité est l’adéquation entre les mots et les choses, ou entre les représentations et le réel, a vécu. Elle n’a pas résisté aux avancées des sciences de la communication, ni à l’épistémologie et à la phénoménologie. Le mot « vérité » a disparu du vocabulaire scientifique, sauf dans les sciences formelles, logique et mathématiques, avec des restrictions assez fermes. Mais la passion philosophique pour la vérité n’est pas morte pour autant qu’elle est considérée comme un horizon vers lequel on tend, comme un milieu dans lequel on essaie de vivre, d’agir et de penser ou comme une interaction dynamique.

Lorsqu’on réfléchit sur la vérité, il faut suivre un deuxième fil, celui de l’éthique ou de la morale. Je ne m’attarderai pas sur la distinction entre les deux notions, éthique et morale, qui fait l’objet de débats dans d’autres sphères. L’éthique est la philosophie de l’action, ce qui signifie qu’elle développe la réflexion sur les valeurs qui orientent l’action, et sur la validité du rapport entre moyens et fins. La morale est plus restrictive, plus sensible aux normes, mais en gros elle suit le même mouvement. Ici Vérité ne s’oppose plus à erreur, mais à mensonge. La vérité n’est plus du domaine de la logique ou de l’adéquation entre faits et récits ou représentations des faits, ou entre choses et mots, entre contenu et forme, mais elle concerne l’interaction entre l’esprit, au sens du lieu de la pensée, et la parole, lieu de la communication.

Quand j’écris « parole », je songe à tout ce qui est communication entre êtres sensés et sensibles, avec intention, que ce soit sous la forme de la parole articulée comme on l’entend habituellement, ou que ce soit à travers tout langage qui passe par les yeux, les expressions du visage, les mouvements corporels… Je songe également à l’écriture et à tous les moyens de communication contemporains, du Morse jusqu’à internet. J’insiste sur la dimension de l’intention, car il existe aussi tout un langage inconscient qui se transmet à notre insu, comme tout le monde ou presque le sait. Il est compliqué de parler de mensonge dans le cas de la communication inconsciente. En gros la parole est l’ensemble de nos échanges conscients et volontaires, greffé sur notre apparence, notre présence dans un monde d’informations et d’extériorité. Certains écrivent que le corps est lui-même parole. J’adhère volontiers à cette vision. Le corps n’est pas seulement un ensemble d’organes et de membres, de la bidoche quoi, mais il est aussi et surtout le lieu de la présence au monde. À la fois fin et moyen. Il relève autant de l’éthique que des sciences. Il parle.

De bonnes âmes, que j’ai entendues çà et là, affirment volontiers : « le mensonge n’existe pas, il n’est qu’un non savoir », ramenant la question de la vérité au fil cognitif dont j’ai parlé dans l’article précédent. Le mensonge n’est qu’une erreur. On entend ce genre de propos du côté des chrétiens qui rappellent volontiers la parole du Christ Jésus, à l’instant d’être cloué sur la Croix : « pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! ». Pardon à bon compte… Ben voyons ! Allez raconter cela aux victimes du nazisme ou du stalinisme, et même de l’Inquisition ou des guerres de religion. Ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient ?

« Ma Dalton », album de Lucky Luke

Tous les parents savent que dès l’enfance, les petites filles et les petits garçons acquièrent la possibilité d’affirmer, librement et volontairement, le contraire de ce qu’ils pensent. Papa ou Maman pourront toujours répondre que « dire la vérité, c’est mieux », et je suis bien d’accord, il reste que le fait est là. L’enfant résiste en mentant, et par sa résistance affirme sa volonté propre et sa capacité de choix libre, face à ce qu’il peut percevoir parfois comme une injustice, parfois comme une nécessaire affirmation de soi.

Naturellement, n’allons pas trop vite. Tant que l’équilibre entre la vérité et du mensonge touche des faits et des paroles qui ne mettent en danger personne, tant qu’il relève d’une étape de la constitution d’une personnalité, tant qu’il fait l’objet d’un travail éducatif, il n’y a rien de dramatique. Même adulte, une nouvelle situation affective, professionnelle, politique, nécessite quelques petits « mensonges » -au sens d’inadéquation entre pensée et parole-. Il s’agit d’arrangements acceptables dans la mesure où elles participent d’un processus pour un éventuel plus grand bien, pour la croissance et la liberté de l’individu comme pour celles de l’institution, de la société ou collectivité dans laquelle l’individu est inséré. À titre personnel, il m’est arrivé de trahir la vérité dans bien des situations… Un chômeur qui sollicite un emploi, un amoureuse qui désire séduire, un diplomate qui négocie une transaction, un commercial qui vend un produit, doivent trahir quelque vérité pour pouvoir rendre service aux intéressés. Toute traduction, transmission, communication ne sont-elles pas menteuses, en fonction des intérêts engagés. Je n’adhère pas à la mode médiatique de la transparence universelle, encore moins à son efficacité, dans la mesure où chaque personne et par extension, chaque entité vivante et locale, possède sa singularité et son espace propre, son corps propre même, son intérêt en tout cas, sa liberté de vivre et d’agir. Cette vie particulière doit être respectée. Imaginons un commercial d’Airbus affirmant que « vous savez, mon avion est nettement moins performant que le Boeing concurrent », ou le chômeur expliquant lors d’un entretien d’embauche qu’il n’a pas beaucoup d’expérience du travail qu’on lui propose et qu’un autre serait plus efficace à sa place…, on peut être à peu près sûr que le contrat ne se signera pas. Je reparlerai de tout cela lorsqu’on suivra le fil politique et juridique.

*

La dérive maligne apparaît lorsque le décalage entre la pensée et la parole devient systématique, quand il se fige ou s’enroule dans une spirale autiste. Bref, lorsque ce décalage perd sa fonction d’étape nécessaire dans des processus plus vastes vers un plus grand bien ou vers moins de mal (j’ai toujours des difficultés à définir ce qu’on appelle le plus grand bien en général, sauf dans des cas évidents : par exemple celui qui combat ce qui met en danger de mort). Nous connaissons tous autour de soi et même en soi les conséquences psychologiques néfastes d’un mensonge délibéré qu’on entretient et qui finit par recouvrir le débat intérieur à soi. Encore une fois, on peut comprendre que le mensonge soit nécessaire dans de multiples situations, l’espionnage par exemple ou le respect d’un malade… tant qu’il est connu et maîtrisé objectivement par le menteur ou l’institution qui le soutient, tant qu’il est contenu pour des raisons de respect, de prudence, d’intérêt plus vaste que soi, de survie, de stratégie, d’éthique de responsabilité. J’admets que la zone entre efficacité et malignité est floue. Comme souvent, mon critère de discernement se fonde sur deux points qui récapitulent les autres possibles : est-il question de vie et de mort (au sens large : progression et régression, créativité, développement, vie et mort de la dignité humaine comprises) ? L’idée prend-elle le pas sur la parole au point que l’intéressé se sacrifie ou sacrifie les autres pour elle ?

« Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort len-ente, d’accord mais de mort len-en-en-en-te ! » (Brassens)

À partir du moment où le mensonge prend le dessus au point de se transformer en idéologie, en idole, où l’intérêt personnel, institutionnel, commercial ou national, devient une mise à mort du partenaire, de ceux dont on est responsable, de l’autre en tant qu’autre quoi !, le péril surgit. L’équilibre en tension permanente entre intérêt local et bien commun est rompu. De là, naissent les autocraties, les dictatures, les impérialismes, les totalitarismes, et des prétextes de guerre et de massacres. À toutes les échelles. Chacun a en mémoire une atteinte à ses droits, à sa dignité, à son identité, à son corps, voire à son âme, suite à l’action délibérée d’un chef qui a préféré son intérêt ou l’intérêt de l’institution qu’il sert à la détresse de l’individu ou des groupes concernés.

Récemment, lors d’une émission de France Culture sur le Siècle des Lumières, j’entendais l’invité expliquer que le colonialisme était fils des penseurs des Lumières. Les Lumières, la philosophie majeure du Dix-Huitième Siècle donc, ont été définies par Kant, selon l’a priori que l’homme est arrivé à un âge majeur, qu’il n’a plus besoin de tutelle religieuse, morale, éducative, pour exercer ses choix, pour mettre en œuvre sa liberté d’action et de réflexion. Très bien et je veux bien partager cette vision. Seulement, il y a un sous-entendu assez peu exprimé, selon lequel les seuls Européens de l’Ouest, quelques russes de Saint-Petersbourg et les Américains du Nord sont parvenus à cet âge adulte, majeur. Glissement idéologique plus ou moins conscient. Le colonialisme s’est justifié par la conviction que les Lumières allaient apporter la civilisation de la liberté aux sauvages, aux barbares et aux nations encore dans l’enfance et la soumission. L’Occident (concept inventé par lui-même) allait permettre aux autres cultures encore mineures de parvenir à leur majorité. Sans réciproque. Cette ambiguïté, qui peut se justifier par le contexte historique et géographique, a été démontée, voire dénoncée, à partir du Romantisme qui a rappelé la spécificité de chaque culture jusqu’à aujourd’hui où les cultures en question revendiquent leur autonomie et leur dignité adulte. Une femme ou un homme ne s’épanouit pas à partir d’une abstraction qui définit l’humain universel en soi, mais à partir de son évolution au sein de sa propre culture. Mozart, musicien des Lumières, composait une musique universelle, Dvorák ou Grieg, romantiques, ont composé des musiques nationales, ancrées dans leur culture. Belles réussites. Attention, le balancier peut basculer dans l’autre sens : élevé à un plan idéologique, le respect systématique des cultures peut basculer vers de bien sombres nationalismes. L’équilibre n’est pas simple à tenir.

Image du romantisme. David Friedrich : voyageur contemplant une mer de nuages

Le débat fait rage aujourd’hui. Par exemple, autour du voile islamique ou des aliments casher. Lorsqu’on entend un journaliste ou un intellectuel traiter un courant ou un individu d’obscurantiste, parce que celui-là défend une spécificité et que celui-ci possède la vérité (sous-entendu des Lumières), on est en plein dans ce débat. Que les extrémistes post-romantiques aient produit ou produisent le nationalisme, l’ethnocentrisme, le culturalisme, puis les excès et tragédies du Vingtième Siècle, montrent bien le lieu de la bascule idéologique et la difficulté de l’adéquation entre l’esprit et la réalité. Personne n’affirmera que Chateaubriand était le père du fascisme et du racisme, ni inversement que Diderot était celui du colonialisme. Les doutes apparaissent lorsque Wagner compose son Ring, que Galton, le cousin de Darwin, diffuse les premières idées eugénistes à base prétendument scientifique, et s’amplifient avec ceux qui ont condamné Dreyfus… et a fortiori plus de doutes avec les nationalismes pervers, les fascismes, le nazisme, face à l’autre idéologie, celle des grandes puissances coloniales ou celle des soviétiques à l’ambition universaliste soumis à l’idée de l’homme générique.

Je suis conscient du simplisme de la dualité proposée, Lumières, universelles, rationalistes et colonialistes contre Romantisme sensible, culturel et nationaliste. Le tissu de l’histoire, des idées et des événements, est multicolore. Cet exemple aurait pu être abordé sous le fil politique que je développerai dans le prochain article, et j’ai bien conscience que le plan de l’éthique n’est pas celui du politique. Ce qui m’intéresse est le moment où une préférence, une sensibilité, une nécessité d’un processus évolutif, une conviction même, intellectuelle ou spirituelle, bascule dans l’idéologie, le système ou une prétention scientifique qui cache un intérêt privé. Ou même simplement dans la folie, certaines folies étant en fait des rationalités poussées à l’extrême. Ce seuil, pas toujours facile à repérer, rappelle la nécessité de la vigilance critique, et par conséquent la priorité de la dialectique sur la logique, et de l’éthique sur le cognitif.

Remarques au passage : La dialectique signifie que toute idée à prétention universelle peut être objet de contestation ou ramenée aux frontières de ses catégories ou de ses présupposés. Il ne s’agit pas dans mes propos de l’académique « thèse-antithèse-synthèse » transmise par nos chers enseignants. L’éthique signifie que même si l’erreur est possible, la vérité s’affronte aussi au mensonge, c’est-à-dire l’acte de volonté délibéré de la cassure entre la pensée et la parole. Remettre l’accent sur la parole, c’est se prémunir du risque que la pensée et les idées prennent le dessus. La réciproque est vraie : la parole en soi, sans une pensée cohérente ou désintéressée, est l’ouverture aux sophistes et aux rhétoriciens. Donc prudence. C’est l’interface entre les deux polarités qui importe.

Certains lecteurs contesteront en disant que si l’on place la dialectique en amont de la logique, on ouvre la porte au scepticisme, à l’ironie ou au relativisme. Le concept de vérité est donc caduque. C’est vrai, je viens de l’écrire ci-dessus. À cette contestation, j’oppose trois propositions plus  « ontologiques », si ce concept m’est autorisé. La première, c’est que l’être de la vérité a certainement quelque chose à voir avec la parole, avec la communication, avec le débat, avec le mouvement critique, et donc avec la recherche. L’homme est l’animal qui parle, non seulement à partir des exigences de son espèce, mais aussi avec la gratuité qu’offre la liberté et l’esprit d’aventure. Il y a de l’obscur et de l’inconnu dans la vérité. La seconde, c’est que vérité ne rime pas avec idée. Ou plus exactement, la rime est faible. Les anciens savaient que idée et idole ont la même racine. Elles aveuglent par leur trop grande lumière ou pour leur absence de couleur, leur monochromatisme. L’idée n’a pas de limite, elle envahit tout. Elle recouvre l’Être. Il est plus juste de considérer les idées comme des potentialités ou des modèles plus que des réalités. Telle est une de mes convictions. La troisième proposition, c’est que la dialectique n’est pas seulement une affaire de débats d’idées ou de concepts, mais aussi de tension entre vie et mort, entre existence et essence, et de responsabilité dans un monde complexe.

Peinture d’une amie pleine de talents…

De toutes façons, il existe un prisme ou une série de prismes entre la lumière de la Vérité et les fils des rayons que nous captons qui s’entrecroisent et se tissent comme en une trame lumineuse et variée. J’ajoute aussi que la notion même de vérité peut cacher celle de « vrai », de même que celle de Dieu (dont l’étymologie flirte avec l’idée de lumière) peut cacher celle de l’Être. L’être de la vérité, d’un point de vue éthique, n’est ni dans les idées, ni dans la parole, mais dans son interaction.

Alors que le premier fil de la réflexion présente, que j’ai nommé cognitif, conduisait à la prise de conscience que la vérité dépassait l’ordre de l’adéquation entre faits et idées, le second fil révèle l’existence d’un libre-arbitre, d’une volonté propre aux individus, voire aux groupes d’individus. Souvent j’explique que la liberté n’est pas absence de contrainte, mais connaissance des contraintes doublée de la capacité d’agir sur elles -je reviendrai sur ces points-. La possibilité du mensonge révèle en creux l’existence de la liberté. L’animal, peut-être à l’exception des animaux dits supérieurs, domestiques ou proches de l’homme, ne connaissent pas ou peu le mensonge. Parfois la séduction, j’admets. Notre chienne sait se faire comprendre par exemple, et elle sait tromper son maître quand son intérêt ou son plaisir sont menacés ou frustrés. La ruse est aussi une stratégie animale. Mais l’animal rusé est-il conscient de sa ruse ou celle-ci n’est-elle qu’un paramètre de l’espèce ? Globalement, les animaux sont transparents.

L’éthique est la philosophie de l’action, dit-on. Elle est aussi la philosophie des valeurs et des choix qui guident l’action et la parole. Elle est enfin la philosophie des rapports entre fins et moyens, moyens dont le corps, comme présence au monde, fait partie. L’émergence de la volonté libre se manifeste par la possibilité de la contestation et celle du mensonge. Même lorsque l’exactitude des faits ou des événements reste voilée. Vérité éthique est alors adéquation active et volontaire entre pensée et parole ou entre pensée et action, embrumée par quelques zones d’incertitudes qui relève plutôt de l’inconnaissance de tous les paramètres qui entrent en jeu. On pourrait parler de sincérité. OK. Les deux notions restent voisines. Ce n’est pas ce qu’on demandera à l’enfant. Mais sincérité ne suffit pas. On peut être sincère et se tromper. La vérité ne peut omettre le réel, le corps, la vie, qui sont croissance, processus, qui ont parfois besoin d’espace propre et interdit pour progresser, même s’il y a de l’incertitude. Elle ne peut omettre non plus la mort comme nécessité pour que la vie se diversifie et se continue.

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Je voudrais terminer cet aspect de la réflexion à travers la question des arts, musique, théâtre, arts graphiques et visuels, cinéma, littérature, etc. À la différence de la philosophie ou des sciences où le concept cherche à se dire à travers des notions clairement définies, les plus transparentes possible, l’art réintroduit le temps, le corps et les sens dans l’expression. Il remet en scène la finitude, la temporalité, la mortalité. Non sous une forme abstraite, mais dans le concret. Non sans jouer avec. Je me garderai bien là encore de développer une philosophie analytique de l’art ou des arts dans leurs spécificités. La liberté artistique casse les tentatives de l’intellectualiser ou de le systématiser. Lorsqu’une forme artistique se met à la remorque d’une idéologie, cela donne souvent des catastrophes. Pas toujours, je le reconnais (exemple des chants religieux au Moyen Âge ou à la Renaissance), mais souvent. Si je puis me permettre deux idées générales sur l’art, c’est qu’il est un récit et qu’il est imprévisible. Il ne se justifie que par lui-même et par son propre développement. Les surprises et donc les illusions voulues que la plupart des arts révèle, montrent que la réalité ne se conforme pas si aisément à des schèmes idéaux ou à des déterminismes. Le mensonge fait partie de l’art. Et paradoxalement, il dévoile les fausses vérités.

Chopin (et George Sand), que Boulez apprécie ! Si, si ! – Je n’ai pas trouvé l’auteur de la peinture…

Je suis plutôt musicien. Un compositeur qui ne crée pas ou qui reste conforme à des critères académiques tombera dans l’oubli, même si en son temps il peut être célèbre et épater son public. Il est comme ces logiciels informatiques capables de produire du Beethoven ou du Scott Joplin à la demande. Il imite. L’illusion fait partie, par contraste, de la « vérité » artistique et les surprises des compositions prouvent plus largement qu’il y a de l’imprévisible dans l’idée de vérité. J’ai le souvenir d’un article de Boulez, dont tout le monde connaît l’intransigeance intellectuelle, affirmant que les plus grands musiciens étaient ceux qui créaient des surprises. Et les musiciens qu’il aimait sont les mêmes que ceux que j’aime (Chopin, par exemple). De plus en plus, le monde contemporain s’éloigne des notions inquisitoriales de la « Vérité­ ». Tant mieux. Évolution naturelle autant que sociologique. J’ai glissé quelques mots sur l’art dans le fil éthique pour la raison suivante : si l’éthique est la philosophie de l’action et donc des choix de la volonté libre d’agir en fonction de valeurs et d’intérêts, la liberté de l’artiste, capable de créer du nouveau, de l’imprévu, de l’illusion, ramène l’éthique de conviction dans la réalité complexe… celle de la vie, celle du corps et de ses contradictions au sein d’un monde en process permanent, celle du temps qui ne se réduit pas à l’espace et aux représentations abstraites. L’art est l’action qui se joue des vérités qui se croient universelles.

Récit d'un unijambiste
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